Blogue de Alain Crevier

Symposium sur les agressions sexuelles dans l’Église

Vendredi 10 février 2012 à 13 h 04 | | Pour me joindre

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À Rome, cette semaine, il y avait un symposium singulier. Le thème : guérison et renouveau. Il était question de la crise des prêtres pédophiles dans l’Église catholique. Objectif : changer la culture de la maison.

Deux cents personnes ont assisté aux diverses activités du symposium. Des gens de partout. Des religieux, des cardinaux, des experts, des représentants de communautés religieuses où des crimes ont été perpétrés. Et quelques victimes!

Des moments forts :
•    Le témoignage de Mary Collins, victime d’un prêtre et d’une Église qui est restée insensible à ses appels;
•    Une soirée (présidée par le cardinal Ouellet) où il a été abondamment question de pardon et où des représentants de communautés fautives ont exprimé leurs regrets;
•    Des expertises, aussi. Je retiens le témoignage de deux experts qui ont parlé du cas américain. Deux chiffres : 100 000 victimes et 2,2 milliards de dollars de frais… uniquement aux États-Unis.

Changement de culture?

Pas évident. D’abord, parce qu’en lisant le récit des horreurs des victimes, on voit bien que souvent le drame s’inscrit dans le petit quotidien. Un prêtre agresseur, un autre qui tourne le dos, un archevêque qui préfère ne pas intervenir, etc. Ici, il ne suffira pas d’une directive des bureaux du pape pour que tous les fautifs trouvent le courage de dénoncer. Il ne s’agit pas uniquement de débusquer les agresseurs. Le Vatican est en train de demander à beaucoup de gens d’avoir du courage et de la compassion, ce qui, dans bien des cas justement, faisait cruellement défaut jusqu’ici.

Et puis, on peut se demander si le sentiment d’urgence est partagé par tous. Comment réagir en entendant Mgr Joseph Ekuwen, évêque de Uyo, au Nigeria, qui confiait ceci à nos collègues de l’AFP : « Je n’étais pas conscient de l’étendue des agressions dans le monde entier. Maintenant, je sais. Je vais dire à mes fidèles que c’est une réalité, pas un rêve. »

Plus jamais

Au cœur de ce symposium de quatre jours, il y avait manifestement de la bonne volonté. La soirée de pardon animée par le cardinal Ouellet n’est certainement pas banale. Et la franchise de Mgr Charles J. Scicluna, promoteur de justice à la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui soulignait publiquement (je résume) que l’Église avait besoin d’un changement de culture, c’est franchement intéressant.

Mais le drame est tel qu’on ne peut faire autrement que de s’interroger sur le temps qu’il faudra pour qu’un profond changement de culture devienne réalité. C’est une chose de dire « plus jamais ». C’en est une autre de changer profondément une culture du silence qui a fait tant de victimes.

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