Billets publiés le 25 avril 2012

Des chercheurs, des économistes et des analystes s’inquiètent d’une tendance qui semble prendre de l’ampleur à Ottawa : la réduction des données disponibles pour comprendre notre société. Nous en avons déjà discuté ici sur ce blogue les 10 et 17 février dernier. Des événements récents nous obligent à y revenir.
 
Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (archives)D’abord, dans sa dernière publication, diffusée ce matin, Production de rapports sur le budget et les dépenses pour le Parlement : Renforcer la transparence et la surveillance en période de consolidation budgétaire, le directeur parlementaire du budget Kevin Page affirme que les députés n’ont pas assez d’informations pour étudier les mesures annoncées dans le budget 2012-2013.
 
« Le budget de 2012 et les rapports sur le statu quo présentés au Parlement sont trop généraux, selon Kevin Page, pour éclairer les parlementaires quant aux changements prévus ou pour faire le point sur les progrès accomplis. De plus, le gouvernement a déjà ordonné aux ministères de ne pas inclure dans leurs rapports sur les plans et les priorités (RPP) les détails relatifs aux mesures d’économie incluses dans le budget de 2012. À l’heure actuelle, ces détails sont fournis seulement par l’entremise des journaux et des lettres des sous-ministres sur l’incidence sur l’emploi. »
 
En introduction, Kevin Page dit aussi : « Les parlementaires ayant l’obligation fiduciaire envers les Canadiens de gérer les deniers publics, ils ont donc besoin de données financières transparentes et disponibles en temps utile pour assumer leurs responsabilités. »
 
Statistiques Canada Récemment, on apprenait que Statistique Canada allait abandonner la publication de certains indicateurs en raison des compressions que l’organisme doit apporter. Le Globe and Mail nous apprenait il y a quelques jours qu’en plus de la réduction de 8 % des dépenses de Statistique Canada, plusieurs ministères prévoient réduire leurs commandes d’études auprès de Statistique Canada en raison de compressions qu’ils doivent eux aussi mettre en oeuvre.
 
Tout ça se fait dans un contexte où des doutes sont soulevés sur les enquêtes de Statistique Canada quant à l’évolution de la population active. Les hausses et les baisses mensuelles d’emplois ont été particulièrement fortes, à plusieurs reprises, depuis l’été dernier. Pertes massives d’emplois en octobre, novembre et décembre au Québec et bond de 82 000 au Canada en mars. Les économistes sont de plus en plus nombreux à exprimer des réserves quant à la fiabilité des résultats de l’enquête sur l’emploi et aimeraient que Statistique Canada révise ses méthodes de calcul.
 
L’économiste Jean-Pierre Furlong m’écrivait d’ailleurs il y a une semaine que deux enquêtes à Ottawa sur l’emploi n’arrivaient pas aux mêmes résultats. Selon l’Enquête sur la population active, il s’est perdu 61 000 emplois au Québec au 4e trimestre 2011. Selon l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures travaillées, l’emploi est demeuré stable! Les critères méthodologiques ne sont pas les mêmes.
 
N’est-il pas inquiétant, dans ces circonstances, de réduire les dépenses dans les rapports, les enquêtes, les recherches, les chiffres et les statistiques?