Billets publiés en novembre 2012

Boom minier au Québec : du calme!

Jeudi 29 novembre 2012 à 17 h 26 | | Pour me joindre

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Quand on parle des mines du Québec ou encore du potentiel pétrolier, il y en a qui s’emballe et qui sorte les gros chiffres qui viendront régler tous les problèmes financiers du gouvernement. Mais, en y regardant de plus près, est-ce qu’un Klondike nous attend vraiment?

Selon Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et expert dans les questions de ressources, « les ressources minières du Québec ne sont ni plus ni moins intéressantes que celles du reste du pays. » C’est ce qu’il affirme dans son plus récent livre, Le défi des ressources minières publié aux Éditions MultiMondes.

Malgré les annonces spectaculaires effectuées par l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest, les attentes sont trop élevées selon lui. « L’impact du Plan Nord mis de l’avant par le gouvernement Charest semble mineur », écrit-il. Pour quatre raisons.

  1. Les projets miniers du Québec « visent un minimum de transformation locale. Le minerai quittera le Québec sous sa forme la plus brute possible, faute d’une volonté politique ». À ce propos, on peut se demander ce qu’il en sera au projet de mine de fer Sunny Lake de Century Iron Mines au nord-ouest de Schefferville tandis qu’un producteur chinois (Wisco International) vient d’acheter 60 % des actions du projet?
  2. « De 2000 à 2008, 14 entreprises minières n’avaient versé aucune redevance malgré une production annuelle qui atteignait 4,2 milliards de dollars collectivement. Quant aux autres entreprises minières, elles n’avaient dû payer, ensemble, qu’un peu plus de 30 millions par année, soit seulement 1,5 % de la valeur brute de leur production. » Avec le nouveau régime mis en place par les libéraux, le professeur Mousseau évalue que les minières auraient payé en 2010-2011, « l’équivalent de 4,5 % de la valeur du minerai ». Il dénonce dans son livre le manque d’informations sur chacune des mines.
  3. Et « la restauration des dégâts causés par l’industrie minière coûtera cinq fois le montant des redevances collectées de 2000 à 2008, ou quatre fois celui obtenu en 2010-2011, sous le nouveau régime ».
  4. C’est « en grande partie l’argent public et non l’industrie minière directement qui fournira la majorité des emplois [par l'entremise d'Hydro-Québec notamment] et des retombées annoncés dans un rapport préparé bénévolement par SECOR, une firme de consultant ».

On peut se demander si la conjoncture économique ne viendra pas contrecarrer les plans du gouvernement pour les mines et les ressources. C’est difficile à dire. Des suspensions de travaux ou des reports d’investissements, ainsi que des problèmes de financement de plus en plus apparents, peuvent se produire et avoir un impact pour un certain temps. Mais c’est une donne à considérer puisque les découvertes évoluent. L’arrêt d’un projet peut signifier sa fin aussi.

Le gouvernement Marois corrigera-t-il le tir à propos de la transformation locale? Ira-t-il de l’avant avec une redevance sur la valeur brute de 5 % et sur les « surprofits » dépassant un certain niveau, tel que promis en campagne électorale? Et qu’en sera-t-il du niveau de responsabilité des minières à propos des sites contaminés et dont la production a cessé?

À quand le régime minier et la nouvelle loi sur les mines? Si on y croit vraiment, il faut un plan de match clair, pour les minières, les travailleurs et l’ensemble des contribuables québécois.

Sommes-nous si endettés?

Mercredi 28 novembre 2012 à 12 h 45 | | Pour me joindre

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Le « Wayne Gretzky » de la finance canadienne, comme se sont exclamés certains commentateurs de Toronto en parlant de Mark Carney, va quitter la Banque du Canada dans les prochains mois à un moment où les menaces qui planent sur l’économie canadienne se font grandissantes. L’OCDE s’attend à une croissance de seulement 1,8 % en 2013 au pays et de 2,4 % en 2014.

Dans les circonstances, Mark Carney ne pourra probablement pas augmenter les taux d’intérêt avant de quitter son poste le 1er juin prochain et c’est son successeur qui devra trouver l’équilibre entre l’inflation, la force du dollar canadien, la conjoncture économique et les pressions exercées par le fort endettement des ménages canadiens.

cochon-detteD’ailleurs, au fait, les Canadiens sont-ils si endettés?  Doit-on céder aux inquiétudes de ceux qui disent que le taux d’endettement des Canadiens est plus élevé que le taux d’endettement des Américains tout juste avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis?

Non! Non, répondent les économistes de la Nationale. Il faut comparer des pommes avec des pommes. En mesurant les taux canadien et américain, il est important de prendre en compte l’endettement des entreprises et les coûts de la santé. En incluant ces deux facteurs, les experts de la Nationale arrivent à la conclusion que le niveau d’endettement des ménages américains demeure plus élevé que celui des Canadiens.

Ce que le Wall Street Journal faisait ressortir lundi, c’est que pour chaque tranche de 100 $ de revenus disponibles, les Canadiens ont une dette de 163 $, alors qu’aux États-Unis, les ménages américains ont une dette de 108 $ seulement. Donc, selon le quotidien américain, le Canada fait face à sa « plus importante menace économique en plusieurs années ».

L’économiste Matthieu Arseneau affirme que pour une comparaison juste, il faut ajouter les travailleurs autonomes dans la dette des ménages aux États-Unis, ce qui porte le ratio d’endettement à 140 %. Et puis, selon son estimation, le revenu disponible d’un Américain ne peut pas être comparé à celui d’un Canadien en raison des coûts de santé élevés aux États-Unis, à la charge dans bien des cas des individus. Les Américains doivent octroyer une bien plus grande part de leurs revenus disponibles à la santé que les Canadiens, qui paient des impôts pour offrir une couverture universelle à l’ensemble de la population.

Au final, ajusté aux coûts de santé, le ratio dette/revenus disponibles est de 4,6 points de pourcentage moins élevé au Canada qu’aux États-Unis.

Sans amoindrir l’importance de l’endettement des Canadiens, il faut s’assurer de parler avec exactitude des données disponibles.

La bonne étoile de Mark Carney

Lundi 26 novembre 2012 à 13 h 07 | | Pour me joindre

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Le Canada perd sa star du monde de la finance internationale. Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada depuis février 2008, s’était fait remarquer durant la dernière crise financière au point d’en devenir un acteur pivot dans la recherche de solutions durables pour l’avenir de la finance, des banques et de l’économie mondiale. Sa nomination au poste de gouverneur de la Banque d’Angleterre le place parmi les financiers les plus influents de la planète.

Mark CarneyAprès avoir terminé des études en économie à Harvard et à Oxford au tournant des années 90, Mark Carney a travaillé dans les grandes capitales financières pour Goldman Sachs : Londres, Tokyo, New York avant de prendre la tête de Goldman Sachs Canada à Toronto. Rapidement, Ottawa a mis le grappin dessus : à la Banque du Canada, puis au ministère des Finances comme sous-ministre associé avant d’être nommé au plus haut poste à la banque centrale du pays, peu de temps avant l’accélération de la crise qui a provoqué la « grande récession ».

Il faudra attendre l’avis des spécialistes de la banque centrale pour évaluer sa gestion de la politique monétaire canadienne. Au cours des dernières années, il a surtout travaillé à utiliser les bons mots et les bonnes formules pour tenter d’assurer un équilibre entre le niveau d’inflation, la force du dollar canadien, la préoccupante dette des ménages et les contraintes économiques internationales.

C’est sur la scène internationale qu’il a le plus brillé. Le modèle bancaire canadien l’a bien servi. Les banques d’ici ont bien résisté à la crise, appuyées par les institutions publiques. Une certaine maîtrise de la dette et une croissance dopée par le pétrole ont fourni des assises solides, une sorte d’autorité morale à Mark Carney pour exposer la vision canadienne des solutions à adopter.

Cette autorité morale a poussé le G20 à lui donner le poste de président du Conseil de stabilité financière, une organisation regroupant 26 entités réglementaires financières de la planète. Il a travaillé à un encadrement plus serré des banques afin qu’elles maintiennent plus de capital en réserve et qu’elles s’exposent moins à une défaillance. Les banquiers de Wall Street ne se sont pas gênés pour le critiquer vertement, l’accusant de nuire à la prise de risque et donc à la croissance économique.

Le 1er juillet prochain, il deviendra gouverneur de la Banque d’Angleterre, à un moment crucial de l’existence de cette institution vieille de 318 ans et dans un contexte économique difficile, le Royaume-Uni étant aujourd’hui en récession. Il dirigera une banque centrale qui s’est vue confier de nouveaux pouvoirs de supervision des banques à dépôt, des assureurs et des firmes d’investissements, en plus de devoir poursuivre la politique monétaire du pays. Il se retrouvera surtout au cœur d’une économie qui tente de se reconstruire et d’un continent qui n’arrive plus à se relever.

Mark Carney a rendu la Banque du Canada peut-être un peu moins froide et moins austère. Souriant, affable et accessible, le gouverneur a probablement contribué à moderniser quelque peu l’image de l’institution.

Cela dit, sa bonne étoile brillera-t-elle encore dans le ciel de Londres tandis que son prochain défi risque d’être bien plus difficile et complexe à relever?

Le calcul de Nicolas Marceau

Vendredi 23 novembre 2012 à 13 h 45 | | Pour me joindre

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Vous êtes nombreux à vous demander comment le gouvernement Marois va arriver à l’équilibre budgétaire au cours de l’exercice 2013-2014. Certains doutent, n’y croient pas. D’autres croient que c’est responsable et raisonnable. Chose certaine, le chemin pour y arriver est très certainement parsemé d’embûches.

Voici donc les chiffres, essentiellement repris de la page A.19 du budget :

Raymond Bachand, ex-ministre des Finances, avait dressé un plan pour arriver à l’équilibre budgétaire en 2013-2014. À partir de ce plan, le nouveau gouvernement a constaté une impasse de 1,434 milliard de dollars.

  • ralentissement économique : -605 millions
  • dépenses supérieures aux prévisions : -829 millions
  • total : -1,434 milliard 

 

Pour arriver à l’équilibre, le gouvernement prévoit les mesures suivantes. Ce qui est accompagné d’un astérisque (*) signifie que les mesures pour arriver à amasser la somme visée demeurent à être identifiées et/ou réalisées.

  • compressions dans les dépenses : 829 millions*
  • réductions dans les autres organismes : 100 millions*
  • économie d’intérêt sur la dette (1) : 25 millions
  • gestes d’efficience des sociétés d’État : 290 millions*
  • efforts additionnels – lutte contre l’évasion fiscale : 80 millions*
  • réduction de l’aide aux entreprises : 68 millions
  • taxe sur le tabac : 130 millions
  • taxe sur la bière, le vin et les spiritueux : 100 millions
  • taxe sur la masse salariale des institutions financières : 80 millions
  • total : 1,702 milliard

 

Décisions et mesures du budget 2013-2014 :

  • mesures budgétaires : 40 millions
  • mesures fiscales : 28 millions
  • provisions pour éventualités : 200 millions
  • total : 268 millions

 

1,702 milliard – 268 millions = 1,434 milliard, ce qui permet d’arriver au déficit zéro.

Maintenant, est-ce que ces chiffres vont tenir la route? Est-ce que la croissance sera plus faible qu’attendu? Est-ce que les ministères réussiront à effectuer toutes les compressions nécessaires? Est-ce que le gouvernement sera en mesure d’atteindre ses nouveaux objectifs en matière de lutte contre l’évasion fiscale? Chose certaine, l’atteinte du déficit zéro demeure vulnérable à une foule de facteurs qui pourraient être difficiles à maîtriser.

(1) en raison d’un remboursement direct de la dette de 1 milliard à même les sommes du Fonds des générations.

Budget taillé sur mesure pour rassurer!

Mercredi 21 novembre 2012 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec Nicolas Marceau a donné toutes les réponses-clés qu’on pourrait attendre d’un plan visant à calmer des appréhensions, si tel était le cas, qui proviendraient d’agences de notation ou des milieux d’affaires.

Nicolas MarceauEst-ce le cas? Est-ce que des inquiétudes ont été exprimées au ministre par des agences? On nous dit que non. Mais le budget est taillé sur mesure pour leur plaire, pour plaire aux financiers, aux entreprises, aux patrons, aux milieux économiques.

Avait-il le choix? Est-ce le bon premier budget à présenter?

Un plan pour revenir à l’équilibre?

Oui! Et la cible est ambitieuse : croissance des dépenses de seulement 1,8 % en 2013-2014. En plus des compressions exigées dans les ministères, des hausses de taxes et de tarifs sont prévues. Des gains d’efficience sont aussi exigés dans les sociétés d’État, en particulier à Hydro-Québec.

Avez-vous un plan pour réduire le poids de la dette?

La réponse est oui et ça va se faire en ralentissant la croissance des investissements dans les infrastructures. Ça veut dire : moins d’emprunts sur les marchés, moins d’endettement. La dette brute va encore grimper, mais son poids par rapport au PIB va se mettre à baisser.

Conservez-vous le Fonds des générations?

Oui! Contrairement à ce qui avait été annoncé en campagne électorale, le PQ ne vide pas le Fonds pour rembourser la dette. Il le maintient, prend seulement 1 milliard pour l’affecter à la dette et bonifie le Fonds en prévoyant y verser toutes les redevances minières et la nouvelle taxe annoncée sur la bière, le vin et les spiritueux. Les agences ont salué la création de ce Fonds. Sa disparition aurait possiblement généré des grincements de dents.

Avez-vous une stratégie pour attirer les investisseurs?

Oui! Alors qu’on a beaucoup misé sur les investissements publics dans les infrastructures pour stimuler l’économie dans les dernières années, ce budget fait la part belle à l’investissement privé :

  • congé d’impôt pendant 10 ans pour les sociétés qui ont des projets de plus de 300 millions de dollars;
  • 500 millions pour les régions grâce à la nouvelle Banque de développement du Québec;
  • crédit d’impôt à l’investissement pour les PME;
  • crédit d’impôt bonifié pour le secteur pharmaceutique;
  • des fonds de relancer pour la Mauricie-Centre-du-Québec et Asbestos;
  • des fonds pour l’électrification des transports.

Cela dit, tout est à faire. Contrairement au gouvernement fédéral, qui avait un plan très détaillé des compressions à faire dans les ministères et organismes, le travail est à faire. On coupe où? On coupe quoi et quand? Quels services sont touchés?

Par ailleurs, le gouvernement Marois a officialisé le changement de mandat de la Caisse de dépôt. Dorénavant, le rendement et le développement économique du Québec occupent une place équivalente et représentent deux missions essentielles de la Caisse.

Depuis 2004, le mandat de la Caisse établi par le gouvernement Charest était celui-ci : « Faire fructifier l’argent de nos clients, les déposants, tout en contribuant au développement économique du Québec. »

Dans son discours mardi, le ministre des Finances Nicolas Marceau a déclaré que « la Caisse dispose, plus que jamais, des ressources nécessaires pour s’acquitter des deux volets de sa mission, à savoir : obtenir un rendement optimal et contribuer au développement économique du Québec ». La deuxième mission n’est plus subordonnée à la première.

On nous dit que le PDG Michael Sabia est à l’aise avec cette nouvelle définition. Dans un discours prononcé il y a deux ans, le 4 novembre 2010, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il affirmait : « On ne peut pas séparer artificiellement les questions de rendement et de développement économique du Québec. Les deux vont de pair. »

Une nouvelle recette pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2013-2014, et seulement 13 nouvelles mesures dans ce premier budget du gouvernement Marois. Voici les faits saillants :

Consultez notre dossier sur le budget

 

 

 

La fracturation change tout!

Jeudi 15 novembre 2012 à 14 h 47 | | Pour me joindre

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L’énergie est au coeur des décisions les plus importantes pour notre avenir. D’où viendra notre pétrole qui coûte de plus en plus cher? Comment réduire sa consommation de pétrole? Comment améliorer notre autosuffisance énergétique? Et surtout comment développer de nouvelles sources d’énergie, renouvelables, plus vertes, plus durables?

Ce sont des questions que se posent les Québécois, les Canadiens dans leur ensemble et les Américains. Et à la réflexion, s’est ajouté cette semaine un document préparé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui nous apprend que les États-Unis seront d’ici 2020 le premier producteur de pétrole du monde, et d’ici 2030, un exportateur net de pétrole.

Forage horizontal d'un puits de gaz de schiste, grâce à la fracturation hydraulique.Pourquoi? Parce que la technologie de la fracturation hydraulique fait des miracles. Elle a provoqué une croissance exceptionnelle de la production de gaz naturel issu du schiste, de la pierre, et sera largement utilisée à l’avenir pour exploiter le pétrole de schiste. Cette technologie est très critiquée parce qu’on ne sait pas encore si elle est totalement sûre pour l’environnement et la santé. Mais l’AIE est d’avis que cette technologie est exceptionnelle et qu’il serait difficile d’y renoncer.

Si à Québec, on n’est pas du tout convaincu d’aller de l’avant avec la fracturation hydraulique, s’inspirant ainsi de la France qui l’a carrément interdite, il semble clair qu’on est certain de la pertinence d’exploiter le pétrole qui se cache dans les terres et les eaux de la nation. Il y en a en Gaspésie, dans l’île d’Anticosti et dans le golfe Saint-Laurent. Si la population adhère aux projets et si on peut se lancer dans une exploitation qui respecte des critères environnementaux et sociaux, le PQ semble décidé à pomper le pétrole disponible et accessible.

Questions : est-ce que l’exploitation du pétrole ne viendrait pas alourdir davantage le bilan carbone du Québec que l’exploitation du gaz de schiste? Pourquoi le pétrole du Québec serait-il acceptable du point de vue environnemental alors que celui qui viendrait de l’ouest du pays dans un pipeline ne serait pas le bienvenu alors qu’il est 20 $ le baril moins cher que celui qu’on achète de la mer du Nord et d’Algérie? Cela dit, cet écart de prix demeurerait-il dans la perspective d’un développement international du pétrole albertain?

Par ailleurs, à Ottawa, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Stephen Harper mise sans condition sur le développement des sables bitumineux de l’Alberta. Son problème, c’est de bien gérer la croissance. Des décisions stratégiques s’imposent. Ottawa veut vendre son pétrole aux Chinois et aux Asiatiques.

forage_petrole_usaQuestions : mettra-t-il en cause ce développement s’il dit non à l’acquisition de la Canadienne Nexen par la société d’État chinoise CNOOC, une transaction évaluée à 15 milliards de dollars que le gouvernement semble hésitant à accepter? Ottawa a-t-il une stratégie pour développer son marché au moment où les États-Unis pourraient devenir autosuffisants d’ici huit ans comme le suggère l’AIE? Barack Obama va-t-il approuver le projet Keystone dans son ensemble, qui doit permettre d’amener le pétrole des sables bitumineux vers le sud des États-Unis? Est-ce qu’Ottawa devrait miser davantage sur le développement vers l’Ouest (Asie) et vers l’est du Canada (inversion du pipeline existant)?

Enfin, à Washington, le gouvernement mise sur le développement du gaz et du pétrole. L’explosion du développement du gaz par fracturation hydraulique ouvre de nouveaux horizons pour le développement énergétique aux États-Unis, et le président Obama veut en profiter. Il promet depuis longtemps l’indépendance énergétique des États-Unis et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec le développement de la technologie de fracturation.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, pourrait-il être tenté de reporter d’une année l’équilibre budgétaire? Pour l’instant, il est prévu que le prochain budget, celui du 20 novembre, sera celui du retour au déficit zéro. C’était l’engagement de Raymond Bachand. C’est celui aussi de Nicolas Marceau.

Compressions budgétaires au fédéral Mais, voilà, on apprend aujourd’hui que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, reporte de 2015-2016 à 2016-2017 le retour à l’équilibre budgétaire. Les prix des ressources sont moins élevés que prévu et le gouvernement Harper doit revoir à la baisse ses prévisions de revenus.

Les dernières statistiques économiques confirment un ralentissement plus prononcé au Québec que dans l’ensemble du Canada. Déjà, Québec a indiqué que les dépenses plus élevées que prévu et les revenus moins forts qu’attendu ont créé un manque à gagner de 1,6 milliard de dollars pour l’exercice en cours, qui se terminera le 31 mars prochain.

Étant donné que la croissance plus faible de l’économie pousse Ottawa à reporter l’équilibre à plus tard, le gouvernement Marois ne serait-il pas avisé d’en faire autant, étant donné la hausse encore plus modérée du PIB québécois et des indicateurs qui sont déjà au rouge?

Est-ce que ce serait sensé de faire ça? Est-ce que ce serait responsable? Les agences de notation s’en inquiéteraient-elles? Les partis d’opposition l’accepteraient-ils?

Le Parti québécois a envisagé d’abolir le Fonds des générations. On verra si cet engagement électoral se retrouvera dans le budget qui sera présenté le 20 novembre, la semaine prochaine, par le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau à Québec. Ce fonds a été créé en 2006 par Michel Audet, alors ministre des Finances dans le gouvernement Charest. Il avait pour but d’amasser des fonds, de les faire fructifier, de façon à créer une garantie à long terme pour les prochaines générations qui devront rembourser la dette du Québec.

Nicolas MarceauDans la plateforme du PQ, présentée durant la campagne du mois d’août dernier, il est écrit qu’un gouvernement Marois envisagerait d’« affecter immédiatement toutes les sommes du fonds des générations au paiement de la dette afin de réduire les risques de pertes financières et de réduire immédiatement l’importance des paiements en intérêt sur la dette. »

Est-ce une bonne solution? Certes, en remboursant maintenant environ 5 milliards de dollars de dette, le gouvernement réduit ses paiements d’intérêt. Ce n’est pas négligeable. Avec les taux d’intérêt qui sont faibles, le gouvernement du Québec pourrait réussir à réduire, au moins un peu, le poids de sa dette. Cela dit, ce serait là le bienfait principal, pour ne pas dire le seul, d’une abolition du Fonds des générations.

Il est important de considérer deux points avant de prendre une telle décision.

Premièrement, les sommes accumulées dans le Fonds des générations sont déduites de la dette brute dans le calcul de la dette nette. Bien que les intérêts payés ne soient pas abaissés par cette écriture comptable, la présence d’un fonds sert de garantie pour le gouvernement du Québec, garantie qui permet d’équilibrer son bilan financier face aux agences de notation. Ces agences commencent d’ailleurs à exprimer leurs préoccupations quant à l’indépendance de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère par ailleurs le Fonds des générations.

Deuxièmement, le gouvernement Marois pourrait s’inspirer de la Norvège, qui a mis sur pied un fonds alimenté par les revenus du pétrole et qui atteint aujourd’hui 600 milliards de dollars. Ce fonds permet à la Norvège d’investir et d’assurer son équilibre financier… à tout jamais peut-être! Il est possible pour le gouvernement norvégien de faire appel à un très petit pourcentage du fonds pour équilibrer son budget dans les coups durs.

Chez nous, la première ministre Pauline Marois a clairement indiqué son intention d’exploiter le pétrole du Québec. Pourquoi ne pas maintenir le Fonds des générations pour y accueillir les revenus de cette ressource non renouvelable? N’est-elle pas tenue, moralement, de s’assurer que les prochaines générations bénéficient aussi des milliards du futur pétrole exploité du Québec?

Le gouvernement devrait-il attendre et consulter avant d’aller plus loin avec son engagement d’abolir le Fonds des générations? Qu’en pensez-vous?

Les choix de Claude Castonguay

Vendredi 9 novembre 2012 à 16 h 21 | | Pour me joindre

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Claude Castonguay a des solutions pour le système de santé du Québec. Et plusieurs d’entre elles rejoignent celles du ministre actuel de la santé, Réjean Hébert. L’homme de 83 ans, qui vient de publier Santé : l’heure des choix était sur le plateau de RDI Économie il y a quelques jours. Toujours très actif et très engagé, c’est un homme pragmatique et réaliste que nous avons reçu à l’émission. Pourquoi? Pour deux raisons.

Une partie de la couverture du livre de Claude CastonguayD’abord, parce qu’il a compris qu’il y a un blocage au Québec – politique ou populaire – à l’idée d’évoquer la possibilité de confier plus d’activités en matière de santé au secteur privé. Et c’est pourquoi son livre ne porte pas vraiment sur le sujet, mais plutôt sur les solutions à privilégier pour améliorer la productivité de notre système public de santé.

Et puis, aussi, parce qu’il refuse, dans le livre qu’il publie aux Éditions Boréal, de s’entêter à privilégier la solution des frais modérateurs pour soulager les hôpitaux. « Je dois me rendre à l’évidence, écrit-il. Pour des raisons qui me sont obscures, le débat sur les frais modérateurs est clos. Aucun parti politique n’oserait s’aventurer sur ce terrain. »

À partir de là, il propose de grands principes et des mesures concrètes visant à améliorer le système de santé au Québec. Des mesures qui s’arriment à la réalité, qui n’excluent pas l’apport du privé et qui méritent certainement d’être étudiées. Il propose essentiellement ceci :

  • ramener le patient au cœur des décisions;
  • transparence sur les services couverts et les priorités;
  • première ligne : relancer les groupes de médecine familiale;
  • politique de soins et services pour les aînés;
  • financement à l’activité basé sur la productivité et la motivation;
  • réforme de la rémunération des médecins et des infirmières;
  • abolition des agences de santé;
  • miser sur les soins à domicile;
  • réduction de l’utilisation des médicaments et de la couverture de certains médicaments;
  • encadrer les activités à l’extérieur du système public.

Claude Castonguay affirme qu’on devrait avoir honte de l’attente dans le système de santé au Québec. Selon lui, il y a urgence d’agir. L’heure n’est pas aux sommets et aux rapports, c’est déjà fait. L’heure est aux vraies solutions. Que ce soit celles de Claude Castonguay ou de Réjean Hébert, des médecins, des infirmières ou des spécialistes, l’idée même de ramener le patient au cœur des décisions ne devrait-elle pas guider sans conteste les décisions à prendre?