Blogue de Mélanie Loisel

Plan Nord : de jeunes Innus protestent sur le bord de la 138

vendredi 30 mars 2012 à 9 h 30 | | Pour me joindre

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Peshu Pilout s'oppose au Plan Nord

 

« Présentement, je fais un combat pour que les deux paliers de gouvernement reconnaissent nos droits et notre territoire », lance Peshu Pilout au campement des Innus situé sur le bord de la route 138, à l’entrée de la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles.

Depuis le début du mois de mars, les Innus protestent contre le Plan Nord. Pendant quelques jours, ils ont même bloqué la route 138 pour empêcher les travailleurs d’Hydro-Québec, les fournisseurs et les sous-traitants de se rendre sur le chantier du complexe hydroélectrique de la Romaine, non loin de Havre-St-Pierre.

Le campement des Innus sur le bord de la 138. Photo : M. Loisel

Le 8 mars dernier, Peshu et 10 autres femmes ont même été délogés et arrêtés par la Sûreté du Québec pour mettre fin au blocus. « Hydro-Québec a déposé une injonction contre nous parce que la société d’État disait que c’était dangereux. Pourtant, on a juste bloqué l’accès du chantier de la Romaine aux camions. Les camions de nourriture, eux, passaient. Notre but n’était pas de faire mourir de faim les travailleurs, mais bien de montrer à Hydro qu’elle n’avait pas respecté nos droits », raconte Peshu.

En fait, les Innus de la communauté de Uashat Mak Mani-Utenam disent que leurs droits ont été bafoués parce qu’ils ont rejeté deux fois, par voie de référendum, l’entente signée avec Hydro pour la construction d’une ligne électrique sur leur territoire. Malgré ce rejet, Hydro-Québec poursuit ses travaux de déboisement en vue d’ériger les lignes de transport d’électricité.

 

« Si on ne nous respecte pas et qu’on ne peut pas attaquer Hydro, alors on va attaquer Charest et son Plan Nord », ajoute à son tour Denise Jourdain, l’une des femmes arrêtées lors du blocus.

Ce blocus a tout de même créé des pénuries d’essence dans la région de la Minganie.

À 27 ans, Peshu croit donc qu’il est temps pour les jeunes Innus de défendre leur culture, leur langue et leur territoire, et que la question autochtone se règle une fois pour toutes.

Mais lorsqu’on lui demande ce qu’il compte faire pour y arriver, il reconnaît qu’il n’a pas de solution magique.

En plus des problèmes avec Ottawa et Québec, les Innus ont leurs propres problèmes au sein de leur communauté. Le conseil de bande d’Uashat Mak Mani-Utenam gère à la fois la réserve d’Uashat et la réserve de Maliotenam, situées à 20 kilomètres l’une de l’autre. Or, les Innus de ces deux réserves ne s’entendent pas toujours et ne prônent pas toujours les mêmes moyens pour se faire entendre.

Caroline Jérôme

Jade Simon Fontaine

Peshu et les autres jeunes rencontrés au campement croient que le blocus sur la 138 a au moins permis de faire parler d’eux. « En bloquant la route, ça démontre qu’on est là », mentionne tout simplement Caroline Jérôme. « Oui, nous sommes là, et c’est nous et nos enfants qui seront là plus tard », ajoute timidement Jade Simon Fontaine.

Une chose est certaine, le blocus n’a rien réglé pour le moment. Les Innus doivent avant tout s’entendre pour parler d’une même voix s’ils veulent faire avancer ce dossier.

D’ici là, vous pouvez toujours vous arrêter sur le bord de la 138 pour leur parler si vous passez dans le coin de Sept-Îles.