Quelles sont les limites éthiques pour un dirigeant comme le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec? Est-ce que de passer un week-end au domaine Sagard de la famille Desmarais, comme l’a fait Michael Sabia en août dernier, est acceptable?

Le principal intéressé a répondu ceci hier soir à RDI Économie : « J’ai deux principes devant moi. D’un côté, j’ai le droit d’avoir une vie privée, de voir des amis. Également, j’ai la responsabilité de protéger l’institution, et de protéger la perception de l’intégrité de cette institution si importante. »
Est-ce donc une erreur d’être allé à Sagard, est-ce qu’il n’y a pas dans ce cas-ci apparence de conflit d’intérêts, est-ce que la « perception de l’intégrité de cette institution » est protégée? « Ce n’était pas une erreur [d'aller à Sagard], selon Michael Sabia. C’était juste une controverse dans le domaine des médias. Mais ma perception et ma position est que s’il faut faire un choix entre les droits comme personne et ma responsabilité professionnelle de protéger la caisse, je vais choisir 100 % du temps la responsabilité de protéger cette grande institution. »
Soyons réalistes. Les grands décideurs économiques se connaissent, se parlent, se rencontrent, s’appellent, vont manger ensemble et plusieurs se voient les fins de semaine et durant leurs vacances. Plusieurs brassent des affaires de façon informelle, sur un terrain de golf ou lors d’une partie de pêche.
Que Michael Sabia soit ami avec André Desmarais, on a rien à dire sur ça! Mais, que la famille Desmarais, propriétaire de Power Corporation, ait un accès privilégié au PDG de la Caisse de dépôt, est-ce que ce n’est pas dépasser une certaine limite?
Michel Nadeau, ancien vice-président de la Caisse de dépôt, a dit hier à 24 heures en 60 minutes que M. Sabia devrait se brancher un peu plus sur l’opinion publique québécoise. Ce genre d’histoires, présentées avec fracas dans certains médias, nuisent nécessairement à l’image du PDG de la Caisse et son institution. On ne peut pas remettre en cause l’intégrité de Michael Sabia, mais la ligne est à la fois mince et floue quand il est question d’éthique en cette matière.
Deux questions alors :
1 – N’est-il pas hypocrite d’exiger du PDG de la Caisse de dépôt d’éviter les week-ends à la campagne chez des amis alors qu’on sait très bien que les gens de pouvoir parlent régulièrement aux gens de pouvoir pour brasser des affaires?
2 – Mais, n’est-il pas imprudent également de la part du PDG de la Caisse de dépôt de s’exposer ainsi à la critique en visitant un ami, André Desmarais, qui s’avère être l’un des hommes les plus riches du pays, à la tête d’une puissante et influente entreprise? Ne devrait-il pas être plus prudent encore que n’importe quel autre haut dirigeant?
Pause! On se retrouve le 5 mars…
