Par Pierre Craig
Plusieurs téléspectateurs nous ont écrit à propos de notre reportage du mardi 7 février sur les coopératives de santé.
Je tiens d’abord à vous dire que nous avons hésité à aborder le sujet de nouveau. Pourquoi? Parce que ces coopératives ont réussi à donner accès à un médecin à des milliers de gens dans toutes les régions du Québec. Pourquoi alors sommes-nous allés de l’avant avec notre reportage? Parce que plus de 60 téléspectateurs, ce qui est énorme pour un même sujet, ont pris la peine de nous écrire pour nous exprimer leur colère d’être obligés de payer pour avoir accès à un médecin déjà payé par leurs impôts. Comme ce père de famille, dont j’ai parlé mardi, forcé de verser 350$ à sa coop de santé pour que sa famille ait accès au médecin.
Le problème dans toute cette question, ce ne sont pas les coops de santé. C’est le fait que des organismes, coopératives ou cliniques exigent un paiement pour donner accès à un médecin rémunéré par la Régie de l’assurance maladie.
Il existe au Témiscamingue une coopérative de santé, Témiscavie, qui ne fait pas payer ses membres pour avoir accès à un médecin. Les médecins et les administrateurs de cette coop se sont réunis, avant sa fondation, et ont déterminé qu’il était hors de question d’obliger les gens à payer pour pouvoir rencontrer un médecin.
Je suis convaincu que d’autres coops fonctionnent sur le même modèle. C’est de cette façon, nous dit la Fédération des coopératives de santé elle-même, que devraient fonctionner toutes les coopératives de santé. Selon la Fédération, ceux qui seraient prêts à payer le feraient pour avoir une proximité des services médicaux et non pas pour avoir un accès privilégié à ces services.
Dans cette logique, membres comme non-membres auraient le même accès au médecin. Ça, c’est une vraie coop de santé, au sens de leur Fédération et au sens de la loi.
Et parlant de loi, si on accepte que des coopératives de santé ne respectent pas la loi qui interdit de faire payer les Québécois pour les soins de santé, ne faudrait-il pas aussi accepter que les cliniques qui réclament 500$ et même près de 1500$ pour donner accès à un médecin, aussi payé par le régime public, aient le droit de ne pas respecter la loi? Où cela s’arrête-t-il? Si on laisse aller les choses, acceptons-nous de remettre en question notre système public de soins de santé?
On nous a beaucoup parlé de la rareté des médecins. Nous le savons tous : trouver un médecin de famille relève parfois de l’impossible. Le médecin devient donc une « marchandise » que tous ceux qui veulent faire de l’argent sont prêts à vous vendre… de toutes les façons possibles. Est-ce cela que nous voulons?
Un téléspectateur nous écrit… « Ma coop m’a trouvé un médecin, je me fiche du reste. » Est-ce ainsi que nous voyons notre société? La question des coopératives de santé représente beaucoup plus que le fait d’avoir ou pas accès à un médecin. C’est un enjeu de notre société.
