Blogue de Mélanie Loisel

Plan Nord : c’est quoi au juste?

mardi 27 mars 2012 à 9 h 00 | | Pour me joindre

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Entrée de la ville de Fermont où des centaines de logement sont en construction Photo : M. Loisel

Le gouvernement Charest parle du Plan Nord comme étant le chantier d’une génération. Un projet gigantesque aussi démesuré que ce vaste territoire nordique qui représente 72 % de la superficie du Québec.

Mais qu’est-ce qui se dessine réellement au nord du 49e parallèle? Quel est ce chantier? Que veut-on faire exactement?

Génératrice a décidé de se rendre sur la Côte-Nord pour rencontrer cette fameuse « génération » appelée à bâtir le Nord.

Certains villages de la Minganie profitent du Plan Nord. Ci-dessus Aguanish. Photo: M. Loisel

De Sept-Îles à Natashquan en passant par Fermont et en m’arrêtant dans les communautés innues d’Uashat-Maliotenam et de Nutaskuan, je suis allée à la rencontre des jeunes de 18 à 35 ans pour savoir ce qu’ils pensaient du Plan Nord.

Alors qu’en ville, tout le monde s’obstine sur les coûts, les retombées et les redevances du Plan Nord, que se passe-t-il dans les villes et les communautés nordiques où 30 % de la population ont moins de 24 ans?

Est-ce que les jeunes en profitent?

Suivez mes histoires qui n’ont rien à voir avec les discours de Jean Charest, qui ne cesse de répéter aux quatre coins du Québec que le Plan Nord est un projet qui enrichira notre Belle Province pour les années à venir. Est-ce que ce sera vraiment les Québécois qui s’enrichiront? Et si oui, à quel prix?

Il y a, actuellement au Québec, 11 projets miniers déjà bien avancés qui nécessiteront des investissements estimés à 30 milliards de dollars. Parmi ces projets, certaines mines sont situées dans des lieux reculés et austères où il n’y aucune infrastructure ni vie humaine. Alors, qui pourra s’assurer que ces projets ne nuiront pas à l’environnement?

À travers ce lot, il y a aussi des projets situés à quelques kilomètres des villes, notamment le projet Arnaud, une mine d’apatite située à 10 km de Sept-Îles, ou encore le projet Kami de la compagnie Alderon, une mine de fer à 6 kilomètres de Fermont.

Dans les deux cas, de jeunes citoyens se sont mobilisés pour demander des comptes aux municipalités, aux minières et au gouvernement.

Par ailleurs, les populations se sont mobilisées sur la Côte-Nord pour empêcher les projets d’uranium. Les regroupements de citoyens Sept-Îles sans uranium et Minganie sans uranium s’inquiètent de l’exploitation de ce minerai aux propriétés radioactives.

Le port de Sept-Iles devrait s'agrandir pour répondre à la demande du plan Nord. Photo: M.Loisel

Malgré certains mouvements de protestation, il est vrai que l’emploi est abondant sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec avec les grands projets comme le barrage de la Romaine près de Havre-Saint-Pierre, l’agrandissement de la mine d’Arcelor Mittal au Mont-Wright près de Fermont, la construction d’un chemin de fer de Schefferville à Kuujjuaq et la construction d’un port en eau profonde à Sept-Îles.

L’argent coule déjà à flots dans la région. Un jeune travailleur peut facilement se trouver un emploi à 30 $ de l’heure comme journalier. Les travailleurs qui font ce qu’on appelle du « fly in-fly out », c’est-à-dire qu’ils travaillent 12 jours dans le Nord et passent 12 jours chez eux au sud, font le magot. Dans le Nord, ils sont nourris et logés par les compagnies. Ce n’est pas compliqué, ces travailleurs peuvent vivre avec moins de 20 $ par semaine. Ils ont juste à payer leur autobus pour se rendre à la mine.

Cette manne a, par contre, ses effets pervers. De plus en plus de jeunes décrochent à 16 ans sur la Côte-Nord pour travailler au gros salaire. Sept-Îles connaît le plus haut taux de cancer. Les jeunes travailleurs s’endettent aussi énormément parce que le prix de l’immobilier connaît un boom. Une maison unifamiliale à Sept-Îles peut coûter facilement 300 000 $. Même chose à Fermont, où les petites maisons en bois qui valaient 40 000 $ pendant des décennies se vendent aujourd’hui 120 000 $.

Le campement des Innus sur la route 138 pour protester contre le Plan Nord. Photo : M. Loisel

Autre problème, les municipalités ne sont pas adaptées pour accueillir tous ces travailleurs. Les centres de santé et les CPE débordent. Une pression énorme est mise sur les infrastructures, sauf que les villes manquent de financement dans ces cas-là. Ce n’est pas compliqué, les travailleurs fly in-fly out ne paient pas de taxes municipales dans le Nord alors qu’ils profitent de tous leurs services municipaux. Au moins, pour l’instant, ce sont des Québécois qui font la navette et qui paient leurs impôts ici. Mais jusqu’à quand?Et lorsqu’on nous dit que les jeunes Autochtones constitueront une bonne main-d’œuvre dans l’avenir, il est évident que nos élus et les dirigeants de minières n’ont pas mis les pieds dans une réserve depuis longtemps.

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