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Budget du Québec 2015

Jeudi 26 mars 2015 à 18 h 55 | | Pour me joindre

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Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, annonce le retour au déficit zéro dans le deuxième budget du gouvernement Couillard. Voici donc les faits saillants :

 

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Ce n’est pas tant le retour au déficit zéro que prépare le gouvernement Couillard que le retour aux surplus budgétaires. En excluant les paiements faits au Fonds des générations, le gouvernement Couillard enregistre un surplus depuis le début de son exercice 2014-2015. Et au rythme où vont les choses, le gouvernement affichera des surplus dans le budget qui sera dévoilé jeudi.

Pourquoi? Pour trois raisons :

  1. Au cours des huit premiers mois de 2014-2015, la croissance des dépenses de programmes a été limitée à 1,1 %. Par ses mesures d’austérité ou de rigueur (c’est essentiellement la même chose), le gouvernement Couillard tient les cordons de la bourse de façon serrée, ce qui provoque une vive opposition, on le sait, dans les milieux sociaux, syndicaux et étudiants, ainsi que dans les organismes régionaux.
  2. La chute des taux d’intérêt aide le gouvernement : alors que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, martèle qu’à 11 milliards de dollars par année, les intérêts sur la dette du Québec sont trop élevés, il faut savoir que ces intérêts ont coûté moins cher depuis le début de l’exercice, un gain de 175 millions de dollars par rapport à l’exercice précédent. Moins d’intérêt à payer malgré une dette qui augmente!
  3. Et puis le gouvernement profite de revenus d’impôt plus élevés en raison de la forte hausse des exportations, de la timide reprise des investissements et du maintien de la consommation des ménages. La chute des cours du pétrole devrait aussi permettre au Québec d’enregistrer une croissance un peu plus forte. Toutefois, des économistes rappellent régulièrement que les compressions du gouvernement ralentissent la croissance en ce moment au Québec.

surplusIl est clair que les suppressions de postes et de structures, la réforme à venir de la fiscalité et les réductions de dépenses exigées dans les ministères s’inscrivent dans le contexte du retour à l’équilibre budgétaire. Mais dans la réalité, le gouvernement va plus loin et refuse de ralentir la cadence malgré quelques éclaircies qui pourraient lui permettre de frapper moins vite.

En fait, le gouvernement Couillard veut générer des surplus budgétaires afin de réduire ce que le premier ministre appelle le « fardeau fiscal » des contribuables. La baisse des charges fiscales est inscrite dans les promesses du printemps 2014 des libéraux et a été réaffirmée à plusieurs reprises par Philippe Couillard, encore hier d’ailleurs à Burlington, au Vermont, où il participait à une annonce conjointe avec le gouverneur de cet État.

Dans ces circonstances, les efforts réclamés ne visent pas qu’à ramener l’équilibre budgétaire, mais à donner également des marges de manoeuvre au gouvernement, des marges qui seront sans doute bien utiles pour les libéraux à l’approche du prochain rendez-vous électoral de 2018.

godboutLe rapport Godbout sur la fiscalité regroupe un ensemble de propositions qui ne seront certainement pas toutes adoptées par le gouvernement Couillard. Toutefois, c’est une réflexion, c’est un apport important pour rendre plus efficace la fiscalité du Québec. Du moins, c’est ce qu’annoncent les commissaires qui ont retourné toutes les pierres de la fiscalité depuis huit mois, des taxes sur les couches pour enfants aux crédits d’impôt pour les aînés, en passant par l’impôt des PME et la myriade de mesures fiscales et crédits de toutes sortes pour les particuliers et les sociétés.

On ne peut pas accuser le fiscaliste Luc Godbout d’incohérence. Ça fait longtemps qu’il dit qu’on devrait taxer plus la consommation et moins le travail. Tout le rapport s’articule autour de cette philosophie. On a regardé l’arbre et ses branches de très près dans les heures qui ont suivi la publication du rapport jeudi, les critiques ont fusé de toutes parts. Mais il faut aussi voir la forêt : le rapport Godbout est imprégné d’une vision de la fiscalité qui apportera des transformations importantes dans le « modèle québécois ».

En fait, ce que propose ce rapport, c’est un « modèle québécois » transformé. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Comment maintenir des services publics généreux et étendus dans le contexte économique et le cadre budgétaire du Québec? Luc Godbout a proposé jeudi un réaménagement de la fiscalité qui a pour but de générer plus de croissance, plus d’emplois, plus de revenus pour l’État. Mais pour le gouvernement, c’est à coût nul. Si le rapport était adopté, l’État toucherait plus de revenus provenant des taxes et des tarifs, mais moins des impôts. Au final, on maintient le modèle, mais on réorganise son financement. En incitant davantage le travail et les investissements, comme le prétend Luc Godbout, le gouvernement pourrait toucher des revenus supplémentaires à terme.

En théorie, tout cela tient. On est d’accord ou n’est pas d’accord avec les orientations du rapport. Mais tous les experts vous diront que ça tient la route.

Il y a la théorie, il y a la réalité

Mais dans la réalité, quel sera l’impact sur les citoyens? La question est essentielle parce que les changements proposés à la fiscalité par Luc Godbout pourraient avoir un impact majeur dans la vie de chacune des personnes visées. Des dizaines de mesures fiscales seraient abolies si le rapport Godbout était adopté.

Pour les plus démunis, les taxes et les tarifs supplémentaires sont des coûts immédiats, difficiles à gérer au quotidien quand les finances sont serrées. Pour les aînés, l’accès à certains crédits et mesures fiscales, comme le fractionnement de revenus entre conjoints, ne deviendrait accessible qu’à partir de 75 ans. Pour les entreprises à un seul employé, le taux d’imposition passerait de 8 % à 10 %. Plusieurs de ces entreprises ne seraient pas en mesure d’atteindre 100 000 $ de revenus pour réduire ainsi leur taux d’imposition de 4 % proposé par le comité Godbout.

Et puis quel sera l’impact de la transformation de crédits remboursables en crédits non remboursables? Explication : un crédit remboursable permet à une entreprise de toucher le crédit sur l’impôt à payer même s’il n’a plus d’impôt à payer. Un crédit non remboursable n’est plus disponible, une fois les impôts payés.

Or, plusieurs entreprises qui font de la recherche et du développement, notamment dans les jeux vidéo, ont des centres de développement au Québec, mais ne tirent pas de revenus ici. Ces endroits sont des centres de coûts. On dépense dans le développement, on crée de bons emplois, mais on ne vend rien ici. Les revenus sont générés ailleurs.  Ces entreprises seront-elles tentées d’aller ailleurs, en Ontario ou en Colombie-Britannique, là où les crédits remboursables demeurent disponibles?

Souhaitons-nous une large discussion, un débat sur les propositions du rapport Godbout pour comprendre véritablement les impacts positifs et négatifs des recommandations qui pourraient être adoptées par le gouvernement.

Les moyens perdus de l’État

Mercredi 18 mars 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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Le rapport Godbout permettra-t-il de stimuler l’économie du Québec, d’encourager le travail et de permettre surtout à l’État d’engranger des revenus essentiels à la poursuite des missions qu’il s’est données, dans la mesure où il veut conserver toutes ces missions?

On verra, comme dirait un célèbre politicien! Mais, entre-temps, un petit coup d’œil dans le passé nous permet de constater que les gouvernements du Québec et du Canada ont largement contribué à l’assèchement de leurs capacités financières.

En fait, l’atteinte pénible et difficile du déficit zéro aujourd’hui n’est probablement pas étrangère aux baisses d’impôts adoptées depuis plus de 15 ans au Canada et au Québec. Dans une étude rendue publique mardi, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) affirme que la réduction du nombre de paliers d’impôt (de 5 à 3 en 1997, puis à 4 en 2012) ainsi que les baisses d’impôt ont entraîné un manque à gagner de 4,5 milliards de dollars à l’État québécois.

Ce qu’a fait l’IREC, c’est d’appliquer la grille fiscale de 1997 à l’année 2013. En plus du manque à gagner de 4,5 milliards de dollars, l’IREC affirme que l’ajout et la bonification de crédits d’impôt a privé l’État d’une somme de 4,1 milliards. Ces mesures fiscales destinées pour la plupart aux plus démunis viennent réduire l’effet des hausses de taxes à la consommation.

L’écart budgétaire pour le gouvernement du Québec est donc de 8,6 milliards de dollars selon l’IREC, une somme qui, vous le comprendrez, nous éloignerait largement des débats enflammés qu’on connaît sur l’atteinte du déficit zéro.

10 milliards de moins à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement fédéral a annoncé deux baisses de TPS, de 7 à 5 %,  depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, ce qui le prive de 6 à 7 milliards de dollars de revenus par année. En novembre dernier, le fractionnement de revenus et d’autres mesures pour les familles ont été annoncées, ce qui va priver Ottawa de plus de 4,5 milliards de dollars de revenus sur une année. C’est au moins 10 milliards de dollars de moins dans les coffres de l’État canadien.

Et on ne parle pas ici de la baisse d’impôt pour les entreprises, dont les répercussions (négatives pour les revenus de l’État, apparemment positives pour l’économie) ne sont pas calculées.

Mardi, le directeur parlementaire du budget a révélé que le fractionnement du revenu des conjoints va coûter 2,2 milliards de dollars seulement en 2015 pour aider 15 % des ménages au Canada, c’est-à-dire 2 millions de ménages sur un peu plus de 13 millions. Le gain d’impôt pourrait atteindre un maximum de 2000 $ par famille si les écarts de revenus sont importants entre les deux conjoints. Au Québec, avec l’abattement fédéral de 16,5 %, c’est un maximum de 1670 $ qui sera possible et non 2000 $.

Au nom de l’équilibre budgétaire, les gouvernements coupent. A Ottawa, depuis 2011. À Québec, depuis 2013 et particulièrement cette année. Si l’État n’avait pas tant réduit sa marge de manoeuvre, je pose la question : aurions-nous les mêmes débats et surtout les mêmes soucis face au grand défi qui se dessine pour les deux prochaines décennies, le vieillissement de la population?

Un débat sur la TVQ?

Lundi 16 mars 2015 à 14 h 19 | | Pour me joindre

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Il est étonnant de lire et d’entendre des commentaires de gens, de partis politiques notamment, qui rejettent à l’avance l’une des conclusions du rapport du fiscaliste Luc Godbout, qui sera présenté jeudi à Québec. Le rapport n’est pas encore public. On ne connaît pas encore l’assemblage des propositions du comité Godbout pour comprendre la structure fiscale qui sera soumise au débat public.

Tout ce qu’on sait, c’est que, selon le journaliste Denis Lessard, le comité Godbout va proposer qu’on augmente la TVQ au Québec et qu’on baisse les impôts. Cette opération ne permettrait pas nécessairement au gouvernement du Québec d’engendrer plus de revenus. Mais, d’après certains analystes, elle encouragerait le travail en misant davantage, dans l’avenir, sur la taxation de la consommation plutôt que sur l’imposition du travail.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, s’est montré ouvert à explorer cette proposition. Québec solidaire nous a dit être ouvert à un débat de société sur la fiscalité.

Mais, à la CAQ, on affirme que 60 % du PIB dépend de la consommation et qu’une hausse de la TVQ aurait un effet trop important sur le quotidien des contribuables. Le PQ est d’accord avec la CAQ, affirmant que les libéraux n’ont pas tenu promesse par le passé en augmentant la TVQ en 2011 et 2012 sans baisser les impôts en retour. Ce que l’opposition oublie, c’est que le Québec a récupéré des points de taxation abandonnés par le fédéral. Le parti conservateur a fait passer de 7 à 5 % la TPS depuis son arrivée au pouvoir en 2006. La hausse de TVQ au Québec n’est donc pas venue alourdir les charges fiscales des Québécois.

C’est important aussi de rappeler que le Parti québécois a créé un quatrième taux d’imposition lors de son passage au pouvoir, un taux de 25,8 % sur les revenus de plus de 100 000 $.

Bref, les dés sont jetés avant même la diffusion du rapport. Pourtant, pour la première fois en plusieurs décennies, nous avons un comité qui va faire des propositions pour repenser le système fiscal du Québec : les impôts des particuliers, les impôts des entreprises, les taxes et les tarifs. En laissant Luc Godbout présenter son rapport publiquement jeudi prochain, le gouvernement Couillard semble ouvrir la voie à une discussion publique sur les propositions de la Commission d’examen sur la fiscalité. À partir de là, il sera, il me semble, intéressant d’entendre les pour et les contre en ce qui concerne chacune des propositions.

Et puisqu’on aime bien, dans ce blogue, discuter ensemble à partir de faits et d’informations nuancées, et vu qu’on aime également se comparer aux pays nordiques, voici le niveau de taxe sur la valeur ajoutée et le niveau d’impôt le plus élevé au Québec (avec les taux fédéraux), au Danemark, en Finlande, en Suède et en Norvège. Comme vous pouvez le constater, les quatre pays nordiques misent à la fois sur les taxes et sur les impôts. Malgré cela, ces pays sont les plus prospères de la planète, les plus heureux, à la tête de tous les classements sur la qualité de vie.

Jean Tremblay

Greenpeace est responsable d’une partie des malheurs de l’entreprise Produits forestiers Résolu au Lac-Saint-Jean si on se fie aux propos du maire de Saguenay. Jean Tremblay craint le pire pour la suite des choses et, dans une sortie très médiatisée, le maire ne mâche pas ses mots.

« On s’en vient avec des beaux projets à Saguenay : la liquéfaction du gaz naturel, Ariane Phosphate, Blackrock. Ils vont tout nous bloquer, je vous le dis. On n’aura plus d’emplois dans la région. Ces gens-là [Greenpeace] sont en train de nous mener par le bout du nez. Alors, je vous demande, les syndicats, les travailleurs : mobilisons-nous contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde. Greenpeace, inquiétez-vous pas, ils vont continuer de se promener en bateau un peu partout. Mais,qu’ils nous laissent la paix au Québec! On sait très bien ce que c’est l’environnement et on a un très grand respect pour la nature. Mais on veut aussi se développer. Et on veut que nos travailleurs aient de l’emploi. » - Jean Tremblay, maire de Saguenay

Si le maire Tremblay s’en prend de cette façon à Greenpeace, c’est parce que l’entreprise Produits forestiers Résolu rend partiellement responsable le groupe environnementaliste de la fermeture de la machine numéro 9 de son usine d’Alma. La chute du marché du papier et les coûts de la fibre sont aussi mentionnés comme sources des problèmes pour Résolu. Mais Greenpeace, aux yeux de Résolu, mène des « campagnes de désinformation » qui nuisent à ses activités.

Pourquoi Greenpeace attaque-t-elle Résolu?

Greenpeace mène des campagnes publiques pour mettre en relief les pratiques jugées non acceptables en matière d’environnement. Dans le cas de la forêt, Greenpeace a mené une charge contre Best Buy, puisque l’entreprise maintenait son lien d’affaires avec Résolu, même si la société avait perdu sa certification environnementale FSC.

C’est trois certifications que Résolu a perdu à la fin de 2013, dont deux liées au Lac-Saint-Jean à propos du respect des droits des Autochtones et des pratiques en matière de protection de l’habitat du caribou forestier. Dans le premier cas, il y a un conflit entre les Cris et le gouvernement du Québec à propos de l’aménagement forestier qui serait contraire à l’entente Baril-Moses dans le cadre de la Paix des Braves. C’est une négociation Québec-Cris, selon Résolu, qui affirme ne pouvoir rien faire d’autres.

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Dans l’autre cas, sur le caribou forestier, le vérificateur Rainforest Alliance affirme que l’entreprise perturbe trop le territoire du caribou forestier et « n’a pas adapté suffisamment les mesures d’aménagement afin de renverser cette tendance ». Encore là, Résolu dit respecter les normes gouvernementales du Québec et accuse Rainforest Alliance de céder aux pressions de Greenpeace.

« On sait que lorsqu’il y a des vérifications, si vous avez des plaintes, vous avez tendance à interpréter les règles d’une façon très très très stricte pour ne pas avoir de problèmes, a dit Richard Garneau à RDI économie. […] Les pressions de Greenpeace sont le résultat de ce qui se passe au Lac-Saint-Jean. »

Qu’est-ce que la norme FSC, perdue au Lac-Saint-Jean par Résolu?

Le Forest Stewardship Council a été créé par des forestières, des syndicats, des gouvernements et des écologistes. C’est une entité qui a donc établi des principes et critères pour toute l’industrie, des normes qui sont suivies partout dans le monde. Ce ne sont pas les seules certifications existantes toutefois. Mais elles sont reconnues comme étant très crédibles au Canada avec des membres au conseil d’administration de FSC Canada, comme Domtar et Kruger.

Même que Résolu a été un contributeur important de FSC Canada au fil des années.

Les principes et critères du Forest Stewardship Council sont les suivants :

  • respecter toutes les lois et tous les traités internationaux;
  • maintenir ou améliorer les conditions des travailleurs et des communautés locales;
  • assurer la viabilité économique à long terme de la forêt;
  • reconnaître et respecter les droits autochtones;
  • maintenir la diversité biologique de la forêt.

Au Canada, les grandes banques comme la Scotia, RBC et la CIBC exigent la norme FSC dans leurs achats de papier. Même chose pour les éditeurs Penguin ou Scholastic, ou encore J.K. Rowling, auteure des livres Harry Potter. Rona, Home Depot, IKEA exigent aussi la norme FSC.

Le ministre de l’Énergie Pierre Arcand affirmait récemment qu’il fallait éviter un choc tarifaire. Autrement dit, quand Hydro-Québec Distribution a évalué ses besoins pour 2015 pour en arriver à une demande de hausse de 6,7 %, il était clair pour le gouvernement Couillard qu’il allait être impossible d’expliquer aux Québécois que cette hausse était justifiée.

Non seulement c’est compliqué à expliquer politiquement, mais dans la réalité économique, augmenter de façon aussi brutale les tarifs d’un service essentiel n’est certainement pas approprié. La Régie de l’énergie a donc accordé une hausse plus modeste à Hydro-Québec pour l’année 2015, soit de 2,9 % à partir du 1er avril, et un étalement d’une partie de la hausse demandée sur cinq ans. C’est ainsi qu’aux majorations à venir, il faudra ajouter un total de 2,1 % de 2016 à 2020.

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1- L’inflation

Depuis trois ans, les tarifs d’électricité augmentent plus rapidement que l’inflation. Ce ne sont pas des augmentations anodines pour une majorité de ménages au Québec. Quand on additionne les hausses des trois dernières années, un ménage moyen doit payer au moins 100 $ de plus par année en électricité. C’est considérable pour bien des gens.

2- Faibles coûts comparatifs

Cela dit, l’électricité ne coûte pas cher au Québec en comparaison des autres grandes villes nord-américaines. Mais, parce qu’il fait froid chez nous, on consomme plus qu’en bien des endroits ailleurs sur le continent.

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3- Pourquoi paie-t-on? 

Les hausses demandées servent essentiellement à financer le développement de parcs éoliens, de la biomasse et de minicentrales hydroélectriques. Ces projets, poussés par les différents gouvernements, ont notamment pour objectif de développer les économies régionales. En retour, Hydro-Québec engrange plus de revenus, fait plus de profits et verse davantage de dividendes au gouvernement, plus de 2,5 milliards de dollars en 2014.

Dans les circonstances, est-il raisonnable d’augmenter les tarifs d’électricité à un rythme plus rapide que l’inflation afin de générer plus de revenus pour l’État, qui cherche des moyens d’afficher des surplus budgétaires? Ou doit-on revenir à l’essence même du projet de nationalisation de l’électricité, qui était celui de se réapproprier nos ressources pour l’offrir à l’ensemble des citoyens à faibles coûts? Est-ce qu’on s’éloigne de cet objectif? Qu’en pensez-vous?

Les Québécois, dépossédés?

Jeudi 5 mars 2015 à 18 h 25 | | Pour me joindre

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depossessionLes Québécois ont-ils été dépossédés de leurs ressources qui habitent leurs terres et leurs cours d’eau? Ont-ils été spoliés, se sont-ils fait jouer un vilain tour par les entreprises privées et par des « technocrates » de l’État qui n’ont, au fil du temps, que cherché à avantager le secteur privé?

L’IRIS, dans un ouvrage qui paraît aujourd’hui, répond oui et tente de démontrer en quoi le Québec est victime d’une grande « dépossession ». C’est le titre du livre : Dépossession, une histoire économique du Québec contemporain publié aux Éditions Lux.

Les chercheurs de l’IRIS expliquent la dépossession par des redevances et des droits de coupe extrêmement faibles pour les minières et les forestières, des privilèges accordés au secteur privé pour exploiter les ressources naturelles du territoire, un État qui « demeure pleinement au service du secteur privé », qui « témoigne d’une générosité et d’une complaisance indéfectibles envers les entreprises minières », notamment.

En fait, mis à part Hydro-Québec qui « a certainement permis que les services publics québécois bénéficient financièrement de notre production énergétique », les autres tentatives de l’État visant à gérer, contrôler, exploiter les ressources ont été ratées. « La déception suscitée par les sociétés publiques au plan économique, écrit Laura Handal Caravantes dans le chapitre sur les mines, vient d’une insuffisance des ressources accordées par le gouvernement. »

En fait, la stratégie de l’État « consiste principalement à mettre des ressources financières à la disposition du système privé sous forme de prêts, d’actions, de capitalisations, de dépenses fiscales ou autres ». L’État se voit essentiellement comme un « accompagnateur ».

Dans le chapitre sur la forêt, le chercheur Pierre Dubois écrit qu’il « est clair que la logique que nous dénonçons en la qualifiant de dépossession est inscrite au cœur même du modèle d’affaires des entreprises forestières canadiennes […] Leurs priorités, ce sont les dividendes versés aux actionnaires ».

En agriculture, le Québec est passé d’un modèle de subsistance à un modèle qui tend à répondre aux besoins du marché. « Le type de gestion qui a été fait des mécanismes de régulation est indéniablement lié à une vision productiviste de l’agriculture, soucieuse de répondre aux exigences de standardisation et de rendement du marché », écrit Lyne Nantel.

Elle ajoute que ça « participe de la logique de dépossession […] qui prive progressivement les agriculteurs et agricultrices de toute emprise sur leurs pratiques. » Et, elle en vient à poser la question sur la possibilité d’étendre la mise en marché collective, qui existe pour le lait, les œufs, les poulets, « à l’ensemble des productions ».

La prochaine dépossession à l’ordre du jour, c’est la commercialisation de l’eau, selon l’IRIS. Le Québec en possède une quantité exceptionnelle et bien des gens d’affaires sont d’avis qu’on ne pourra pas se passer de cette manne. « Si un tel projet se concrétisait, écrit Martin Poirier, le Québec verrait s’effriter sa souveraineté sur l’eau et son peuple serait tranquillement, mais sûrement dépossédé de cette ressource. »

Ma première impression en lisant le livre, c’est que l’IRIS dénonce un système, celui du libéralisme économique, auquel le Québec n’a pas échappé. Le secteur privé est visé comme s’il n’était jamais en position de servir l’intérêt de l’ensemble des Québécois. Plusieurs auront du mal à considérer qu’une entreprise québécoise, dont le siège social est au Québec, qui emploient des Québécois et qui rapportent des emplois, des impôts et (un peu) de redevances à la société soient considérée comme étant un artisan pur de la dépossession.

L’IRIS parle de nationalisation dans le secteur minier, de syndicalisation dans la forêt, d’étendre aussi la gestion de l’offre à l’ensemble de l’agriculture. À contre-courant, l’Institut de gauche maintient le cap sur une transformation en profondeur de l’exploitation au Québec, transformation idéale pour les uns, farfelue pour les autres, qui n’est pas, dans la réalité, soyons francs, sur le point de se produire.

Londres vient de faire appel à une bonne vieille solution héritée de l’ère Thatcher : on a besoin d’argent, on veut réduire l’endettement public, on privatise! Dans le cadre d’une stratégie qui vise à réduire sa dette, évaluée à 89 % du PIB, Londres cherche à vendre des actifs et chiffre sa quête financière à 38 milliards de dollars. En vendant sa participation de 40 % dans le réseau ferroviaire Eurostar, le gouvernement Cameron va donc empocher 1,12 milliard de dollars canadiens. C’est le double de ce qui était espéré au départ par l’État britannique.

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L’acheteur, c’est la Caisse de dépôt et placement du Québec et le fonds britannique Hermès International. La Caisse, qui multiplie les transactions dans le secteur des infrastructures, injecte 850 millions de dollars dans l’aventure pour 30 % des parts. Pendant ce temps, Paris demeure actionnaire majoritaire avec 55 % de l’actionnariat par l’entremise de la SNCF, la Société nationale des chemins de fer français.

Sur le même rail, vous avez là deux stratégies différentes : la France actionnaire de son réseau public de transport et la Grande-Bretagne qui poursuit l’œuvre de Margaret Thatcher en privatisant maintenant ses intérêts dans l’Eurostar, ce train rapide exceptionnel qui nous transporte sous la Manche en quelques heures de Londres à Paris, puis jusqu’à Bruxelles.

Dites-vous bien qu’à Québec, en ce moment, certains fantasment sur des décisions comme celles prises par Londres. Le mot « privatisation » flotte dans les couloirs de l’Assemblée nationale. S’il n’y a pas de projets bien ficelés de vendre, disons, 5 ou 10 % d’Hydro-Québec, certains en rêvent! L’enjeu a refait surface lors de la campagne électorale qui se tenait il y a maintenant un an. Et le Parti québécois est convaincu aujourd’hui que le ministre de l’Énergie étudie la question. « Rumeur farfelue », répond Pierre Arcand.

Pourtant, l’idée reste bien vivante dans l’espace public. L’ex-ministre libéral Claude Castonguay en parle dans son dernier ouvrage La fin des vaches sacrées. Et les experts Luc Godbout et Claude Montmarquette l’ont évoqué en avril dans un rapport spécial demandé par le nouveau gouvernement sur l’état des finances publiques. « Dans l’éventualité où l’examen des programmes, des processus et des structures ne permettrait pas de dégager les sommes requises en matière de contrôle des dépenses, écrivaient-ils, le gouvernement n’aurait pas d’autres choix, en l’absence de hausses d’impôt, que d’envisager de vendre des actifs […] À titre d’exemple, le gouvernement pourrait songer à ouvrir jusqu’à 10 % du capital de la Société des alcools du Québec ou d’Hydro-Québec aux Québécois. »

Ce serait, à coup sûr, une solution qui rapporterait quelques milliards à l’État à court terme, ce qui lui permettrait de réduire sa dette et les intérêts à payer sur la dette. Mais, ce serait, à moyen et à long terme, un choix qui viendrait réduire les revenus de l’État. Les gains en intérêt seraient amoindris, sinon effacés, par une éventuelle hausse des taux d’intérêt. Et les redevances d’Hydro-Québec devraient être partagées avec d’autres propriétaires.

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À moins que ce soit… la Caisse qui achète 10 % d’Hydro-Québec! Tiens, tiens… Si le « bas de laine des Québécois » juge que c’est bon d’acheter des actifs publics à Londres, pourquoi ne le ferait-il pas au Québec? D’autant que le gouvernement Couillard vient de signer une entente avec la Caisse pour qu’elle investisse et gère des infrastructures publiques de transport?

Si Londres juge qu’elle peut réduire sa dette en vendant des actifs à un organisme comme la Caisse de dépôt, le gouvernement du Québec pourrait-il en faire autant?

Je ne sais pas si c’est faisable, je ne sais vraiment pas si c’est souhaitable. Mais est-ce envisageable?

En fait, la vraie question : est-ce envisagé?

editions.lapresse.camediafiler_public20150219communique_finvachessacrees_v2.pdf - Google Chrome« Les Québécois souhaitent naturellement voir leurs revenus croître, et cela est légitime. Par contre, dès qu’une personne réussit, elle devient souvent l’objet de méfiance et de jalousie. On veut bien que les entreprises réussissent et créent des emplois, mais en même temps, on entretient des préjugés envers leurs propriétaires ou leurs dirigeants. Ces préjugés bien enracinés s’expliquent pour une bonne part par la méconnaissance du fonctionnement de l’économie. Combien de fois ai-je constaté que des personnes, pourtant intelligentes, sont convaincues que si une entreprise fait un gain, ou « fait de l’argent » en langage populaire, quelqu’un d’autre subit une perte. Comme s’il s’agissait de vases communicants et qu’automatiquement quelqu’un doit être lésé. »

- Claude Castonguay, La fin des vaches sacrées

Claude Castonguay aura 86 ans dans un peu plus de deux mois. L’ex-ministre demeure actif, réfléchit aux enjeux sociaux, politiques, économiques du Québec, des régimes de retraite aux réformes en santé en passant par la création de la richesse et les inégalités sociales.

Il publie aujourd’hui un nouvel ouvrage : La fin des vaches sacrées, réflexions sur l’avenir du Québec aux Éditions La Presse. Il revient avec ses propositions en matière de santé et réaffirme la nécessité, selon lui, d’adopter une forme de REER obligatoire pour améliorer la protection des aînés à la retraite.

Mais, il va plus loin, il ratisse plus large.

Culture de dépendance

Il invite les Québécois à appuyer sur l’accélérateur du changement afin de se libérer d’une forme de « culture de dépendance » envers l’État qui subsiste, selon lui, depuis trop longtemps. « Collectivement, nous nous sommes habitués à un certain confort, écrit-il. Si nous voulons développer notre plein potentiel, le succès doit être valorisé. L’époque où seuls les pauvres allaient au ciel est chose du passé. Quand allons-nous enfin tourner la page? »

Il demande, en fait, à tout le monde de faire un effort. Il invite le gouvernement Couillard à faire appel à la concertation, comme les Scandinaves savent le faire. Et il est d’avis aussi que les syndicats doivent mettre de l’eau dans leur vin. Selon lui, « les syndicats sont les plus dogmatiques. Ils ont convaincu une bonne partie de la population qu’ils sont les défenseurs de l’intérêt public contre les méchants néolibéraux et les employeurs en qui on ne peut avoir confiance. […] Nous sommes devenus une société corporatiste tellement structurée que le gouvernement ne peut agir sans provoquer des levées de boucliers, au besoin, des manifestations dans la rue ».

Climat généralisé de morosité

Claude Castonguay nous dit qu’il y a en ce moment au Québec, « un climat généralisé de morosité, d’incertitude et de cynisme […] Heureusement, dit-il, une majorité de Québécois ressentent un profond besoin de changement même s’il existe des divergences quant aux orientations à prendre et aux mesures qui s’imposent ». Comme à la fin des années 50 quand sont apparus les premiers pas de la Révolution tranquille.

Cela dit, tout au long de la lecture, on constate plus d’inquiétude que d’espoir chez Claude Castonguay. « Il faut être conscient que nous présentons une image d’instabilité, affirme l’ex-ministre, et, à l’occasion, d’hostilité à l’endroit des milieux d’affaires et des investisseurs. La tenue possible d’un troisième référendum, les manifestations violentes du printemps érable, le saccage de la salle du conseil municipal de Montréal en présence de policiers passifs et le désastreux projet de charte des valeurs sont autant d’événements qui donnent l’image d’un climat social en effervescence et d’un milieu hautement instable. »

Claude Castonguay écrit aussi que nous consommons trop et que les écarts de richesse sont une plaie qui ne fait que grandir : « Le monde n’a jamais été aussi riche, mais également jamais aussi peu solidaire. »

Le ministre qui s’inspire de l’URSS

En plus de se surprendre de voir le gouvernement Couillard favoriser « l’austérité et la ligne dure », Claude Castonguay s’en prend également à Gaétan Barrette, le ministre de la Santé du Québec qui, « avec son style particulier », a proposé des projets de loi qui « s’inspirent des régimes de pays comme la Chine et l’URSS. Ils procèdent d’une pensée autoritaire hiérarchique, une orientation vouée à l’échec ».

En retour, il exprime un avis favorable à l’enjeu qui a été évoqué récemment par le ministre de l’Énergie, Pierre Arcand, celui d’augmenter les tarifs d’électricité. « Si les tarifs étaient les mêmes qu’en Ontario, affirme Claude Castonguay, on a calculé qu’il en résulterait des revenus additionnels pour le gouvernement de l’ordre de trois à quatre milliards de dollars. L’ensemble des Québécois bénéficierait de ces revenus additionnels. »