Accueil
Clavardage : a-t-on retenu les leçons de la crise financière?
Quelles leçons a-t-on retenues de la crise financière?
La crise financière qui a touché tant le Canada que les pays industrialisés en 2008 a-t-elle été bien gérée? Est-ce que les plans de relance étaient une réponse efficace? Est-ce la solution? Est-ce que le secteur privé peut prendre le relais? On tente de répondre à toutes ces questions ce soir.
La table d’idées
Les invités sont Pierre-Guy Sylvestre, conseiller syndical au syndicat canadien de la fonction publique, SCFP-Québec, et Paul Beaudry, chercheur associé à l’Institut économique de Montréal
Le mentor est Jean-François Lisée, directeur général du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et codirecteur du livre intitulé Imaginer l’après-crise.
Nos invités n’ont pas la même opinion sur les causes de la crise.
Les invités
Pour essayer de comprendre cette crise, on en parle avec François L’Italien, chercheur à l’Institut de recherche économique contemporaine et membre du collectif de l’Analyse de la financiarisation du capitalisme avancé.
La fortune de 63 000 centamillionnaires, c’est-à-dire des gens qui gagnent plus de 100 millions de dollars, est évaluée à 40 000 milliards de dollars (40 T$), l’équivalent d’un an de produit intérieur brut mondial. Pour parler de ces différences, nous avons invité Dominic Martin, chercheur postdoctorant au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal.
L’Irlande est l’un des pays de l’Europe qui ont grandement souffert de la crise.
Dans les années 2000, on parlait pourtant du miracle irlandais. Pour comprendre la dégringolade de ce pays, nous en parlons avec Georges Gloukoviezoff, qui est à Dublin.
Liens mentionnés pendant l’émission
La lettre des 10 économistes britanniques en réponse aux questions de la Reine d’Angleterre.
Le plan de relance économique du gouvernement fédéral
Le site du documentaire The Corporation
La rémunération des patrons a bondi de 17 % en Europe
Le coup de cœur de Mélanie est le site français Le Collectif Roosevelt 2012. Ce Collectif de chercheurs, d’économistes et de citoyens, dont Stephen Hessel et Edgard Morin, propose 15 solutions pour se sortir du marasme économique.
Le coup de cœur d’Élodie est la vidéo de RSA Animate, Crises of Capitalism.
Autres liens pertinents
Quatre menaces financières de 2012
Les impacts de la crise financière au Canada
Crise des « subprimes » : si vous n’avez toujours rien compris…
Les agences de notation critiquent les choix d’Ottawa
Face aux politiques d’austérités, inventer une alternative juste et soutenable
Les marchés financiers jouissent-ils d’une impunité?
Musique
De la monarquía a la criptocracia du groupe espagnol Triángulo de Amor Bizarro
Do Ré Mi Facture d’inCUBAtion
Ill Manors du rappeur anglais Plan B
L’Europe souffre toujours de la crise
Cette semaine à Génératrice, nous tentons de tirer les leçons de la crise financière de 2008. Quatre ans plus tard, où en sommes-nous?
Pour y voir plus clair, nous avons demandé à Jérôme Hericourt, maître de conférences à la l’Université Sciences et de Technologies de Lille, de revenir sur les causes et les solutions de cette crise.
Comment la crise financière de 2008 a-t-elle frappé l’Europe?
Même si le phénomène est plus ancien, la période de 2000 à 2008 a vu les banques recourir de plus en plus massivement à la titrisation. Cette dernière est une technique financière qui consiste à rendre négociables des créances qui initialement ne le sont pas, par exemple, des crédits aux particuliers ou aux entreprises. Ces crédits deviennent alors liquides et peuvent être échangés sur des marchés comme n’importe quel autre titre financier. Les banques se « débarrassent » alors du risque de défaut (c’est-à-dire le risque que l’emprunteur arrête de rembourser) attaché aux crédits en question, qui est supporté par les investisseurs (qui sont en fait d’autres banques, la plupart du temps) achetant les titres. Si l’emprunteur arrête de rembourser, la banque exerce les lignes de crédit.
L’essence de la crise financière de 2008 repose sur ce mécanisme finalement assez simple. Les banques se sont mises en effet à émettre des titres de plus en plus complexes, mélangeant crédits avec faibles risques de défaut et crédits beaucoup plus risqués, de type « subprimes ». Les banques américaines ont ainsi disséminé dans le monde entier les crédits les plus à risque de leurs bilans, et notamment en Europe, où les banques ont acheté ces titres avec gourmandise, car ils étaient souvent évalués comme étant peu ou pas risqués par les agences de notation. Lorsque la faillite de Lehman Brothers a révélé la fragilité du système financier américain, les banques européennes se sont « réveillées » avec, dans leurs bilan, une masse considérable de titres comportant un facteur de risque potentiellement considérable, mais impossible à évaluer. Paniquées par le risque de faillites en chaîne, les banques ont arrêté de se prêter entre elles, entraînant le blocage du marché interbancaire et le phénomène de resserrement du crédit. De là est partie la crise financière. Afin de contrer les effets de la crise et d’empêcher l’effondrement du système bancaire, les États européens, déjà endettés, ont dû engager de front des plans de soutien de l’activité et de sauvetage des banques. L’effet sur les ratios d’endettement public (de 15 à 30 points de PIB en moyenne, mais parfois davantage) a mis à nu la fragilité de certains États, jusqu’alors dissimulée.
L’Europe connaît maintenant une crise de la dette, est-ce que les plans d’austérité sont nécessaires ou empireront la situation?
Tels qu’ils ont été conçus, ces plans ne peuvent qu’échouer, voire aggraver le problème. En étouffant une croissance déjà faible, ils induisent en effet une baisse des recettes fiscales, et donc un accroissement du déficit qu’ils étaient censés réduire. Un exemple simple : le déficit public de la Grèce est passé de 15,4 % en 2009 à 10,6 % en 2010, et se situe autour de 9,5 % du PIB pour 2011. Rapide au départ, la réduction du déficit a connu un coup d’arrêt dès l’année suivante, alors que le pays subit des mesures de réduction des dépenses publiques et d’augmentation des impôts sans précédent depuis deux ans. La raison en est simple : la richesse nationale ne cesse de décroître depuis 2008, et avec elle, la base fiscale.
Le cas de la Grèce est à certains égards particulier (avec des problèmes graves de fraude fiscale, par exemple), mais il illustre néanmoins jusqu’à la caricature ce qui attend les autres pays européens s’ils s’engagent dans des plans massifs de réduction des dépenses publiques et de hausse des impôts sur les classes moyennes et modestes. Le scénario commence déjà à se répéter en Espagne. Il faut réfléchir, par exemple, à des hausses d’impôt ciblées sur les hauts revenus et envisager une monétisation partielle de la dette, c’est-à-dire le rachat par la Banque centrale européenne de titres publics (ce dont ne se prive pas la Réserve fédérale avec la dette américaine, par exemple), afin de desserrer la contrainte sur les États, et, osons le mot, « gommer » une partie de la valeur réelle de la dette. Dans le cas contraire, il est à craindre que la dépréciation des dettes publiques se fasse à terme de façon beaucoup plus brutale, certains États se mettant en situation de défaut partiel, à l’image de la Grèce.
Quelle réforme faudrait-il faire pour éviter ce scénario dans l’avenir?
Concernant la crise financière à proprement parler, deux pistes me semblent devoir être envisagées. La première consiste à limiter drastiquement, par voie législative, le recours à la titrisation et aux produits structurés, afin d’inciter les banques à revenir à leur cœur de métier : fournir des crédits à des emprunteurs dont elles auront évalué sérieusement les projets, et porter ces crédits jusqu’à leur maturité, en assumant leurs risques sans chercher à s’en débarrasser. Ceci nous amène à la seconde piste : je crois qu’il convient d’envisager sérieusement une « reséparation » entre activités de banque de dépôt et de banque d’investissement, afin de rendre impossibles les activités risquées gagées sur les dépôts de tous les clients. Il s’agit simplement là de revenir à la situation qui a prévalu du début des années 1930 aux années 1980. Souvenons-nous que les États-Unis avaient mis en place une législation de cette nature en 1933, précisément après avoir tiré les leçons de la crise de 1929. S’agissant de la crise de la dette publique dans la zone euro, cette dernière apparaît aujourd’hui à la croisée des chemins. Il n’est pas possible de partager la même monnaie et de conserver des politiques budgétaires totalement indépendantes les unes des autres, voire franchement non coopératives (dumping fiscal, etc.). Si l’on veut assurer la viabilité de l’euro, il faudra aller vers davantage de fédéralisme budgétaire et de mutualisation des dettes publiques, afin de couper l’herbe sous le pied de la spéculation. Les euro-obligations sont un premier pas dans cette direction.
Venez discuter de l’impact de la crise financière de 2008, chez nous comme ailleurs, vendredi à 20h à la Première Chaîne.
Sujet de la semaine : Les leçons de la crise

La chancelière Angela Merkel et le président français François Hollande. Photo : bleduc
C’était il y a quatre ans. La déconfiture des prêts hypothécaires à risque faisait sombrer les États-Unis dans une crise majeure, entraînant l’Europe dans son sillage et fragilisant l’économie mondiale. C’est à coup de centaines de milliards de dollars que les banques ont été rescapées de la faillite et que les États se sont lourdement endettés, ajoutant au fardeau des populations déjà éprouvées par un taux de chômage grandissant et des dettes personnelles importantes.
Le débat fait rage pour savoir quelles mesures devraient être prises pour relancer l’économie et éviter une dérape financière aussi sévère. François Hollande désire accorder la priorité à la croissance économique, au grand dam de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui privilégie plutôt un assainissement des finances publiques. En même temps, aux États-Unis, républicains et démocrates évoquent la possibilité de ressortir le Glass-Steagall Act pour départager les activités commerciales et d’investissement des banques.
Concrètement cependant, qu’est-ce qui a changé depuis 2008? Sommes-nous plus prudents? Avons-nous appris de nos bavures financières? Quelles leçons avons-nous tirées de la crise financière?
Sans les réponses à ses questions, nous sommes condamnés à répéter les mêmes erreurs avec des conséquences insoupçonnées et imprévisibles.
Nous vous convions donc à un rendez-vous avec l’avenir, que l’on souhaite tous meilleur, vendredi à 20 h à la Première Chaîne.
Devrait-on réformer notre mode de scrutin?
Notre mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour est le système utilisé au Canada. A-t-on besoin d’une réforme du mode de scrutin? De nombreuses voix le demandent. Est-ce qu’un tel changement favoriserait l’implication des citoyens?
La table d’idées
Les invités sont Jean-Philippe Massicotte, membre de Génération d’idées et détenteur d’une maîtrise en science politique, et Jean-François Martel, citoyen et militant au Nouveau mouvement pour le Québec (NMQ)
Le mentor André Blais est directeur de la Chaire de recherche du Canada en études électorales et professeur au Département de sciences politiques de l’Université de Montréal.
Pour écouter la table d\’idées sur la réforme de nos institutions démocratiques. >>
Les invités
Maxime Héroux-Legault, étudiant en science politique à la maîtrise, a pris part au projet Three Ontario vote, un projet pilote mis sur pied pour démontrer à quel point les modes de scrutin peuvent changer la donne électorale.
Pour écouter Maxime Héroux-Legault. >>
Julien Lamarche, bénévole de l’organisme Représentation équitable au Canada.
Pour écouter Julien Lamarche. >>
Patrick Blanchenay, doctorant à la London School of Economics, parle des modes de scrutin en Grande-Bretagne et en France.
Pour écouter Patrick Blanchenay. >>
Son mémoire sur les scrutins en France.
Liens intéressants
Le site du Mouvement pour une démocratie nouvelle.
Le Jugement majoritaire proposé par Michel Balinski et Rida Lakari, deux chercheurs à l’École polytechnique.
Liens mentionnés durant l’émission
L’article « François Hollande, candidat du hip-hop » du site de Rue89.
La couverture du Times magazine du mois de mai 2012.
Page biographique de l’homme politique français Jean Mistler.
Le premier coup de coeur d’Élodie est le site « Vote au pluriel » qui compare les modes de scrutin de différents pays.
Le deuxième coup de coeur d’Élodie est la boîte à outils du site de Radio-Canada pour les élections fédérales de 2008.
L’article « Un an après, le retour des Indignados » du site de Libération.
Petit lexique des mode de scrutins
Pour vous aider à vous y retrouver dans les subtilités de chacun des modes de scrutin, en prévision de l’émission de ce soir sur la réforme du système électoral.
Scrutin majoritaire uninominal à un tour (SMUT)
Pays : Canada et Royaume-Uni pour les élections parlementaires, et Mexique, Islande et Philippines pour l’élection présidentielle
Très souvent, ces systèmes exigent que l’on vote pour un seul représentant ou un seul parti politique, et ce, dans chacune des circonscriptions électorales du territoire. Les candidats sont élus s’ils obtiennent une majorité simple des votes. En d’autres mots, un candidat est élu s’il est celui qui a obtenu le plus de votes dans une circonscription électorale.
Source : Mouvement pour une démocratie nouvelle et Vote au pluriel
Scrutin majoritaire uninominal à deux tours
Pays : France, Costa Rica, Argentine, Sierra Leone
Chaque votant vote pour un seul candidat. Si un candidat obtient plus de la moitié des voix, il est élu. Si aucun candidat n’obtient la moitié des voix, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Les députés à l’Assemblée nationale sont élus localement, suivant un système similaire.
Source : Vote au pluriel
Scrutin préférentiel ou alternatif
Pays : Australie, Irlande
Les électeurs élisent un seul député par circonscription électorale. Mais dans ce cas, le système fonctionne de telle sorte que le candidat doit obtenir une majorité absolue de voix pour obtenir le siège. L’électeur utilise un bulletin de vote ordinal sur lequel il indique ses préférences (1er choix, 2e choix, 3e choix, etc.). Lors du décompte, le candidat ayant obtenu 50 % des voix plus une obtient le siège. Si aucun des candidats n’obtient cette majorité absolue, alors celui qui a obtenu le moins de premiers choix est éliminé, et les deuxièmes choix inscrits sur « ses » bulletins de vote sont attribués aux candidats restants. On suit cette façon de faire aussi longtemps qu’il le faut pour qu’un des candidats obtienne la majorité absolue.
Source : Mouvement pour une démocratie nouvelle
Scrutin proportionnel
Pays : Israël, Pays-Bas, Belgique, Pologne, Danemark, Autriche, Norvège, Italie
Mode de scrutin qui vise à donner à chaque parti politique un nombre de sièges proportionnel au total des suffrages qu’il a obtenu sur l’ensemble d’un territoire donné. Un système électoral proportionnel s’oppose à un système électoral majoritaire. Il existe une proportionnelle intégrale et une proportionnelle régionale.
Source : Perspective monde Université de Sherbrooke et Wikipédia
Clavardage : Doit-on réformer nos institutions démocratiques?
Est-ce que la France a le mode de scrutin de l’avenir?
Avec les rumeurs d’élections au Québec, nous avons décidé de réfléchir, cette semaine à Génératrice, aux différents modes de scrutin qui permettraient d’assurer une meilleure représentativité des voix si jamais le gouvernement Charest déclenchait la campagne électorale.
Alors que les Français viennent d’élire François Hollande, nous avons découvert une nouvelle forme de scrutin développée de l’autre côté de l’Atlantique.
Le chercheur de l’École polytechnique à Paris Rida Laraki nous explique le mode de scrutin à jugement majoritaire développé avec l’aide de son collègue Michel Balinski.
En quoi consiste le mode de scrutin à jugement majoritaire?
Le jugement majoritaire est une méthode de vote issue d’une nouvelle théorie. Elle a fait l’objet d’un ouvrage publié en 2012 par MIT Press : Majority judgment : measuring, ranking and electing. Son but principal est de remédier au paradoxe du vote découvert par Kenneth Arrow, Prix Nobel d’économie.
Qu’est-ce que le paradoxe d’Arrow?
Une méthode présente ce paradoxe si, avec les mêmes opinions, le gagnant de l’élection change selon le nombre de candidatures mineures. Il est observé fréquemment. Lionel Jospin a été éliminé au premier tour le 21 avril 2002 lors de l’élection présidentielle en France à cause de la dispersion des voix pour la gauche. L’absence de Jean-Pierre Chevènement aurait suffi pour sa qualification. Utiliser une méthode qui présente ce paradoxe nuit à la démocratie et trahit la volonté des électeurs.
Comment remédier à ce paradoxe?
Très simplement : en donnant plus de liberté aux électeurs en leur permettant de juger tous les candidats. Un électeur doit désormais attribuer à chacun candidat une mention dans l’échelle suivante : Excellent, Très bien, Bien, Assez bien, Passable, Insuffisant ou À rejeter.
Le système actuel (scrutin majoritaire à un ou deux tours) empêche l’électeur de s’exprimer. Il le force à choisir un seul candidat, même s’il n’adhère pas complètement à ses idées. Son vote ne révèle rien sur son adhésion à son candidat ni sur ses opinions sur les autres candidats.
Comment désigner le gagnant?
Une fois cette méthode utilisée, il est clair que les partis politiques donneront des consignes de vote. Chaque parti demandera à ses électeurs de lui attribuer la meilleure mention possible, et la pire à son concurrent.
Alors quelle méthode minimise l’incidence des manipulations sans changer la volonté des électeurs?
Par l’utilisation de la « théorie des jeux », nous sommes arrivés mathématiquement à une unique solution que nous avons appelée « le jugement majoritaire » (JM).
À chaque candidat est attribuée sa mention majoritaire. Si un candidat obtient la mention « Bien », cela voudra dire que plus de 50 % des électeurs pensent qu’il mérite plus que cette mention, mais aussi que plus de 50 % des électeurs pensent qu’il mérite moins que cette mention. En cas d’égalité entre les candidats, une règle simple et difficilement manipulable permet de départager les mentions.
Ainsi, si un électeur juge un candidat ayant la mention majoritaire « Bien » seulement « Très bien », il ne changera pas les résultats en votant stratégiquement « Excellent ». De même, un électeur qui juge ce candidat « Assez bien » ne change rien en votant stratégiquement « À rejeter ».
Pour une grande majorité des électeurs, la meilleure stratégie (le vote utile) est de voter honnêtement (le vote de cœur). Il n’y a plus de dilemme.
Comment ce modèle pourrait-il améliorer le mode de scrutin actuellement utilisé en France?
Le scrutin majoritaire actuellement utilisé empêche les électeurs français de s’exprimer librement. Depuis 2002, il les force à voter stratégiquement. Il nuit la démocratie et donne trop d’importance aux idées extrêmes. Cela ne concerne pas seulement l’élection présidentielle, mais toutes les élections – législatives, cantonales et autres – où un candidat doit être choisi parmi plusieurs.
Le scrutin majoritaire a failli non seulement en France, mais aussi dans d’autres pays. George W. Bush fut élu à la présidence des États-Unis en 2000 avec les voix de 271 Grands Électeurs, contre 266 pour Albert Gore (alors que le décompte des voix populaire donnait le résultat contraire : 50 456 002 Bush, 50 999 897 Gore). En Floride, le vote populaire fut Bush 2 912 790, Gore 2 912 253, Ralph Nader 97 488. Ainsi, la marge de 537 voix populaires a donné à Bush les 25 voix des Grands Électeurs de Floride. Mais il est irréfutable que l’immense majorité de ceux qui avaient voté pour Nader (qui n’avait aucune chance d’être élu) préférait Gore à Bush : si Nader ne s’était pas présenté en Floride, Gore aurait été élu président avec 291 voix de Grands Électeurs, contre 246 pour Bush. Une fois de plus : le paradoxe d’Arrow.
Ce problème ne concerne pas seulement la France et les États-Unis, mais toutes les démocraties dans le monde entier, y compris le Canada!
Le jugement majoritaire (JM) choisit le candidat jugé le plus méritant par une majorité de l’électorat. Il écarte les trois défauts majeurs du scrutin majoritaire :
- Il protège l’électorat contre le jeu des multiples candidatures : ajouter ou retirer des candidats mineurs ne change pas les mentions des autres; il ne modifie donc ni le gagnant ni le classement.
- En prenant en compte l’opinion de tous les électeurs sur tous les candidats, le JM mesure avec précision le mérite de chaque candidat, traduisant fidèlement le sentiment de l’électorat.
- Il donne à l’électeur la liberté totale d’exprimer ses opinions, l’incite à l’honnêteté et limite les manipulations.
Bref, le vote « utile » est le vote de « cœur », il n’y a plus de dilemme ni de regret.
Pour connaître d’autres modes de scrutin, et pour discuter d’une éventuelle réforme au Québec comme au Canada, écoutez Génératrice demain à 20 h à la Première Chaîne de Radio-Canada.
Le scrutin proportionnel aux États-Unis est-il envisageable?
Avant de parler de réforme de notre mode de scrutin au pays, pourquoi ne pas regarder ce qui se fait chez nos voisins américains?
Jack Santucci, doctorant à l’Université de Georgetown à Washington, a accepté de répondre à la grande question à l’approche des élections aux États-Unis.
Quelle réforme faudrait-il mettre en place pour améliorer votre système électoral?
Le mode de scrutin proportionnel réduirait les barrières auxquelles les candidats sont confrontés et donnerait plus de voix aux petits partis. Il y aurait donc plus de républicains et de démocrates modérés, et quelques membres des autres partis. Par exemple, si dans ce système chaque circonscription élisait cinq membres, chaque candidat aurait besoin de gagner environ 20 % des votes. Cela forcerait la formation de coalitions au sein du Congrès, mais assurerait quand même le maintien des partis forts comme le démocrate ou le républicain. Et pour éviter la fragmentation du vote, nous pourrions adopter le modèle du vote unique transférable, le modèle de liste ouverte de représentation proportionnelle ou tout autre système qui encourage les candidats à agir davantage en équipe. Or, le problème actuellement, c’est que les partis sont très cantonnés dans leur position, et plus extrêmes. Avec le scrutin proportionnel, on réduirait cette homogénéité que j’appelle de l’extrémiste.
Bien sûr, les détracteurs de la représentation proportionnelle disent qu’en augmentant le nombre de partis au sein des législatures, la gouvernabilité du système serait réduite. Or, les dernières années au Congrès ont prouvé que les problèmes de gouvernabilité sont bien compatibles avec la mode du scrutin actuel soit celui de la pluralité uninominale.
Pour en savoir davantage sur le système présidentiel américain et les améliorations possibles à apporter au mode de scrutin, Jack Santucci vous suggère le site du National Popular Vote.
Sujet de la semaine : La réforme électorale

Photo : clong
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, nous a fait faux bond lundi dernier. Remarquez, il y avait de quoi. Sa collègue, Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, démissionnait le même jour. Ce n’est que partie remise.
Avec le climat tendu qui découle du bras de fer entre étudiants et gouvernement, difficile de ne pas entendre les rumeurs d’élections qui circulent. Si celles-ci ne sont pas déclenchées dans les prochains jours, elles le seront obligatoirement dans la prochaine année. Ce qui m’amène à vous parler d’un sujet récurrent dès qu’on soulève la question des élections : le mode de scrutin ou, si vous préférez, la réforme du système électoral.
Pourquoi réformer notre mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour? Parce qu’il favorise le bipartisme et qu’il permet à un parti de se faire élire par une minorité d’électeurs (comme c’est le cas de l’actuel gouvernement Harper), diront ses détracteurs.
Je laisse le soin à nos invités de vendredi soir de répondre à la question : Notre mode de scrutin permet-il de porter au pouvoir des élus qui représentent la volonté des électeurs du pays? Et si la réponse est non, que peut-on faire pour l’améliorer?
Et vous, aimeriez-vous changer notre mode de scrutin? Rendez-vous à 20 h à la Première Chaîne vendredi.




