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La fin de la saison estivale rime avec la fin de ce blogue dédié à la bande dessinée. Mais avant de faire éclater la bulle, laissez-moi vous faire une dernière suggestion.

L’excellent bédéiste italien Igort a séjourné deux ans en Russie, en Ukraine et en Sibérie. Deux ouvrages sont nés de ce voyage : Les cahiers ukrainiens et Les cahiers russes, tous deux publiés par Futuropolis. Je me suis particulièrement intéressée au second livre, sans doute interpellée par son sous-titre : La guerre oubliée du Caucase.

Le malaise tchétchène

Cette guerre est celle de la Tchétchénie, une république de la Fédération de Russie. Depuis des décennies, les autorités russes tentent d’éradiquer les forces indépendantistes tchétchènes, sans succès. Les épisodes de violence ébranlent toute la région et terrorisent la population.

Igort décrit le malaise provoqué par la seule mention du nom « Tchétchénie ». Il raconte également la douleur vécue par les mères, qu’elles soient russes ou tchétchènes, ces mères qui cherchent leurs enfants dans les prisons clandestines, ou pleurent ceux tombés au combat.

La Russie d’Anna Politkovskaïa

Mais par-dessus tout, Les cahiers russes se veulent un vibrant hommage à la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006 dans son appartement à Moscou.

Politkovskaïa a couvert le conflit tchétchène durant de nombreuses années. Elle n’a jamais hésité à publier des faits compromettants pour les autorités russes et le gouvernement du président russe Vladimir Poutine. Elle savait sa tête mise à prix, mais elle a fait son boulot de journaliste jusqu’au bout. Jusqu’à la fin, cette fin qui surviendra dans l’ascenseur de son appartement moscovite, où on la trouvera, le 7 octobre 2006, criblée de balles.

Enfin, Igort s’insurge contre ce qu’il appelle la « démocrature », cette fausse démocratie russe plus près de la dictature et du régime de la peur. Un pays où, rappelle-t-il, le droit de manifester et de contester l’autorité en place n’existe pas.

Force est d’admettre que rien ne change au pays de Tchekhov, pays qui vient tout juste de condamner les trois chanteuses du groupe punk Pussy Riot, trois jeunes femmes qui chantaient leur désir de voir Poutine quitter son poste. Plus ça change…

Les cahiers russes : la guerre oubliée du Caucase, textes et dessins d’Igort, éditions Futuropolis.

Ma chronique à Dimanche magazine à ce sujet est ici.

Éclatement de la bulle

C’est ainsi que se termine l’aventure de la Bulle. Ce fut un immense plaisir de vous faire partager ma passion pour la BD.

Merci à tous pour votre intérêt, vos bons mots et vos suggestions.

On se retrouve sur mon compte Twitter @katverebely pour d’autres aventures bédéesques!

Eh hop, on fait éclater la bulle… Pop!

À bientôt!

Au printemps dernier, dans l’effervescence de la crise étudiante au Québec, de nombreux éditoriaux, textes d’opinion et autres cris du cœur littéraires ont été publiés dans les journaux.
 
Les bédéistes, loin d’être en reste, se sont abondamment exprimés sur leur blogue respectif à ce sujet.
 
Craignant que ces œuvres virtuelles ne tombent dans l’oubli, le bédéiste André Kadi, alias Soulman, a lancé l’idée de les regrouper dans un même ouvrage, pour ne pas oublier. Je me souviendrai : 2012 –  mouvement social au Québec, qui arrive sur nos tablettes cette semaine, était né.
 
La liste des participants est bien garnie. Du côté des textes, on compte le réalisateur Hugo Latulippe, le sociologue Éric Pineault, l’homme de théâtre Frédéric Dubois et le chroniqueur à La Presse Stéphane Laporte.
 
Le volet BD  est aussi alléchant. Notons la participation de Jimmy Beaulieu, Philippe Girard et Francis Desharnais. Vous retrouverez d’ailleurs plusieurs extraits des manifestations virtuelles qui ont émanées durant cette période, soit Manif de bonhommes, La hausse en question : 8 arguments illustrés et Dépasser la ligne.
 
Quelques bédéistes français participent également au livre, dont Maximilien Le Roy. Je me souviendrai est d’ailleurs publié par la maison d’édition française La boîte à bulles. Le livre sera donc distribué en France!
 
Pour les lecteurs de la région de Montréal, deux lancements à inscrire à l’agenda :
- le 22 août à la libraire Planète BD.
- le 31 août à la libraire Le port de tête
 
Bonne lecture!
 
Ma chronique à ce sujet à Désautels est ici!  L’entrevue débute à la 33ème minute environ. 
 
En terminant, un petit bonbon… 
 
Passionrougeman, le nouveau super-héros de Philippe Girard, est maintenant disponible en fanzine.
 
Quelques extraits se retrouvent dans Je me souviendrai, mais pour bien apprécier le travail de Girard, il faut se procurer le fanzine!
 
 
 
 
 
 
 
 

Lunes birmanes

Mardi 14 août 2012 à 22 h 25 | | Pour me joindre

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Je vous propose cette semaine Lunes birmanes, de Sophie Ansel et Sam Garcia, aux éditions Delcourt. Lunes birmanes n’a rien d’un récit pour enfants. Cette BD de près de 200 pages raconte de façon crue et directe le terrible sort réservé aux réfugiés birmans.

Ne vous laissez pas duper par la très belle lune sur la page couverture. Tout juste en dessous, il y a une clôture de barbelés. Et derrière, des milliers d’hommes et de femmes torturés.

Depuis des décennies, la Birmanie est dirigée par des dictatures militaires extrêmement violentes. Les femmes sont violées à répétition, les enfants sont kidnappés et utilisés comme du bétail. Ceux qui tentent de fuir le pays sont soit emprisonnés et torturés, soit tués.

Le sort des exilés qui réussissent à passer en Malaisie ou en Thaïlande n’est guère plus heureux. Désorientés, épuisés et sans le sou, ils s’enfoncent dans la misère et deviennent des proies faciles, entre autres pour le trafic d’êtres humains. L’enfer, quoi.

***

On doit le scénario de Lunes birmanes à une journaliste française du nom de Sophie Ansel.

En 2005, la jeune femme se rend en Birmanie en quête d’exotisme et de dépaysement.

Elle sera plutôt confrontée à une réalité qu’elle ne soupçonnait pas et qui la changera à jamais.

Lunes birmanes n’est pas une œuvre de fiction comme les autres. Derrière chaque personnage se cache une vraie personne, un réfugié dont Sophie Ansel a changé l’identité pour des raisons de sécurité.

***

En terminant, il faut souligner la qualité des illustrations du dessinateur espagnol Sam Garcia, qui magnifient le récit de Sophie Ansel.

La beauté de la jungle birmane côtoie la laideur des corps mutilés. Heureusement, le trait de crayon de Garcia se fait beaucoup plus doux quand le scénario nous entraîne dans des réflexions spirituelles.

J’espère que vous avez le cœur solide, car il en faut un pour passer à travers Lunes birmanes. Mais le voyage, aussi douloureux soit-il, en vaut le coup.

Lunes birmanes, de Sophie Ansel et Sam Garcia, Éditions Delcourt.

Ma chronique à ce sujet à Dimanche magazine est ici.

Légendes autochtones

Jeudi 9 août 2012 à 10 h 49 | | Pour me joindre

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En cette Journée internationale des peuples autochtones, voici deux suggestions de BD québécoises qui mettent en valeur la culture des Premières Nations.

Chroniques sauvages – Teshkan, de François Lapierre, éditions Glénat Québec

 

François Lapierre est un conteur d’une grande finesse, surtout quand vient le temps de raconter les légendes amérindiennes.

Chroniques sauvages, François Lapierre, Glénat Québec

Dans Sagah-Nah, une (trop) courte série lancée au début des années 2000, il nous proposait, sur un ton léger, les aventures de Zakarie, un Métis abenaquis.

Dans Chroniques sauvages, il délaisse le côté humoristique en nous entraînant dans l’univers mystérieux de la mythologie algonquine. Le jeune Teshkan, membre du clan du cerf de la nation des Algonquins, doit affronter les Français afin de rompre une vieille malédiction.

On le sait, François Lapierre est un coloriste hors pair, lui qui collabore à ce titre à la série Magasin général, de Loisel et Tripp. Dans Chroniques sauvages, le rouge vif du sang versé par Teshkan et ses adversaires contraste avec la blancheur des paysages enneigés. Le scénario, somme toute assez simple, est bien amené. Une belle réussite.

Le site de François Lapierre : http://www.flapierre.com/

La bande-annonce de Chroniques sauvages  :


CHRONIQUES SAUVAGES / Bande-annonce par GLENATBD
 

La saga Radisson, de Jean-Sébastien Bérubé, éditions Glénat Québec

La série Radisson est une adaptation libre des récits de voyage – tout aussi libres! – de Pierre-Esprit Radisson (1636-1710). Coureur des bois et explorateur français doté d’une grande capacité d’adaptation, Radisson a, tour à tour, été captif puis complice des Amérindiens.

Radisson, Jean-Sébastien Bérubé, Glénat Québec

Jean-Sébastien Bérubé nous propose ici une belle incursion dans l’histoire du développement des colonies de la Nouvelle-France. On scrute avec beaucoup de bonheur ses dessins expressifs et ses cartes détaillées. La série est très bien documentée. Certaines planches sont de véritables petites œuvres d’art.

Un imbroglio entre l’auteur et la maison d’édition Glénat Québec nous a fait craindre que le quatrième et dernier tome de la saga ne voie jamais le jour. Les deux parties ayant trouvé un terrain d’entente, il ne nous reste plus qu’à patienter jusqu’en novembre, date prévue de la sortie de ce dernier album.

Jean-Sébastien Bérubé nous fait le plaisir de publier sur son blogue quelques planches du quatrième tome, intitulé Pirates de la baie d’Hudson.

Selon ses dires, « l’accouchement » ne s’est pas fait sans douleur. Sur son blogue, il écrit : « Ce quatrième tome a été particulièrement difficile à réaliser comme vous avez pu le constater, et me voilà rendu avec une tendinite à l’épaule. »

Jean-François Bérubé a reçu un prix Bédéis Causa en 2010 pour le premier tome de la série, Fils d’Iroquois.

Le blogue de Jean-François Bérubé : http://berubd.blogspot.ca/

Le cafard de l’exil

Mardi 7 août 2012 à 13 h 06 | | Pour me joindre

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En 2006, le dessinateur iranien Mana Neyestani travaille pour le magazine Iran Jomeh. Chaque semaine, il propose des dessins dans une section réservée aux enfants.

Un jour, il dessine un petit garçon qui discute avec un cafard.

Au lendemain de la publication de son dessin, de violentes manifestations éclatent en Iran. Quelques jours plus tard, Mana Neyestani est emprisonné, puis condamné à l’exil. Il nous raconte son histoire dans Une métamorphose iranienne, publié aux Éditions ça et là.

Comment un petit cafard a-t-il pu provoquer autant de dégâts?

Eh bien, tout simplement parce qu’il a eu le malheur de prononcer un mot en azéri.

Les Azéris forment un groupe ethnique qui occupe le nord de l’Iran et la majeure partie de l’Azerbaïdjan. D’origine turque, il a longtemps été opprimé par le régime iranien. Encore aujourd’hui, les tensions sont vives entre les Azéris et les Iraniens.

Le dessin réalisé en 2006 par Neyestani semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase. L’illustrateur iranien s’est soudainement trouvé au coeur d’une histoire kafkaïenne qui dépassait largement les simples considérations de liberté d’expression. Des manifestations ont éclaté un peu partout au pays, les arrestations musclées et les attaques armées se sont succédé. Le pouvoir iranien en a fait une affaire d’État, d’autant plus que le conflit s’étendait désormais jusqu’en Azerbaïdjan.

En pleine tempête, Mana Neyestani est condamné à trois mois de prison pour « avoir provoqué des tensions entre les communautés iraniennes ». Alors qu’il bénéficie d’une libération provisoire, il décide de s’enfuir avec sa femme. Il tente alors de se réfugier en Turquie, aux Émirats arabes unis, en Malaisie et en Chine, toujours sans succès. C’est finalement en France que Neyestani trouvera sa nouvelle terre d’accueil. Il y habite depuis 2011.

***

Neyestani se doutait-il que son dessin allait provoquer la communauté azérie? A-t-il sous-estimé la portée de son dessin?

Une métamorphose iranienne

On ne le saura peut-être jamais. Quoi qu’il en soit, l’illustrateur a toujours affirmé n’avoir eu aucune mauvaise intention en dessinant ce cafard. En panne d’inspiration, il aurait tout simplement dessiné les bestioles qu’il voyait ramper sur le sol de sa maison.

Par ailleurs, Neyestani, âgé d’une quarantaine d’années, n’en était pas à son premier dessin controversé. Les abus du régime iranien étaient souvent dans sa ligne de mire. C’est d’ailleurs par souci de sécurité qu’il s’était tourné, au milieu des années 2000, vers le dessin pour enfants, croyant y « être » plus en sécurité.

***

Une métamorphose iranienne est l’une des meilleures BD que j’ai eu le plaisir de lire récemment.

J’ai été complètement captivée par son histoire, peut-être parce que la liberté de presse est un sujet qui me touche de près. Mais il y a plus que ça. Neyestani est un conteur hors pair. Son scénario, nerveux et très rythmé, se lit comme un roman d’aventures.

Ses dessins sont tout aussi intéressants, expressifs et très détaillés.

Et malgré la lourdeur du sujet, Neyestani réussit à nous faire rire grâce, entre autres, à quelques petits cafards qu’il ajoute à son récit et qui nous accompagnent tout au long de notre lecture. Mieux vaut en rire, je suppose…

Une métamorphose iranienne, de Mana Neyestani, Éditions ça et là.


La chronique à Dimanche magazine (6/8) ici.
Le site des Éditons ça et là ici.

L'étranger

Le 10 juillet 1942, le grand bédéiste argentin José Munoz naît à Buenos Aires. La même année, Albert Camus publie en France L’étranger, l’un des romans les plus marquants du 20e siècle. Soixante-dix ans plus tard, Munoz met en image le chef-d’oeuvre de Camus. L’extase, quoi.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Dès les premiers mots, les souvenirs de ma rencontre avec Camus me reviennent en mémoire. Je me souviens très bien de la première fois que j’ai lu Camus. C’était à une époque ou je dévorais tout ce qui me tombait sous la main, incluant, avant de me faire traiter d’intello ou de nerd, les Stephen King et Anne Rice de ce monde.

Cet été-là, je devais avoir 14 ou 15 ans, j’ai emprunté à la bibliothèque L’étranger, d’Albert Camus. Je croyais avoir trouvé un roman d’aventures ou une histoire d’échange culturel… Je ne pouvais pas être plus «dans les patates» que ça.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Déjà, les premiers mots vous déstabilisent. Et déstabilisée, je fus. J’ai lu L’étranger d’un coup, sans m’arrêter. Imaginez l’adolescente sous les couvertures qui lit avec sa lampe de poche. Tellement cliché, mais que voulez-vous, c’est comme ça que ça s’est passé.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Près de 15 ans plus tard, les premiers mots de L’étranger ont encore un effet sur moi. Alors pas besoin de vous dire que la version illustrée par le grand José Munoz m’a complètement charmée.

Le Meursault de Munoz est grand et maigre. Cigarette en bouche, il a le dos voûté et le regard lointain. Et quand on s’y attarde un peu, le Meursault de Munoz rappelle un certain… Albert Camus.

La version expressionniste imaginée par Munoz (Alack Sinner, Le bar à Joe) est envoûtante et mystérieuse. Oubliez les bulles et tout le tralala habituel de la BD. Le texte intégral est tout simplement accompagné d’une soixantaine de dessins.

Et c’est tant mieux. Deux monuments du 20ième siècle peuvent ainsi être réunis dans le plus grand respect, et par le fait même nous éblouir de leur génie.

L’étranger, d’Albert Camus, illustrations de José Munoz, éditions Futuropolis-Gallimard.

Plus d’un an après le séisme et le tsunami qui ont ravagé le Japon, huit mangakas racontent leur expérience dans un recueil bouleversant.

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 se produit au large de l’île d’Honshu, au Japon, provoquant un tsunami gigantesque. Le bilan est extrêmement lourd : près de 6000 morts, autant de blessés et plus de 3000 personnes portées disparues. 

Souvenez-vous de toutes ces images de voitures emportées par les flots, de quartiers submergés et de corps entassés près des ruines. Et dans tout ce chaos, un peuple, digne et résilient.

Passer à l’action

Peu de temps après le drame, la maison d’édition française Kazé Manga se met en quête d’un projet rassembleur dans le but d’amasser des fonds au profit de la Croix-Rouge japonaise.

En publiant Japon, un an après : huit regards sur le drame, Kazé Manga souhaitait également offrir une tribune aux mangakas (c’est ainsi qu’on nomme les auteurs de mangas), dont la parole ne résonnait pas suffisamment, selon la maison d’édition.

« Le mangaka joue un rôle important dans la société japonaise, explique David Guelou, coordonnateur du projet à Kazé Manga. Il ose parler de sujets que le quidam n’aborderait pas forcément en public. Un peu comme les auteurs de comics américains, qui ont été parmi les premiers à s’exprimer sur ce qui se passait durant la Deuxième Guerre mondiale et la guerre du Vietnam, ou encore à dénoncer le racisme et la drogue. »

Fukushima la négligée

Illustration de Mimu Hinata

Japon, un an après dévoile huit histoires de survivance. Un homme marche des kilomètres pour rejoindre sa femme, qui est enceinte. Un vieil homme refuse d’évacuer sa maison et de quitter la ville qui l’a vu naître. Une jeune fille s’extirpe miraculeusement des décombres, mais n’est pas sauvée pour autant.

Si le mangaka dit tout haut ce que le peuple japonais pense tout bas, comment expliquer que la crise nucléaire de Fukushima soit à peine évoquée dans ce recueil?

Selon David Guelou, il était primordial de séparer la catastrophe naturelle, c’est-à-dire le séisme et le tsunami, des conséquences de la catastrophe, soit la crise nucléaire. « Le plus gros traumatisme, ce n’est pas d’apprendre que vous avez 10 ans à vivre parce que vous avez un cancer. Le vrai traumatisme, c’est d’être emmuré vivant pendant deux jours, de voir votre maison emportée, ou bien encore d’être tranquillement assis et que, d’un coup, un bateau atterrit sur votre toit! »

Le nuclaire : sujet tabou

Difficile de le contredire. Mais est-ce là la seule explication? Le sujet du nucléaire ne serait-il pas tout simplement tabou?

Oui, admet la scénariste Jasmine Baouche, qui collabore au manga La survivante.

« Le nucléaire est un sujet dérangeant qui peut mettre bien des gens mal à l’aise au Japon, malgré la pudeur légendaire des Japonais. Mais c’est aussi le cas en France! Le nucléaire est un problème énorme chez nous! » Rappelons que le projet vise à  amasser des fonds au profit de la Croix-Rouge japonaise. Pas le meilleur moment pour créer malaises et controverses.

Dommage, car les mangakas auraient sans doute eu bien des choses à raconter. Peut-être le feront-ils dans un prochain recueil? « Si vous connaissez un éditeur intéressé, passez-moi un coup de fil! », de répondre David Guelou, le sourire dans la voix.

D’accord, je n’insiste plus.

Avec ou sans nucléaire, la lecture de cet ouvrage n’en est pas moins troublante. Chaque manga est précédé d’une courte entrevue avec l’auteur, qui nous décrit, avec beaucoup de détails, son expérience du drame.

À lire et à offrir, pour ne pas oublier.

Japon, un an après : huit regards sur le drame

Éditions Kazé Manga, 2012

Écoutez la chronique de Katerine Verebely à Dimanche magazine

Christophe Blain en Antarctique

Vendredi 27 juillet 2012 à 13 h 59 | | Pour me joindre

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Christophe Blain en Antarctique

Tout au long de l’été, le site du magazine français Télérama propose une série de capsules vidéo dans lesquelles des dessinateurs nous racontent la création de leur reportage dessiné.

La plus récente capsule met en vedette Christophe Blain (En cuisine avec Alain Passard, Quai d’Orsay) au pays des manchots.

 En 1997, le jeune bédéiste, alors âgé de 17 ans, s’est rendu sur la base française Dumont d’Urville, en Antarctique, afin de réaliser un reportage dessiné. Le récit de ses aventures a été publié chez Casterman sous le titre Carnet polaire. 

Dans le reportage vidéo, offert ici, Blain relate avec humour les nombreux défis qu’il a dû surmonter durant son périple de six semaines. Pas facile de faire une BD quand on doit apprendre à dessiner avec des gants de ski.

Télérama donne aussi la parole à Nicolas de Crécy (Léon la came, Journal d’un fantôme). Le bédéiste français vient de publier Carnets de Kyoto, sur son séjour de cinq mois dans l’une des résidences d’artistes les plus mythiques au monde : la Villa Kujoyama, près de Kyoto. Sa capsule est en ligne ici

Dans une autre capsule, le Belge François Schuiten (Les cités obscures) nous parle de sa passion pour les locomotives dans La douce, publié chez Casterman. Le site de Schuiten est tout à fait magnifique. 

 

 ***

 

GUY DELISLE AU QUÉBEC

Le bédéiste québécois Guy Delisle passe une partie de son été au Québec. De la visite rare pour celui qui habite en France depuis une vingtaine d’années.

L’auteur des Chroniques de Jérusalem est l’invité du Festival de bande dessinée francophone de Québec.  

Voici quelques événements à souligner :

Conférence : la BD comme outil documentaire

Musée national des beaux-arts du Québec, Parc des Champs-de-Bataille, Québec

1er août à 19h/ gratuit 

On le sait, la BD de reportage est de plus en plus populaire, tant du côté des lecteurs que de celui des auteurs. Guy Delisle est sans contredit l’une des figures de proue de ce genre en pleine ébullition.

Séance de dédicace

QUÉBEC

Librairie Pantoute (1100, rue Saint-Jean)

Le 28 juillet, à 14 h

 

Afghanistan : la parenthèse enchantée

Lundi 23 juillet 2012 à 17 h 22 | | Pour me joindre

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En 2004, le Français Julien Lacombe prend une décision qui va changer sa vie.

Il quitte son emploi dans une grande compagnie de cosmétique et décide d’aller travailler en Afghanistan pour un projet humanitaire piloté par la Banque mondiale. Bonjour le dépaysement.

Le jeune homme doit n’y séjourner que trois mois. Il y reste deux ans. La première fleur du pays sans arbre est le récit de cette aventure.  

***

Julien Lacombe arrive à Kaboul à un moment bien particulier de l’histoire du pays.

En 2004, la communauté internationale met beaucoup d’argent sur la table pour favoriser l’effort de reconstruction. Les premières élections présidentielles sont prévues en octobre. Plusieurs talibans ont fui vers le Pakistan. 

L’Afghanistan vit alors une parenthèse enchantée, selon Julien Lacombe. « En arrivant en Afghanistan, j’ai été marqué par le bouillonnement d’énergie qu’on sentait partout autour de nous. Ça détonnait complètement avec le portrait dramatique et sensationnaliste que j’avais du pays avant de partir, avec les burqas, la guerre et les explosions. Sur place, on avait vraiment l’impression d’assister à la renaissance du pays. »

Un contexte qui a radicalement changé au moment de son départ, en 2006 : « Chaque printemps voyait les talibans remonter un peu plus vers Kaboul. On commençait à se sentir menacé dans la capitale, et les déplacements dans la ville étaient limités. Les déplacements en province étaient également beaucoup plus compliqués. En parallèle, on constatait un recul des projets mis en place par la communauté internationale. Du côté de la population afghane, la désillusion grandissait autant que la confiance envers la communauté internationale diminuait. »  

De la télé à la BD

La première fleur du pays sans arbre doit au départ être un documentaire pour la télévision française, projet qui ne voit au final jamais le jour. C’est un peu pour éviter de perdre tout son matériel que Julien Lacombe se lance dans un projet de bande dessinée. Scénario de BD et de documentaire se confondent alors dans la tête de Lacombe. « Ma méthode de travail est un peu particulière. J’ai une façon assez graphique d’écrire les textes et de les découper en même temps. Quand j’écris, je passe directement à une forme qui se rapproche d’un synopsis de documentaire. »

Les illustrations sont signées par l’artiste Sarah Arnal. Un choix qui peut paraître, de prime abord, un peu étonnant, puisque la femme est issue des milieux des arts décoratifs et de la gravure. « C’était un pari. Je voulais quelqu’un avec un regard frais, une proposition qui se démarquerait de ce qui se fait déjà. L’univers de Sarah faisait écho à ma perception et mon vécu de l’Afghanistan. Son trait est brut, minimaliste, chargé de grains et de poussière. Ça ma plu. » 

L’artiste a beaucoup travaillé à partir des photos réalisées par Julien Lacombe lors de son séjour. « Ensemble, on voulait proposer deux représentations de l’Afghanistan. Sur certaines séquences, le travail de Sarah est très réaliste, notamment sur certains portraits directement tirés des photographies. Alors que sur d’autres séquences, elle propose une interprétation plus symboliste, plus primitive. »

La première fleur du pays sans arbre est un ouvrage de contrastes. Parfois aride, comme le climat du pays qu’il expose. Parfois lumineux, comme le rayon d’espoir qu’il veut diffuser.

La première fleur du pays sans arbre, scénario de Julien Lacombe, illustrations de Sarah Arnal, aux éditions Requins Marteaux.

Pour écouter la chronique diffusée à l’émission Dimanche magazine, cliquez ici!

Encore des zombies…

Jeudi 19 juillet 2012 à 23 h 37 | | Pour me joindre

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Sur la cuisinière d’Érik Canuel mijote, ces jours-ci, un projet de film de zombies.
Le réalisateur québécois souhaite en effet adapter les quatre premiers tomes de la série Les zombies qui ont mangé le monde, de Jerry Frissen et Guy Davis, publiée entre 2004 et 2008 aux Humanoïdes Associés. Le producteur français Pierre Spengler (Superman) pilote le projet.
Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre qu’Érik Canuel, grand amateur de cinéma de genre, possède une IMMENSE collection de BD de zombies. Le cinéaste naviguera donc en terrain connu. Au bout du fil, il affirme vouloir réaliser un film « hybride » en pigeant à la fois dans les univers de la BD, de l’horreur et de la science-fiction.
Cette idée n’a rien d’étonnant. Depuis le début de sa carrière, Érik Canuel nous a maintes fois démontré son intérêt pour le cinéma de genre. Pensez au Survenant (historique), à Bon cop, bad cop (comédie policière), à Nez rouge (comédie romantique) et à Cadavres (comédie noire).
En 1997, il avait également dirigé quatre épisodes de The hunger, série d’horreur co-produite par Ridley et Tony Scott.
***
Les zombies qui ont mangé le monde est déjà considéré comme une série culte par de nombreux amateurs du genre.
L’action se déroule en 2064 à Los Angeles. Les humains doivent désormais apprendre à cohabiter avec les morts-vivants, qui représentent 35 % de la population. Heureusement pour eux, ces zombies-là ne sont pas bien méchants. Ils sont même un peu stupides. Parfait pour faire des affaires, se disent Karl, Maggie et Freddy.
La grande force de cette série est d’abord et avant tout son ton. Jerry Frissen manipule l’humour noir avec beaucoup de talent et il ne se gêne pas pour critiquer les travers de notre société.
Le film sera une co-production franco-canadienne. Le tandem Canuel-Spengler est toujours à la recherche de partenaires québécois.