Suivez Akli Aït Abdallah sur Monde arabe : l’onde de choc. Se joignent à lui dans ce nouveau blogue d’autres reporters de Radio-Canada qui se trouvent aussi sur le terrain, dans différents pays secoués par la révolte populaire.
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Un nouveau blogue
L’empereur du monde
17 h 45. Ce matin, à la frontière, l’exode des Égyptiens de Libye se poursuit. Ils sont près d’un million et demi à y vivre et y travailler. Beaucoup sont originaires de régions déshéritées. Maçons, enseignants, vendeurs, commerçants, ils font tous les métiers qui permettent d’entretenir leurs familles, souvent restées au pays.
« C’est quand Kadhafi a fait son discours que j’ai décidé de faire mes valises », explique Said, un jeune de 19 ans, gardien dans une école de Benghazi. Ceux qui passent la frontière, à pied, portent tout ce qu’ils ont pu sauver dans leur fuite : ballots, malles, téléviseurs, vélos d’enfant.
« Nous vivions bien », dit Hillal, qui pense à son ami syrien, Abou Nidhal, resté à l’arrière. « Kadhafi a décidé de tuer de jeunes manifestants. C’est un monstre. Il se prend pour l’empereur du monde. Seul Dieu est puissant. »
Sous surveillance de l’armée égyptienne, la frontière est ouverte 24 h sur 24. Des centaines de minibus, venus d’Alexandrie, El Menia, Le Caire, Suez, Port Said, de toutes les villes égyptiennes, font le plein de passagers à la criée. « Je préfère vivre chez moi, que mourir chez les autres », dit Mithat, qui retournera peut-être en Libye, quand elle se sera, comme l’Égypte, libérée de son dictateur.
Écoutez mon reportage au Radiojournal de vendredi.
Emporter tout ce qu’on peut
15 h 10. Quelques photos d’il y a quelques minutes à la frontière. On est parti avec tout ce qu’on pouvait emporter. Téléviseurs, vélos d’enfants, etc.
Écoutez mon reportage au Radiojournal de jeudi.
À la frontière
20 h 15. À la frontière entre l’Égypte et la Libye.
Écoutez mon compte-rendu de la situation au Radiojournal de mercredi.
La route vers la Libye
À l’hôpital Al-Farouk
Le Caire, 13 h 27. L’hôpital Al-Farouk de Maadi fait partie du réseau des centres médicaux islamiques, fondé en 1977 par un médecin de la confrérie des Frères musulmans.
Ce matin, la salle d’attente pour la consultation de gynécologie est pleine. Ici, les docteurs sont très bons, dit Amira, une jeune femme enceinte. Et inaccessibles à l’extérieur. Dans cet hôpital, le prix de la consultation est symbolique.
C’est même gratuit pour les plus démunis, dit Rana, sa sœur qui l’accompagne. Pour la consultation et même pour les soins.
Voir un pneumologue chez nous coûte environ 20 livres au malade. Le même spécialiste, dans sa clinique privée, réclame 200 livres, nous dit Ahmed Morsy, le directeur. « Al-Farouk est financé par des dons et il est ouvert aux hommes, aux femmes, aux chrétiens, aux musulmans, à tout le monde. »
Les associations caritatives islamiques, dit Rana, aident beaucoup les pauvres, et pas seulement dans le domaine de la santé. Elles ouvrent des écoles, offrent de la nourriture, des vêtements, de l’argent. Elles oeuvrent partout où les besoins existent.
Le bureau d’orientation des Frères musulmans a son siège dans le quartier d’El Manyal.
Saad El Husseyni, qui a été député indépendant au parlement égyptien, est un des porte-parole de la confrérie. « Nous sommes partie intégrante de la société, nous vivons les mêmes souffrances que les Égyptiens, et il est de notre devoir d’aider à les soulager. »
Interdite depuis 1954, la confrérie, dont le travail de terrain lui vaut une grande popularité, va créer son parti politique : Justice et Liberté. Elle vient de l’annoncer officiellement sur son site, Ikhwanonline.com.
« Que les Égyptiens et la communauté internationale se rassurent. Nous ne recherchons pas la majorité. Une dictature est tombée. Nous ne voulons pas en instaurer une autre. »
Les Frères musulmans déclarent vouloir participer à la vie politique égyptienne, aux côtés des autres formations. L’Égypte est mal en point, dit Saad El Husseyni, et « personne à lui seul ne pourra en supporter le fardeau ».
Écoutez mon reportage sur le sujet.
Devant l’ambassade de la Libye au Caire
Le Caire, 20 h 30. Ce soir, devant l’ambassade de la Libye au Caire, il y avait du monde. Des Libyens, venus avec leurs drapeaux, et des Égyptiens, avec leur solidarité.
Les nouvelles de Benghazi et d’ailleurs sont effrayantes. Un jeune lève une pancarte sur laquelle on a plaqué une photo d’une victime ensanglantée. D’autres pancartes accusent Kadhafi « le meurtrier » de massacre, et demandent sa condamnation à mort.
Une fille, une Libyenne, voilée de rose, monte sur une voiture et hurle son dégoût pour la « boucherie » en cours. La foule crie : « Libye, Égypte, main dans la main. » La tragédie rapproche.
Un char interdit la rue à toute circulation. Des militaires, baïonnette au canon, interdisent l’entrée de l’ambassade. Sur les murs, un appel à venir au secours du peuple libyen. Des caravanes de vivres et de médicaments ont déjà quitté Le Caire pour faire les 10 heures de route qui les séparent de la frontière libyenne.
D’autres se préparent à partir demain. Rien ne dit qu’elles pourront se rendre à destination.
Écoutez mon reportage sur les manifestations devant l’ambassade de Libye.
Dans le quartier des chiffonniers
Ez-Zarayeb, 16 h 44. À l’est du Caire, au pied de la colline de Moukattam, se trouve le quartier des chiffonniers, Ez-Zarayeb. Ici, vivent près de 65 000 âmes, des Coptes en très très grande majorité, vivant tous de « l’industrie du recyclage ».
Verre, plastique, aluminium, papier, tissu, matériel informatique, ici, tout se trie et se transforme en or. C’est dans ce quartier que le monde a découvert l’action de Soeur Emmanuelle, et son fameux cri de guerre, Yalla!
Très peu de Coptes ont participé au mouvement du 25 janvier. Rada, qui recycle des canettes d’aluminium avec ses enfants, ne sait pas trop qui va sortir vainqueur de cette drôle d’aventure. Les communistes? Les islamistes? Dans tous les cas, dit-elle, « c’est mauvais pour les chrétiens, qui souffrent déjà de discrimination ». Son fils, Romani, craint l’instauration de la charia.
Mais tout autour, les enfants rient, en répétant que les Égyptiens sont tous… Égyptiens, et qu’ils resteront unis. Izzet, qui est à la tête d’une ONG qui scolarise les enfants du quartier, minimise le tout.
« C’est sous Moubarak que nous avons été marginalisés, et victimes d’attentats. Sinon, nous n’avons jamais eu de problèmes avec les musulmans. Les Frères musulmans représentent seulement 15 à 20 % de l’électorat. Nous ne les craignons pas. Mais il faut que le pays adopte une constitution sans aucune référence à l’islam source du droit, comme c’est le cas dans l’ancienne. »
Au Café de l’Unité nationale, on a peint sur le mur, en vert, une croix nichée à l’intérieur d’un croissant. Les camions transportant d’immenses ballots de matières à recycler – ce sont les hommes qui en font la collecte, et les femmes le traitement – continuent d’aller et venir dans un capharnaüm indescriptible. Rien de très anormal. Ez-Zarayeb veut seulement exister.
Écoutez mon reportage de dimanche.
Du balcon de chez Pierre
Le Caire, 14 h 54. Ces photos, je les ai prises du balcon de chez Pierre, qui surplombe la place Tahrir. Le New York Times, la BBC, Al-Jazira, tous les grands médias sont passés par ici.
En ce moment même, des caméras sont installées pour capter des images impressionnantes de centaines de milliers de gens qui ont répondu à l’appel des organisateurs de ce rassemblement.
Officiellement, on fête la victoire, et on rend hommage aux 365 victimes d’une révolution mouvementée. Mais dans l’esprit de tous, c’est l’occasion d’envoyer un message à l’armée : le peuple peut redescendre dans la rue, si on essaie de confisquer sa révolution. 
Écoutez mon entretien avec Pierre Maisoneuve lors de son émission de vendredi.
Écoutez mon entretien avec Michel Désautels, vendredi.














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