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Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine Le patron de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke est en mode « sortie de crise ». Son objectif : réduire progressivement l’intervention de la banque centrale dans les marchés financiers sans nuire à la reprise économique qui semble s’installer. La Fed achète encore pour 85 milliards de dollars d’obligations à chaque mois en ce moment. Elle a injecté plus de 2300 milliards de dollars depuis le début de la crise financière. Cette intervention exceptionnelle doit, un moment donné, arriver à son terme. On approche…

Chez nous, le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz doit tout faire pour éviter de poser des gestes qui pourraient accentuer les problèmes structurels qui se sont installés dans l’économie canadienne au cours des dernières années. On a beaucoup misé sur le consommateur au Canada pour soutenir l’économie. Aujourd’hui, ce consommateur-citoyen-travailleur-contribuable est très endetté! Peut-être trop d’ailleurs…

Et c’est pour ça que Stephen Poloz mise sur les exportateurs et une hausse des investissements des entreprises, qui dorment sur des centaines de milliards de dollars en liquidités, pour relancer l’économie. Le consommateur a assez donné, nous dit la Banque du Canada. On lui en a assez demandé. L’endettement des ménages atteint des sommets et cet endettement représente  aujourd’hui la menace la plus importante qui plane sur l’économie canadienne.

Ce qui se passe au Canada et aux États-Unis est particulier. Depuis des années, les États-Unis se démènent pour tenter de relancer leur croissance de façon durable et faire baisser le chômage. Pendant ce temps, le Canada a claironné sur tous les toits que sa recette était la meilleure : des banques stables, des assises financières solides, une économie forte stimulé par la construction et les ressources.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux parmi les experts à reconnaître que les dépenses publiques, l’intervention de la Réserve fédérale et l’évitement du « mur budgétaire » ont permis aux États-Unis d’éviter une chute encore plus brutale de leur économie et de reconstruire une croissance qui apparaît un peu plus solide aujourd’hui.

Au Canada, parce que la récession a frappé moins fort qu’ailleurs, on s’est cru et on se croit peut-être encore à l’abri d’intempéries. Mais, est-ce le cas ? Notre croissance est moins forte qu’aux États-Unis, les indicateurs économiques expriment un peu partout au pays, notamment au Québec, qu’il y a un ralentissement en cours. Et quantité d’experts, du FMI, de la Banque du Canada même jusqu’à Paul Krugman expriment une réelle inquiétude quant à l’impact éventuel du niveau d’endettement des ménages.

De toute évidence, le vent ne souffle pas dans la même direction au nord et au sud de la frontière…

Michael Applebaum est apparu calme dans la voiture qui l'amenait au quartier général de la SQ, à Montréal.    Iriez-vous faire des affaires dans une ville où le maire vient de se faire arrêter par la police? C’est la question que se posent et se poseront bien des dirigeants à la tête d’entreprises qui font affaire à Montréal et avec des sociétés qui sont installées à Montréal.

La réputation de Montréal, déjà entachée par des années de révélations sur la collusion et la corruption qui sévissent dans la ville, vient de descendre de quelques crans encore avec l’arrestation du maire Michael Applebaum, qui assure l’intérim depuis la démission de l’ex-maire Gérald Tremblay, qui a lui-même cédé sous la pression des révélations à la commission Charbonneau.

Pour vous donner une idée de ce qui est en jeu, des chiffres :

  • le PIB de Montréal représente le tiers de l’économie du Québec : 112 milliards de dollars en 2012;
  • Montréal, Laval et la Montérégie, c’est la moitié de l’économie du Québec;
  • Montréal, c’est 2 millions de personnes;
  • c’est près de 1 million d’emplois, le quart de tous les emplois du Québec;
  • 15 milliards de dollars d’investissements en 2012, selon l’ISQ;
  • 8000 mises en chantier par année, soit 18 % du total québécois;
  • le prix de vente des maisons a augmenté de 4 à 5 % par année dans les dernières années.

Les atouts de Montréal :

  • coûts compétitifs pour faire des affaires;
  • pôle financier;
  • ville universitaire;
  • ville de haute technologie;
  • personnalité axée sur la culture et le divertissement.

Ce qui joue contre Montréal :

  • corruption, collusion;
  • problèmes d’infrastructures;
  • congestion routière;
  • taux de chômage élevé à 10 %, faible croissance économique.

Il y a près de 150 000 emplois à pourvoir à Montréal d’ici 2015, selon Emploi-Québec, dont 65 % pour remplacer des départs à la retraite. Il y a près de 8 millions de touristes par année, d’après Tourisme Montréal. C’est l’économie de Montréal qui est en jeu. C’est l’économie du Québec aussi.

Mais attention, Montréal n’est pas une ville dangereuse. Et donc les gens vont continuer d’aimer et de visiter Montréal. Toutefois, le climat d’affaires devient toxique : comment les entrepreneurs d’ici vont-ils convaincre les investisseurs d’ailleurs de venir chez nous, injecter des sommes pour faire prospérer leurs avoirs et notre économie? Comment les entrepreneurs d’ici vont-ils réussir à convaincre les acheteurs et fournisseurs d’ailleurs de conclure des contrats avec eux?

Un haut dirigeant d’entreprise, et je vous en ai déjà parlé ici dans ce blogue, m’avait dit il y a déjà quelques années de cela que Montréal était considérée comme la Palerme du Nord. Et que cette perception pouvait nuire à l’obtention de contrats.

C’est un jour triste pour Montréal.

Sources : Desjardins, ISQ

Le choix des mots est important. Le ministre des Finances Nicolas Marceau a annoncé il y a quelques jours la création d’un comité de réflexion sur le maintien des sièges sociaux de joyaux de l’entrepreneuriat québécois et l’a nommé : « Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises. » Le ministre a choisi le mot « protection ». Pourquoi?

Nicolas Marceau à QuébecEn fait, il faut protéger quoi et contre qui? Faut-il protéger CGI, Couche-Tard ou Valeant, qui enchaînent les acquisitions à l’étranger? Faut-il protéger Rona d’une offre d’une chaîne américaine et assister passivement à son déclin financier? Ou faut-il, en réalité, donner plus de pouvoirs et de responsabilités aux administrateurs afin qu’ils jugent de façon indépendante de l’intérêt global d’une offre venant d’un groupe étranger?

Faut-il le rappeler, la Caisse de dépôt et placement du Québec investit dans les grandes entreprises du Québec. Et une offre généreuse d’une société étrangère pour une entreprise d’ici pourrait être très payante pour l’ensemble des Québécois.

Yvan Allaire a créé, avec Michel Nadeau, l’Institut sur la gouvernance, une organisation qui a pour objectif de réfléchir aux principes et aux règles, à l’éthique et à la saine gestion des entreprises et des institutions, que ce soit dans le secteur public ou dans le privé. Nicolas Marceau n’a pas jugé bon faire appel à ses lumières. Il n’a pas été consulté et n’a pas été approché pour faire partie du groupe de travail. Pourtant, il est probablement l’un des intellectuels du milieu économique qui a le plus réfléchi au rôle des administrateurs et au maintien des sièges sociaux au Québec.

En entrevue à RDI économie jeudi, il a d’abord précisé que l’enjeu n’est certainement pas de protéger les entreprises québécoises, mais bien de « relever les pouvoirs des conseils d’administration », ce que précise par ailleurs le communiqué annonçant le groupe de travail du gouvernement. « Le titre est inopportun, selon Yvan Allaire. Je pense même que les entrepreneurs québécois ne veulent pas être protégés. Ils veulent avoir les moyens de défendre la propriété de leur entreprise. »

Montréal a perdu beaucoup de ses sièges sociaux au fil du temps. Mais, aujourd’hui, les grandes entreprises québécoises se battent à armes égales avec leurs concurrentes étrangères. Et elles sont nombreuses à faire des acquisitions à l’étranger et à faire croître leur rayonnement à partir de leur siège social à Montréal ou ailleurs au Québec. Évoquer la « protection » des entreprises québécoises n’est-elle pas la représentation d’un sentiment d’infériorité, de repli sur soi, d’inquiétude face à des prétendus envahisseurs, dévoreurs de petits Québécois?

Yvan Allaire affirme qu’il y a 24 entreprises québécoises en bourse qui pourraient être visées par une tentative d’acquisition étrangère. Ce qu’il faut selon lui, c’est d’élargir le mandat des administrateurs et d’exiger que toute décision prise dans le cadre d’une offre d’acquisition s’appuie sur l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes : actionnaires, employés, fournisseurs, société civile. Dans le cas de Rona, par exemple, la question des fournisseurs était essentielle : est-ce que l’Américaine Lowe’s aurait maintenu le même réseau de fournisseurs (dont plusieurs sont Québécois) que Rona si l’offre d’acquisition déposée avait été acceptée?

Aussi, le président de l’Institut sur la gouvernance ne comprend pas très bien pourquoi le gouvernement Marois forme un comité sur cette question, alors que l’Autorité des marchés financiers du Québec tente de convaincre les différentes commissions des valeurs mobilières dans les provinces canadiennes d’adopter de nouvelles règles pour augmenter les pouvoirs des administrateurs.  Une entente pancanadienne aurait du poids, puisqu’elle forcerait Ottawa a modifié la loi. Sur les 24 entreprises québécoises exposées, 16 sont incorporées sous la loi fédérale et 8 sous la loi québécoise.

Le gouvernement de Stephen Harper ne cesse d’amoindrir les attentes quant à l’annonce possible d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne la semaine prochaine au sommet du G8 en Irlande du Nord. Le premier ministre a déclaré à Londres, mercredi, qu’il n’est pas question pour lui de s’enfermer dans un calendrier artificiel. Même ton au bureau du ministre du Commerce international Ed Fast, la semaine dernière : il n’y a pas de date-butoir, on négocie et ça progresse. Et c’est tout.

Le haut-commissaire auprès du Royaume-Uni Gordon Campbell accueille Stephen Harper à l’aéroport Luton, en Angleterre. Photo : PC/Adrian Wyld

Pourtant, il y a bel et bien urgence pour le gouvernement canadien. Le premier ministre de Grande-Bretagne, David Cameron, a son discours tout prêt en poche pour annoncer au sommet du G8 le lancement officiel des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.  Et dans ce contexte, déjà, les Européens réévaluent leurs options étant donné leur désir et vif intérêt à conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis.

La seule chose qui semble remettre en question une annonce de David Cameron la semaine prochaine serait un blocage du gouvernement français, qui exige que la notion de l’exception culturelle soit déjà en place et adoptée avant même d’entamer des discussions. La culture n’est pas une marchandise pour la France (et pour le Québec aussi, d’ailleurs) et ne doit pas faire partie des négociations. Cet aspect est crucial et pourrait retarder l’annonce du début des négociations entre l’Union européenne et les États-Unis.

Mais, sinon, on est sur la ligne de départ. Et plus on s’approche de ces négociations États-Unis / Europe, plus on semble s’éloigner d’un accord Canada / Europe. L’opposition officielle à Ottawa craint même que, pour sauver la face et arriver rapidement à un accord, le gouvernement Harper soit prêt à céder sur certains principes et conclure une entente bâclée.

L’ex-premier ministre du Québec Jean Charest nous vendait encore cette entente le 3 juin dernier à RDI économie, comme s’il craignait qu’elle ne soit pas signée. Et voilà qu’à Ottawa, on fait tout pour minimiser les attentes sur la conclusion rapide de l’accord.

Une question très sérieuse se pose aujourd’hui : les Européens ont-ils encore un intérêt pour un accord de libre-échange avec le Canada?

Plus de pétrole, moins de GES?

Lundi 10 juin 2013 à 15 h 38 | | Pour me joindre

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Il est extrêmement difficile de croire aux avancées environnementales quand on parle aux chefs du monde énergétique. On trouve et on produit plus de pétrole, on cherche à en transporter davantage. La population est en forte croissance, tout comme l’accès à l’électricité. Si on doit se réjouir de voir des millions de personnes accéder à un meilleur niveau de vie sur la planète, il n’en demeure pas moins que tout cela présente un défi écologique majeur.

Dans une entrevue à RDI économie, le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, Christoph Frei, et la future présidente du conseil de l’organisme, la Québécoise Marie-José Nadeau, qui est vice-présidente à Hydro-Québec, nous expliquent la complexité dans laquelle nos défis économiques et écologiques se posent.

« D’ici 2050, selon Christoph Frei, les besoins énergétiques vont doubler, sinon tripler. En même temps, il faut diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre. […] C’est très clair que la notion du risque politique est fondamentale. Pourquoi? […] L’argent va là où le risque politique est bien géré. C’est une balance entre trois dimensions. […] Chaque gouvernement doit être capable de fournir des conditions qui mettent en équilibre les soucis de sécurité, les soucis d’environnement et les soucis d’équité. »

Marie-José Nadeau formule les choses ainsi : « Dans tous les développements importants, c’est vrai pour l’hydroélectricité, c’est vrai pour les autres formes d’énergie, il faut à la fois rencontrer un critère économique, donc la santé et la solidité du plan d’affaires, il faut avoir un projet qui tienne la route sur le plan environnemental et qui soit accepté par les communautés. »

En plaçant sur un pied d’égalité les questions de production, d’acceptation sociale et d’environnement, on pourrait croire qu’on s’assure de prendre de bonnes décisions. Mais, du point de vue environnemental, il est clair qu’il est difficile, dans une telle perspective, de penser qu’on puisse atteindre les objectifs de réduction d’émissions si la production ne cesse d’augmenter. En même temps, sur le plan de la sécurité énergétique, il est clair aussi que les enjeux environnementaux pourraient compromettre l’accès à une énergie abordable.

Mais a-t-on le choix? A-t-on le choix de prendre des décisions sensées pour protéger notre environnement alors que l’Agence internationale de l’énergie reconnaît elle-même qu’il est urgent d’adopter de nouvelles mesures pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius? A-t-on le choix d’adopter des mesures fortes en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour éviter des impacts écologiques ET économiques désastreux à l’avenir?

Dans un rapport publié à Londres lundi, la directrice de l’organisme, Maria van der Hoeven, a déclaré que « la question des changements climatiques a été mise en veilleuse dans l’ordre des priorités. Mais, ajoute-t-elle, le problème est toujours là ». Selon l’AIE, au rythme où vont les choses, nous nous dirigeons vers un réchauffement climatique de 3,6 à 5,3 degrés Celsius.

Dans l’entrevue que nous ont accordée Christoph Frei et Marie-José Nadeau, on parle de transition et de transformation de la production et de la consommation énergétique. Sommes-nous vraiment dans cette transition? Des actions sérieuses ont-elles été adoptées pour développer des énergies vertes et renouvelables, qui pourront remplacer petit à petit le pétrole? La découverte du gaz de schiste aux États-Unis devrait permettre d’améliorer le bilan environnemental de nos voisins du Sud, dont la consommation de charbon demeure élevée? La production de pétrole est toutefois en hausse en Amérique et, vous le savez, de nombreux projets sont à l’étude pour permettre de croître encore davantage.

Nous avons besoin de pétrole, c’est vrai et c’est clair. Mais place-t-on autant d’énergie dans les énergies autres pour atteindre l’objectif ultime qui est celui de réduire notre empreinte sur le climat?

Information, éducation et éthique

Vendredi 7 juin 2013 à 13 h 54 | | Pour me joindre

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J’ai eu le privilège de recevoir jeudi le prix de journalisme en littératie financière de l’Institut québécois (IQPF) de la planification financière. Je n’écris pas ça pour m’attirer des félicitations, loin de là. Je veux faire part des réflexions que j’ai transmises aux membres de l’IQPF qui étaient rassemblés pour leur congrès au Château Frontenac à Québec.

Permettez-moi tout de même de remercier l’IQPF pour cette reconnaissance, qui me touche beaucoup. En remettant un tel prix à un journaliste, l’IQPF reconnaît qu’il est important de s’informer pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit et pour prendre de meilleures décisions personnelles, dont celles qui touchent les finances. On parle ici d’une information large et variée sur les questions économiques, qui ont un impact quotidien sur les marchés.

Information

Les journalistes de la presse écrite, de la télévision, du web et de la radio, des médias reconnus comme Radio-Canada, TVA, La Presse ou Les Affaires, et j’en passe bien sûr, sont guidés par des normes sévères de déontologie qui vous assurent une information vérifiée, juste et équilibrée. Aujourd’hui, quantité de sources fournissent une multitude d’informations notamment par le canal des médias sociaux. Plus que jamais, il faut rappeler l’importance de bien choisir ses sources d’informations.

Éducation

Obtenir un ou plusieurs diplômes, c’est se donner une chance de vivre une meilleure vie, de demeurer maître de son destin et ça vient réduire les risques de subir les événements et décisions, mais plutôt d’y participer, de les comprendre et de saisir les occasions qui se présentent. Bien sûr, il y a beaucoup d’imprévus et de malchances qui peuvent nous toucher, mais l’éducation nous ouvre des portes et peut nous donner des ailes. Et dans le cas qui nous occupe dans ce blogue, elle peut nous permettre de comprendre et de connaître de façon tout à fait fonctionnelle les enjeux financiers qui nous touchent.

Éthique

Les planificateurs financiers et les journalistes ont ceci en partage : l’importance de l’éthique. Les planificateurs financiers, comme les journalistes économiques, sont en possession d’informations, dont ils comprennent bien la nature et qui peuvent avoir une influence sur votre vie, qui peuvent vous aider, mais qui peuvent aussi vous nuire si elles sont présentées et utilisées à mauvais escient. Les gens qui vont voir un planificateur financier ou qui suivent RDI économie tous les soirs placent leur confiance dans les gens qui leur parlent! C’est un beau privilège, qui vient bien sûr avec de grandes responsabilités.

Bref, tout ça pour dire que du mieux qu’on peut, on tente à RDI économie de proposer un contenu accessible, clair, précis et juste. Si on peut, ne serait-ce que modestement, participer à l’éducation économique et financière de nos téléspectateurs, alors, tant mieux!

Le gouvernement va-t-il trop vite?

Mercredi 5 juin 2013 à 14 h 07 | | Pour me joindre

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Les décisions qui se prennent ces jours-ci sur l’exploitation du sous-sol québécois sont capitales en matière de développement durable et de retombées économiques. Redevances, encadrement environnemental, exploitation du gaz et du pétrole, le gouvernement Marois enchaîne les consultations et les décisions qui vont orienter le développement pour les prochaines années, possiblement les prochaines décennies.

Pauline Marois présente sa version du Plan nordForce est de constater tout de même que les résultats ne correspondent pas totalement aux promesses électorales de l’été dernier. Le nouveau plan de redevances est beaucoup moins ambitieux qu’annoncé dans le programme du Parti québécois en 2012. L’encadrement du secteur minier est moins serré que souhaité par les environnementalistes et par les municipalités dans la nouvelle loi sur les mines qui a été présentée à la fin mai. Le « free mining » existe toujours et les minières ont préséance sur les territoires où elles sont installées.

Bien que le BAPE est appelé dorénavant à jouer un rôle de premier plan dans l’acceptation des projets d’exploration minière, gazière et pétrolière, le gouvernement a déjà déposé un projet de règlement qui vise à autoriser la méthode de la fracturation hydraulique pour explorer et exploiter le pétrole de schiste, qui se trouve en grande partie au Québec dans l’île d’Anticosti.

On va plus loin : le règlement, affiché dans la Gazette officielle le 29  mai, est fait pour permettre l’exploitation à l’île d’Anticosti selon le géologue Marc Durand.  Le forage d’un puits pourra se faire à partir de 400 mètres sous l’aquifère. Au Dakota du Nord, où on exploite le pétrole de schiste, il faut creuser à plus de 1000 mètres sous l’aquifère pour avoir droit d’exploiter le pétrole. Marc Durand affirme que la norme du Dakota du Nord, appliquée au Québec, viendrait soustraire plus de 80 % du territoire de l’île d’Anticosti à l’exploitation pétrolière. CORRECTIF : après vérification par Radio-Canada, cette norme de 1000 mètres n’existe pas. Marc Durand affirme avoir été mal cité ou mal compris. À Radio-Canada, il a déclaré : « Ce que j’ai dit mardi, c’est que l’industrie admet qu’il faut conserver une certaine distance et que le discours général s’accorde sur une distance séparatrice de 1000 mètres sous la nappe phréatique. »

Le gouvernement Marois avance rapidement. Et si le contexte politique est difficile pour lui, le contexte économique ne l’aide pas non plus. Dans un rapport publié ce matin, la firme PricewaterhouseCoopers parle d’une véritable « crise de confiance » dans le secteur minier. Les profits ont chuté de moitié, les cours boursiers des sociétés minières ont dégringolé de 20 % au cours des 4 premiers mois de 2013. « Le robinet des dépenses se ferme » selon l’étude.

Dans le contexte économique et politique actuel, est-ce que Québec va trop vite?

Canada / UE : accord au G8?

Lundi 3 juin 2013 à 17 h 06 | | Pour me joindre

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Si Jean Charest s’est éloigné sans se faire prier de certains dossiers comme le conflit étudiant et la commission Charbonneau, l’ex-premier ministre n’a pas hésité un seul instant à se replonger dans les négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

L'ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, a tenu à souligner la vie de l'ancien premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein.Dans des entrevues exclusives accordées à RDI économie et Classe économique lundi, l’avocat Jean Charest, aujourd’hui avec McCarthy Tétreault, nous a dit que tout concorde pour qu’une entente Canada / Europe soit finalement annoncée au G8 les 17 et 18 juin en Irlande du Nord.

Le Plan Nord et cet accord de libre-échange, ce sont les legs que veut laisser Jean Charest. Il n’est donc pas étonnant de le voir rebondir dans ces négociations. Dans un entretien accordé au magazine Forces au printemps 2008, Jean Charest affirmait qu’une entente entre le Canada et l’Union européenne pouvait représenter « une voie rapide vers un accord transatlantique qui pourrait être plus large, entre l’Union européenne et les États-Unis ».

Il évaluait, dans une autre entrevue accordée au Devoir cette fois en 2008, à 60 % les chances qu’un accord soit bel et bien conclu entre le Canada et l’Union européenne.

Aujourd’hui, dans l’entrevue qu’il nous a accordée, l’ex-premier ministre du Québec évalue les possibilités d’une entente à 90 %. Mais le 10 % qui reste est le plus difficile à gagner!

Il est urgent d’y arriver selon lui compte tenu du fait que les États-Unis et l’Union européenne vont bientôt amorcer des négociations de libre-échange. Ces discussions se feront qu’il y ait un accord ou non entre Ottawa et Bruxelles. Selon l’ex-premier ministre, sans entente et avec les négociations États-Unis / Union européenne, le Canada serait obligé de se contenter de la troisième chaise dans une nouvelle négociation où il ne ferait plus le poids.

Stephen Harper doit maintenant intervenir selon Jean Charest. Le premier ministre du Canada sera d’ailleurs en Europe dans les prochains jours en vue du G8. Les prochains jours seront cruciaux. Ça passe ou ça casse…

La décevante reprise au Canada

Vendredi 31 mai 2013 à 15 h 20 | | Pour me joindre

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La croissance au pays a été plus forte qu’attendu au premier trimestre, mais… il y a des mais! D’abord, la hausse du PIB est attribuable à la croissance des exportations énergétiques en janvier et en février. Et la demande intérieure et la consommation ne progressent presque plus. C’est une bonne nouvelle que les exportations prennent le relais, mais est-ce que ça va durer?

Notre PIB dépend toujours en bonne partie de la croissance américaine. On le sait, les signaux sont encourageants, mais l’austérité dans les dépenses gouvernementales à Washington semble ralentir quelque peu la reprise américaine.  Et puis, la croissance chinoise ne cesse de ralentir. À 7,8 % pour 2013, le PIB de la Chine s’éloigne de plus en plus des années fastes de 9 et de 10 %.

Surtout, derrière la statistique du premier trimestre au Canada, se cache une réalité dont on n’a peu parlé jusqu’à maintenant : au Canada aussi, la reprise est décevante. C’est l’économiste Éric Pineault qui nous a fait parvenir un courriel sur la question. De 1975 à 1991, les récessions ont été moins profondes que celle de 2009 et les reprises ont été plus fortes. Aujourd’hui, on vit une reprise beaucoup plus faible que la moyenne historique.

Vous voyez sur le tableau l’évolution de trimestre en trimestre de la croissance économique : la moyenne des trimestres comparables durant les récessions et les reprises de 1975 à 1991. Et l’évolution sur le même temps de la période entourant la récession de 2009.

Pourquoi est-ce ainsi? Parce que la croissance mondiale est faible, particulièrement celle des États-Unis. Et, selon Éric Pineault, parce que le Canada a aussi fait le choix de l’austérité budgétaire. Le directeur parlementaire du budget a publié des études dans les dernières années pour expliquer que les compressions dans les dépenses au gouvernement fédéral réduisent la croissance du PIB et la création d’emplois. Éric Pineault est d’avis que les mesures d’austérité nous donnent une reprise décevante, qui pourraient même conduire à une stagnation économique.

La crainte du syndrôme Greenspan

Mercredi 29 mai 2013 à 11 h 04 | | Pour me joindre

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En entrevue la semaine dernière à RDI économie, sa dernière à titre de gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney n’a pas trop aimé la comparaison que j’ai faite entre la situation entourant son départ et celle qui prévalait au moment de la retraite d’Alan Greenspan à la Réserve fédérale des États-Unis en 2006.

Si on veut faire des comparaisons, il y a plusieurs banques centrales, plusieurs banquiers, disait-il, nommant entre autres le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, que Mark Carney va remplacer dans un mois. Le gouverneur de la Banque du Canada sait très bien que les taux d’intérêt sont peut-être trop bas en ce moment au pays compte tenu des inquiétudes qui persistent à propos de l’endettement des Canadiens et d’une possible bulle immobilière.

C’est pourquoi il persiste encore à envoyer un signal de hausse de taux dans le dernier communiqué rédigé sous sa gouverne mercredi matin, un signal qui a dû être reporté, mais qui est encore là : « La détente monétaire considérable en place actuellement demeurera probablement appropriée pendant un certain temps, après quoi une réduction modeste sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d’inflation de 2 %. »

Alan Greenspan est parti dans la gloire il y a sept ans, mais l’histoire lui a donné tort. Plusieurs observateurs sont d’avis qu’il a contribué à une déréglementation excessive des marchés financiers et à la création de la bulle immobilière américaine en maintenant des taux à de très bas niveaux.

Un peu comme Alan Greenspan en 2006, Mark Carney jouit d’une excellente réputation. Et comme lui, il a maintenu les taux à de faibles niveaux. Il a tenté une remontée en 2010, mais il a dû s’arrêter. Avait-il le choix? Probablement pas. Mais le constat est le même : les bas taux ont favorisé le gonflement de ce qui pourrait ressembler à une bulle (bulle d’endettement ou bulle immobilière).

Prudent, Mark Carney nous a dit qu’il faut laisser passer un peu de temps avant de prendre la pleine mesure de son héritage au Canada. C’est prudent et c’est la réponse la plus intelligente qu’il peut donner étant donné les incertitudes qui planent sur l’économie canadienne. Il n’a pas manqué de souligner les forces de l’économie canadienne et les bonnes décisions en matière de restrictions hypothécaires adoptées par le gouvernement Harper.

Cela dit, dans une étude publiée le 24 mai, Dan Werner de Morningstar Canada affirme qu’advenant une baisse de 10 % des prix des maisons au pays, « il apparaît que la SCHL et les banques présentent des risques de pertes importantes ou de dégradation du capital ». La Nationale et la CIBC sont les plus exposées selon l’étude.

Morningstar s’attend à ce que les taux demeurent faibles pour un bon moment, ce qui devrait encore favoriser l’endettement des ménages. Le chercheur affirme que le ratio entre les prêts et la valeur des maisons est à peu près le même aujourd’hui au Canada que ce qu’il était avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis.

Puis, comme l’explique l’économiste en chef de la BMO Douglas Porter dans une note diffusée le 24 mai, le nouveau patron de la banque centrale Stephen Poloz fait face à plusieurs « périls ». Mark Carney part au moment où le Canada traverse une période difficile.

Ces périls sont les suivants, selon la BMO :

  1. la croissance économique est faible;
  2. l’inflation est faible;
  3. la devise est surévaluée;
  4. le marché immobilier ralentit;
  5. l’endettement des ménages atteint des niveaux records;
  6. il y a encore des déséquilibres régionaux importants;
  7. il y a des excès potentiels : déficit commercial, faibles taux;
  8. les prix des ressources ont baissé;
  9. le nouveau gouverneur doit composer avec l’orientation actuelle de la Banque, qui est celle de continuer d’annoncer qu’elle prévoit probablement une hausse de taux (éventuellement, plus tard, on verra…);
  10. et puis, le nouveau gouverneur doit composer avec les perceptions : Stephen Poloz vient de l’externe et le candidat attendu n’était pas lui!

Alors, Mark Carney fait ses boîtes ces jours-ci et s’en va à Londres relever un nouveau défi, le plus important de sa vie. Il part pour cinq ans, au moins. Mais, il est possible que, malgré lui, son nom retentisse dans l’actualité économique canadienne dans les prochaines années. L’heure du bilan n’a pas encore sonné.