Le patron de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke est en mode « sortie de crise ». Son objectif : réduire progressivement l’intervention de la banque centrale dans les marchés financiers sans nuire à la reprise économique qui semble s’installer. La Fed achète encore pour 85 milliards de dollars d’obligations à chaque mois en ce moment. Elle a injecté plus de 2300 milliards de dollars depuis le début de la crise financière. Cette intervention exceptionnelle doit, un moment donné, arriver à son terme. On approche…
Chez nous, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz doit tout faire pour éviter de poser des gestes qui pourraient accentuer les problèmes structurels qui se sont installés dans l’économie canadienne au cours des dernières années. On a beaucoup misé sur le consommateur au Canada pour soutenir l’économie. Aujourd’hui, ce consommateur-citoyen-travailleur-contribuable est très endetté! Peut-être trop d’ailleurs…
Et c’est pour ça que Stephen Poloz mise sur les exportateurs et une hausse des investissements des entreprises, qui dorment sur des centaines de milliards de dollars en liquidités, pour relancer l’économie. Le consommateur a assez donné, nous dit la Banque du Canada. On lui en a assez demandé. L’endettement des ménages atteint des sommets et cet endettement représente aujourd’hui la menace la plus importante qui plane sur l’économie canadienne.
Ce qui se passe au Canada et aux États-Unis est particulier. Depuis des années, les États-Unis se démènent pour tenter de relancer leur croissance de façon durable et faire baisser le chômage. Pendant ce temps, le Canada a claironné sur tous les toits que sa recette était la meilleure : des banques stables, des assises financières solides, une économie forte stimulé par la construction et les ressources.
Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux parmi les experts à reconnaître que les dépenses publiques, l’intervention de la Réserve fédérale et l’évitement du « mur budgétaire » ont permis aux États-Unis d’éviter une chute encore plus brutale de leur économie et de reconstruire une croissance qui apparaît un peu plus solide aujourd’hui.
Au Canada, parce que la récession a frappé moins fort qu’ailleurs, on s’est cru et on se croit peut-être encore à l’abri d’intempéries. Mais, est-ce le cas ? Notre croissance est moins forte qu’aux États-Unis, les indicateurs économiques expriment un peu partout au pays, notamment au Québec, qu’il y a un ralentissement en cours. Et quantité d’experts, du FMI, de la Banque du Canada même jusqu’à Paul Krugman expriment une réelle inquiétude quant à l’impact éventuel du niveau d’endettement des ménages.
De toute évidence, le vent ne souffle pas dans la même direction au nord et au sud de la frontière…
Iriez-vous faire des affaires dans une ville où le maire vient de se faire arrêter par la police? C’est la question que se posent et se poseront bien des dirigeants à la tête d’entreprises qui font affaire à Montréal et avec des sociétés qui sont installées à Montréal.
En fait, il faut protéger quoi et contre qui? Faut-il protéger CGI, Couche-Tard ou Valeant, qui enchaînent les acquisitions à l’étranger? Faut-il protéger Rona d’une offre d’une chaîne américaine et assister passivement à son déclin financier? Ou faut-il, en réalité, donner plus de pouvoirs et de responsabilités aux administrateurs afin qu’ils jugent de façon indépendante de l’intérêt global d’une offre venant d’un groupe étranger?
En entrevue à RDI économie jeudi
Dans une entrevue à RDI économie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, Christoph Frei, et la future présidente du conseil de l’organisme, la Québécoise Marie-José Nadeau, qui est vice-présidente à Hydro-Québec, nous expliquent la complexité dans laquelle nos défis économiques et écologiques se posent.
Force est de constater tout de même que les résultats ne correspondent pas totalement aux promesses électorales de l’été dernier. Le nouveau plan de redevances est beaucoup moins ambitieux qu’annoncé dans le programme du Parti québécois en 2012. L’encadrement du secteur minier est moins serré que souhaité par les environnementalistes et par les municipalités dans la nouvelle loi sur les mines qui a été présentée à la fin mai. Le « free mining » existe toujours et les minières ont préséance sur les territoires où elles sont installées.
Dans des entrevues exclusives accordées à RDI économie et Classe économique lundi, l’avocat Jean Charest, aujourd’hui avec McCarthy Tétreault, nous a dit que tout concorde pour qu’une entente Canada / Europe soit finalement annoncée au G8 les 17 et 18 juin en Irlande du Nord.
Si on veut faire des comparaisons, il y a plusieurs banques centrales, plusieurs banquiers, disait-il, nommant entre autres le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, que Mark Carney va remplacer dans un mois. Le gouverneur de la Banque du Canada sait très bien que les taux d’intérêt sont peut-être trop bas en ce moment au pays compte tenu des inquiétudes qui persistent à propos de l’endettement des Canadiens et d’une possible bulle immobilière.