Billets publiés le 10 septembre 2012

Le CRTC sera-t-il à la hauteur?

lundi 10 septembre 2012 à 14 h 48 | | Pour me joindre

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Le CRTC doit se prononcer sur l’acquisition d’Astral par Bell, transaction de 3,38 milliards de dollars. Pour y arriver, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes tient des audiences publiques cette semaine à Montréal. Des entreprises des secteurs du multimédia, des télécommunications, de la radio, des producteurs, des groupes cinématographiques et des associations de consommateurs vont s’exprimer sur la transaction.

Le pdg de Bell, George Cope.

Depuis plus d’une décennie, le CRTC a peu fait pour réduire la concentration des médias. En fait, on pourrait même penser qu’elle l’a encouragée en raison de ses décisions. Au fil du temps, le Conseil a rendu des décisions favorables aux acquéreurs tout en leur demandant de réduire leurs parts dans certains marchés, en se délestant de quelques stations de radio ou de télévision. On peut penser qu’il en sera ainsi dans le projet d’acquisition d’Astral par Bell.

Bell possède une trentaine de chaînes de télévision, notamment CTV et RDS, et 33 stations de radio. Astral est propriétaire de 24 chaînes de télévision spécialisée, dont Canal Vie et Séries+, ainsi que de 84 stations de radio.

En 2010-2011, selon le CRTC, Bell détenait 33,7 % du marché de la télé anglophone au pays. Cette part ne bougera pas, selon Bell, avec l’acquisition d’Astral, mais la part au Québec passerait de 6 à 24,4 %. Les opposants, Cogeco, Quebecor, Telus et Rogers, font valoir que BCE se retrouverait avec près de 40 % du marché de la télé dans tout le pays.

Cette transaction se ferait à l’intérieur du cadre officieux que s’est donné l’organisme, c’est-à-dire une part de marché qui ne doit pas dépasser, en principe, la barre des 35 % dans un même marché. Bell dit respecter ce modèle (34 anglo, 24 franco), mais les opposants sont d’avis qu’il faut regarder la portée pour tout le pays.

Tout de même, dans tous les cas, si le CRTC dit oui à la transaction, il dit oui aussi à une concentration plus grande des médias. En fait, la réalité, c’est que le CRTC favorise la concentration des médias au Canada depuis les années 90. De grands groupes se sont bâtis pour créer des structures verticales : Bell et Quebecor en sont de bons exemples.

Ces entreprises vous offrent le câble ou le satellite, sont propriétaires de chaînes de télé et de journaux, produisent du contenu télé, rassemblent leurs équipes d’informations pour créer du contenu à distribuer sur plusieurs plateformes, achètent du contenu vivant pour alimenter leurs réseaux et supports technologiques (équipes de sports, producteurs de spectacles, etc.) et le rouleau compresseur de la convergence et de la concentration poursuit sa route à vive allure.

Si le CRTC a la commande politique de favoriser davantage le libre marché, le résultat est tout autre. On ne favorise pas la concurrence en permettant une plus grande concentration des médias. Deux questions se posent : 1- le CRTC doit-il revoir ses lignes directrices en matière de concentration? 2- Si elle devait refuser la transaction Bell-Astral, serait-elle tenue d’imposer de nouvelles règles à Qeébecor, qui détient environ 35 % du marché de la télé au Québec?

Cette décision à venir du CRTC est importante. Le Conseil élèvera-t-il la réflexion au-delà de la transaction Bell-Astral, de l’opposition orchestrée par Quebecor pour aller plus loin et réfléchir à l’état de la concurrence dans le marché des médias et à l’intérêt des Canadiens?