Blogue de Gérald Fillion

Le Canada est-il malade?

Jeudi 19 avril 2012 à 19 h 03 | | Pour me joindre

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Le gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney a expliqué, en faisant le point sur sa politique monétaire mercredi, que les prix internationaux du pétrole, plus élevés que les prix nord-américains, nuisent à l’économie canadienne. Le pétrole qu’on importe coûte plus cher que le pétrole qu’on exporte. Donc, ça défavorise l’économie canadienne.

Cela dit, c’est conjoncturel.

Fondamentalement, on peut se demander si la croissance de la production et des prix du pétrole n’est pas en train de créer une économie à deux vitesses. Et la question que posent plusieurs économistes, c’est celle-ci : le Canada est-il atteint du mal néerlandais?

Le président sortant de l’Association des économistes du Québec François Delorme craint que oui. Dans une entrevue qu’il nous a accordée jeudi soir, il nous a expliqué qu’il y a des liens importants entre le pétrole, le dollar et les emplois manufacturiers. Ainsi, les prix du pétrole ont bondi de 300 % depuis 10 ans, le dollar canadien, de 50 %, tandis que les emplois manufacturiers ont chuté de 30 %.

La hausse du pétrole profite nécessairement à l’Alberta, grande productrice et exportatrice de pétrole. C’est payant pour les citoyens albertains, pour la province et pour le gouvernement du Canada. Mais cette hausse du pétrole entraîne aussi une appréciation de notre devise, le dollar canadien. Et, comme on peut le constater sur le graphique ci-contre, la courbe du dollar suit la courbe du pétrole.

La hausse comme la force du dollar canadien nuisent aux exportateurs manufacturiers, principalement ceux de l’Ontario et du Québec. Ça fait des années qu’on en parle. Quantité d’usines ont fermé, des centaines de milliers d’emplois ont été perdus. La situation n’ira pas en s’améliorant, selon François Delorme, car nous avons pour 250 ans de réserves potentielles de pétrole que les pouvoirs publics en place veulent développer.

 

De plus, François Delorme analyse que la concurrence chinoise sur le marché des États-Unis et le protectionnisme américain sont deux autres facteurs qui nuisent au secteur manufacturier de l’Est du pays.

Le Canada est-il donc en train de s’enfoncer dans un régime à deux vitesses? Comment se sortir de cette situation intenable sur les plans économique et politique? D’autant que le niveau de péréquation plafonne, même si les besoins ne cessent de grandir, tout comme les disparités régionales…