Billets publiés en mars 2012

Budget Flaherty : les détails

jeudi 29 mars 2012 à 17 h 04 | | Pour me joindre

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Jim FlahertyAprès le Québec, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan, voilà que le gouvernement fédéral s’amène avec son budget jeudi, qui pourrait être le plus important du gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir en 2006, pour deux raisons. Il signalera une réduction de la taille de l’État par des baisses de dépenses importantes (« modestes » a dit le ministre) et c’est le premier vrai budget présenté par un gouvernement majoritaire conservateur. 
 
Cela dit, les dépenses de programmes ont augmenté de 43 % au Canada de 2005 à 2012.
Ainsi, 6 choses à surveiller dans le budget Flaherty de jeudi :
 
1- Compressions de 5 à 10 % dans les dépenses des 67 ministères et organismes à qui le gouvernement a demandé une révision stratégique. Des rumeurs nombreuses ont circulé sur l’ampleur des réductions. Il est probable que le gouvernement demandera des efforts variables aux différentes entités.
 
Des sources m’ont signalé que certains secteurs pourraient subir des compressions allant jusqu’à 15 %, mais le gouvernement conservateur a mis beaucoup de temps à boucler son budget en raison de négociations intenses, de plans révisés et en raison aussi de la complexité d’un plan de compressions qui touchent autant de budgets, ministères, organismes, cadres et employés.
 
Les compressions pourraient atteindre 8 milliards de dollars sur un total de 80 milliards, des compressions qui s’étendraient sur 3 ans. Le Centre canadien des politiques alternatives affirme que de telles compressions pourraient entraîner la suppression de 60 000 emplois, par attrition et par mises à pied. Il y aurait environ 11 000 personnes qui quitteraient la fonction publique chaque année.
 
2- Simplification des programmes d’aide à la recherche et au développement pour les entreprises dans le cadre d’une nouvelle stratégie en matière d’innovation. Une enveloppe de 6 milliards de dollars est au coeur de cette réévaluation. Déjà, dans sa mise à jour de novembre, le ministre des Finances indiquait son intention de soutenir les PME afin qu’elle puisse adopter plus rapidement de nouvelles technologies.
 
Il a évoqué aussi la création de 10 nouvelles chaires d’excellence en recherche au Canada en plus d’appuyer des projets conjoints de commercialisation menés par les collèges et universités. De plus, le versement de certains soutiens fiscaux et la politique d’achat du gouvernement seraient conditionnels à une preuve d’innovation de la part des entreprises. Les activités du Conseil national de recherche du Canada seraient totalement revues.
 
3- Une révision du financement de la sécurité de la vieillesse pourrait être lancée. On a évoqué la possibilité de faire passer l’âge pour recevoir les premiers chèques de sécurité de vieillesse de 65 à 67 ans. Est-ce qu’on s’en va vers cette possibilité? Si oui, ça se fera en combien d’années?
 
4- Le processus d’approbation de certains projets serait accéléré. Afin de répondre à la demande asiatique, l’évaluation environnementale de projets énergétiques se ferait dorénavant plus rapidement. Des mesures concrètes seraient annoncées dans le budget.
 
5- Est-ce qu’Ottawa va intervenir de nouveau pour calmer le marché immobilier? Le ministre a dit qu’il souhaitait que le marché se corrige par lui-même. En même temps, on sait que la SCHL entend réduire considérablement le montant d’hypothèques qu’elle va assurer dans les prochaines années.
 
Certains économistes craignent des bulles immobilières à Toronto et à Vancouver. Au moment où les banques rivalisent d’originalité pour offrir des contrats hypothécaires alléchants pour attirer de nouveaux clients, la SCHL, la Banque du Canada et le gouvernement fédéral tentent de ralentir un marché qui demeure particulièrement dynamique. Selon les économistes de la TD, une hausse des taux de 2 à 3 points de pourcentage entraînerait un ménage sur 10 à consacrer plus de 40 % de ses revenus au remboursement de son hypothèque. À leur avis, le marché immobilier canadien est surévalué de 10 à 15 %.
 
6- Le ministre Flaherty devrait aussi établir une nouvelle cible pour l’équilibre budgétaire. Plutôt que 2015-2016, l’équilibre pourrait être atteint en 2014-2015 grâce aux compressions budgétaires et à une révision à la baisse des déficits attendus. Cela dit, des agences de crédit et d’autres observateurs ont émis la crainte que les compressions à venir pourraient ralentir la croissance au Canada.
 
De plus, la croissance du PIB au Canada a été révisée à la baisse. Pour la première fois en six ans, la hausse du PIB au pays sera plus faible qu’aux États-Unis. La reprise économique mondiale demeure aussi extrêmement fragile. La croissance chinoise ralentit, ce qui affecte le niveau de demande pour les ressources canadiennes.
 
Ne manquez pas nos émissions spéciales à RDI, dès 15 h 30 (HAE) jeudi et RDI Économie, 18 h 15 (HAE).
Un journaliste économique peut éprouver le même plaisir attentif à la lecture d’un budget qu’un croyant catholique qui lit la Bible.
 
Ne soyez pas trop convaincu de cette phrase d’amorce, mais soyez sûr d’une chose : c’est à la lecture, calme et paisible, avec quelques jours de recul, qu’on peut trouver dans un plan budgétaire une foule d’informations peu ou pas mentionnées le jour et le lendemain du budget. À la télé, à la radio, ça va vite, il faut aller à l’essentiel.
 
Alors, voici quelques-unes des mesures du budget Bachand dont on n’a peu ou pas parlé :
 
TRAVAILLEURS D’EXPÉRIENCE
 
Québec annoncera une « stratégie pour une participation active des travailleurs d’expérience » d’ici la fin de la session parlementaire en cours. Cette stratégie est importante, puisque la population de 55 ans et plus est passée de 20 % en 1970 à 35 % en 2011 et atteindra 43 % en 2030. « Le taux de participation au marché du travail de la population de 55 à 69 ans, est-il écrit dans le budget, se situe à 55 % ailleurs au Canada », alors qu’il n’est « que de 47 % au Québec ». Il faut donc trouver des solutions pour garder les Québécois plus longtemps au travail. L’âge moyen de la retraite au Québec est de 61 ans, alors qu’il est de plus de 62 ans au pays.
 
Tout cela s’ajoute à ce dont on a déjà parlé la semaine dernière et par les années passées :
 
  • un crédit d’impôt pour les travailleurs de 65 ans et plus ;
  • un crédit d’impôt pour les employeurs qui embauchent des personnes de plus de 65 ans ;
  • une hausse de la rente (RRQ) dès 2013 pour ceux qui la demande après 65 ans ;
  • une réduction de la rente (RRQ) dès 2014 pour ceux qui la demande avant 65 ans.
 
FORMATION – EMPLOI
 
Québec a rappelé dans son budget une annonce faite début février : la création d’Investissement-compétences, une initiative financée par le Fonds de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre (147 millions) et par le Fonds de développement du marché du travail (214 millions). L’objectif, c’est de favoriser la formation et l’offre de stages et « améliorer l’adéquation entre la formation professionnelle et technique et les besoins du marché du travail ».
 
Le Québec est, selon le gouvernement, « la seule juridiction en Amérique du Nord où l’on exige des entreprises d’une certaine taille (masse salariale supérieure à 1 million de dollars) un investissement annuel minimal en formation équivalant à 1 % de leur masse salariale ». Malgré cela, « le Québec se situe en queue de peloton en ce qui a trait à la formation continue ».
 
LES JEUNES
 
Donnée inquiétante : « la proportion de prestataires d’aide sociale âgés de moins de 25 ans issus de familles prestataires s’élève à 64 % ». Pour amener les jeunes à sortir de cette situation et à entreprendre une nouvelle démarche d’insertion au marché du travail, le gouvernement a créé en 2007 le programme « Alternative jeunesse » pour aider les jeunes à se trouver de l’emploi. La prestation est plus avantageuse que celle de l’aide sociale et peut donner des résultats intéressants. Ainsi, « sur 10 jeunes qui participent à Alternative jeunesse, 6 quittent l’assistance sociale ».
 
Québec octroie aussi un crédit d’impôt pour les jeunes diplômés qui s’installent en région éloignée. Le montant maximal du crédit sera dorénavant de 10 000 $ pour les diplômés du collège ou de l’université. Ainsi, ce changement « permettra d’éliminer l’impôt à payer au Québec pour un minimum de trois ans pour une personne dont le revenu s’élève à 35 000 $ ».
 
LES NOUVEAUX ARRIVANTS
 
Plusieurs mesures pour les nouveaux arrivants au Québec depuis moins de 5 ans et dont le taux de chômage est de 19,7 %. Ainsi, Québec prévoit ramener le délai de traitement des demandes d’immigrations en moins d’un an en 2016. Pour y arriver toutefois, la demande de certificat de sélection passe de 406 $ à 750 $.
 
Aussi, Québec annonce les mesures suivantes :
 
  • programme Mon premier emploi au Québec pour accompagner rapidement les nouveaux arrivants dans leur recherche d’emploi;
  • programme Interconnexion pour favoriser l’intégration des immigrants qualifiés au marché du travail de Montréal;
  • création de trois nouveaux pôles du programme Interconnexion, à Gatineau, Québec et Sherbrooke;
  • programme PRIIME pour les employeurs : 50 % du salaire d’un immigrant est payé par l’État, un immigrant qui en est à une première expérience en Amérique du Nord dans son champs de compétence – avec restrictions;
  • programme Passerelle pour aider financièrement les nouveaux arrivants à se trouver un emploi en région.
 
LE SECTEUR MANUFACTURIER
 
Près de 170 000 emplois ont été perdus dans le secteur manufacturier au Québec depuis une décennie. Malgré cela, ce secteur est encore névralgique pour le Québec. C’est 90 % des exportations du Québec. Et le salaire moyen est supérieur de près de 15 % dans le secteur manufacturier à celui de l’ensemble de l’économie. Les exportateurs se tournent de plus en plus vers l’Europe et les pays émergents.
 
Différentes mesures ont été annoncées dans les dernières années pour soutenir le secteur. Des investissements de 10 millions sont prévus d’ici 2015 pour aider notamment à l’intégration informatique. « Les investissements annuels dans les TIC (technologies de l’information et des communications) par travailleur sont de 30 % à 40 % inférieurs au Canada par rapport aux États-Unis. […] De plus, par rapport à ce qui est observé ailleurs au Canada, le Québec accuse un retard en matière d’investissement dans le secteur des TIC. »
 
L’un des secteurs qui sont visés, c’est l’industrie de la mode et du vêtement qui emploie 38 000 personnes au Québec. Ce secteur doit composer avec baisse de ses exportations, une concurrence étrangère féroce, parfois fatale, et une montée des « chaînes étrangères » dans le marché québécois. Le gouvernement octroi ainsi 2 millions pour soutenir le Bureau de la mode de Montréal, 4 millions pour aider le secteur à développer des marchés extérieurs et 500 000 $ pour un comité de travail pour analyser la situation, faire des recommandations et développer une stratégie.
 
FONDACTION CSN
 
Québec continue d’appuyer les fonds de travailleurs. « Le plafond annuel d’émission sera relevé de 25 millions de dollars par années sur trois ans pour atteindre 175 millions de dollars en 2013, 200 millions en 2014 et 225 millions en 2015. »
 
TOURISME
 
Québec annonce un crédit d’impôt pour la modernisation de l’hébergement touristique. Partout au Québec sauf dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, les propriétaires d’établissements d’hébergements auront droit à un crédit d’impôt de 25 % sur les dépenses encourues pour des rénovations après les premiers 50 000 $ investis, jusqu’à 750 000 $. Agrandissements, remplacements d’appareils sanitaires, remplacement ou ajout de conduites d’eau et d’autres travaux sont admis.
 
CULTURE
 
Québec ajoute 41 millions sur 3 ans pour la culture. Cet argent ira à la conservation du patrimoine culturel, à quelques musées, au mécénat culturel, au Conseil des arts et des lettres, aux médias communautaires, à la numérisation de contenus culturels, à la production d’événements multimédias à l’extérieur du Québec, aux comédies musicales et à la mise en place d’un comité « chargé d’évaluer l’opportunité de soutenir financièrement l’aménagement d’ateliers d’artistes à Montréal ». Québec prévoit aussi 30 millions de dollars pour la construction du théâtre Le Diamant à Québec, à partir des fonds prévus pour les infrastructures.
 
Malgré tout, pour la première fois en plusieurs années, la contribution gouvernementale au secteur culturel a baissé, passant de 776 millions en 2010-2011 à 770 millions en 2011-2012.
 
Je retourne à mes lectures…

Le pouvoir d’une manif…

vendredi 23 mars 2012 à 13 h 01 | | Pour me joindre

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Mon collègue Michel Pepin a cru détecter ce matin dans les propos de la ministre de l’Éducation Line Beauchamp un soupçon d’ouverture à une négociation avec les étudiants. Si ouverture il devait y avoir, la grande manifestation de jeudi qui a attiré 100 000 personnes selon un journal et 200 000 selon un autre quotidien dans les rues de Montréal aura eu son effet.
 
Les manifestants, place Jacques-Cartier
Ce qu’exprime cette mobilisation, c’est que les étudiants sont solidaires, ils ont des appuis et leur mouvement ne s’essouffle pas. Au contraire, il s’amplifie et se solidifie. Même Mario Dumont avait de bons mots pour les étudiants qui, a-t-il dit ce matin à la radio, « ont, pour une fois, parler fort ».
 
Cela dit, quel est l’impact réel d’une telle manifestation? Quelle est son efficacité? À quoi ça sert?
 
Nous avions jeudi soir, sur le plateau de  RDI Économie, Pier-André Bouchard St-Amant. Il était le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) lors d’une autre grande manifestation organisée à Montréal en 2005. Selon lui, une telle manifestation, « c’est un élément efficace à l’intérieur d’un ensemble de mesures. […] C’est important de démontrer au gouvernement et à la société que ce n’est pas un discours tenu seulement par 3 ou 4 leaders étudiants, mais bien par une masse critique d’étudiants qui sont vraiment fâchés, vraiment en colère ».
 
« Le véritable rapport de force, à son avis, c’est dans le fait que les cégeps et les universités doivent reprendre les cours perdus. Un gouvernement ne peut absolument pas se payer le prix d’une double cohorte, c’est-à-dire cette session-ci d’étudiants et celle de la prochaine session. » Il va jusqu’à chiffrer les pertes quotidiennes pour l’État : 5 millions de dollars, un chiffre que nous allons vérifier dans les prochaines heures.
 
Le gouvernement demeure sur ses positions. Québec compte sur l’essoufflement du mouvement. De leur côté, les étudiants se sentent gonflés à bloc. Comment et quand tout cela va-t-il se terminer? Le gouvernement va-t-il céder à la pression des étudiants ou à celle du public? Ou se pourrait-il que la pression vienne des recteurs, inquiets des pertes financières si la situation perdure encore plusieurs semaines?

Êtes-vous plus riches, oui ou non?

mercredi 21 mars 2012 à 13 h 04 | | Pour me joindre

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Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a présenté mardi un budget tranquille, sans annonce majeure, tentant de faire oublier les mauvaises nouvelles d’il y a deux ans, qui prennent effet budget après budget. On a beaucoup parlé des ressources, des retraites, du déficit et de la dette mardi. Mais il ne faut pas oublier qu’en 2012 plusieurs taxes, tarifs et cotisations augmentent : TVQ, taxe sur l’essence, contribution santé, droits de scolarité et cotisations à la RRQ. Des centaines de millions de dollars de plus qui vont dans le financement des dépenses de l’État.

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, lors du dépôt du budget provincial 2012-2013Compte tenu de ces charges supplémentaires, Raymond Bachand tenait à nous dire que les Québécois, depuis 2003, ont un revenu disponible aujourd’hui plus élevé. « Une fois dressé le bilan des mesures prises depuis 2003, on constate que les ménages québécois se retrouvent avec plus d’argent dans leurs poches en 2012 qu’il y a neuf ans », est-il écrit dans le document complémentaire au budget Les Québécois et leur revenu disponible.

Le fiscaliste Stéphane Leblanc de la firme Ernst and Young calcule les choses autrement et arrive à une autre conclusion. Voici son analyse.

Depuis 2003, le gouvernement Charest a annoncé pour 5,6 milliards de dollars de mesures favorables aux contribuables :

  • baisse d’impôt : 950 millions de dollars en janvier 2008;
  • déduction  pour travailleur : 588 millions de dollars;
  • soutien aux enfants : 547 millions de dollars;
  • prime au travail : 304 millions de dollars;
  • indexation des mesures et des tables d’imposition : 2,7 milliards de dollars;
  • crédit pour solidarité : 510 millions de dollars.

Cela dit, le fiscaliste Leblanc me dit que « l’indexation ne procure pas d’avantages aux contribuables. Elle procure simplement la conservation de [son] pouvoir d’achat ». Autrement dit, les paliers d’impôt suivent l’inflation. Par exemple, en 2011, le niveau d’imposition de 20 % s’appliquait sur les revenus de 39 060 $ à 78 120 $. En 2012, ce palier s’applique sur les revenus de 40 100 $ à 80 200 $.

Ainsi, soyons très clairs. Un travailleur qui gagnait 39 000 $ en 2011 était imposé à terme à 16 %. Si les paliers d’impôts n’étaient pas indexés, et qu’en 2012, son salaire augmente en fonction de l’inflation à 40 000 $, il tomberait à terme au taux d’imposition de 20 %. En indexant les tables d’impôt, le gouvernement permet au citoyen de maintenir son pouvoir d’achat. Ce n’est pas un gain ça! C’est un maintien.  

« Donc, ma conclusion, m’écrit Stéphane Leblanc, c’est qu’il y a pour 2,9 milliards de dollars de mesures favorables [depuis 2003 et non pas 5,6 milliards]. » En page A45 du budget, on constate que les efforts réclamés aux contribuables s’élèvent à 3,8 milliards de dollars. « On peut donc conclure, selon lui, que les contribuables ont un manque à gagner de 900 millions de dollars. »

Budget Bachand : les grandes lignes

mercredi 21 mars 2012 à 7 h 02 | | Pour me joindre

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Budget Bachand : les attentes

lundi 19 mars 2012 à 11 h 33 | | Pour me joindre

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La feuille de route du ministre des Finances du Québec se trouve dans le budget 2010-2011 et c’est dans cet exercice-là que se trouve l’essentiel de ce qu’on va retrouver dans le troisième budget de Raymond Bachand mardi après-midi.
 
Le ministre va chercher à attirer l’attention pour 2012-2013 sur les aînés et les régimes de retraite. Il aura sans doute raison de le faire parce que ces enjeux sont importants. Mais il ne faudra pas oublier que les annonces d’il y a deux ans vont prendre pleinement effet au cours de l’exercice suivant le budget de mardi.
 
Le ministe des Finances du Québec, Raymond Bachand, et le premier ministre Jean Charest.
Le ministre présente un budget dans un cadre difficile. L’économie a ralenti, le chômage a augmenté et la zone euro est en récession. Mais, nouvelle encourageante, l’économie américaine est en reprise. Ça demeure toutefois fragile. Québec ne peut pas trop compter sur des sommes supplémentaires d’Ottawa au moment où le gouvernement fédéral est en compressions. Néanmoins, un premier chèque de 733 millions de dollars sera versé par le gouvernement Harper au gouvernement du Québec dans le cadre du règlement sur l’harmonisation de la TPS et de la TVQ.
 
Ainsi, d’abord et avant tout, plusieurs taxes et tarifs augmentent cette année :
 
– la TVQ a augmenté d’un autre point le 1er janvier dernier, de 8,5 à 9,5 %;
 
– la taxe sur l’essence passera à 18,2 ¢ le 1er avril, hausse de 20 % en 3 ans, et une nouvelle augmentation de 1 ¢ est prévue pour 2013;
 
– la contribution santé passe de 100 $ à 200 $ par personne cette année;
 
– les droits de scolarité vont augmenter de 325 $ cette année, première hausse en 5 ans.
 
Ensuite, on s’attend à quelques annonces dans le budget de mardi :
 
– beaucoup de mots et peut-être quelques annonces sur les ressources et le Plan Nord;
 
– des annonces « très ciblées et structurantes », a dit le ministre Bachand sur le secteur manufacturier;
 
– répétition d’une annonce, celle d’Investissement-compétences dont le budget est déjà alloué ici et là pour stimuler la formation dans les PME;
 
– des annonces sur les soins à domicile pour les aînés et les aidants naturels;
 
– détails possibles sur le Régime volontaire d’épargne retraite, déjà annoncé l’an dernier, mais le ministre pourrait attendre le rapport d’Alban D’Amours sur les régimes de retraite d’ici la fin de l’année;
 
– bonification des prêts et bourses?
 
Du point de vue financier, il est prévu ceci :
 
– déficit budgétaire pour 2012-2013 : 1,5 milliard après un déficit de 3,8 milliards en 2011-2012;
 
– 9,1 milliards de dollars en infrastructures en 2012-2013, si on se fie au Plan québécois des infrastructures 2010-2015, ce qui fait augmenter la dette;
 
– croissance des dépenses de seulement 2,4 %? Est-ce que M. Bachand va y arriver?
 
Quelques chiffres…
 
– Croissance de 1,6 % prévue en 2012 au Québec;
 
– Taux de chômage actuel de 8,4 %;
 
– Mises en chantiers – 2 premiers mois de 2012 : baisse de 9 % sur les 2 premiers mois de 2011;
 
– Dette brute : probablement autour de 184 milliards aujourd’hui (56 % du PIB).
 
À demain, au budget, en direct, à 15 h 30 à RDI, puis à 18 h 15 à RDI Économie, sur nos ondes. Ce sera suivi d’une discussion en direct sur ici.radio-canada.ca/vosfinances à 19 h (HAE). À ne pas manquer…
La vente d’Astral à BCE marque une étape importante de l’histoire des médias du Québec. Après la vente et la disparition de Radiomutuel, puis celle de Télémédia, voilà qu’un joueur majeur de la télé et de la radio au Québec est avalé par le conglomérat BCE. Cette transaction est marquante pour des raisons financières, stratégiques et historiques.
 
George Cope et Ian GreenbergD’abord, Bell ajoute 24 chaînes de télévision aux 28 qu’elle possède déjà : on ajoute notamment Super Écran, Canal Vie, Canal D, Musique Plus aux chaînes CTV, TSN et RDS entre autres. Bell s’offre aussi 84 stations de radio, en plus des 30 qu’elle possède. NRJ, Rouge FM, Boom FM, EZ Rock s’ajoutent à l’offre de BCE. Cela dit, Bell devra probablement se départir de certaines stations dans le Canada anglais pour que la transaction soit approuvée par le CRTC. Bell met aussi la main sur la division d’affiches extérieures d’Astral et son contenu numérique. Dorénavant, Bell va dominer dans tous les secteurs au Canada : télévision, radio, Internet, téléphonie, distribution.
 
Deuxièmement, BCE devient un joueur de premier plan au Québec. La part de marché de Bell dans la télévision francophone passera de 6 à 32 % contre 35 % pour Quebecor, propriétaire de la chaîne de télé la plus importante au Québec, TVA. Pour un annonceur, l’offre de Bell sera bien plus complète que par le passé, d’un océan à l’autre, sur toutes les plateformes.
 
Et puis, quel coup de Ian Greenberg, grand patron d’Astral, propriétaire de 12 % des actions et de 63 % des actions multivotantes! On peut dire qu’il vend au bon moment. Les revenus publicitaires de la radio sont moins intéressants que par le passé. Les revenus d’abonnement des télés spécialisées sont de moins en moins stables. Et il devenait de plus en plus difficile pour Astral de dépendre des grands distributeurs que sont Rogers, BCE et Vidéotron, qui imposent la marche à suivre en exigeant dorénavant que les contenus soient disponibles sur les mobiles, le web et à la télé.
 
Surtout, Ian Greenberg a été un bâtisseur du monde médiatique québécois, comme les Beaulne, Beauchamp, de Gaspé Beaubien, Chagnon et j’en passe. Aujourd’hui, il a tenu à saluer ses employés, les artisans de son succès, ce qui est tout à fait honorable.
 
Plusieurs se demandent aujourd’hui si la culture Astral va survivre à Bell, si elle va demeurer intacte, si Bell va imposer ses façons de faire, une structure souvent décrite dans les corridors comme étant lourde et distante?

Le yin et le yang du Plan Nord

mercredi 14 mars 2012 à 13 h 08 | | Pour me joindre

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Dans une étude publiée aujourd’hui sur le Plan Nord, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) arrive à la conclusion que le projet de Jean Charest est « exagérément favorable à l’entreprise privée en faisant porter la plus grande part des risques aux contribuables québécois en échange de faibles retours sur leur investissement collectif ».
 
Entre les investissements publics et les redevances, taxes et impôts, « le déficit du Plan Nord s’élève à 8,45 milliards de dollars pour les contribuables québécois », selon l’organisme.
 
Jean Charest discute du Plan Nord devant 1200 convives réunis à Montréal à l'invitation du journal Les Affaires.Dans une autre étude publiée le 24 février par la firme Secor, et que le premier ministre Charest préfère à celle de l’IRIS, on arrive à une conclusion tout à fait différente : « Le Plan Nord permettrait de soutenir 37 200 emplois directs et indirects annuellement au Québec lorsqu’on combine les différentes phases, et ce, sur une période d’au moins 25 ans. La création de richesse (la valeur ajoutée additionnelle) s’élèverait en moyenne à 5,9 milliards de dollars sur cette même période, un niveau correspondant à environ 1,8 % du PIB québécois de 2011. Les revenus fiscaux et parafiscaux du gouvernement du Québec seraient estimés à 781 millions de dollars par année. »
 
Bien. On a le yin et le yang du Plan Nord.
 
Chose certaine, et c’est ici que je vous amène ailleurs, c’est que le Québec est en train de changer. Les investissements miniers vont grimper de 62 % en 2012 selon les intentions dévoilées par les sociétés minières. Ça signifie des investissements records de 4,4 milliards de dollars, la moitié de tous les investissements privés miniers au Canada. Le Québec, malgré la hausse de ses redevances, demeure un lieu privilégié pour les minières qui n’hésitent pas à y investir. Les investissements prévus en 2012 pourraient ajouter un point de pourcentage au PIB du Québec!
 
Selon l’économiste Stéphane Marion de la Financière Banque Nationale, « ce développement sans précédent nous amène à un changement très profond à la structure industrielle du Québec » pour la simple et bonne raison que les investissements miniers pourraient bientôt dépasser les investissements privés dans le secteur manufacturier.
 
Qui va en profiter?

Le pouvoir de négocier en jeu

mardi 13 mars 2012 à 15 h 27 | | Pour me joindre

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Le gouvernement conservateur a décidé de dicter la marche à suivre dans les deux conflits de travail en cours à Air Canada, ne laissant plus de marge de manoeuvre aux syndicats, à l’employeur, même aux arbitres nommés dans ces affaires lundi.

Non seulement le gouvernement ne permet plus aux syndicats visés de faire la grève ou à l’employeur de déclencher un lock-out, mais il impose des arbitres sans consulter les parties, des arbitres qui auront, de surcroît, pour mandat de choisir une solution ou une autre, sans pouvoir couper la poire en deux.

Cette façon de faire soulève de sérieuses questions :
 
– Les syndicats et les employés ont-ils encore un vrai pouvoir de négociations?
 
– Pourquoi AC a-t-il annoncé un avis de lock-out jeudi, alors que le processus de médiation avec les pilotes n’était entamé que depuis trois semaines?
 
– Et pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il tout de suite enchaîné, le jour même, avec le renvoi du dossier au Conseil des relations industrielles, suspendant du coup l’avis de lock-out contre les pilotes et la menace de grève des mécaniciens et bagagistes?
 
– Et pourquoi ne pas laisser le temps au Conseil d’analyser les dossiers avant de déposer une loi spéciale?
 
L’économie est trop fragile pour laisser de tels conflits se développer selon le gouvernement Harper, qui chiffre les pertes potentielles à plus de 20 millions de dollars pour semaine de travail. Et c’est pour cette raison qu’Ottawa choisit d’intervenir et d’orienter la suite des choses.
 
Je posais la question le 12 octobre, après l’intervention d’Ottawa dans le lock-out à Postes Canada et le conflit opposant les agents de bord à Air Canada : peut-on en arriver à la conclusion que les syndicats, dont les sociétés sont visées par les interventions fédérales, ont perdu une partie de leur pouvoir de négociations?