Blogue de Gérald Fillion

Bell-Quebecor : 2 poids, 2 mesures?

Mardi 7 août 2012 à 13 h 18 | | Pour me joindre

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Il est clair que l’offre de Bell pour Astral ne va pas passer comme une lettre à la poste. Si le CRTC accepte la transaction évaluée à 3,38 milliards de dollars, Bell se retrouvera avec 37,6 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle en plus de dominer le marché radiophonique. Bell deviendrait ainsi un puissant joueur dans la production de contenu, la diffusion et la distribution (téléphonie, Internet, satellite, fibre, etc.).

Il est donc normal que certains expriment des réticences, voire une opposition totale à ce que cette transaction soit conclue. Il y a un lieu pour exprimer son opposition : le CRTC. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications reçoit jusqu’à jeudi les commentaires sur la vente d’Astral à Bell. Puis, les audiences publiques commenceront le mois prochain.

Pierre Karl Péladeau Quebecor, Cogeco et Eastlink ont décidé de ne pas attendre ces audiences et de lancer une offensive publique contre la transaction. Lettre dans les journaux, site web et conférence de presse pour demander aux Canadiens d’exprimer leur opposition à la transaction. Que Cogeco veuille défendre le marché radiophonique qui est le sien est une chose. Mais que Quebecor vienne dénoncer une concentration du marché de la télé entre les mains d’une seule entreprise nous oblige à poser de sérieuses questions à cette entreprise.

En fait, il faut poser beaucoup de questions sur la transaction BCE-Astral qui donnera un avantage concurrentiel exceptionnel à BCE. Mais on doit aussi poser des questions à Quebecor aujourd’hui, qui lance publiquement une charge contre ses concurrents.

Pourquoi Quebecor peut-elle dominer le marché québécois avec 35 % des parts de marché dans l’écoute télévisuelle et que BCE ne pourrait pas en faire autant avec 37,6 % du marché canadien (et 32 % au Québec)? Pourquoi est-ce deux poids deux mesures entre le Québec et l’ensemble du Canada? Pourquoi Pierre Karl Péladeau considère-t-il qu’au Québec, le marché de la télé se livre à une « saine concurrence », alors qu’un niveau de part de marché semblable pour son concurrent Bell dans l’ensemble du Canada menace la concurrence, le marché de la publicité et les prix pour les consommateurs?

Pierre Karl Péladeau et Louis Audet répondent que le marché a changé depuis l’acquisition de TVA par Vidéotron, puis de Vidéotron par Quebecor. Ils affirment aussi que le débat n’est pas québécois, mais canadien et que c’est l’avenir du pays qui est en jeu. N’empêche, le résultat des transactions Vidéotron-TVA-Quebecor a été le même que celui qui s’annonce avec la transaction Bell-Astral : une plus grande concentration des médias.

Alors, pourquoi c’était bon pour Quebecor et que ce ne le serait pas pour BCE ?

Souhaitons que les audiences du CRTC nous donnent d’excellents débats et une vraie réflexion sur cet enjeu.