Billets publiés en octobre 2012

Pourquoi Talisman jette l’éponge?

mercredi 31 octobre 2012 à 13 h 29 | | Pour me joindre

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Il faut voir ou revoir l’entrevue que nous avait accordée, le 24 août 2010, Hope Deveau-Henderson, directrice des affaires gouvernementales et industrielles pour l’Amérique du Nord pour Talisman Energy pour comprendre tout le mal que l’entreprise était prête à se donner pour aller de l’avant avec l’exploitation des gaz de schiste du Québec.

Exploitation pétrolifère et schiste

Non seulement l’entreprise minimisait les cas rapportés de contamination de l’eau ou du sol, ou encore de violations de la réglementation d’États américains, mais elle était prête à affronter la grogne qui ne faisait que prendre de l’ampleur au Québec en réaction au développement désordonné des gaz de schiste dans certaines régions de la vallée du Saint-Laurent.

Talisman nous avait demandé, à l’équipe économique de Radio-Canada, une rencontre éditoriale pour nous expliquer leurs projets. Des documents nous avaient alors été remis, dont un ressemblant à un petit journal, nommé « Ressources » publié par Talisman Energy, en français, avec en manchette : « Le gaz naturel : une occasion à saisir ».

L’entreprise avait alors fait une tournée des médias, avait participé à plusieurs rencontres d’informations et d’échanges et considérait le Québec comme une terre fertile pour le développement. « L’industrie gazière québécoise pourrait investir 9 milliards de dollars et créer près de 65 000 emplois au cours des 15 prochaines années dans des projets de développement du gaz naturel » écrivait Talisman il y a deux ans.

Aujourd’hui, l’entreprise renonce à ses projets au Québec. Elle a annoncé hier une dépréciation d’actifs de 109 millions de dollars avant impôts associés aux gaz de schiste du Québec. C’est terminé. La cause? « L’interdiction » d’explorer et d’exploiter le gaz de schiste au Québec, affirme l’entreprise dans le texte de ses résultats financiers.

En réalité, une évaluation environnementale stratégique est toujours en cours officiellement. Le ministre de l’Environnement Daniel Breton a indiqué que le dossier pourrait être transféré au Bureau d’audiences publiques en environnement, une fois qu’un nouveau président aura été nommé. Québec ne ferme pas la porte au gaz de schiste, mais les signaux envoyés par le nouveau gouvernement ne semblaient pas pencher en faveur d’une exploitation prochaine.

Alors, pourquoi Talisman s’en va alors que d’autres prônent encore la patience, comme le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec Lucien Bouchard? Pourquoi Michael Binnion, de la société énergétique Questerre, qui ne s’empêche jamais d’exprimer clairement son point de vue, continue de croire à l’industrie du gaz de schiste au Québec?

Deux extraits de son blogue en témoignent. Le premier, le 24 octobre :

Que dites-vous si je vous dis que je cherche du gaz naturel au Québec parce que j’ai la conviction qu’un Canada fort nécessite un Québec fort? Que dites-vous si je vous dis que je crois que de transférer du capital et des technologies au Québec est meilleur pour le Québec, l’Alberta et le Canada que des transferts de paiements? 

Et puis, le 29 octobre :

Le Québec est capable, peut-être encore plus capable qu’ailleurs de développer ses ressources de façon durable. J’invite le gouvernement de Pauline Marois à choisir une alternative à la confrontation. L’alternative, c’est la coopération. L’alternative de travailler ensemble pour terminer le travail de façon constructive. L’alternative de terminer le travail qu’elle a aidé à démarrer à titre de chef de l’Opposition. Terminer le travail permettant au Québec d’être pour une exploitation moderne et encadrée du gaz et du pétrole. 

Alors, est-ce que Talisman abdique trop rapidement? L’entreprise a-t-elle compris qu’il n’y a pas vraiment d’avenir pour le gaz de schiste au Québec? Le gouvernement Marois doit-il être tenu responsable de l’abdication d’un joueur aussi important que Talisman?

Ou est-ce le prix du gaz naturel qui est trop bas? Le contexte économique qui est trop difficile?

Les PME et le français

lundi 29 octobre 2012 à 17 h 00 | | Pour me joindre

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Au cours de la campagne électorale au Québec, le Parti québécois a promis une nouvelle loi 101 dans les 100 jours suivant son élection. Le parti de Pauline Marois a été élu et promet d’annoncer ses couleurs prochainement. Le PQ disait vouloir modifier la Charte de la langue française pour qu’elle s’applique dorénavant aux entreprises de 11 employés et plus, et non plus aux entreprises de 50 employés et plus.

La loi sur les langues officielles a 40 ansQuand la charte s’applique dans une entreprise, ça veut dire que les cadres doivent parler français, le personnel doit pouvoir échanger en français, des cours de francisation doivent être offerts, l’affichage interne, les communications officielles, les documents de travail doivent être en français. L’entreprise doit s’assurer de pouvoir informer et servir sa clientèle du Québec en français.

Le Conseil du patronat du Québec se dit favorable à la promotion du français, mais s’inquiète de l’impact de ces mesures sur les PME. Rendre plus coercitives les mesures encadrant les marques de commerce ou encore étendre la réglementation à un plus grand nombre d’entreprises, ce sont des changements qui doivent faire l’objet « d’une analyse d’impact fouillée, selon le CPQ, de consultations appropriées auprès des organisations touchées et de la prise en compte des enjeux qu’elle pourra soulever ».

Cela dit, ne serait-il pas approprié que les PME soient mises à contribution pour assurer la protection du français au Québec? La ministre responsable de la Charte de la langue française Diane De Courcy affirmait, il y a quelques jours, que pour les immigrants francophones qui se cherchent du travail, « exiger le bilinguisme devient la norme et non pas l’exception ».

Le président de la FTQ Michel Arsenault disait au début du mois que plus de 100 000 travailleurs immigrants ne connaissent pas le français et que 70 % de ces personnes travaillent dans des entreprises de moins de 50 employés, qui n’ont pas à se soumettre à la Charte en ce moment.

Et puis, est-il acceptable que des entreprises maintiennent des noms exclusivement en anglais, comme Best Buy, Costco et Walmart ? Est-ce que Québecor, qui a ajouté un accent aigu sur le premier « e » de son nom récemment, ne devrait-il pas servir de modèle à ce chapitre ? Est-ce que Metro, par exemple, pourrait aller dans ce sens ?

L’Office de la langue française demande à la Cour supérieure de se prononcer sur cette question. L’audience a été reportée au 22 novembre prochain.

Est-ce que la francisation d’un nom ou d’une activité doit être basée seulement sur les affaires ou peut-elle s’appuyer aussi sur des raisons de culture et de protection de la langue?

Oui, le sujet est encore d’actualité…

Est-ce la fin de la croissance?

vendredi 26 octobre 2012 à 14 h 31 | | Pour me joindre

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Page 52 du nouveau livre de l’économiste Jeff Rubin, La fin de la croissance publié chez Hurtubise en français, la semaine prochaine : « Que vous soyez du type libre marché ou adepte de l’intervention de l’État, vous partagez avec la plupart des économistes la croyance indéfectible selon laquelle la croissance est la panacée à tous les maux de nature économique. »

Plus loin, l’auteur pose la question : « Que surviendra-t-il si nos économies cessent de croître? Nous le saurons bientôt parce que ce scénario est sur le point de se produire. »

Jeff Rubin explique, une fois de plus, que l’économie mondiale est vulnérable aux fluctuations du pétrole. Chaque fois que le pétrole a atteint un sommet, explique-t-il, l’économie mondiale est tombée en récession. Croissance économique et consommation de pétrole sont intimement liées. On a vraiment l’impression d’être dans un cercle vicieux : la croissance fait grimper le prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole nuit à la croissance et ramène la récession…

Ainsi, l’ex-économiste de la CIBC est d’avis que tout converge vers une montée des cours du pétrole, ce qui viendra ralentir l’économie des pays avancés, qui ne seront pas en mesure de maintenir une croissance soutenue. Un pétrole plus cher est alimenté par une croissance plus forte, mais entraîne un ralentissement de cette croissance, une décélération des revenus des États, qui s’endettent davantage à un taux d’intérêt plus élevé. Dans un contexte économique difficile, les emprunts sont aussi plus difficiles à obtenir.

Cette situation ne sera pas temporaire, mais permanente, selon l’analyse de Jeff Rubin. Il suggère qu’on commence tout de suite à nous adapter à un mode de vie plus simple, basé sur la réduction de notre consommation d’énergie.  Heureusement, dit-il, « les pays de l’OCDE voient déjà naître une nouvelle génération de consommateurs : des jeunes qui rejettent le matérialisme de leurs parents pour adopter un mode de vie plus simple ».

À ceux qui croient que les nouvelles découvertes technologiques vont permettre de régler le problème, il répond ceci : « Les innovations technologiques […], comme la fracturation hydraulique, ne sont pas une solution miracle pour combler tous les besoins énergétiques de la planète. […] De telles innovations technologiques rendent possible une légère augmentation de l’offre de brut, mais ne réussissent pas à exercer la poussée nécessaire pour combler les besoins de la planète pour l’avenir. »

Les États-Unis doivent mettre au point leur stratégie énergétique parce que le pays pourrait manquer de pétrole bientôt. « Si la consommation de pétrole double en Chine, écrit Jeff Rubin, le nombre de barils destinés aux États-Unis pourrait chuter de moitié (ou presque) puisque le volume d’énergie est limité. Cette notion simple deviendra bientôt une réalité asphyxiante pour les États-Unis et les autres pays de l’OCDE. »

Mais, qu’en sera-t-il pour le Canada, dont la production de pétrole est appelée à augmenter et pour qui la situation semble se poser différemment? Le Canada n’est-il pas le mieux placer pour profiter de la demande chinoise avec son projet de pipeline Northern Gateway et des besoins américains avec son projet Keystone? Mais, en même temps, un ralentissement de la croissance pourrait-il toucher plus durement le Canada?

Un livre essentiel, à lire.

Sables bitumineux : 70 % à l’Alberta

mercredi 24 octobre 2012 à 12 h 11 | | Pour me joindre

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Le gouvernement fédéral et l’industrie pétrolière de l’Alberta affirment régulièrement que le développement des sables bitumineux profite à l’ensemble de l’économie canadienne. Une étude du Conference Board du Canada a chiffré les retombées économiques des sables bitumineux pour les 23 prochaines années à la demande du ministre de l’Industrie Christian Paradis et du gouvernement de l’Alberta.

Les conclusions sont les suivantes :

  • 70 % des retombées en terme d’investissements iront à l’Alberta;
  • moins de 15 % profiteront à l’Ontario;
  • à peine 6,5 % pour la province voisine, la Colombie-Britannique;
  • moins de 4 % au Québec et encore un peu moins dans les Prairies ;
  • même pas 1 % dans les quatre provinces atlantiques.

Le Conference Board du Canada calcule que de 2012 à 2035, il y aura pour 364 milliards de dollars d’investissements pour soutenir le développement des sables bitumineux. On parle des investissements et non pas de ce que va rapporter la production.

En terme d’emplois, l’Alberta en bénéficie encore davantage :

  • Alberta : 74,2 %
  • Ontario : 11,7 %
  • Colombie-Britannique : 6,9 %
  • Québec : 3,4 %
  • Prairies : 3,1 %
  • Atlantique : 0,7 %

Le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver a dit qu’il était normal que l’Alberta soit la principale bénéficiaire des retombées des sables bitumineux. Cela dit, la part de certaines provinces est tout simplement rachitique et étonne. On aurait pu croire à des répercussions plus imposantes pour les entreprises des provinces voisines que sont la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et le Manitoba. Pour ce qui est du Québec, l’étude associe les retombées à la présence de sièges sociaux comme ceux de CGI, du CN et de Bell.

L’étude est ici, quelque part sur le site du Conference Board.

Qu’en pensez-vous?

Et le libre marché?

lundi 22 octobre 2012 à 13 h 38 | | Pour me joindre

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J’ai lu quelques messages d’indignation dans ma boîte de courriels et sur Twitter de gens qui dénonçaient l’intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral. Pour certains, il faudrait laisser le marché agir dans un monde sans règle, sans encadrement, sans entrave, proche de l’anarchie finalement!

Pour eux, il est totalement inacceptable qu’une société gouvernementale comme le CRTC bloque une transaction de 3,4 milliards de dollars, négociée entre deux entreprises privées, une transaction déjà approuvée par plus de 99 % des actionnaires de la société achetée (Astral). Ont-ils raison?

Logos de Bell et AstralAprès tout, les actionnaires et les dirigeants de ces entreprises sont des adultes, des gens consentants, qui ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent de leur argent, non? C’est ainsi que fonctionne notre capitalisme, n’est-ce pas?

Peut-être, mais il faut tenir compte de deux choses : l’accès aux ondes et la saine concurrence. Détenir une station de télé ou de radio, c’est aussi détenir un permis de diffusion, un privilège qui est encadré et qui doit respecter des critères nombreux. Le CRTC encadre l’émission des permis et les entreprises qui les obtiennent doivent respecter des normes.

Et puis, il faut réaliser que « libre marché » n’est pas un synonyme de « saine concurrence ». Il a été maintes fois démontré qu’un marché libre n’est pas nécessairement raisonnable et équilibré. L’intervention du gouvernement, du CRTC ou du Bureau de la concurrence a pour objectif de s’assurer que le marché demeure ouvert, concurrentiel et efficace.

Est-ce qu’une industrie est encore concurrentielle quand une entreprise détient le tiers des parts d’écoute comme Bell aurait pu avoir dans les marchés anglophone (43 % ) et francophone (34 %)? On peut aussi se poser la question à propos de Québecor en passant, qui détient environ 30 % des parts d’écoute du marché québécois francophone.

Logo de Progress EnergyPour des raisons différentes, Ottawa a refusé de permettre l’acquisition de la société canadienne gazière et électrique Progress Energy par le géant malaisien Petronas. Cette transaction ne servirait pas l’intérêt des Canadiens selon le gouvernement, qui cherche à assurer sa sécurité énergétique.

Le gouvernement avait aussi bloqué la transaction prévoyant l’acquisition du producteur canadien de potasse Potash par la société anglo-australienne BHP Billiton en 2010. Et on attend sa décision en novembre sur la proposition d’acquisition déposée par la société d’État chinoise CNOOC pour le producteur énergétique canadien Nexen, transaction évaluée à 15 milliards de dollars.

Logo de Nexen
Dans les cas de Petronas et dans la perspective d’un refus de la transaction CNOOC-Nexen, on peut se poser des questions sur l’avenir des relations entre le Canada et les pays en développement, en particulier la Chine. Stephen Harper multiplie les accords de libre-échange, mais les transactions bloquées par le gouvernement ou par une entité de l’État n’envoient-elles pas un message contraire?

En même temps, soyons honnêtes : si vous croyez à la concurrence, si vous voulez stimuler vos entreprises, comment pourrait-il en être autrement? Un marché compétitif, concurrentiel et efficace, qui stimule l’économie canadienne, n’est-ce pas le premier objectif que doit poursuivre un gouvernement? C’est ce qui a motivé Ottawa dans les dossiers de Potash et de Progress. C’est ce qui a motivé le CRTC aussi. C’est ce qui motive en fait ces interventions dans le libre marché au nom d’une bonne marche de l’économie.

Maintenant, qu’en sera-t-il de l’offre de CNOOC pour Nexen?

Quelle surprise!

Le CRTC a décidé de refuser la transaction Bell-Astral, prenant ainsi tous les analystes par surprise. Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications, la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars n’aurait pas servi l’intérêt des Canadiens et celle de l’industrie.

Logo du CRTCDans la décision, le CRTC affirme qu’après la transaction, Bell aurait eu 42,7 % des parts d’écoute au Canada anglais et de 33,1 % dans le marché francophone, ce qui aurait octroyé une position encore plus dominante à BCE au Canada et un niveau de parts semblable à Québecor au Québec.

La nouvelle BCE aurait eu 107 stations de radio, 2 réseaux nationaux de télévision et 49 réseaux de chaînes spécialisées. Le patron du CRTC Jean-Pierre Blais affirme que d’accepter une telle transaction aurait permis une « consolidation sans précédent » et aurait pu mener à des « pratiques anticoncurrentielles » de BCE.

En télévision, « 63 % de tous les revenus des services payants et spécialisés » se seraient retrouvés dans les coffres de BCE. En radio, « BCE n’a fait part d’aucune vision » et « n’a pas pris d’engagements fermes ».

Après avoir permis une concentration continue des médias au Canada et le développement d’entreprises verticales (production + distribution + plateformes de diffusion), le CRTC appuie sur le frein. Une nouvelle ère s’annonce.

BCE est perdante, elle ne pourra plus croître par acquisition. Est-ce qu’Astral pourra être achetée dans le contexte actuel? Rogers, Telus et surtout Québecor sortent grandes gagnantes de cette décision. Le concurrent tant craint au Québec par Québecor ne verra pas le jour.

Une réforme de la fiscalité au Québec?

mercredi 17 octobre 2012 à 13 h 00 | | Pour me joindre

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Le Parti québécois a ouvert la voie à une réorganisation de la taxation des revenus, des gains et des dividendes au Québec. Mais, en raison de son statut minoritaire, devant l’opposition du PLQ, de la CAQ et des milieux d’affaires, le gouvernement Marois a reculé et a abandonné trois des quatre promesses de sa plateforme électorale.

Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau.Ainsi, le PQ ne va pas augmenter la taxation du gain en capital et des dividendes. Et il n’abolira pas la contribution santé, tel que promis. Le PQ n’ajoutera pas non plus deux paliers d’imposition supplémentaires à 28 % et 31 % pour les particuliers gagnant plus de 130 000 $ et de 250 000 $ par année. Il se contentera d’un palier de plus à 25,75 % pour les revenus dépassant 100 000 $.

Sans prendre position sur les mesures proposées, annulées et revues, on peut tout de même se demander si on ne vient pas de rater une bien belle occasion de revoir en profondeur notre système de taxation, de cotisations et de déductions fiscales.

D’abord, plusieurs analystes l’affirment et le réclament : il y a du ménage à faire dans les déductions offertes et dans les différents crédits d’impôt disponibles. Ensuite, il y a des aberrations qu’il faut corriger comme le révèlent deux chercheurs aujourd’hui.

Le taux marginal d’imposition d’une famille monoparentale peut atteindre presque 80 % lors d’un changement de palier d’impôt pour les revenus se situant entre 32 000 et 40 000 $. C’est Luc Godbout et Michaël Robert-Angers, de l’Université de Sherbrooke, qui en font la démonstration dans leur plus récente étude.

Et puis, l’économiste Martin Coiteux, de HEC Montréal, affirme pour sa part qu’avec la nouvelle mouture d’impôts et de contribution santé, annoncée la semaine dernière par le ministre des Finances et de l’Économie Nicolas Marceau, le taux marginal sur les revenus se situant entre 130 000 $ et 150 000 $ peut atteindre 54 %, ce qui est plus élevé que le taux de près de 50 % pour les 150 000 $ et plus.

Par ailleurs, ne serait-il pas temps de faire une distinction entre un bien détenu sur une longue période et un bien spéculatif? À la rubrique VISION du mois d’octobre à RDI Économie, l’économiste Marie-Hélène Legault, ex-collègue de Nicolas Marceau à l’UQAM, proposait une taxation par palier du gain en capital : 50 % du gain en capital soumis à l’impôt sur les investissements à long terme, 75 % sur les investissements à moyen terme et 100 % du gain en capital devrait être soumis à l’impôt sur les investissements à court terme ou spéculatif.

Le ministre Marceau voulait, lui, faire passer la part du gain en capital de 50 % à 75 %, peu importe la durée de possession du bien. Il a finalement laissé tomber ce projet.

Enfin, et je crois que c’est un problème fondamental, ne faudrait-il pas s’attaquer à l’évitement fiscal et à l’évasion fiscale de façon plus agressive? On comprend que l’évasion fiscale, c’est de ne pas déclarer des revenus qui auraient dû normalement être imposés ou taxés. C’est illégal et le gouvernement du Québec tente de l’enrayer.

L’évitement fiscal, c’est de tout faire pour éviter de payer son impôt. Les plus riches et les grandes entreprises ont plusieurs moyens pour réduire leur impôt. Ce n’est pas illégal, mais c’est une démarche qui prive l’État d’un montant d’impôt important.

On peut parler longtemps du niveau de taxation des particuliers et des entreprises, dire que c’est trop ou pas assez élevé, mais ne serait-il pas l’heure d’établir une stratégie qui marche pour réduire l’évasion fiscale et l’évitement fiscal ?

Et donc, ne sommes-nous pas dus pour une bonne discussion sur la fiscalité au Québec?

L’immobilier ralentit? Vraiment?

mardi 16 octobre 2012 à 13 h 46 | | Pour me joindre

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Il est trop tôt, ou peut-être trop tard, pour dire que l’immobilier ralentit. Les reventes de maisons ont baissé de mars à septembre au Canada, surtout avec la chute hypertrophiée du marché de Vancouver, mais elles ont remonté d’août à septembre. S’agit-il d’une réelle tendance à la baisse ou d’un creux de vague? On verra dans les prochains mois.

Maisons en construction à Abbotsford, en Colombie-BritanniqueChose certaine, les économistes sont prudents : il y a des signes de ralentissement, mais il y a encore plusieurs chiffres qui confirment que le secteur demeure extrêmement vigoureux. Et que les Canadiens ne cessent d’augmenter leur endettement hypothécaire.

Les reventes de maisons au Canada sur 12 mois ont baissé de 15,1 %. Mais elles ont augmenté de 2,5 % d’août à septembre. Les prix des maisons continuent de monter : sur 12 mois, hausse de 1,1 %. Ce chiffre est plus élevé si on retire le marché de Vancouver.  Dans 18 des 26 grands marchés, les reventes étaient en hausse en septembre sur une base mensuelle.

La construction demeure vive, les taux d’intérêt sont toujours très bas et alléchants. Et le nombre d’inscriptions de maisons à vendre a bondi de 6,5 % le mois dernier. Est-ce que c’est un marché qui ralentit, qui a ralenti, qui est en train de rebondir?

Est-ce que le resserrement des règles hypothécaires au Canada limitant le niveau de refinancement hypothécaire et la période d’amortissement va vraiment produire son effet pour calmer le marché et surtout l’endettement des Canadiens? Ou faudra-t-il intervenir de nouveau, pour une cinquième fois, comme le laissait entendre l’économiste Benoit Durocher, de Desjardins, lundi soir à RDI Économie?

Le niveau d’endettement est très inquiétant au pays. Le Globe and Mail écrit ce matin que le taux d’endettement est entré dans une « zone dangereuse ». Pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible (donc après impôts et cotisations), le ménage moyen canadien a une dette de crédit et d’hypothèque de 163,40 $. C’est un ratio dette/revenu disponible de 163,4 %, plus élevé qu’en Grande-Bretagne et aux États-Unis avant l’éclatement de la bulle immobilière à partir de 2006. La bonne nouvelle, c’est qu’en tenant compte de la valeur des actifs, le ratio d’endettement est plus stable, autour de 24 %.

Le marché immobilier doit absolument ralentir pour que le niveau d’endettement ne cesse d’augmenter au Canada selon l’économiste Durocher. La Banque du Canada ne peut pas, dans le contexte économique actuel, augmenter les taux d’intérêt. Ottawa devra-t-il encore intervenir?

Récession ou déficit?

lundi 15 octobre 2012 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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L’intervention des banques centrales au cours des derniers mois a alimenté la hausse boursière, notamment à New York. Mais ce mouvement haussier est-il en train de s’essouffler?

L’indice S&P500 est au même niveau qu’il y a six semaines. New York est encore 12 % au-dessus de son creux de juin, mais est en baisse de plus de 3 % depuis la mi-septembre. Il est trop tôt pour établir des tendances. Mais la question se pose : quelle est la suite? Les banques centrales ont-elles atteint la limite de ce qu’elles pouvaient faire pour relancer l’économie?

Du point de vue boursier, dans ces circonstances, plusieurs analystes se demandent si une correction n’est pas en cours. Sur le plan économique, les dirigeants qui se sont rencontrés en fin de semaine à Tokyo dans le cadre du sommet annuel du FMI et de la Banque mondiale se sont demandé s’il ne fallait pas faire une pause dans les mesures d’austérité budgétaire pour miser davantage sur la stimulation de l’économie.

Christiane Lagarde, directrice du FMI.

La directrice du FMI, Christine Lagarde, a déclaré que la politique budgétaire des pays avancés doit être « calibrée de manière à être aussi favorable que possible à la croissance ». Les dirigeants se sont aussi entendus pour accorder deux années supplémentaires à la Grèce pour que le pays atteigne ses objectifs budgétaires.

La question qu’il faut se poser, c’est comment éviter une nouvelle récession mondiale. Le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance la semaine dernière, confirmant le ralentissement de l’économie mondiale et le pouvoir limité des banques centrales pour relancer l’économie.

Sur Yahoo Finance, l’investisseur Robert Wiedemer, directeur d’Absolute Investment Management, affirme que si on continue comme ça, il y aura bel et bien une récession. « Mais on peut l’éviter, selon lui, cette récession. Et la façon de le faire, c’est d’augmenter le déficit, comme on l’a fait auparavant. Si vous faites passer le déficit de 1000 à 2000 milliards de dollars [aux États-Unis], vous allez voir que nous serons loin de la récession! »

La Chancelière de l'Allemagne, Angela Merkel

Doit-on aller jusque-là?

Le niveau d’endettement est très élevé dans plusieurs pays occidentaux. C’est un problème. Et, l’Allemagne continue d’affirmer qu’il faut s’attaquer d’abord et avant tout à ce problème fondamental. L’Allemagne est exigeante parce que c’est elle qui paie une bonne partie de la note pour aider les pays européens en difficulté. En même temps, c’est elle aussi qui a largement contribué à l’endettement excessif de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de l’Irlande, en exportant quantité de biens dans ces pays. L’Allemagne a profité de la crise, accusent les plus critiques. Et la chute de l’euro a aussi servi ses exportateurs.

Berlin doit peut-être revoir ses positions. Alternatives économiques rapportait dans son édition de septembre les propos de Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Schröder, qui disait ceci : « Il serait à la fois tragique et ironique que l’Allemagne réunifiée provoque pour la troisième fois, par des moyens pacifiques cette fois et avec les meilleures intentions du monde, la ruine de l’ordre européen. »

Nous sommes à un tournant. Plus d’austérité, plus de contraction économique? Ou une pause dans l’austérité, plus de déficit sans doute, plus de dette aussi, avec un espoir que cette fois-ci, ce sera assez pour relancer l’économie?

Les coopératives à la rescousse!

vendredi 12 octobre 2012 à 13 h 23 | | Pour me joindre

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Le PIB des coopératives mondiales équivaut pratiquement à celui de l’Italie. C’est un mouvement économique, social, idéologique et pratique qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Pourtant, malgré toute son importance, les coopératives sont encore considérées comme les parents pauvres, les marginaux du monde économique.

Tellement que les médias ont peu couvert le premier Sommet international des coopératives qui se tenait à Québec cette semaine et qui réunissait plusieurs milliers de personnes venues de 91 pays. En conclusion du sommet, la déclaration finale appelle notamment à une plus grande reconnaissance politique des coopératives et des mutuelles.

Bien que le Mouvement Desjardins se fasse parfois accuser de ressembler de plus en plus à une banque et de moins en moins à une coopérative, c’est tout de même sa présidente et chef de la direction Monique Leroux qui a le mieux exprimé ce qu’on pourrait presque considérer comme du mépris envers les coopératives.

En entrevue à RDI Économie jeudi soir, elle a dit : « Notre contribution est très importante auprès des personnes, des collectivités, sur le plan économique, mais ce n’est pas toujours vu et compris comme tel par les grands économistes de la planète, les gouvernements, les organismes de réglementation. […] Nous croyons que l’ensemble des intervenants, les médias, les gouvernements doivent mieux nous connaître. »

Il faut savoir que, selon l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke, « 40 % des entreprises du Global 300 [les 300 plus grandes coopératives du monde] ont plus de 70 ans. Plusieurs analyses révèlent que les coopératives ont un taux de survie supérieur aux entreprises à capital-actions ».

Qui plus est, selon Monique Leroux, « l’économie capitaliste traditionnelle n’arrive pas à répondre à tous les besoins, donc il y a une fenêtre, un moment d’opportunité unique pour le mouvement coopératif ». En même temps, dit-elle, « les coopératives doivent tenir compte qu’elles ne vivent pas sur une île. Et donc, si nous voulons apporter notre pleine contribution, il nous faut toujours être capable de s’adapter, d’innover, de se financer ».

En fait, le message envoyé c’est que le monde et ses habitants ont besoin de plus de coopératives, de coopération, d’union civilisatrice qui place l’humain au cœur du développement et non pas toujours le capital. C’est une autre manière de voir les choses. Ce n’est pas la seule, mais c’en est une qui a le mérite de procurer du travail à des gens, de la stabilité et, comme le dit l’ex-président du Mouvement Desjardins Claude Béland, du bonheur.

D’ailleurs, dans le livre qu’il vient de publier ces jours-ci, L’évolution du coopératisme dans le monde et au Québec, Claude Béland écrit que « pour que les êtres humains puissent se construire une éthique du mieux vivre ensemble et concevoir une doctrine socioéconomique qui tienne compte de leur nature, ils doivent nécessairement inventer un système qui les protège de leurs faiblesses, soit le désir de domination par l’exploitation des plus faibles, de la cupidité et du désir de possession sans limites ». C’est le principe de base du coopératisme.

Les coopératives créent de l’emploi, contribuent au tissu social et à l’économie en général. Sont-elles une option au capitalisme, un complément ou un adoucisseur? Qu’en pensez-vous?