Blogue de Mélanie Loisel

Un suivi de nos grands dossiers

mercredi 20 juin 2012 à 15 h 15 | | Pour me joindre

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Les 18-35 ans ont droit de parole à Génératrice

Il s’en est dit des choses cette année à Génératrice. Chaque semaine, nous avons soulevé les problèmes qui touchent entre autres la génération Y : l’éducation, l’environnement, la santé, le monde du travail et aussi la politique. Nos invités n’ont pas juste mis le doigt sur le bobo, ils ont aussi mis de l’avant des solutions. Mais ils étaient tous conscients que ce n’est pas du jour au lendemain que tout va changer.

L’équipe de Génératrice a donc fait le suivi de quelques grands dossiers avec nos invités. Ce sont des dossiers que nous devrons suivre ces prochains mois et même années.

La relève

La relève en entreprenariat est importante pour assurer la survie de nos PME

Marie-Ève Proulx, qui vient d’être nommée directrice de la recherche opérationnelle à l’École d’entrepreneurship de Beauce, a discuté avec nous du besoin d’avoir une relève qualifiée dans les entreprises du Québec et des difficultés de l’obtenir.

L’œil du dragon a mis de l’avant l’entrepreneuriat. Est-ce que ce genre d’émission va donner le goût aux jeunes de se lancer davantage en affaires?

Cette émission est définitivement une bonne idée pour stimuler l’entrepreneuriat au Québec : elle atteint à la fois les parents et les jeunes et devient donc une émission partagée par la famille. La famille est un des vecteurs importants pour stimuler la culture entrepreneuriale. Néanmoins, cette émission ne suffit pas, à elle seule, à augmenter le goût d’entreprendre.

L’entrepreneuriat est l’affaire de tous, et le stimuler revient à l’ensemble des acteurs de la société : les milieux politique, socioéconomique, médiatique, les écoles, les entrepreneurs ou encore la famille doivent contribuer, chacun à leur façon, à en faire une priorité. Comment? Notamment en valorisant le métier d’entrepreneur pour que celui-ci devienne aussi attrayant pour un jeune que celui de pompier, de hockeyeur, de policier, etc.

La Stratégie québécoise de l’entrepreneuriat : foncez, tout le Québec vous admire, annoncée il y a quelques mois par le gouvernement du Québec, fait d’ailleurs de la valorisation l’un des cinq grands axes de ce plan de match. Il faut susciter l’intérêt et allumer l’étincelle de l’entrepreneuriat; cette étincelle se veut la toute première étape pour qu’il y ait plus d’entrepreneurs au Québec.

Une fois l’étincelle allumée, il faut toutefois faire passer de l’intention à l’action les candidats au métier d’entrepreneur et favoriser la croissance de ces personnes qui ont osé faire le grand saut, et ce, qu’elles reprennent ou démarrent une entreprise. Le programme Mentorat pour entrepreneurs permet à des entrepreneurs moins expérimentés d’être en relation avec des gens plus expérimentés. De la même manière, l’École d’entrepreneurship de Beauce est un lieu où des entrepreneurs d’expérience viennent entraîner la relève pour améliorer rapidement les performances de ces décideurs. Ce ne sont que deux exemples (il y en a d’autres!) de bonnes pratiques qui accélèrent la croissance et contribuent à la pérennité des entreprises existantes.

 Plan Nord

La mine d'Alderon est à quelques kilomètres de Fermont

Joannie Rouleau mène un combat à Fermont, dans le Nord du Québec, pour éviter que l’exploitation future d’une mine par la compagnie Alderon ne nuise à la qualité de vie des citoyens. Sans s’opposer au développement minier, le Mouvement citoyen de Fermont s’inquiète des répercussions possibles de ce projet de mine, situé à quelques kilomètres de la ville, au Labrador.

Où en êtes-vous dans votre combat contre la minière Alderon?

Nous attendons toujours de connaître les nouvelles lignes directrices de l’étude environnementale de l’Agence canadienne, qui devait sortir en mai. Le gouvernement du Québec nous a finalement répondu en nous indiquant qu’il n’avait pas l’intention de s’impliquer dans les études environnementales liées à ce projet, puisque la mine se trouve à Terre-Neuve-et-Labrador. Il y a quelques semaines, Alderon a signifié son intention de déplacer l’un de ses sites de résidus miniers, celui qui se trouve le plus près de la ville de Fermont. C’est un pas dans la bonne direction.

Aide humanitaire.

Le Yémen vit toujours une grave crise humanitaire

Omar Odeh, un travailleur humanitaire de la Croix-Rouge, nous a parlé de la situation dramatique au Yémen, dont la population s’est soulevée contre le président Saleh à l’hiver 2011. Depuis, des tensions ont éclaté dans le sud du pays, où l’armée et les islamistes liés à Al-Qaïda s’affrontent régulièrement.

La crise au Yémen est loin d’être terminée. Quelle est la situation sur le terrain?

Le Yémen vit encore une dynamique de contestation. Sa transition est loin d’être finie, et le régime est toujours en place. La preuve : l’ex-président Saleh agit toujours à titre de chef du Congrès général du peuple, le principal parti. La réforme militaire est donc difficile à mettre en place puisque les hauts gradés sont des proches de l’ancien président. Le dialogue national a été ralenti parce que toutes sortes de conditions ont été exigées des différents partis pour pouvoir y participer. De plus, la menace du djihad persiste dans le sud du pays. La pression militaire a été accentuée pour lutter contre les extrémistes, mais cette pression a mené à de des actes de violence à l’extérieur de la zone de conflit, comme l’attaque dans la capitale, Sanaa, qui a fait environ 100 morts le 21 mai dernier. Cette tension risque de continuer tant et aussi longtemps que le pouvoir ne sera pas consolidé et qu’il n’y aura pas un nouveau président influent capable de calmer le jeu. Le chemin avant d’y arriver risque encore d’être très dangereux.

Les médias

La crise étudiante a attiré l'intérêt des médias étrangers

Guillaume Lavallée, journaliste à l’Agence France-Presse à Montréal, était venu nous parler de la nouvelle réalité des médias, au pays comme à l’étranger. Il s’apprête à relever de nouveaux défis à Islamabad, au Pakistan, pour l’AFP.

L’Agence France-Presse a alimenté les médias étrangers au sujet de la crise au Québec. Est-ce que tu trouves que cette crise a été bien couverte par les médias, tant ici qu’ailleurs?

On peut distinguer trois moments forts dans la couverture du conflit étudiant au Québec, qui s’est élargi pour devenir le « printemps érable » dans la presse étrangère. Nos dépêches sur la première grande marche du 22 mars ont eu un certain écho dans la presse européenne et même dans des journaux en Asie, mais sans plus. Le train se mettait lentement en marche. Après tout, les manifestations sont choses courantes en Europe. Et la jeunesse en Grèce et en Espagne traverse une zone de turbulence économique à des lieues de la réalité des étudiants québécois. Un mois plus tard, la marche de la Terre et les débordements entourant le Forum du Plan Nord ont montré que le conflit dépassait le seul cadre étudiant. D’autres griefs s’ajoutaient concrètement au discours de ces manifestants à la mobilisation intarissable. C’est à ce moment que la mayonnaise a commencé à prendre. De grands quotidiens comme Le Monde, Libération et The Guardian ainsi que les chaînes étrangères ont commencé à s’intéresser aux événements. À l’automne 2011, 2000 manifestants à Wall Street ont réussi à aimanter quotidiennement les médias internationaux.

À Montréal, il aura fallu 200 000 manifestants mobilisés dans la durée pour attirer les projecteurs du monde entier, signe du poids relativement faible du Québec dans l’information internationale. La presse étrangère prenait sur le tard un train déjà en marche. Puis, ce train s’est transformé en TGV avec la loi 78. Dans de nombreux pays, l’idée de limiter le droit de manifester et de tenir une organisation responsable d’éventuels débordements passait mal. La réponse du gouvernement, sur fond de tintamarre de casseroles, a marqué les esprits, notamment en France, où il n’était pas rare d’entendre parler du Québec en manchettes des bulletins de nouvelles à la radio, juste après un compte rendu de la situation en Syrie.  

Éducation

Les étudiants chiliens se sont soulevés contre la hausse des frais de scolarité

Sébastien Dubé, qui enseigne à l’Université de Diego Portales de Santiago, nous a parlé à l’automne dernier du mouvement étudiant contre la hausse des droits de scolarité au Chili.

Les Chiliens protestaient déjà contre la hausse des droits de scolarité en août dernier. Est-ce que le mouvement est encore bien vivant?

Le mouvement étudiant de l’année dernière s’est essoufflé. Les étudiants ont décidé de modifier leurs stratégies devant l’impasse et l’intransigeance du gouvernement, qui, faut-il le préciser, a quand même accédé à plusieurs demandes et se dit prêt à faire des réformes. Ainsi, depuis le début de l’année, il y a eu très peu de grèves ou de marches organisées dans les rues de Santiago. Les étudiants semblent privilégier l’organisation politique dans le but d’influencer les débats qui s’en viennent. En octobre de cette année, des élections municipales auront lieu dans tout le pays et, en novembre 2013, il y aura les élections présidentielles. En d’autres termes : les revendications demeurent, mais la forme de la protestation a changé.

Est-ce que le mouvement du Québec a inspiré les étudiants chiliens?

Je dirais que c’est plutôt l’inverse. D’ailleurs, à la suite de l’adoption de la loi 78 au Québec, une lettre ouverte d’appui aux étudiants québécois a circulé parmi les professeurs et les associations étudiantes au Chili. Cet appui signifie en quelque sorte que les Chiliens soutiennent les étudiants québécois qui suivent leur exemple. Également, sur les réseaux sociaux, on a pu voir des appels à manifester à Montréal qui faisaient allusion aux manifestations chiliennes, notamment dans le cas des cacerolazos

En conclusion : dans les deux cas, celui du Chili comme celui du Québec, rien ne semble réglé, et tout indique que si les gouvernements ne veulent (ou ne peuvent) satisfaire un certain nombre de demandes, la crise risque de se poursuivre et de reprendre sous la forme d’une dynamique de mobilisation et de manifestation.

Syndicalisme

Scott Walker a été réélu au Wisconsin malgré ses lois antisyndicales

Barry Eidlin, doctorant en sociologie à l’Université de Californie à Berkeley, nous avait parlé des lois antisyndicales mises en place aux États-Unis.

Le gouverneur du Wisconsin a été réélu malgré les lois antisyndicales qu’il a fait adopter. Comment peut-on interpréter cette réélection?

Sans aucun doute, la victoire de Scott Walker au Wisconsin a constitué une défaite pour le mouvement syndical. Malgré les mobilisations de l’an dernier, et malgré les efforts de milliers de gens qui ont fait campagne pour le démettre de ses fonctions, Walker a survécu, battant son adversaire avec une marge semblable à celle qu’il avait atteinte lors de sa première élection en 2010.

À la lecture des résultats, ceux qui ont souhaité la défaite de Walker ont raison de constater qu’il a profité d’un énorme avantage financier. En effet, Walker a dépensé plus de sept fois plus que son adversaire du Parti démocrate, Tom Barrett. En plus, une grande partie des fonds de Walker provenait d’un petit groupe d’individus très riches. On pourrait donc dire, d’une certaine manière, que la victoire de Walker est une victoire de la ploutocratie sur la démocratie.

Cependant, cette interprétation me semble incomplète pour deux raisons. Premièrement, il faut tenir compte du fait que la mobilisation électorale s’est faite au détriment de la mobilisation populaire, qui a tellement attiré l’attention l’an dernier. La décision de se concentrer sur les élections a transformé une lutte pour défendre les services publics et les droits des travailleurs en campagne pour faire élire des candidats du Parti démocrate. Ceci a eu pour effet de céder le contrôle du mouvement au Parti démocrate, qui n’a ensuite pas fait grand-chose pour promouvoir les intérêts des travailleurs. Non seulement le Parti démocrate, à l’échelle nationale, n’a-t-il pas mobilisé ses ressources pour la bataille au Wisconsin, mais le candidat Barrett ne s’est même pas engagé à abroger la loi antisyndicale de Walker. Les résultats démontrent donc aussi une erreur stratégique du mouvement syndical.

Deuxièmement, les résultats sont aussi le reflet d’une crise idéologique du mouvement syndical. Il faut reconnaître que des dizaines de milliers de travailleurs ont voté pour Walker. Malgré la mobilisation et les efforts des syndicats, ces électeurs ont vu la loi antisyndicale non pas comme une attaque contre les travailleurs en général, mais comme un effort pour limiter la puissance d’un intérêt particulier – celui des syndicats.

Eau

Le Canada détient 20% des ressources d'eau douce mondiale

Adam Koniuszewski, le chef des opérations à Green Cross International, avait fait avec nous le point sur la situation de l’eau sur la planète.

Alors que tu assistes à Rio +20, as-tu l’impression que la préservation de l’eau est au cœur des priorités de nos gouvernements?

Comme le Canada détient 20% des ressources d’eau douce mondiale on a tendance à marginaliser les problèmes d’accès à l’eau et le besoin de protéger nos ressources. On devient plus intéressé à ces questions lorsque nos réserves d’eau locales sont menacées. On l’a vu au Québec lorsque les communautés se sont mobilisées contre les gaz de schistes par exemple. L’autre grande question au Canada est celle des sables bitumineux. On en a beaucoup parlé de l’inefficacité de cette énergie car leur transformation demande un apport énergétique important ce qui coûte cher et qui engendre des émissions de CO2 polluantes. Si on prend en considération que la quantité de boues d’épuration toxiques générées par ce processus peut remplir l’équivalent de 720 piscines olympiques à chaque jour on commence à voir l’ampleur du problème et les conséquences environnementales, sociales et économiques auxquelles nous seront confrontés tôt ou tard. Mais ces-jours à Rio, ce sont les activités internationales des minières canadiennes qui sont montrées du doigt, notamment en Amérique centrale et latine. L’opération d’une petite mine pendant une heure pollue plus d’eau que la quantité qu’une famille locale utilise pendant 20 ans! Il n’est donc pas surprenant que les minières canadiennes dans la région sont au cœur de centaines de conflits avec les communautés locales qui se battent pour protéger leurs ressources en eau.