Blogue de Geneviève Normand

« Dans 100 ans, ce sera comme en 1910 » – Patrice Roy

Mercredi 14 novembre 2012 à 5 h 50 | | Pour me joindre

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Patrice Roy © Radio-Canada

Entré à la télévision de Radio-Canada en 1989, Patrice Roy a été journaliste à Enjeux les trois premières saisons de l’émission. Il a ensuite travaillé à l’information à Montréal, puis comme correspondant parlementaire à Québec de 1997 à 2000. Correspondant parlementaire à Ottawa de 2000 à 2008, il s’est notamment démarqué par ses reportages en profondeur sur les travaux de la commission Gomery. Il a été nommé chef du bureau parlementaire de la télévision de Radio-Canada à la Chambre des communes en avril 2005. Depuis l’automne 2008, il est chef d’antenne du Téléjournal Grand Montréal 18 h.

De quelle manière la population va-t-elle s’informer dans 10 ans?

Dans 10 ans, la population va s’informer de façon encore plus éclatée. Les sources seront plus nombreuses, et les rendez-vous seront de moins en moins fixes. C’est un gros changement qui a déjà commencé à s’opérer dans les 20 dernières années. Il faut dire que l’émergence du web fait que les gens cherchent l’information au moment qui leur convient. Il y a 20 ans, le Téléjournal 22 h était véritablement un rendez-vous télévisuel. C’était comme aller à la messe. Aujourd’hui, les nouvelles sont en continu. Alors, dans 10 ans, je pense que le fait de consommer de l’information à n’importe quel moment sera accentué par une révolution technologique. Cette technologie est déjà à nos portes : c’est celle de la révolution de la diffusion.

En télévision, nos gros camions satellites seront possiblement remplacés par un appareil de la grosseur d’un téléphone, par exemple. Il y aura une révolution dans la diffusion des reportages, des conférences de presse, des nouvelles, etc. C’est une facette que le public voit moins, mais le rythme auquel l’information est transmise est en train de changer. C’est de plus en plus rapide.

On se dirige également vers une miniaturisation des outils. Ce qui est intéressant, c’est qu’aujourd’hui, on se trouve à la croisée des chemins. Ce qui a été amorcé il y a deux ou trois ans sera à son apogée dans 10 ans. Avec des outils plus petits comme des caméras et d’autres objets de diffusion, on va pouvoir faire le même travail avec trois fois rien.

Par ailleurs, la tendance à s’informer sur Internet va se confirmer, ce qui ne veut pas dire que les médias classiques que sont la télévision et la radio vont disparaître. Je ne crois pas qu’Internet va remplacer ces deux médias plus traditionnels. Je crois plutôt que ces trois univers (télé, radio, web) en formeront un seul et même. La télévision va assurément changer de forme et de qualité de définition – que ce soit une toile qu’on déploie au mur, ou un téléviseur avec lequel on va sur les réseaux sociaux –, mais ça ne change rien au fait qu’il y aura toujours des émissions diffusées.

Les gens vont rentrer du travail, pour la plupart vers 17 h ou 18 h, comme aujourd’hui. Je suis convaincu que les rendez-vous télévisuels ne disparaîtront pas dans 10 ans. On le constate d’ailleurs.  Au Québec, il y a encore 1,5 million de personnes qui s’informent à 18 h, que ce soit à TVA ou chez nous. Bien sûr que la possibilité d’aller s’informer tout au long de la journée est là et va continuer de grandir… mais il y aura aussi des gens pour qui les bulletins de nouvelles seront des rendez-vous.

De quelle manière la population va-t-elle s’informer dans 100 ans?

Je vais faire une prédiction inverse : dans 100 ans, ce sera comme en 1910. Ce que ça signifie, c’est que, fondamentalement, les gens voudront savoir et comprendre ce qui s’est passé au courant de la journée. En 1910, c’était le lancement du journal Le Devoir. Et avant, il y avait Le Franco-Canadien et La Patrie. Ce qui m’amène à dire que nous avons toujours eu besoin de marques reconnues en matière d’information, comme Radio-Canada, BBC et le New York Times. Selon moi, dans 100 ans, ces marques existeront toujours. Il y en a peut-être d’autres qui vont émerger, mais ce sont des médias qui expliquent aux gens ce qui se passe et qui dénichent des histoires. Ce besoin de raconter, d’expliquer et de dénicher la nouvelle sera le même dans 100 ans.

Ce qui changera, c’est la diffusion. La façon d’accéder à l’information sera au bout des doigts des gens. Ils vont pouvoir faire un clic ou peut-être vont-ils seulement réfléchir par la pensée pour obtenir les informations qu’ils souhaitent. Alors, oui, il y aura une révolution technologique, une miniaturisation des outils, un accès instantané où que l’on soit… Mais fondamentalement, ça reste la même chose. Des journalistes et des citoyens, dans certains cas, racontent des histoires et essaient d’expliquer ce qui se passe autour d’eux.

Ce qu’il faut préserver de Radio-Canada, c’est la marque. C’est un gage de crédibilité. Plus il y aura de gens sur le web, plus ils seront nombreux à diffuser de l’information en tant que citoyen ou en tant que groupe de pression. Cela a aussi pour effet que les gens auront davantage besoin de repères. Et les repères, ce sont Radio-Canada, la BBC, le New York Times. Ce sont les marques reconnues. Alors, quel que soit le progrès de la technologie, les gens vont continuer de s’informer dans les médias reconnus.

Autrefois, vous m’auriez interviewé pour la radio et vous auriez utilisé un gros Nagra (magnétophone portatif). Aujourd’hui, vous m’interviewez avec votre iPhone. Fondamentalement, vous faites la même chose qu’on faisait il y a 50 ans. Vous me posez des questions, et je réponds.