Blogue de Cynthia Dubois

Un chœur pour l’éternité

Mardi 20 mars 2012 à 15 h 59 | | Pour me joindre

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Ni la peste, ni les guerres, ni le mur n’ont eu raison du chœur de l’église Saint-Thomas de Leipzig qui a atteint l’âge vénérable de 800 ans cette année. Gloire soit à ce chœur qui, depuis toujours, au gré de l’histoire et de ses convulsions, a su renaître de ses cendres. Puisse-t-il demeurer comme il était au commencement, maintenant et toujours dans les siècles des siècles.

Tout commença au confluent de la Pleisse, de l’Elster blanche et de la Parthe, à Leipzig, du sorabe Lipsk qui signifie « le lieu près des tilleuls », arbres sacrés des Sorabes. Puis vint un margrave du nom d’Otto le riche de Meissen qui, par un beau jour de 1165, octroya à Leipzig le droit de cité et le privilège de tenir un marché.

C’est alors que fut créée dans cette ville de prospères marchands la première église paroissiale Saint-Nicolas, puis en 1212 naquirent l’église Saint-Thomas, 1er bâtiment du chapitre des Augustins, son chœur de jeunes garçons et son école.

L’église Saint-Thomas de Leipzig

La rigueur de l’enseignement musical et général qui y était dispensé, liée à la qualité de ses exécutions, en fit bientôt une institution des plus renommées et l’on venait de très loin pour en faire partie.

C’est ainsi que, lorsqu’en mai 1723, la famille Bach arriva avec deux voitures et quatre chariots pour s’installer à Leipzig où Jean-Sébastien venait d’être nommé cantor de l’église Saint-Thomas, ce poste comptait parmi les plus prestigieux d’Allemagne. Bach avait alors 38 ans, et il allait occuper cette fonction pendant les 27 années qui lui restaient à vivre. L’un de ses fils, Carl-Philippe, qui en avait 9, se joignit à la cinquantaine de jeunes garçons du Thomanerchor.

Ils sont aujourd’hui une centaine et ils ont pour principale mission de faire revivre l’œuvre de Bach père lors de concerts hebdomadaires à l’église Saint Thomas, de chanter son Oratorio de Noël pendant la période des Fêtes et l’une de ses passions pendant la semaine sainte, tout en entretenant un répertoire qui s’étale de la Renaissance à nos jours.

J’imagine la première nuit de Günther, timide petit Thomaner à la tignasse blonde et au visage parsemé de taches de rousseur, qui vient d’arriver à l’internat. Comme ses parents lui manquent ainsi que ses anciens camarades! Il étouffe ses larmes sous la couette afin de ne pas réveiller les neuf autres petits chanteurs qui partagent sa chambre.

L’adolescent responsable du groupe ou « stube » de 10 garçons auquel Günther appartient lui a confié pendant le repas que, si les nouveaux pleuraient souvent lors de leur arrivée et rêvaient de rentrer à la maison, au bout de quelques mois, plus personne n’aurait songé à partir. Günther se répète ces propos apaisants afin de trouver le sommeil, mais rien n’y fait.

Demain, il devra chanter devant le cantor Georg Christoph Biller et cela lui fait peur. Mais soudain, le portrait du grand Bach posé sur sa table de nuit le rassure. Il lui trouve en effet un regard empli de bonté et la douceur de son sourire lui rappelle celui de sa mère. Il se dit alors que Herr Professor Biller doit avoir le même, qu’ils se sont transmis de cantor en cantor. À cette pensée, l’inquiétude de Günther s’envole tandis qu’il glisse doucement dans le sommeil et que, comme le dit une cantate de Bach, la Pleisse tranquille joue avec ses petites vagues.

Pour souligner les 800 ans du chœur de l’église Saint-Thomas et l’anniversaire de Jean-Sébastien Bach le 21 mars, les Soirées classiques ont proposé une passionnante promenade à Leipzig, haut lieu de la musique et de la pensée, en compagnie de Jean-Pierre Amann, producteur à la Radio-télévision suisse et auteur du livre Leipzig en polyphonie, paru aux éditions Papillon.

L’espace de deux heures, vivez au rythme de cette fascinante cité et des musiciens tels que les Bach, Mendelssohn, Schumann, Chopin, Wagner, Liszt, Grieg, Brahms, Janacek, Masur et tant d’autres qui y ont vécu.

Écoutez l’émission du 21 mars >>