Blogue de Sylvia l'Écuyer

Arabella, Dresde1er juillet 1933: quand l’opéra nous offre le portrait d’une époque…

Jeudi 17 avril 2014 à 18 h 50 | | Pour me joindre

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En 1933, quand le chef d’orchestre Clemens Kraus dirige Arabella, le nouvel opéra de Richard Strauss à Dresde, l’Allemagne est en train de basculer dans un régime totalitaire nazi. Fritz Busch, qui devait diriger cette première, a fui le pays. Adolf Hitler est chancelier du Reich depuis le 30 janvier et la loi des pleins pouvoirs décrétée le 23 mars lui donne le droit de gouverner par décrets. Le fidèle collaborateur de Strauss, le poète et dramaturge Hugo von Hofmannsthal, ne pourra pas assister à la première. Le 15 juillet 1929, alors qu’il venait de terminer le livret du 1er acte et esquissé celui des 2e et 3e, il meurt foudroyé d’une attaque d’apoplexie en assistant aux funérailles de son fils aîné Franz, qui s’est suicidé sous ses yeux sans un mot d’explication. « It was the worst of times ».

Que nous révèle Arabella? Rien de politique dans cet opéra, on est loin du réalisme d’Andrea Chenier de Giordano. La musique est pleine de charme et de légèreté, mais au fond les personnages sont prisonniers de conventions sociales inextricables dictés par une société décadente. Le Comte Waldner est ruiné, il a perdu sa fortune au jeu et la famille doit se résoudre à vivre à l’hôtel; la comtesse compte sur la loterie ou un riche mariage pour sa fille aînée afin de garder son statut social; la plus jeune sœur a dû accepter de passer pour un garçon afin d’éviter les frais de toilettes, de bal et de dot, bref, on danse sur un volcan. Quant à Arabella, la fille aînée, apparemment insouciante et frivole, mais surtout idéaliste, elle attend le Grand Amour.

C’est le grand art de Strauss de nous faire pénétrer dans l’âme de ces personnages, surtout des personnages féminins, quand la musique nous révèle ce que les mots n’oseraient dire. Je m’étonne encore que ce drame profond sous des dehors si séduisants ne soit pas présenté plus souvent.