Blogue de Mélanie Loisel

Plan Nord : de jeunes entrepreneurs Innus peinent à décrocher des contrats

samedi 31 mars 2012 à 15 h 34 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Joël Malec a une entreprise de travaux forestiers

Des jeunes entrepreneurs autochtones de la réserve de Nutashkuan en ont gros sur le cœur. Le Plan Nord ne leur est pas aussi profitable qu’ils l’auraient souhaité.

Malgré leurs efforts, ils n’ont pas réussi à décrocher les gros contrats tant promis par Hydro-Québec pour construire notamment le complexe hydroélectrique de la Romaine.

« Le problème, c’est qu’Hydro-Québec a conclu des ententes avec les Conseils de Bande et les Conseils de Bande choisissent à qui ils accordent des contrats sans qu’il y ait d’appel d’offre. Ils font ce qu’ils appellent des ententes gré à gré », explique Joël Malec, un ingénieur forestier qui s’est parti une compagnie de travaux forestiers, la compagnie Mashku qui veut dire ours en innu.

Le contrat de 34 millions de dollars sur quatre ans pour le déboisement du réservoir de la Romaine a, entre autres, été accordé à Produits Forestiers Innus, une entreprise qui appartient à 51 % au Conseil de bande de Nutashkuan et à 49% à Rémabec et le Groupe McNeil.

Produits Forestiers Innus a même acheté une usine à Rivière-St-Jean près de Havre-St-Pierre pour transformer le bois coupé sur le chantier de la Romaine.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que notre Conseil de Bande a investi des millions de dollars dans cette usine qui risque de fonctionner uniquement le temps de la construction du barrage de la Romaine. Pour le reste, c’est Rémabec, la grosse entreprise forestière qui est basée à la Tuque, qui va en profiter. Ce n’est donc pas des compagnies autochtones à proprement dit qui profitent de ces gros contrats », rapporte Joël.

Ce jeune entrepreneur de 33 ans fait toutefois bien attention de ne pas montrer du doigt uniquement Hydro-Québec. Il déplore que les contrats et l’argent du Plan Nord doivent passer par les Conseils de Bande.

« Tout le monde le sait qu’il y a de gros problèmes sur les réserves et nous avons une grande part de responsabilité. Ce sont nos propres élus qui ne nous encouragent pas », mentionne Joël.

Un groupe de jeunes Innus sur la réserve de Nutashkuan. Photo : M. Loisel

Sur la réserve de Nutashkuan à quelques kilomètres de Natashquan, les jeunes Innus rencontrés sont du même avis. Ils reconnaissent que leur Conseil distribue au compte-goutte des contrats et de l’argent à la population. « J’ai réussi à obtenir un contrat pour construire trois maisons de plus dans la réserve, mais c’est tout », note David Ishpatao qui a une petite compagnie de construction. « Moi, je n’ai rien eu. Le Conseil nous met des bâtons dans les roues. J’ai donc essayé de cogner à la porte d’Hydro, mais sans succès », ajoute Marc-Antoine Ishpatao qui, lui, a une entreprise de déboisement.

Frustration et découragement, le climat est morose sur cette réserve indienne de la Côte-Nord. Le Plan Nord n’est pour eux qu’un mirage.

Non seulement, les jeunes entrepreneurs innus n’arrivent pas à obtenir les contrats promis, les compagnies qui les obtiennent n’engagent que très peu d’autochtones.

« Les compagnies obtiennent des fonds parfois d’un million pour former des jeunes autochtones, mais ils n’offrent pas de formation continue ni d’encadrement. Les jeunes sont formés quelques semaines, et ils les laissent aller par la suite. Ils sont rares les autochtones qui obtiennent un emploi après leur formation. Ce n’est donc pas très valorisant pour eux », explique Joël qui a décidé, lui, de faire sa part.

« Moi, j’ai décidé de ne plus attendre et de me débrouiller avec mes propres moyens. J’engage des jeunes Innus pour m’aider dans mes travaux. Comme je parle leur langue, je les forme, je les suis et j’essaie de leur inculquer les valeurs du travail. C’est ensemble que nous allons pouvoir changer les choses, alors il faut commencer par donner l’exemple », dit-il convaincu.