Blogue de Gérald Fillion

Essence : oui, ça s’explique! Un peu…

mercredi 12 septembre 2012 à 11 h 29 | | Pour me joindre

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Chaque fois que je tente d’expliquer la hausse des prix de l’essence, j’essuie une volée de remontrances, du genre que je ne comprends rien, que je protège les pétrolières, que je ne sais plus quoi inventer pour justifier la hausse des prix et la spéculation. C’est n’importe quoi, je vous le dis tout de suite. Tout ce que j’essaie de faire, c’est d’expliquer ce qui se passe et non de prendre parti pour les géants du pétrole, les détaillants ou les automobilistes.

Beaucoup d’automobilistes expriment leur colère, en particulier ceux qui doivent faire beaucoup de route pour leur travail ou pour se rendre de la maison au bureau. Et quand j’entends les annonces de bouchons interminables dans ma radio, j’imagine que c’est extrêmement frustrant. Et je vous comprends.

Prix de l'essence à Montréal (11 septembre 2012)

Il y a une partie qui s’explique, que vous le vouliez ou non. Mais il y a aussi une partie qui ne s’explique pas vraiment. Et vous avez raison de poser des questions.

Ce qui est difficile à expliquer, c’est la variation soudaine du prix de l’essence dans certains marchés, en particulier dans la grande région de Montréal. Et c’est aussi le niveau fixé par les stations, qui sont nombreuses à se surveiller du coin de l’œil et au coin de la rue pour offrir les mêmes prix aux pauvres clients, privés la plupart du temps d’un marché vraiment concurrentiel.

Pourquoi 1,54 $ alors que le coût d’acquisition se situait à 1,39 $ mardi puis à 1,43 $ mercredi? Pourquoi augmenter le prix de 10 à 14  ¢ d’un coup? Si la marge habituelle de profits pour les détaillants est de 5 ou 6 ¢ en moyenne, pourquoi n’est-ce pas toujours le cas, tous les jours, toutes les heures du jour? Dans un marché encadré, le prix aurait été de 1,44 $ ou 1,45 $ le litre d’essence ordinaire mardi et de 1,48 $ ou 1,49 $ mercredi matin.

Comprenons-nous bien. Un marché encadré ne ferait pas baisser les prix. La moyenne ne changerait pas vraiment sur l’ensemble de la semaine. Mais le client, lui, qui a besoin de mettre de l’essence dans son automobile, n’aurait pas à subir des variations extrêmes et surprises, choquantes et insultantes, si le marché était mieux balisé.

Le gouvernement libéral au Québec n’a rien fait pour maîtriser les variations de prix. Le ministre Clément Gignac affirmait qu’un prix plafond ne serait pas utile parce qu’il ne ferait pas baisser les prix. N’empêche qu’un tel prix aurait pu entraîner une moins grande volatilité dans les prix et une fourchette de variation plus serrée. Cela aurait pu permettre aux automobilistes de mieux prévoir et de mieux gérer leur consommation d’essence.

Est-ce que le gouvernement du PQ fera quelque chose pour contrôler les prix de l’essence?

Par ailleurs, ce qui s’explique, c’est le mouvement de fond, qui pousse les prix de l’essence à la hausse en Amérique du Nord. Je le répète : la réalité qui s’explique, c’est la hausse de l’essence. Ce qui ne s’explique pas, c’est les variations extrêmes et le prix de 1,54 $ mardi.

Fondamentalement, l’essence monte pour plusieurs raisons :

1-      Les stocks énergétiques sont près de leur plus bas en six mois aux États-Unis en raison d’une réduction de la production et du raffinage à cause de l’ouragan Isaac. Moins de production, moins de stocks, alors que la demande est toujours élevée. Ça fait monter les prix sur le marché : prix du pétrole, prix du raffinage.

2-      L’intervention des banques centrales et l’approbation du nouveau Mécanisme européen de stabilité financière entraîneront une injection de plusieurs centaines de milliards de dollars supplémentaires dans les marchés financiers obligataires. Une telle injection d’argent pourrait alimenter une reprise économique. On spécule, oui, on spécule dans les marchés sur les effets de ces interventions, ce qui alimente les prix des ressources à la hausse.

3-      Les tensions géopolitiques en Iran, l’un des plus importants producteurs de pétrole du monde, font pression sur les cours du pétrole, en particulier sur le Brent négocié à Londres. C’est le pétrole qu’on achète dans l’Est du Canada, étant donné que c’est ce pétrole qui est physiquement accessible. Il n’y a pas d’oléoducs en provenance du Venezuela, du Mexique ou de l’Alberta pour acheter le pétrole qui se négocie en fonction du prix à New York, qui se situe entre 95 et 100 $. Ce qu’on achète, c’est le pétrole venu de la mer du Nord et d’Afrique du Nord, dont le prix négocié s’aligne sur le Brent de Londres, qui est à plus de 115 $ le baril. C’est factuel. Il n’y a pas de complot. On n’a pas le choix.

En terminant, l’écart entre Montréal et l’Alberta, ou Montréal et Burlington s’explique par le niveau de taxation. Chez nous, 40 % du prix payé à la pompe, ce sont des taxes : TPS, TVQ, taxe sur l’essence du Québec, taxe d’accise fédérale et la taxe de l’AMT. En Alberta, la taxe sur l’essence est de 9 ¢ le litre et non de 18 ¢ comme au Québec. Ne s’appliquent ensuite que la TPS et la taxe d’accise fédérale. Au Vermont, la taxe sur l’essence est de 19 ¢ le gallon et 3,7 ¢ d’autres taxes, ce qui est minime par rapport aux taxes canadiennes.