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Investir dans les infrastructures stimule l’emploi et l’économie. C’est une équation assez simple, normale et reconnue. Les gouvernements doivent bâtir des routes, entretenir les viaducs, installer des ponceaux, refaire des canalisations. Ils doivent mettre des milliards de dollars chaque année dans la construction et la réfection d’infrastructures.

Dans la campagne électorale en cours, les partis en présence font des promesses d’investissements dans les infrastructures. Les conservateurs ont proposé dans leur dernier budget d’ajouter 750 millions de dollars de plus aux investissements en infrastructures au pays à partir de l’exercice 2017-2018. Le NPD promet d’ajouter 1,5 milliard avant la fin d’un éventuel premier mandat gouvernemental. Et les libéraux proposent de doubler les sommes prévues sur 10 ans, pour les faire passer de 65 à 125 milliards de dollars.

Quel est l’effet d’une hausse des investissements dans les infrastructures sur la situation budgétaire du gouvernement?

Pour financer les infrastructures, le gouvernement emprunte sur les marchés financiers. Par le truchement des obligations qui sont émises et que, vous, concitoyens, vous pouvez acheter pour épargner, le gouvernement finance ses investissements. Ainsi, la dette totale du gouvernement augmente lorsque l’État injecte des milliards dans ses infrastructures. Dans le budget, si la dette augmente, les coûts en intérêt vont augmenter, à moins que les coûts d’emprunt soient en baisse, ce qui pourrait amoindrir les coûts d’intérêt. Alors, oui, la dette augmente, mais sur le plan budgétaire, l’incidence est modeste.

Est-ce que d’investir dans les infrastructures stimule vraiment l’économie?

C’est une vieille recette pour les gouvernements. Quand ça va mal, l’État injecte plus d’argent dans les infrastructures pour soutenir l’économie. On peut inscrire cette façon de faire dans une approche keynésienne de l’économie : l’État investit, agit, intervient pour soutenir l’économie et pour suppléer au manque d’investissements privés. Barack Obama l’a fait dans la foulée de la Grande Récession. Jean Charest l’a fait aussi, dans un contexte différent toutefois : le Québec avait bien besoin en 2008-2009 d’investissements dans ses infrastructures croulantes!

Pour le Canada, est-ce la solution?

Dans la mesure où le Canada glisse possiblement en récession, investir dans les infrastructures est sans doute une solution économique éprouvée. De plus, augmenter la dette au Canada n’est pas un enjeu névralgique parce que le ratio dette/PIB du Canada est parmi les plus bas du G7. Et bien que le surplus annoncé dans le dernier budget Oliver ne tienne qu’à un fil, un déficit de 2,5 ou 10 milliards à ce moment-ci ne représente que de la petite monnaie comparativement à une économie de plus de 2000 milliards de dollars de PIB!

Si on s’endette davantage pour investir dans les infrastructures, ça change quoi pour le Canada sur le plan économique?

À court terme, ça stimule l’économie. Mais, à moyen et à long terme, on peut se demander ce que ça change aux problèmes fondamentaux de l’économie canadienne que nous avons commencé à aborder dans mon billet de mercredi dernier. La croissance du Canada est lente depuis plusieurs années, que le pétrole soit élevé ou non. Et les revenus budgétaires du Canada dépendent trop des ressources, dont les prix sont en baisse et dont la hausse n’est pas prévisible à court terme.

La productivité, c’est-à-dire l’amélioration de la valeur de production par heure de travail, stagne au pays. L’enjeu fondamental, c’est de rendre notre économie plus compétitive, plus concurrentielle, plus efficace et diversifiée, plus verte aussi, peut-être moins dépendante des aléas internationaux. Ces enjeux-là sont les vraies priorités du Canada.

Dans un texte qu’ils nous ont fait parvenir ce matin, le gestionnaire de placements Benoit Durocher et l’économiste Richard Beaulieu, d’Addenda Capital, citent le professeur d’économie Richard Thaler, de l’Université de Chicago, qui prononçait un discours à Montréal en mai dernier : « C’est une tragédie de voir les gouvernements ne pas emprunter à des taux d’intérêt en ce moment négatifs pour financer des projets d’infrastructures. » Benoit Durocher et Richard Beaulieu ajoutent qu’on devrait profiter des taux faibles pour investir dans les infrastructures qui génèrent de nouvelles innovations et qui stimulent la productivité.

Et donc…

Si le prochain gouvernement du Canada veut retrouver un équilibre budgétaire durable, non seulement il devra éviter d’amputer ses revenus en réduisant les taxes et les impôts, mais il devra travailler à une plus grande stabilisation de ses revenus budgétaires. Depuis plus d’une décennie au Canada, on se comporte comme si le prix du pétrole allait toujours augmenter.

Alors, comment générer une nouvelle croissance économique et plus de revenus pour l’État? Si la dette augmente parce qu’on investit, il faut nécessairement plus de croissance et plus de revenus. Espérons que les partis qui veulent notre confiance nous présenteront bientôt un cadre fiscal à long terme crédible.

 

Le fragile équilibre budgétaire

Mercredi 26 août 2015 à 14 h 05 | | Pour me joindre

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Dans la mesure où le prix du pétrole allait demeurer élevé, le plan de match budgétaire du gouvernement conservateur fonctionnait. Qu’on soit d’accord ou non, jusqu’à l’an dernier, le retour à l’équilibre allait bon train, avec les compressions dans les dépenses, la hausse continuelle des revenus, la réduction année après année du déficit et la réduction des impôts.

Aujourd’hui, avec la chute de 60 % des prix du pétrole, la situation budgétaire s’est considérablement fragilisée. De peine et de misère, le ministre des Finances Joe Oliver est arrivé à dégager un surplus dans le budget 2015-2016 qu’il a présenté en avril dernier, un surplus qui sera, de toute évidence, difficile à atteindre compte tenu du ralentissement de l’économie. Une récession technique, soit deux trimestres négatifs de suite, devrait être confirmée mardi prochain par Statistique Canada.

En fait, en baissant les impôts des entreprises, en abaissant la TPS à deux reprises, en bonifiant un cadeau fiscal comme le CELI, en élargissant la Prestation universelle pour enfants et en permettant le fractionnement des revenus des couples qui ont des enfants de moins de 18 ans, le gouvernement s’est privé de dizaines de milliards de dollars en revenus annuellement. L’objectif de ces mesures était de remettre de l’argent dans les poches des contribuables et de stimuler ainsi, par leur consommation, l’économie canadienne.

En théorie, ça peut marcher. En pratique, dans la réalité, ces soutiens économiques n’ont pas permis au Canada d’améliorer véritablement son bilan économique. L’économiste Éric Pineault nous dit souvent qu’il observe, lui, depuis 2010, une véritable stagnation de l’économie canadienne et des pays occidentaux en général. Un autre économiste, Jean-Pierre Aubry, préfère parler de croissance lente.

Ce matin, dans le Globe and Mail, l’ancien sous-ministre aux Finances à Ottawa Kevin Lynch écrit que la croissance canadienne est lente depuis un bon moment déjà, et que c’est le boom pétrolier qui a permis de masquer quelque peu cette situation au cours des dernières années. Aujourd’hui, l’effondrement des cours du pétrole exprime avec clarté le manque de diversification de l’économie canadienne.

Pour arriver à l’équilibre en avril dernier, le ministre Oliver a usé de quelques stratégies que nous avions expliquées à l’époque :

  • il a réduit sa réserve pour éventualités de 3 à 1 milliard de dollars;
  • il a empoché 1 milliard de dollars en vendant des actions de GM;
  • il a réorganisé la caisse des congés maladie et invalidité de la fonction publique, un gain de 1 milliard de dollars dans les comptes du gouvernement;
  • et il a réduit la marge de manoeuvre du gouvernement face aux prévisions du secteur privé sur le PIB : plutôt que de retrancher environ 3 milliards de dollars de ses revenus, il n’a enlevé que 1 milliard, un gain donc de 2 milliards.

La baisse des taux d’intérêt et le surplus de l’assurance-emploi ont aussi permis au gouvernement d’atteindre l’équilibre.

Selon l’économiste Jean-Pierre Aubry, le ralentissement de l’économie et le rétablissement des marges habituelles de prudence (face au privé et la réserve de 3 milliards) devraient se traduire par un déficit d’environ 5 milliards de dollars en 2015-2016, et non un surplus de 1,4 milliard.

Ainsi, peu importe qui prend le pouvoir le 19 octobre prochain, l’atteinte du déficit zéro cette année nécessitera soit un rebond économique formidable, une hausse des prix du pétrole ou des compressions importantes dans les dépenses.

Bourses : sentiment de panique

Lundi 24 août 2015 à 15 h 11 | | Pour me joindre

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Il est très difficile de conclure à la rationalité des marchés boursiers. Mais il ne faut pas négliger l’émotion qui motive les investisseurs, les opérateurs de marché et les gestionnaires de placements dans leurs décisions. Quand le Dow Jones chute en quelques secondes de 1000 points ou quand il reprend en quelques minutes 700 points, bien des analystes n’hésitent pas à parler de panique.

En même temps, après une hausse de 220 % entre mars 2009 et juillet 2015 aux États-Unis, une route ponctuée de quelques petites corrections, peut-on se surprendre de voir les bourses connaître une mauvaise séquence? Certes, il ne faut pas sous-estimer les risques de propagation de la panique, si tel est le cas. Mais il ne faut pas surévaluer non plus la chute des derniers jours. Cette chute boursière va-t-elle se poursuivre? Va-t-elle prendre de l’ampleur? Quelles seront ses conséquences?

Ce mouvement boursier illustre une chose : la bourse ne peut pas, sans fin, être galvanisée par la croissance d’un pays comme la Chine et l’injection de milliers de milliards par les gouvernements et les banques centrales. Aujourd’hui, nous assistons à une conjonction d’événements : la Chine ralentit et la Réserve fédérale se prépare à monter ses taux.

Surtout, la Chine demeure énigmatique pour bien des investisseurs. Est-ce que des bulles sont en train d’éclater? Bulle boursière? Bulle immobilière? Pourquoi le gouvernement et la banque centrale interviennent-ils si brusquement avec des baisses de taux d’intérêt, des injections de dizaines de milliards dans les institutions financières et la dévaluation de devise? Peut-on se fier aux chiffres officiels de la Chine? La situation est-elle pire qu’il n’y paraît?

Année après année, depuis la crise de 2008-2009, nous sommes confrontés à des événements fondamentaux qui viennent continuellement modifier les perspectives envisagées. Le pétrole est sous les 40 $ le baril, la Chine ralentit, les États-Unis demeurent la locomotive économique mondiale, la Réserve fédérale doit encore retourner à sa table à dessin.

Ça bouge vite. Et les marchés sont le reflet de l’incertitude, de l’inquiétude, de la peur, de la panique. Est-ce que la situation est si risquée? Est-ce qu’il y a exagération boursière? Ou s’agit-il d’ajustements normaux qui auront peu d’effets au final?

Alors, taux fixe ou taux variable?

Vendredi 21 août 2015 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Les incertitudes qui planent sur l’état de santé économique de la Chine pourraient amener la Réserve fédérale américaine à reporter à plus tard la première hausse de son taux directeur depuis celle de 2006. Alors que la plupart des analystes entrevoient depuis un bon moment déjà cette première hausse en septembre, le dernier compte rendu de la Fed en fait hésiter plusieurs. Oui, la banque centrale signale une hausse imminente. Mais, à la lumière des derniers événements, la Réserve fédérale sera-t-elle tentée d’attendre encore un peu?

Les taux d’intérêt demeurent donc très bas. Le taux directeur de la banque centrale américaine se situe toujours dans une fourchette de 0 à 0,25 %, celui de la Banque du Canada est rendu à 0,5 % à la suite de deux baisses en 2015. Les coûts d’emprunt des deux pays demeurent extrêmement faibles : sur les obligations à échéance 10 ans, on est à seulement 1,28 % au Canada et à 2,06 % aux États-Unis.

Les taux hypothécaires sont à des niveaux plancher. Les institutions financières canadiennes offrent des contrats hypothécaires sur 5 ans fixes à 2,7 %, et sur 5 ans variables, certains descendent jusqu’à 2,25 % en ce moment. C’est exceptionnel.

Un jour, ça va remonter! Mais quand? De nombreux analystes nous ont avertis dans les dernières années qu’une hausse des taux était à prévoir et que, dans les circonstances, les citoyens endettés devaient se montrer prudents. Mais cette hausse est sans cesse reportée en raison des incertitudes qui ne cessent de surgir : la Chine, la Grèce, le pétrole, l’euro, le yuan, la Russie, etc.

Dans ce contexte, plusieurs nous demandent, au moment de contracter une hypothèque ou d’en renouveler une : vaut-il mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable? C’est une question qui revient régulièrement je vous dirais, comme celle sur les prix de l’essence qui ne baissent pas autant que les prix du pétrole. Mais la réponse demeure nuancée.

Dans le livre que François Delorme et moi avons publié en 2014*, nous faisons référence aux conseils du site canadianmortgagetrends.com à ce propos. Avant d’opter pour le taux fixe ou le taux variable, il faut se poser cinq questions :

  1. Vos revenus sont-ils prévisibles?
  2. Votre taux d’endettement est-il soutenable?
  3. Pouvez-vous refinancer votre dette en fonction de la valeur de votre maison?
  4. En cas de coup dur, avez-vous des liquidités pour rembourser votre hypothèque pendant six mois?
  5. Une hausse de taux de 2,5 points de pourcentage peut entraîner une hausse de vos paiements de 30 %. Le saviez-vous?

En répondant à ces questions, vous serez en mesure de voir si vous êtes capables de vivre avec un taux variable ou si vous dormez mieux avec un taux fixe. Historiquement, on paie moins d’intérêt avec le taux variable. Cela dit, le taux fixe demeure plus populaire que le variable.

———

* FILLION, Gérald et François DELORME, Vos questions sur l’économie, Éd. La Presse, 2014, 231 p.

Gonfler la bulle

Mercredi 19 août 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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Y a-t-il une bulle immobilière au Canada et prend-elle de l’ampleur? Il faut rester prudent quand on évoque la possibilité d’une bulle afin d’éviter d’exagérer ou d’alarmer les gens. Mais on peut penser que s’il y a une bulle, elle est probablement en train de se gonfler, et ça pourrait malheureusement se poursuivre. Les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), les baisses de taux à la Banque du Canada et certaines propositions faites durant la campagne laissent poindre à l’horizon des moments difficiles si une bulle devait éclater.

D’abord, plusieurs marchés présentent des signes inquiétants au Canada. Selon la SCHL, les risques d’éclatement d’une bulle immobilière sont élevés à Toronto, Winnipeg et Regina. Et ils sont modérés à Québec et à Montréal, même si dans la Vieille Capitale le marché est jugé comme étant largement surévalué. Feu rouge à Toronto, feu jaune à Montréal et à Québec. Ailleurs au pays, les risques sont plus faibles.

Mais Toronto et Montréal dans le haut des marchés où les risques augmentent, c’est inquiétant. Et pourtant, à Ottawa, on juge bon d’encourager la consommation, les emprunts et l’endettement en baissant les taux d’intérêt et en proposant des mesures fiscales pour motiver les jeunes couples à s’endetter pour acheter une maison. Pour alimenter une bulle immobilière, il est difficile de faire mieux… ou pire!

tableauschlLa Banque du Canada a abaissé à deux reprises son taux directeur cette année en raison du ralentissement de l’économie. Et comme l’inflation n’est pas un facteur d’inquiétude en ce moment, la banque centrale a choisi la méthode traditionnelle, qui est celle d’abaisser les taux pour stimuler les prêts et la consommation pour relancer l’économie. C’est vrai qu’on est très dépendant de la consommation de ce côté-ci de l’Atlantique…

Pour en mettre un peu plus dans le panier du citoyen, la campagne électorale, lancée au coeur de l’été, apporte son lot de propositions stimulantes pour ceux qui pensent acheter, rénover, consommer, emprunter, s’endetter. Comme s’il fallait en rajouter!

La palme (pour l’instant, parce que la campagne sera longue!) revient aux conservateurs, qui proposent un crédit d’impôt à la rénovation et une augmentation du montant possible de retrait dans le cadre du Régime d’accès à la propriété.  Si le crédit à la rénovation a des vertus intéressantes, comme stimuler la construction et économiser un peu d’impôt, faire passer de 25 000 à 35 000 $ le retrait possible d’un REER pour acheter une première demeure est un véhicule d’accélération de l’endettement pour les jeunes familles.

Ce n’est pas une mauvaise chose de s’acheter une maison, loin de là. Mais est-ce le bon moment pour l’État de stimuler ce type de consommation? Alors que la Banque du Canada et plusieurs autres économistes affirment que le marché immobilier canadien est surévalué, est-il raisonnable et responsable de proposer d’en faire plus pour stimuler la consommation immobilière et l’endettement qui y est associé?

Le défunt ministre des Finances Jim Flaherty a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires au Canada pour éviter qu’une bulle se forme et éclate. Ces actions sont remplacées aujourd’hui par des gestes et des promesses qui vont dans le sens contraire.

RDI économie : saison 8!

Lundi 17 août 2015 à 11 h 36 | | Pour me joindre

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C’est un plaisir de vous retrouver. Aujourd’hui, on lance la huitième saison de RDI économie. C’est, je vais vous l’avouer, au-delà de mes espérances. Je ne le réalise pas très bien, mais nous présenterons quelque part d’ici un an une 2000e émission de RDI économie! L’aventure a été lancée quelques jours avant l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Et, depuis, on explique, on analyse, on tente de mettre en contexte, de faire entendre des points de vue différents sur les enjeux de la finance et de l’économie.

Je saisis le privilège qui est celui d’animer une émission, d’entrer dans les foyers de milliers de gens tous les jours. C’est un privilège, mais c’est aussi une responsabilité. Celle de présenter les faits, avec équilibre, sans fioritures, à l’abri de la démagogie et des a priori, dans le plus grand respect des citoyens qui nous choisissent.

Ce travail, c’est moi qui vous le présente tous les jours, mais c’est l’oeuvre de toute une équipe. Une petite équipe, dévouée, engagée, créative. Je les remercie d’ailleurs d’être aussi dédiés à la tâche. Sans eux, rien de tout cela ne serait possible.

Cette saison sera chargée. D’abord parce que nous sommes en pleine campagne électorale et parce que le Canada est possiblement en récession. Nous allons décortiquer les propositions économiques des partis politiques, nous allons contextualiser les ralentissements de l’économie canadienne. Nous concoctons aussi plusieurs émissions spéciales au cours de la prochaine saison, des émissions que nous présenterons dans certaines villes du pays, des émissions sur la consommation, les impôts et le commerce électronique notamment.

Et le 5 septembre, j’aurai le plaisir d’animer une table ronde sur les paradis fiscaux en marge de la présentation du film Le prix à payer sur les ondes d’Ici Radio-Canada Télé.

Nous voulons aussi prendre le temps de faire de la « prospective » avec la présentation tous les lundis à RDI économie d’une chronique consacrée à l’économie de demain. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se trame en ce moment, qu’est-ce que vous devez savoir, pour comprendre ce qui s’en vient bientôt, demain, dans les prochaines années? Je pense que cette chronique sera très utile.

Nous lancerons également une série d’entrevues avec des meneurs inspirants. À suivre. Nous allons aussi continuer, bien sûr, de répondre à vos questions à RDI économie, de suivre l’actualité, la chute du yuan, les difficultés de Bombardier, etc.

C’est parti!

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Ah, la dette…

Jeudi 2 juillet 2015 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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Un téléspectateur de RDI économie m’a demandé pourquoi la Grèce et Porto Rico sont plongés dans des difficultés financières de grande ampleur, alors que d’autres États ont des niveaux d’endettement plus élevés. Excellente question.

D’abord, les chiffres :

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Pourquoi le Japon, dont la dette représente 230 % de son PIB, n’est pas plongé dans une crise financière abyssale avec un tel endettement? Et pourquoi un pays comme le Sri Lanka, dont la dette ne représente que 76 % de son PIB, doit offrir ses obligations gouvernementales sur 10 ans à 9 % d’intérêt, alors que le Canada, dont l’endettement est plus élevé, à 87 %, s’en tire avec un taux de seulement 1,8 %?

Réponse courte : la confiance. Un pays dont l’économie est solide et diversifiée, dont le pouvoir politique est stable, qui rembourse ses dettes, qui est bien coté par les agences de notation, va inspirer la confiance et va attirer les investissements. Cet État n’aura pas de mal à se financer dans les marchés, à faibles coûts d’intérêt.

C’est le cas de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Canada, du Québec aussi. Mais c’est plus difficile pour des pays plus instables, dont les revenus sont plus irréguliers, des endroits où la population est pauvre, où le filet social est faible. Le ratio dette/PIB peut être plus faible au Sri Lanka qu’au Canada, d’autres indicateurs expriment des écarts majeurs, notamment sur le niveau de vie, l’inflation, le commerce, le budget ou la corruption.

De plus, il faut regarder les actifs d’un pays. Si vous prenez l’exemple du Japon, sa dette brute est à 230 % de son PIB, mais sa dette nette, qui tient compte de ses actifs, est à 100 %. L’endettement japonais est attribuable à son manque de croissance économique et au vieillissement de sa population. Mais une très grande part de sa dette appartient aux Japonais et non à des investisseurs étrangers. On évalue à 90 % le niveau de la dette entre les mains de la population locale, ce qui permet au pays de maintenir ses taux d’intérêt plus bas.

Effacer la dette grecque?

Dans le cas de la Grèce, son endettement ne cesse de grimper, son PIB est en chute, son niveau de chômage dépasse les 25 % et c’est le double chez les jeunes. Entre les mesures d’austérité et les problèmes structurels de la fiscalité grecque, Athènes n’arrive pas à émerger de ses difficultés. La Grèce n’est plus capable de se financer sur les marchés financiers. Et certains en arrivent à proposer qu’on efface une partie de la dette du pays pour lui donner de l’air et lui permettre de se restructurer et de se relancer.

Après avoir poussé la Grèce à des réformes structurelles, notamment avec la privatisation  d’actifs, la coupe d’effectifs et la réduction des pensions, le FMI en arrive aujourd’hui à la conclusion qu’il faudra réfléchir à la possibilité de radier une partie de la dette du pays.

À RDI économie lundi, l’analyste géopolitique Pierre Fournier expliquait que « la réalité, c’est que les Grecs ne pourront jamais rembourser leur dette. C’est un secret de Polichinelle, tout le monde le sait, mais l’Europe n’est pas prête, ni le FMI d’ailleurs, à effacer une partie de la dette grecque […] comme ça a été fait avec l’Allemagne en 1953, comme ça s’est fait avec la Pologne, la Russie, plusieurs pays d’Amérique latine. C’est ça la solution. Ce que craignent les autorités européennes, c’est évidemment l’effet de contagion. »

Quand on sait que la Grèce doit 90 milliards d’euros à l’Allemagne, on comprend facilement que Berlin n’est pas vraiment prête à envisager une radiation de dette, à moins que la Grèce accepte de se soumettre à de nouvelles mesures d’austérité, des réductions de dépenses et des hausses d’impôt.

Tout est relatif donc quand il est question de dette.

Sur ces mots, je sors de mon bureau pour quelques semaines, à la recherche de mon ami Galarneau. Bon été, soyez sages!

Sources : Trading Economics, The Globe and Mail, Université de Sherbrooke

Au moment où notre regard est tourné vers la Grèce, notre propre économie vacille. La chute des cours du pétrole depuis un an a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie canadienne. Et nous commençons à en réaliser l’impact réel. La donnée statistique sur le PIB du mois d’avril vient de faire réapparaître le mot qu’on ne veut pas voir : récession. Le Canada serait peut-être en récession.

Avant l’analyse, les faits : la baisse du PIB en avril est de 0,1 %. C’est le quatrième recul mensuel de suite. Le secteur de l’extraction minière, gazière et pétrolière est en déclin depuis cinq mois maintenant.

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La définition la plus mécanique de la récession, c’est deux trimestres de suite en baisse. D’autres définitions existent, mais c’est celle-ci qui est la plus simple et la plus utilisée.

Selon Desjardins, « les probabilités d’un second recul [du PIB] au deuxième trimestre sont assez élevées. [...] Il est plutôt vraisemblable que la croissance du PIB réel par industrie demeure assez modeste dans les mois à venir, considérant les difficultés du secteur de l’énergie et leurs répercussions négatives sur plusieurs autres secteurs d’activité. Il est donc probable que l’économie canadienne soit actuellement en récession technique.

Dans les circonstances, il est « probable », selon Desjardins, que la Banque du Canada annonce une nouvelle baisse de son taux directeur le 15 juillet prochain. La CIBC va dans le même sens : il y aura une baisse du taux directeur dans 15 jours.

« L’économie canadienne vacille et se trouve au bord de la récession technique », écrit pour sa part la TD.  La probabilité d’une nouvelle baisse du taux directeur grandit, à son avis.

La firme Nomura s’attend à ce que les données du secteur des ressources aient été négatives pour mai et juin en raison du ralentissement de production engendré par les feux de forêt en Alberta, baisse d’environ 10 % dans la production de pétrole des sables bitumineux. Ainsi, le deuxième trimestre aura probablement été négatif, baisse de 0,5 %, selon Nomura, ce qui confirmerait ainsi une récession technique.

Mais…

Analyse divergente à la Nationale : « Malgré la faible croissance dans la première moitié de 2015, l’économie n’est pas sur le point de glisser en récession. Le marché du travail montre des signes d’accélération dans les heures travaillées et les ventes de gros produits vont bien comme on a pu le constater dans les statistiques de ventes d’autos et de mises en chantier en mai. »

Le niveau d’emplois à temps plein est à un record. Et la bonification de la prestation universelle pour enfants, annoncée dans le dernier budget et qui se répercutera dans les chèques gouvernementaux délivrés en juillet, va stimuler la consommation des Canadiens, selon la Nationale, dans les mois suivants. Cette bonification équivaut à 0,7 % du PIB. Les exportations devraient aussi bénéficier de la croissance américaine.

Pendant ce temps, la Réserve fédérale prépare une hausse de son taux directeur qui aura lieu, selon plusieurs experts, en septembre. Il est rare de voir les économies canadienne et américaine évoluer de façon aussi distincte. C’est dire l’importance de l’énergie dans le PIB canadien et le déficit réel de diversification économique.

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Le premier ministre grec Alexis Tsipras
Les derniers événements en Europe nous rapprochent de ce qui semblait, encore il y a quelques jours, impensable. Un défaut de paiement se profile à l’horizon et un scénario de sortie de la Grèce de la zone euro se dessine. Il restera toujours du temps pour une entente dans la mesure où les parties veulent vraiment conclure un accord. Mais, à ce point-ci, il semble évident que, de part et d’autre, on se prépare au divorce.

Mais, au fait, encore là, jusqu’à quel point sommes-nous proches de ce divorce? On ne connaît pas très bien le code de la dimension dans laquelle nous sommes entrés : un pays est sur le point d’être en défaut de paiement, l’Europe est en train de lui couper les vivres, les banques sont fermées et les parties campent sur leurs positions. Qui a raison? Qui a tort?

La Grèce est seule dans sa position

Les pays qui ont eu besoin du soutien du FMI et de l’Europe sont revenus sur les rails, tant bien que mal, grâce à l’austérité diront certains, malgré elle selon plusieurs autres. La Grèce, elle, n’a rien gagné des mesures d’austérité. Ses problèmes structurels se sont amplifiés, son PIB a chuté de 30 %, le chômage est élevé, le niveau de vie de sa population glisse. Athènes est coincée entre la résistance et la soumission.

La Grèce peut-elle se passer de l’euro? Peut-elle connaître pire en sortant de la zone euro? Et l’euro peut-il survivre sans la Grèce? La zone est-elle assez forte pour éjecter un membre? Nous ne le savons pas. C’est de l’inconnu.

Mais, bien des analystes affirment que la remontée de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne rend l’euro plus fort aujourd’hui, plus imperméable aux secousses que pourrait engendrer un divorce avec la Grèce. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est d’avis que le défaut de paiement, à tout le moins, aura très peu d’impact sur la zone.

Inquiétudes sur les marchés, mais pas de panique

Est-ce vrai? L’indice de volatilité, sur les marchés, est en forte hausse. Les grandes places boursières européennes ont chuté de 3 à 5 %. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal sont en hausse, dans la foulée de la forte montée des obligations grecques. Mais l’euro, après un début de semaine en chute, a repris ses pertes en cours de journée. La nervosité se fait sentir sur les marchés, mais nous ne sommes pas plongés dans une grande panique.

Le FMI, l’Allemagne, la France, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont-ils prêts à prendre le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro? La réponse, à ce point-ci, semble oui. Et, puisque le tango se danse à deux, la Grèce semble envisager le même scénario. Le temps est-il venu de choisir le précédent, celui de l’exclusion d’un pays qui ne veut pas céder aux exigences de ses créanciers et celui, du point de vue grec, de se sortir d’un étau qui l’empêche de retrouver confiance et croissance? Sommes-nous à la croisée des chemins?

La signification d’un « oui » ou d’un « non »

Se pourrait-il, en retour, que le premier ministre grec Alexis Tsipras encourage sa population à rejeter le plan européen en référendum le 5 juillet tout en maintenant un discours favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro? Un « non » au référendum serait une victoire pour le gouvernement Tsipras, qui obligerait finalement la Banque centrale européenne et le FMI à retourner à la table des négociations. Mais le risque est grand. Un ministre allemand a déclaré qu’un « non » est un vote favorable à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Et un « oui » obligerait possiblement le gouvernement grec à démissionner et à déclencher de nouvelles élections. N’est-ce pas ce qu’espère la chancelière allemande Angela Merkel en disant qu’elle souhaite attendre les résultats du référendum avant d’envisager de nouvelles négociations?

Assiste-t-on au divorce entre la Grèce et la zone euro? Ce divorce peut-il se faire sans trop de dégâts?

Le tabou de l’argent

Jeudi 25 juin 2015 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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S’il semble vrai que depuis la crise de 2008, les gens parlent plus d’économie, s’y intéressent davantage, il n’est pas clair en retour que l’argent n’est plus un tabou. C’est difficile de parler d’argent, de ses revenus, de la valeur des biens et des services, de se comparer et de se comprendre sur les questions financières. L’argent peut donner des ailes, mais aussi de la misère!

Il est tellement difficile de parler d’argent qu’on en vient même à constater qu’un très grand nombre de personnes n’ont aucune idée précise du revenu de leur conjoint. Le savez-vous, vous? Je vous pose la question : combien gagne votre époux-épouse-copain-copine?

Croyez-le ou non, selon un sondage réalisé par Fidelity aux États-Unis, 43 % des gens n’arrivent pas à dire combien leur partenaire gagne dans la vie! Et 10 % se sont trompés d’au moins 25 000 $ dans leur évaluation! En plus, le tiers des couples ne s’entendent pas sur l’argent disponible pour investir. La moitié n’a aucune idée du montant nécessaire à la retraite pour vivre convenablement.

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Quand madame gagne plus que monsieur

Le tabou s’explique peut-être, en partie, par le fait que bien des hommes ne veulent pas vraiment voir que leur concubine gagne plus qu’eux. L’économiste François Delorme m’a fait découvrir, dans le cadre de notre projet de rédaction de livre sur l’économie en 2013-2014, une étude de l’Université de Chicago. Cette dernière montre que « 50 % des répondants nés avant 1945 croient qu’il est problématique qu’une femme gagne un revenu plus élevé que son mari. Cette proportion baisse à 30 % pour les répondants nés entre 1946 et 1964 et remonte à près de 40 % pour ceux nés après 1965 [...] Quand une femme gagne un revenu supérieur à celui de son conjoint, la probabilité de se marier diminue significativement. Et si, au cours d’une relation, une femme en vient à gagner davantage que son mari, il y a beaucoup plus de risques que leur union dure moins longtemps que si le mari avait continué d’avoir un revenu plus élevé ».

Ça peut ressembler à de vieux a priori, je vous entends réagir. C’est pourtant très sérieux et très réel. La situation des femmes ne cesse de progresser, mais les convictions, conscientes et inconscientes, avancent un peu plus lentement.

Parler d’argent

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de lancer une campagne pour qu’on parle d’argent au Québec et pour faire en sorte que les gens s’intéressent davantage à ces questions. Dans son document exposant sa stratégie en matière d’éducation financière, l’AMF écrit que « plusieurs personnes prétendent que la société québécoise et sa majorité francophone subissent encore l’influence de certaines valeurs réfractaires à l’argent, notamment les valeurs judéo-chrétiennes ayant marqué plusieurs générations. […] À bien des égards, notre relation avec l’argent nous distingue des Canadiens des autres provinces ».

Dans son évaluation des comportements financiers des Québécois, réalisée à partir d’un sondage effectué auprès de « 1500 personnes responsables de la gestion des finances dans leur ménage », l’AMF nous apprend que « moins d’un Québécois sur deux (46 %) a fait l’exercice de vérifier si les sommes épargnées sont suffisantes pour la retraite ». Pourtant, trop de gens vivent pauvrement à la retraite.

Pour tenter d’améliorer la situation, l’AMF amorce cet automne une tournée des cégeps pour parler de surendettement, de fraude, de finances et d’économie. L’Autorité veut également relancer la promotion d’une trousse pour les professeurs du primaire, « Mes sous, j’y vois », afin de les aider à parler d’argent en classe. Des projets sont en développement aussi pour 2016 avec la Fondation PGL. Et des pressions sont toujours exercées pour faire accepter par le ministère de l’Éducation la réintroduction d’un cours d’éducation financière.

Le tabou de l’argent est tenace, nourri par des préjugés, peut-être aussi notre héritage judéo-chrétien et une forme répandue de désintérêt pour les questions financières. Pourtant, parler d’argent pourrait sans doute permettre à bien des gens de mieux comprendre leur situation, de participer davantage à la société et d’améliorer leur bien-être personnel.

Sources :

Fidelity : https://www.fidelity.com/bin-public/060_www_fidelity_com/documents/couples-retirement-fact-sheet.pdf

FILLION, Gérald et DELORME, François – Vos questions sur l’économie 75 questions – 75 réponses, Éditions La Presse, 231 p.

Marianne Bertrand, Emir Kamenica et Jessica Pan (octobre 2013). « Gender Identity and Relative Income Within Households », Working paper, University of Chicaco.

AMF, Stratégie québécoise en éducation financière http://www.lautorite.qc.ca/files/pdf/education-financiere/SQEF01062015.pdf