Blogue de Gérald Fillion

Pouvoir citoyen 2.0

Mercredi 11 avril 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

Pour me joindre

image facebook
Bien des enjeux et des débats sont soumis aux diktats de l’opinion publique. Les entrepreneurs, dirigeants d’entreprises et décideurs publics craignent moins une récession ou une perte de contrats qu’un ressac populaire. Une contestation massive et médiatique qui, dans une grande vague, peut faire chavirer tout un plan d’affaires ou un programme économique.
 
On a vu le gouvernement du Québec reculer dans les dossiers du mont Orford et du gaz de schiste, ainsi qu’à propos d’une restructuration des prêts et bourses il y a quelques années. Les étudiants souhaitent en faire autant aujourd’hui avec leur combat contre la hausse des droits de scolarité. Ils ont gagné une première manche en poussant le gouvernement Charest à améliorer son programme de prêts, mais n’ont pas réussi à le faire plier sur la hausse de 75 % annoncée sur 5 ans.
 
On a vu aussi il y a quelques années le Cirque du Soleil et Loto-Québec abandonner un projet comprenant notamment un casino dans le sud-ouest de Montréal à la suite d’une contestation importante des milieux sociaux.
D’autres raisons ont expliqué la décision des deux institutions, mais le manque d’appui populaire a été un facteur important dans le déraillement du projet.
 
Il y a aussi le terminal méthanier Rabaska dans la région de Québec, qui a pris l’eau pour plusieurs raisons, dont l’opposition de citoyens. Dans le dossier des gaz de schiste, le gouvernement a été obligé de reculer et de décréter un quasi moratoire.
 
Le pouvoir citoyen existe et nous assistons aujourd’hui à une nouvelle incarnation de ce pouvoir : les médias sociaux. La plus récente illustration de cette mutation, c’est ce qui s’est passé avec Lassonde, producteur des jus Oasis. Il a dû affronter un déferlement de commentaires négatifs sur sa page Facebook au cours de la dernière fin de semaine à propos d’une bataille juridique qu’il a menée contre Olivia’s Oasis depuis sept ans.
 
Page Facebook d'OasisVous connaissez l’histoire, diffusée dans La Presse samedi. Cette petite entreprise québécoise a eu le malheur d’utiliser ce mot grec emprunté de l’égyptien (merci Petit Robert) « oasis » dans sa marque de commerce, le même mot qu’on retrouve sur les boîtes de jus vendus par Lassonde. La contestation massive sur Facebook a poussé Lassonde à conclure une entente financière dans la journée avec la propriétaire de la petite entreprise, Deborah Kudzman.
 
Ce qu’on apprend de cette affaire, c’est que le pouvoir citoyen existe plus que jamais. Il est dans la rue, il s’incarne par des pétitions, des boycottages, des mémoires longuement préparés pour des consultations publiques et maintenant, de plus en plus, dans les médias sociaux. Ce nouveau canal est devenu une véritable autoroute de l’expression populaire, un lieu de rassemblement efficace, rapide, difficile à maîtriser, qui demande aux dirigeants une grande prudence, beaucoup de finesse dans leurs actions et une bonne dose d’humilité.
 
Le client a toujours raison, disent souvent les commerçants. Les médias sociaux lui donnent aujourd’hui un porte-voix puissant.