Blogue de Alain Crevier

Les saints sans miracles

Vendredi 4 avril 2014 à 16 h 51 | | Pour me joindre

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Le pape François Alessandro Bianchi / Reuters

Cette semaine, le pape François a canonisé trois personnages, dont Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval. Et, surprise, sans que des miracles aient été confirmés.

Généralement, dans l’Église catholique, pour devenir saint, ça prend des miracles. Habituellement deux. Un premier pour être déclaré bienheureux, et un second pour être canonisé. Et ce dernier doit s’être produit après la béatification.

Ça ne sert absolument à rien d’accumuler des centaines de miracles avant la béatification parce qu’une fois bienheureux, on remet le compteur à zéro.

Mais à quoi servent les miracles?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas Marie de l’Incarnation, le frère André ou même Jean-Paul II qui produit des miracles. Le miracle est attribuable à Dieu.

Et si ce miracle se produit, c’est peut-être parce que Marie, André ou Jean-Paul ont intercédé auprès de Dieu. Et si Marie, André ou Jean-Paul ont été en mesure d’intercéder, c’est qu’ils sont près de Dieu. Et s’ils sont près de Dieu, c’est que Dieu apprécie leur présence. Ce qui nous porte à croire qu’ils sont de saintes personnes.

C’est un bon contact à moi à la Congrégation pour la cause des saints, à Rome, qui m’a expliqué l’affaire. Et laissez-moi vous dire que mon contact, lui, il s’y connaît.

Sans miracles

Le pape a quand même du pouvoir dans cette grande institution. Il peut notamment décider, selon certaines règles, qu’un candidat à la sainteté soit dispensé de l’obligation des miracles pour devenir un digne modèle de l’Église universelle.

Plusieurs papes l’ont déjà fait. De façon régulière, certes, mais vraiment pas souvent. Par exemple, Benoît XVI ne l’a fait qu’une seule fois. Jean-Paul II aussi. Mais François, lui, six fois! Et seulement en un an et des poussières.

Petit calcul

Avec Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval, cela fait cinq individus canonisés sans miracle, auxquels il faudra ajouter le cas de Jean XXIII qui sera canonisé sans miracle le 27 avril.

Il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions, mais il est tentant d’imaginer que le pape François est en train de proposer une nouvelle approche à la sainteté. Quelque chose de différent, où les miracles ne sont plus le grand critère pour déclarer qu’un tel ou une telle est un modèle catholique par excellence.

On raconte que si Jean-Paul II a tant béatifié et canonisé, c’est qu’il voulait offrir au monde moderne des modèles, des exemples autres que ceux de la politique, de la mode et du monde du spectacle. L’idée est quand même magnifique.

La question qui nous vient en tête est tellement simple : est-ce seulement les miracles qui nous indiquent la grandeur et les vertus des humains? Même aux yeux de Dieu?

Mais enfin…