Blogue de Antoine Deshaies

Les Biniseries

Jeudi 14 juillet 2011 à 13 h 58 | | Pour me joindre

Je ne sais pas si le terme existe. Il naît peut-être ce matin dans ce blogue.

Puisque j’ai le champ libre, et qu’on n’invente pas souvent des mots dans une vie (moi c’est le premier… sauf quand j’essaie de parler allemand) je vais vous en donner ma définition.

Biniseries : toutes réponses surprenantes ou attitudes peu orthodoxes d’un sélectionneur français.

Ça aurait pu s’appeler les Domenecheries. J’ai plutôt eu la chance, ou l’occasion, de voir de près ce curieux personnage qu’est Bruno Bini.

C’est un artiste, un poète, un excentrique à la limite, qui a le don de surprendre les journalistes en conférence de presse. Il garde aussi ses joueuses sur le qui-vive en les motivant à l’aide de poèmes et de chansons. Bref, pas Jacques Martin, avec tout respect.

C’est aussi une curieuse « bibitte » qui grille les cigarettes en succession devant les portes de son hôtel.

Un confrère du journal L’Équipe m’a dit qu’il ne sait jamais à quoi s’attendre de Bruno  Bini. Que chaque conférence de presse ou entrevue pouvait partir dans mille et une directions.

Il répond parfois en quelques mots aux questions. Ses meilleures réponses, il les offre bien souvent entre deux questions. Comme ça. Voilà ce qui lui passe par la tête.

Maladroitement…

Parfois, il ne répond pas du tout. Un journaliste new-yorkais l’a appris à ses dépens la veille de la demi-finale. Il a cherché, maladroitement, à faire un lien entre l’affaire DSK et le mouvement féministe en France que symbolisait son équipe.

« Mais de quoi vous parlez? a-t-il sèchement répondu. On est ici pour parler de foot, des 21 joueuses qui sont sur le point de jouer un grand match contre les Américaines. »

Le même journaliste a eu droit à un deuxième refus net, un deuxième K.-O. technique, après le match.

« Est-ce que cette performance, malgré la défaite, rachète le désastre masculin français en Afrique du Sud? »

La réponse de Bini : « C’est vous qui me parliez de DSK hier? Vous n’avez rien compris. On est un groupe qui a ses propres objectifs, ses propres buts. De grâce, laissez faire les hommes. »

Bini m’a fait rire plusieurs fois ces 10 derniers jours. Au point de ne pas l’avoir pris au sérieux mardi lorsqu’il a dit en plein point de presse qu’il venait de vomir. Il a juré que c’était vrai et qu’on ne devrait pas rire. Si vous le dites.

On l’a aussi senti très très vrai à l’occasion. Il avait la gorge nouée après la victoire historique de la France en quarts de finale contre l’Angleterre. Il a remercié des êtres chers qui l’ont conseillé et qui ont cru en lui.

On l’a aussi senti empathique envers les Anglaises.

« Autant ça fait du bien de gagner comme ça, autant je souffre avec nos adversaires. Ce soir, je vais demander à mes joueuses de célébrer dans le plus grand respect parce que nous sommes au même hôtel qu’elles. »

Sa phrase fétiche : « Elle est pas belle la vie? »

La question qu’il pose à l’assemblée des scribes après victoire ou défaite : « Pourquoi je ne serais pas heureux? »

Hier, on aurait pu lui suggérer que son équipe avait perdu. Que ses filles avaient le cœur brisé.

Il a choisi de voir le verre à moitié plein : « On a obtenu notre qualification olympique et on a la chance de remporter la médaille de bronze. On est bien, non? Et en plus, les hôtels sont pas mal. On est bien mieux ici qu’à l’hôpital, non? »

Ouais… Peut-être bien.