Blogue de Gérald Fillion

États-Unis : incertitude au Canada

Mercredi 7 novembre 2012 à 11 h 02 | | Pour me joindre

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La réélection du démocrate Barack Obama et un Congrès toujours divisé à Washington nous obligent à constater que le Canada et le Québec sont, une fois de plus, plongés dans l’incertitude. Les États-Unis demeurent notre premier client et partenaire économique. Sans vouloir exagérer la situation, la suite des choses demeure tout à fait incertaine pour nos exportateurs, pour nos manufacturiers et pour l’économie dans son ensemble.

Pour trois raisons :

1- Un précipice fiscal attend les Américains le 1er janvier prochain, dans moins de deux mois. De quoi s’agit-il? D’une hausse d’impôt et d’une réduction draconienne des dépenses publiques. Ce sont des mesures automatiques qui entreront en vigueur si le Congrès ne s’entend pas sur de nouvelles lois. Une hausse brusque des charges fiscales accompagnée d’une coupe brutale dans les investissements de l’État pourrait plonger le pays en récession selon plusieurs économistes. Une telle situation aurait un impact sur la demande de produits canadiens.

Barack Obama, grand vainqueur de l'élection présidentielle américaine2- Le protectionnisme américain est au coeur de la réforme industrielle des États-Unis. Mon collègue animateur de Classe économique, Jean-Sébastien Bernatchez, rappelait à juste titre il y a quelques jours à la radio que le président Obama avait exposé clairement son jeu dans son dernier discours sur l’état de l’Union : vous ramenez des emplois aux États-Unis, vous pouvez être assurés du soutien du gouvernement. Il avait même donné l’exemple d’une entreprise qui venait de déplacer des emplois du Canada aux États-Unis. Le soutien au secteur manufacturier passe par de fortes subventions et des soutiens fiscaux pour les entreprises qui fabriquent aux États-Unis et qui emploient des Américains.

C’est ainsi que Barack Obama veut stopper les délocalisations vers les pays émergents et ramener et créer des emplois aux États-Unis. Et ça se fait aussi au détriment du Canada comme on l’a vu dans l’affaire Electrolux. Les autorités publiques américaines ont donné pour plus de 130 millions de dollars à l’entreprise pour qu’elle déménage son usine de L’Assomption, au Québec, à Memphis, au Tennessee.

La politique protectionniste du président oblige aussi les entreprises d’ici à s’installer en sol américain pour avoir accès aux contrats ou aux soutiens publics. Il ne faut pas minimiser cette situation. Barack Obama est déterminé et très agressif sur ce plan. Et cette stratégie est gagnante partout aux États-Unis, que vous soyez démocrate ou républicain.

3- Il n’est pas encore clair que le président démocrate donnera son aval à la construction de l’oléoduc Keystone, qui doit permettre d’acheminer le pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis.  Les analystes croient que Washington donnera son aval au début de 2013. En même temps, Barack Obama a exprimé très clairement son engagement à développer le gaz naturel et à réduire les subventions pour l’industrie pétrolière. L’Alberta garde un espoir réel pour Keystone. Mais l’incertitude, pour l’instant, persiste.

Cela dit, tout n’est pas noir, loin de là. Si la part des exportations canadiennes vers les États-Unis tend à diminuer, il n’en demeure pas moins que les échanges commerciaux avec les Américains sont fluides. Les électeurs du Michigan ont donné leur accord à la construction d’un nouveau pont entre Détroit et Windsor. Cela est un signal fort en faveur du commerce entre les deux pays. De plus, plusieurs experts craignaient que les coupes sociales qui étaient prévues par le républicain Mitt Romney, ainsi qu’une politique extérieure plus dure au sujet de l’Iran et de la Chine, aient augmenté les possibilités de récession chez nos voisins du sud. Ce scénario n’a pas été retenu finalement.

Puis, et je termine là-dessus, le professeur Pierre Martin de l’Université de Montréal a écrit un papier fort instructif à la fin octobre sur l’impact économique des choix politiques des Américains. On y apprend que, contrairement à la croyance populaire, le Canada profite généralement beaucoup plus de la présence d’un démocrate à la présidence que d’un républicain.

Ainsi, en moyenne, depuis 1961, la croissance du PIB au Canada dans l’année suivant l’élection d’un président démocrate est de 2,92 % alors qu’elle n’est que de 1,34 % quand le président élu est un républicain. Aussi, sous les administrations démocrates, le taux de chômage au Canada a été 1,1 point de pourcentage inférieur à celui sous les administrations républicaines. Et surtout, depuis les années 50, la production manufacturière du Canada a progressé de 5,7 % en moyenne par année sous un président démocrate comparativement à 1,7 % sous un président républicain.

À suivre…