Blogue de Mélanie Loisel

L’accès à la propriété plus facile en campagne?

vendredi 4 mai 2012 à 11 h 11 | | Pour me joindre

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Comment avoir accès à la propriété? C’est la question que nous posons cette semaine à Génératrice. Au Québec, une maison unifamiliale coûte en moyenne 224 000 $, selon la Fédération des Chambres immobilières du Québec. À ce prix, il est bien sûr difficile de trouver une maison en ville, mais qu’en est-il en région?

Nous avons demandé à Laurie Guimond, chercheure postdoctorale à l’Université Laval. Elle a aussi été coordonnatrice du Groupe de recherche sur la migration ville-campagne et les néo-ruraux à l’INRS.

La chercheure Laurie Guimond

Quels sont les principaux défis pour un jeune couple qui veut s’acheter une propriété en milieu rural au Québec?

Tout comme en milieu urbain, accéder à une propriété en milieu rural peut représenter un défi de taille pour les jeunes. Parce que les propriétés qui correspondent aux besoins et aux moyens financiers des jeunes sont parfois rarissimes, hors de prix, délabrées ou encore localisées dans des endroits peu séduisants, en trouver une peut devenir un exercice laborieux. On peut en dire autant des terrains inaccessibles en raison de la réglementation de zonage stricte, par exemple la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles.

Certaines zones, municipalités, municipalités régionales de comté (MRC) ou régions administratives sont plus difficiles d’accès que d’autres, particulièrement celles dans les campagnes les plus convoitées, notamment pour leurs paysages attrayants ou leurs atouts géographiques et naturels.

À titre d’exemple, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, en 2011 les valeurs foncières moyennes des maisons unifamiliales dans les MRC suivantes varient fortement : Les-Pays-d’en-Haut, Laurentides (275 705 $); Brome-Missisquoi, Montérégie (223 869 $); Matawinie, Lanaudière (162 340 $); Arthabaska, Centre-du-Québec (129 828 $); Maria-Chapdelaine, Saguenay-Lac-Saint-Jean (99 338 $); Témiscamingue, Abitibi-Témiscamingue (87 727 $).

Ces statistiques contrastées démontrent que certains types d’environnement sont peu accessibles pour de jeunes familles désireuses de s’installer en milieu rural. On n’a qu’à penser aux milieux longeant le fleuve Saint-Laurent, ou bien sur les rives d’un lac, ou encore près d’une montagne. Cette réalité s’explique entre autres par l’engouement et l’installation de nouveaux résidents urbains de classes moyenne ou aisée dans les campagnes, ce qui peut entraîner une hausse du prix des maisons, rendant difficile l’accès à la propriété. Cela peut engendrer plusieurs transformations dans les milieux ruraux, dont l’exclusion tant des jeunes que des populations défavorisées ou de nouveaux résidents. 

Si les jeunes se heurtent à ces différents défis pour accéder à la propriété, ils utilisent diverses stratégies pour parvenir à leurs fins. Certains vont louer des appartements ou des maisons en milieu rural dans l’attente de dénicher une propriété qui leur convient. Dans leurs stratégies de recherche d’une habitation, lorsque c’est possible, ils ne manquent pas d’utiliser leur réseau de contacts afin d’être informés rapidement des maisons ou terrains en vente. Certains ont recours aux services de différents organismes régionaux, dont celui de Place aux jeunes en région. Certains n’ont d’autres choix que d’acheter de vieilles maisons nécessitant des rénovations majeures. Au final, trouver une propriété peut être difficile, mais avec patience, recherche et détermination, ce projet se concrétise pour de nombreux jeunes.

Les municipalités rurales proposent des incitatifs financiers pour faciliter l'accès à la propriété.

Quels sont les incitatifs mis en place par les municipalités pour faciliter l’achat d’une propriété?

De plus en plus, au Québec, tant les décideurs que des groupes de citoyens des municipalités rurales sont sensibilisés à l’importance d’attirer les jeunes à s’y installer et, dans une vision à long terme, de favoriser leur rétention. On voit naître une panoplie d’initiatives facilitant l’accueil des jeunes et leur accès à la propriété, tout en leur fournissant une certaine aide à l’installation. À titre d’exemple, j’énoncerai ici quelques initiatives concrètes mises en place dans trois régions administratives du Québec, souvent par l’entremise de politiques résidentielles, familiales et d’accueil.

Centre-du-Québec 

Depuis 2001, à Chesterville, la municipalité a fait des dons de terrains résidentiels à une vingtaine de jeunes familles.

À Warwick, une politique familiale a été mise en place en 2007, visant surtout à attirer les jeunes familles et les individus âgés de 30 à 40 ans. Ainsi, les acheteurs de maisons neuves reçoivent de la municipalité 1000 $ par année pendant 3 ans. De plus, l’institution financière locale verse une remise de 0,5 % en argent à tout nouveau propriétaire et place 1000 $ par enfant dans un régime d’épargne-études.

Estrie 

À Sainte-Camille, l’initiative des Fermettes du rang 13, démarré en 2004, se démarque particulièrement. Il a permis la vente de 25 terrains pour la construction d’habitations et le démarrage d’un projet agroforestier. Le tout a été facilité notamment par le fait que la municipalité a pris à sa charge la mise à niveau du chemin et l’électrification du secteur. La réussite de ce projet repose non seulement sur une croissance démographique locale marquée, mais sur des valeurs de solidarité, d’autogestion et de développement économique respectueux de l’environnement.

Chaudière-Appalaches

À Saint-Magloire, une politique domiciliaire offre des subventions aux jeunes familles lors de l’achat d’une maison existante ou la construction d’une maison neuve. Les propriétaires se voient offrir un remboursement de la taxe foncière sur une période de trois ans. Dans le cas d’une maison neuve, la municipalité offre un remboursement d’une valeur de 1 % du coût de la construction de la maison jusqu’à concurrence de 1000 $, tout en raccordant à frais réduits la maison aux services d’aqueduc et d’égouts dans les secteurs desservis. De plus, la politique domiciliaire offre un remboursement des droits de mutation jusqu’à concurrence de 500 $. Une autre initiative locale mérite d’être soulignée ici. La municipalité a acheté des maisons rénovées par des bénévoles dans le but de louer celles-ci à de nouveaux arrivants. Ces derniers ont accès à des baux avec option d’achat, et le prix du loyer diminue selon le nombre d’enfants.

Voilà quelques exemples d’initiatives mises en place dans diverses municipalités rurales. Celles-ci démontrent combien l’accès à la propriété est devenu, dans les campagnes québécoises, un enjeu majeur.

Venez discuter avec nous de l’accès à la propriété, tant en milieu urbain que rural, ce soir à 20 h à la Première Chaîne de Radio-Canada!