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Un bien beau dimanche

Dimanche 27 avril 2014 à 13 h 43 | | Pour me joindre

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Le pape François donne une accolade à son prédécesseur, Benoît XVI, en marge de la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II, à Rome, le 27 avril.
Le pape François donne une accolade à son prédécesseur, Benoît XVI, en marge de la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II, à Rome, le 27 avril.

Il y a une image qui raconte bien l’impression qu’il me reste après cette cérémonie de canonisations. C’est le tapis rouge.

Il y avait un beau tapis rouge qui menait au siège réservé au pape François. Au tout début de la cérémonie, plutôt que de suivre le tapis rouge, François a bifurqué vers sa gauche et s’est dirigé tout droit vers Benoît XVI.

Poignée de main, accolade et tout. Moment fort sympathique. Et tout ça, non pas dans la basilique, en privé, mais devant les caméras du monde entier. Ce n’est pas un hasard, mais une jolie mise en scène qui dit tout.

L’embellie

Il y a 18 mois, vous vous souvenez? On avait clairement le sentiment que les affaires du Vatican allaient à la catastrophe. Tempêtes et autres tristes histoires, y compris la trahison du majordome de Benoît XVI qui, finalement, démissionne.

Ce n’est pas rien, un pape qui démissionne. Peut-être Benoît XVI avait-il hâte que tout ça s’arrête. Se retirer, lire et écrire. Mais François lui a demandé de reprendre du service. Un peu, disons. Comme aujourd’hui.

La présence de Benoît XVI et cette accolade médiatisée, c’est bon pour cette Église qui avait besoin de montrer au monde entier et aux catholiques en particulier qu’elle a retrouvé la sérénité.

C’est aussi l’impression que cette double canonisation me donne. Certains disent que Jean XXIII a été l’instigateur d’une profonde réflexion sur l’Église et que Jean-Paul II a été le coup de frein à tout ce mouvement. Je ne partage pas tout à fait cette analyse, mais avec cette double canonisation l’image projetée est celle de la réunification, de l’unité. Quatre papes et un même combat.

Le bain de foule

Après la longue et solennelle messe, François a remercié et salué un à un les invités d’honneur, rois et reines et politiques. Avec une patience inouïe.

Et une fois chose faite, pourquoi pas une balade en papemobile au milieu de la foule.

C’est dingue! La foule est dense. Évaluée à 1,3 million de personnes. Il n’y a pas grand-chose qui protège le pape. Certainement pas les gardes du corps qui ne pourraient rien faire si la foule s’emportait. En plus, il y a des gens dans la foule qui lancent des trucs au pape. Un foulard, un drapeau, un chapeau. Il y a même quelqu’un qui lui a lancé un manteau ou une veste.

Plutôt que de s’offusquer de la situation, François prend le manteau et demande à celui qu’il l’a lancé si c’est vraiment pour lui! Avec un immense sourire!

On a beau aimer les bains de foule, on se dit que c’est dangereux, le métier de pape. Mais enfin, c’est un hasard, vous croyez, cette caméra dans la papemobile juste derrière le pape?

On dit que c’était un moment historique. On a déjà surnommé l’événement le dimanche des quatre papes.  Je dirais plutôt un bien beau dimanche pour retrouver l’unité… et le sourire.

Jean-Paul le Grand?

Samedi 26 avril 2014 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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L’image que certains ont gardée de Jean-Paul II, c’est celle d’un vieillard qui transporte partout son agonie. Personnellement, j’ai toujours eu l’impression que, dans ses dernières années, Jean-Paul II faisait littéralement son chemin de croix sur la place publique. C’est un peu triste parce que cette image occulte tout ce qu’a été le pape polonais.

Jean-Paul II, c’est ce pape qui aura confronté les autorités polonaises et soviétiques, à qui l’on reconnaît un rôle indéniable dans la chute du communisme et du mur de Berlin. Même Gorbatchev l’avouait. Ce pape a fait plus que moi, a-t-il confié à un diplomate qui m’a raconté l’anecdote, il y a quelques années, aux Nations unies.

Jean-Paul II, ce sont des discours passionnés, audacieux et courageux contre certaines dictatures, la mafia italienne, le capitalisme sauvage et quoi d’autre encore.

C’est aussi le pape des pardons. Souvenez-vous de cette image incroyable de Jean-Paul II qui, d’une main tremblante, glisse un billet entre les pierres du mur des Lamentations.

Et que dire de l’autre pardon vraiment inusité. Lorsqu’il se rend à la prison pour pardonner, face à face, à celui qui a tenté de l’assassiner. Et presque réussi d’ailleurs.

Puis, les moments historiques qui ont quand même changé bien des choses. Le premier pape à être entré dans une synagogue et dans une mosquée, la grande rencontre d’Assise où étaient invités tous les grands chefs spirituels de la planète. Ce pape incarne toute l’urgence du dialogue interreligieux. Un précurseur.

Enfin, l’agonie. Interminable. Jusqu’aux funérailles où des milliers de personnes scandaient Santo Subito, faites-en un saint tout de suite.

D’ailleurs, est-ce que ce n’est pas un peu ce que Benoît XVI a fait en mettant le procès en canonisation de son ami sur la voie rapide?

Un de ceux qui ont consacré les deux dernières années à cette cause, au Vatican, m’expliquait récemment que Benoît XVI lui avait dit « vous faites tout dans les règles, mais priorité absolue à la cause de Jean-Paul II ». Et voilà! Neuf ans et Jean-Paul II a passé toutes les étapes. Autre record.

Controverses?

Malgré tout, suis-je étonné de voir maintenant qu’il existe une certaine controverse autour de la canonisation du pape polonais? Non, vraiment pas. Il fallait tout un caractère pour accomplir ce qu’il a fait. Du coup, ça vous étonne, vous, qu’en chemin, il ait pu froisser et déplaire royalement à pas mal de gens?

Par exemple, je ne suis pas certain que partout au Brésil, les partisans de la théologie de la libération ont gardé un bon souvenir de l’intransigeance de ce pape. Je suis par ailleurs convaincu que bien des gens ne lui ont pas pardonné le radicalisme de son opposition à la contraception et à l’avortement. Et que dire de ces milliers de religieuses déçues de voir comment Jean-Paul II a pratiquement verrouillé le débat sur le sacerdoce des femmes?

On dit qu’on ne canonise pas un pontificat, mais la personne. Oui, mais il n’est vraiment pas toujours facile de faire la part des choses. Surtout quand on a été un tel meneur.

Enfin, j’imagine que certains auraient préféré qu’on dise Jean-Paul Le Grand plutôt que Saint Jean-Paul.

Le bon pape

Vendredi 25 avril 2014 à 16 h 40 | | Pour me joindre

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Dimanche, le pape François canonisera Jean XXIII et Jean-Paul II. Un événement inusité et historique. Aujourd’hui, je voudrais vous dire un mot ou deux sur le bon pape.

À quelques heures de train du Vatican, passé Milan, passé Bergame, il y a Sotto il monte, petit village tranquille de 4000 habitants. C’est là qu’est né Angelo Giuseppe Roncalli, celui qui allait devenir Jean XXIII.

À Sotto il monte, j’ai eu l’impression que le temps s’était arrêté. Il y a ici la maison paternelle où Angelo a été élevé. Et, juste à côté, il y a un musée rempli de trucs et de babioles qui lui ont appartenu. Plus loin, une soutane et j’en passe.

Sotto il monte est devenu un véritable sanctuaire dédié à la mémoire de Roncalli. On y trouve même la main et le visage du pape qui ont été moulés quelques instants après son décès. Un peu lugubre, mais enfin…

Il existe bel et bien un culte populaire autour de la personnalité de Jean XXIII. Les gens parlent de lui toujours comme du bon pape, comme on l’a surnommé.

Justement, qui avait vu venir son élection en 1958? Tiens… un autre pape que nous, les journalistes, n’avions pas vu venir. Ça devient une tradition?

J’ai rencontré dans ce village l’ancien secrétaire particulier de Jean XXIII, Mgr Loris Francesco Capovilla. Il habite au village. Il a 98 ans. Quand nous l’avons contacté pour le rencontrer, il a dit à ma collègue : « Bien sûr, mais si je suis toujours vivant. » Pourtant, il a beaucoup d’énergie.

Mgr Capovilla a raconté à quelques reprises comment Jean XXIII, quelque temps après avoir été pape, lui a confié qu’il songeait à convoquer à Rome tous les évêques du monde pour une grande réflexion sur l’avenir de l’Église. Ça a été le concile Vatican II.

Jean XXIII avait en tête d’ouvrir les fenêtres de l’Église. Aggiornamento! Une mise à jour majeure pour une Église en crise.

Le pape François a fait de Mgr Capovilla un cardinal, le mois dernier. À 98 ans! Vous ne trouvez pas ça étrange? François fait cardinal le secrétaire de Jean XXIII, puis il canonise Jean XXIII! Je pense que le message est limpide comme de l’eau de source. Pour François, cette nomination et cette canonisation sont une déclaration en faveur du concile Vatican II. D’ailleurs, il a dit récemment que le concile était un moment fondamental dans la vie de l’Église et… qu’il est temps d’aller plus loin.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cette canonisation en dit long sur le plan de match de François pour les mois et années qui viennent.

Dimanche, à Second Regard, reportage sur les canonisations inusitées de Jean XXIII et de Jean-Paul II.

Demain, je vous parle du percutant Jean-Paul II.

Les saints sans miracles

Vendredi 4 avril 2014 à 16 h 51 | | Pour me joindre

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Le pape François Alessandro Bianchi / Reuters

Cette semaine, le pape François a canonisé trois personnages, dont Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval. Et, surprise, sans que des miracles aient été confirmés.

Généralement, dans l’Église catholique, pour devenir saint, ça prend des miracles. Habituellement deux. Un premier pour être déclaré bienheureux, et un second pour être canonisé. Et ce dernier doit s’être produit après la béatification.

Ça ne sert absolument à rien d’accumuler des centaines de miracles avant la béatification parce qu’une fois bienheureux, on remet le compteur à zéro.

Mais à quoi servent les miracles?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas Marie de l’Incarnation, le frère André ou même Jean-Paul II qui produit des miracles. Le miracle est attribuable à Dieu.

Et si ce miracle se produit, c’est peut-être parce que Marie, André ou Jean-Paul ont intercédé auprès de Dieu. Et si Marie, André ou Jean-Paul ont été en mesure d’intercéder, c’est qu’ils sont près de Dieu. Et s’ils sont près de Dieu, c’est que Dieu apprécie leur présence. Ce qui nous porte à croire qu’ils sont de saintes personnes.

C’est un bon contact à moi à la Congrégation pour la cause des saints, à Rome, qui m’a expliqué l’affaire. Et laissez-moi vous dire que mon contact, lui, il s’y connaît.

Sans miracles

Le pape a quand même du pouvoir dans cette grande institution. Il peut notamment décider, selon certaines règles, qu’un candidat à la sainteté soit dispensé de l’obligation des miracles pour devenir un digne modèle de l’Église universelle.

Plusieurs papes l’ont déjà fait. De façon régulière, certes, mais vraiment pas souvent. Par exemple, Benoît XVI ne l’a fait qu’une seule fois. Jean-Paul II aussi. Mais François, lui, six fois! Et seulement en un an et des poussières.

Petit calcul

Avec Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval, cela fait cinq individus canonisés sans miracle, auxquels il faudra ajouter le cas de Jean XXIII qui sera canonisé sans miracle le 27 avril.

Il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions, mais il est tentant d’imaginer que le pape François est en train de proposer une nouvelle approche à la sainteté. Quelque chose de différent, où les miracles ne sont plus le grand critère pour déclarer qu’un tel ou une telle est un modèle catholique par excellence.

On raconte que si Jean-Paul II a tant béatifié et canonisé, c’est qu’il voulait offrir au monde moderne des modèles, des exemples autres que ceux de la politique, de la mode et du monde du spectacle. L’idée est quand même magnifique.

La question qui nous vient en tête est tellement simple : est-ce seulement les miracles qui nous indiquent la grandeur et les vertus des humains? Même aux yeux de Dieu?

Mais enfin…

Un sacré déclin

Vendredi 28 mars 2014 à 12 h 29 | | Pour me joindre

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Depuis toujours, les Québécois se disent catholiques, massivement d’ailleurs. Du moins jusqu’ici. Ces dernières années, quelque chose a changé, et ça ressemble à un sacré déclin.

Depuis plusieurs années, je trouvais que nous, les Québécois, vivions dans un paradoxe étonnant. La pratique religieuse a chuté de façon draconienne au fil des ans, mais nous continuons à nous dire catholiques. Comme si de rien n’était. Ou peut-être, justement, comme si être catholique ne signifiait plus grand-chose.

Le sondage

Pas si évident d’identifier quelques questions pour tenter de comprendre à quoi pensent les Québécois quand ils se disent catholiques. Mais avec l’aide généreuse de Martin Meunier, sociologue et professeur à l’Université d’Ottawa, nous y sommes parvenus, je crois.

C’est la maison CROP qui a effectué le sondage* pour nous.

59 % des Québécois se disent catholiques

D’abord, une première constatation. Dans notre sondage, 59 % des Québécois se disent catholiques. Mine de rien, c’est toute une chute.

Pendant des décennies, l’affirmation catholique des Québécois n’a pratiquement pas bougé. Une variation de quelques points de pourcentage à peine, m’a-t-on dit. Et puis, en quelques années, la forteresse s’est effritée.

En 2001, les catholiques formaient 83 % de la population québécoise.

En 2011, ils ne représentaient plus que 75 % de la population. Et en 2014, 59 %. Ce n’est pas banal!

Sans religion

Autre donnée fascinante, c’est la catégorie des « sans religion » dans les sondages et les enquêtes statistiques. Ça regroupe des athées, des agnostiques, des humanistes, etc. En fait, ça regroupe des gens qui ne s’identifient plus ou pas aux grandes traditions religieuses.

Avec ce sondage, on découvre que le phénomène prend de l’ampleur au Québec. Aujourd’hui, c’est 18 % de la population qui se dit sans religion. Et chez les plus jeunes (18-34 ans), ça grimpe à 30 %.

Vous rendez-vous compte de ce que ça veut dire? La catégorie « sans religion » est devenue le groupe le plus important après les catholiques. C’est une masse plus importante que tous les protestants réunis. Plus importante que les musulmans, les juifs, les bouddhistes, les sikhs, les hindous réunis!

Et tout nous porte à croire que cette catégorie va gagner du terrain dans les années qui viennent.

La rupture

Il était un temps où nos écoles avaient notamment pour mission de faire de nos enfants de bons catholiques et de bons protestants. Ce n’est plus le cas. Nous avons déconfessionnalisé nos écoles. Ça a été un dur coup pour l’Église catholique, qui a eu du mal à prendre la relève.

Ce sondage nous permet de constater que l’Église n’est pas au bout de ses peines : 60 % des parents catholiques avouent ne parler que rarement ou jamais de religion avec leurs enfants.

Il y a rupture de transmission de la foi au Québec d’une génération à l’autre.

Une référence morale?

J’étais curieux de voir si la religion catholique et l’Église représentaient encore une référence morale pour les Québécois. La question est celle-ci : diriez-vous que les enseignements de l’Église vous guident dans votre vie quotidienne?

La réponse des catholiques a de quoi faire réfléchir : 52 % d’entre eux nous disent rarement ou jamais!

Mais alors, pourquoi se dit-on catholique?

Parce que j’ai été baptisé : 59 %. Parce que mes parents sont catholiques : 35 %.

Et la foi là-dedans? Seulement un Québécois sur trois (32 %) se dit catholique parce qu’il a la foi.

La nouvelle évangélisation?

Le pape François et le Vatican parlent beaucoup d’une nouvelle évangélisation pour notamment reconquérir l’âme de l’Occident . Au Québec, mission impossible, diront certains. Parce qu’ici, pour une forte majorité de Québécois (58 %), la religion est peu ou pas importante dans leur vie.

Un sacré déclin, vous disais-je.

Notre reportage sera diffusé le dimanche 30 mars à Second regard, à la télévision de Radio-Canada.

*Le sondage CROP–Radio-Canada : la collecte de données en ligne s’est déroulée du 13 au 16 février 2014 par l’entremise d’une table ronde web. Au total, 1000 questionnaires ont été remplis.

L’effet François

Vendredi 14 mars 2014 à 17 h 44 | | Pour me joindre

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On discute beaucoup de « l’effet François ». Existe-t-il? Qui en serait responsable? Les médias ou le pape lui-même? Et cet effet François, si tant est qu’il existe, ça ressemble à quoi?

Réglons un truc. Je ne crois pas une seconde que cet effet François soit le produit des services des communications du Vatican. Pas une seconde. Ils en seraient incapables.

L’effet de foule

Il faut dire que ça faisait un bon moment que nous n’avions pas vu, place Saint-Pierre, un pape capable de véritablement animer la foule. Ou plutôt allumer la foule!

Jean-Paul II était maître de la scène. Mais pas dans les dernières années, où vraiment il donnait l’impression de souffrir son chemin de croix sur la place publique. Combien de gens et de fidèles ont trouvé l’expérience difficile, insupportable?

Je crois aussi qu’il est indéniable que les gens allaient à la rencontre de Benoît XVI pour la profondeur de ses propos. Mais Benoît XVI n’a jamais eu cette facilité avec les foules et les médias. Et oubliez les bisous aux bébés qu’on lui tendait.

J’ai une image en tête. C’était dans un somptueux bureau du Vatican. Un monseigneur glisse sur la table de Benoît XVI une tablette, un iPad. Toute une mise en scène pour annoncer au vaste monde des médias sociaux que, oui, oui, Benoît est maintenant sur Twitter.

Mise en scène imposée. Image irréelle.

Le pape François, lui, est d’une aisance incroyable. En fait, je connais peu de politiciens capables, chaque semaine, chaque sortie, d’une telle aisance avec les foules. Des bébés à embrasser, des mains à serrer, des accolades à offrir.

Petite note. Le père jésuite Antonio Spadaro, qui a rencontré longuement François l’été dernier, me racontait qu’étrangement, François a du mal avec les grandes foules. Ce n’est pas la foule qu’il regarde et qui le fait sourire. Ce sont les individus avec qui il entre en contact directement. C’est facile à vérifier dans les nombreuses photos de François.

Oui, mais quel impact aura l’effet François? Ceux qui s’apprêtaient à quitter l’Église, ils vont revenir, vous croyez? Peut-être ceux-là. Mais ceux qui sont déjà partis, qui rejettent l’attitude de l’Église à propos des femmes, des homosexuels, etc. Vont-ils revenir? Vraiment?

Chez nous, pour un grand nombre de Québécois, la rupture est profonde. Dans les sondages, les Québécois continuent de se dire catholiques. Mais on se demande bien pourquoi quand on voit à quel point ils ont décroché de la pratique. Transmettent-ils seulement ce qu’ils savent de l’univers catholique à leurs enfants?

Ce n’est pas pour rien qu’au Vatican on vient de créer un ministère pour la nouvelle évangélisation. Entendez par là, la ré-évangélisation. Le Vatican n’est pas en train de préparer une grande offensive d’évangélisation en Afrique. C’est en Occident, dans les pays comme le nôtre que l’Église veut ré-évangéliser. François sait qu’il faudra beaucoup plus qu’un pape populaire pour ramener tout ce beau monde sur les bancs d’église.

J’y reviendrai dans les prochaines semaines.

Le pasteur et la révolution

Jeudi 13 mars 2014 à 18 h 13 | | Pour me joindre

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On a beaucoup parlé de cette phrase absolument stupéfiante du pape François : qui suis-je pour juger?

Point de presse dans l’avion

Vous connaissez l’histoire. C’était en juillet dernier. Dans l’avion, entre Rio et Rome, un point de presse pas tout à fait impromptu. À une question d’un journaliste, François répond : « Si une personne est homosexuelle et qu’elle cherche le Seigneur avec sincérité, qui suis-je pour juger? »

Le service des communications du Vatican aura beau tenter de resituer la phrase dans son contexte, rien n’y fera. Le pape a bien dit « qui suis-je pour juger ». Et ce qui se dégage de ces quelques mots, c’est un changement d’attitude. Une Église qui cesse de se poser en tribunal et qui s’offre comme pasteur.

Une révolution, Monsieur le cardinal?

Récemment, j’ai eu l’occasion de demander à certains cardinaux s’il n’y avait pas quelque chose de révolutionnaire dans ces mots. « Non, Monsieur! Il n’y a pas de révolution. C’est tout simplement l’Évangile. » Oui, je comprends, mais… « Uniquement l’Évangile, Monsieur. » Mais, précisément. Peut-être que votre Église avait perdu l’Évangile de vue? On dirait que ce pape tente de recentrer cette grande institution sur sa mission première.

Je vous donne un autre exemple : l’euthanasie. Jean-Paul II parlait de la culture de la mort. Mais que dit le nouveau pape? « Je ne suis pas un spécialiste des arguments bioéthiques […] La doctrine traditionnelle de l’Église dit que personne n’est obligé d’utiliser de moyens extraordinaires quand on sait qu’on est en phase terminale. Dans ces cas, j’ai toujours conseillé les soins palliatifs. Dans les cas plus spécifiques, il est bien de recourir, si nécessaire, au conseil de spécialistes. »

Il n’est certainement pas question d’un changement de doctrine. Mais d’un sacré changement de ton! Et si la révolution était là? Une Église avant d’être une institution, une main tendue plutôt qu’un jugement moral intransigeant?

Les théories du complot m’indiffèrent. Mais il faut reconnaître que stratégiquement, la manière François rapporte gros au Vatican.

Je vous disais mercredi que ces dernières années, nous avions l’impression que cette Église allait de crises en tempêtes. Et puis soudainement, avec l’élection de François, accalmie! Comme si ce pape avait réussi à extirper l’Église de sa torpeur. Les scandales et les grands débats sont toujours là. Rien n’est réglé. Mais il y a une attitude, une manière de dire et de faire qui semble à des années-lumière de l’arrogance et de l’infaillibilité papale.

N’est-ce pas une révolution?

Demain, on se demande si ça va changer quelque chose au Québec.

L’anniversaire de François

Mercredi 12 mars 2014 à 17 h 10 | | Pour me joindre

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Je me souviens. C’était il y a un an, place Saint-Pierre. On attendait la fumée noire ou blanche. Depuis un bon moment, des noms circulaient. Les cardinaux Schönborn, Scherer, Ouellet et combien d’autres illustrent personnages de l’Église enfermés dans la chapelle Sixtine avec le Jugement dernier de Michel-Ange. J’étais probablement le seul à parler du cardinal Maradiaga, du Honduras. Et au fond, j’ai gagné!

Vous connaissez mon analyse. L’Église catholique, c’est beaucoup l’affaire des pays du Sud. Beaucoup l’affaire de l’Amérique du Sud. Il était temps que les cardinaux aient l’audace, le courage de voter pour un autre continent que l’Europe.

Le 13 mars 2013, c’est ce qu’ils ont fait.

Habemus papam

Mais honnêtement, lorsque la frêle silhouette du cardinal Tauran s’est pointée au balcon avec la formule consacrée, Habemus papam, pendant une seconde nous avons tous été pris au dépourvu. « Habemus papam… foule en délire…  Jorge Mario cardinal Bergoglio »!

Qui? Il a dit qui? Ce n’était pas évident. Je vous assure. Il y avait la foule qui criait. Et l’équipe colombienne avec qui nous partagions le plateau de télé hurlait à tout vent. Il a dit qui? Oui, oui, le cardinal de Buenos Aires. L’Argentine. Un premier pape du Nouveau Monde. Un pape du Sud et une page d’histoire!

Plus qu’une page d’histoire

Mais se pourrait-il qu’au moment du conclave, ce que les cardinaux voulaient,  c’était bien plus qu’une page d’histoire? Ils voulaient des réformes, m’a-t-on dit.

On comprend. Depuis plusieurs années, nous avions l’impression que le Vatican allait de crises en tempêtes avec des discours qui soulèvent l’indignation. Des scandales de prêtres pédophiles qui n’en finissent plus. Des fuites de documents qui dépeignent le côté sombre de la noble institution. Des rumeurs sur l’Institut pour les œuvres de religion, et, bouquet suprême, le majordome du pape qui est arrêté.

Un roman incroyable où se fréquentent trahison, complot et chute du souverain. Il fallait un patron, un vrai, dans la maison. Exit (volontairement) Benoît XVI. Voici Bergoglio devenu François.

Petite note. C’est quand même fascinant. Bergoglio opte pour le nom de François comme dans Saint-François-d’Assise, un homme doux, etc. C’est bien l’image du pasteur que nous connaissons du pape François. Mais ce qu’on sait moins c’est que dans le costume de François, il y a aussi Bergoglio, le patron. Le vrai.

On comprend maintenant la rapidité avec laquelle François a lancé des ébauches de réformes. On comprend pourquoi il a voulu s’entourer de personnages qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les intrigues du Vatican (dont le cardinal Maradiaga). Bergoglio, l’outsider?

Graves difficultés?

Il y a deux semaines, dans les bureaux de la curie romaine, un personnage qui connaît bien la papauté me disait que François a maintenant de graves difficultés. De graves difficultés, vous dites? Mais comment est-ce possible, un homme si populaire?

François a beaucoup parlé depuis son élection, il y a un an. Il a suscité énormément d’espoirs avec ses idées de réformes de l’Église.

Alors… la révolution, c’est quand?

Demain, je vous parle de François, le pasteur. L’autre révolution?

La sérénité de David

Vendredi 7 mars 2014 à 19 h 44 | | Pour me joindre

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David Suzuki

David Suzuki fait partie de ceux qui ont changé notre façon de voir l’environnement. C’est un scientifique critique, engagé, et un personnage parfois controversé. Son histoire est fascinante et, je dirais, touchante.

Second regard présente dimanche un superbe reportage réalisé par ma collègue Thérèse Champagne avec qui David Suzuki a accepté de faire une pause pour parler des êtres humains, de la nature et… de la vie!

À la fin du reportage, M. Suzuki souligne qu’il est athée. Qu’il l’a toujours été. Qu’un jour, ce monde disparaîtra. Que rien n’est éternel. Rien d’exceptionnel dans ce propos, me direz-vous?

Eh bien moi, je vous avoue que j’ai été touché, ému… je cherche le mot juste. Il y a dans ce propos une sérénité déconcertante. Ce monde va disparaître. Un jour. Rien n’est éternel.

Les humains, voyez-vous, ont créé un univers incroyable de déités et de croyances pour ne pas faire face à ça, le rien. L’idée de tout simplement disparaître nous apparaît inacceptable. Scandaleuse, même! Quoi? On a traversé tout ça juste pour, pfff, disparaître? Cruel!

Un jour ce monde disparaîtra. Rien n’est éternel. Pour certains, ces quelques mots de David Suzuki sont d’un inconfort existentiel insoutenable. Pour d’autres, c’est tout bêtement de la sérénité.

David Suzuki est à l’émission Second regard, dimanche, 13 h 30.

Le maire et le cardinal

Mercredi 26 février 2014 à 14 h 30 | | Pour me joindre

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Il est normal, me semble-t-il, que le maire de Québec soit présent à la très solennelle cérémonie qui a fait de l’archevêque de Québec un cardinal. « C’est mon voisin d’en face », m’a dit le maire Labeaume, à Rome. C’est vrai que la basilique-cathédrale de Québec est située juste en face de l’hôtel de ville, où règne en grand patron M. Labeaume. Et de l’autre côté, le cardinal Lacroix.

D’ailleurs, quand le maire m’a dit ça, une image a refait surface, tout droit sortie de nos souvenirs. L’hôtel de ville et la basilique se faisant face au cœur du Vieux-Québec. À l’époque, ils n’étaient pas de farouches adversaires prêts à en découdre, mais plutôt d’indéfectibles complices. L’Église veillant sur la droiture chrétienne de nos politiciens municipaux. À l’époque, on savait qui était à la messe et qui n’y était pas venu.

Au même titre, à cette époque qui me semble si lointaine, nos écoles avaient le mandat de fabriquer de bons petits catholiques et de bons petits protestants. Devoir constitutionnel. Et d’ailleurs, il n’était pas étonnant de voir monsieur le curé entrer dans une salle de cours en interrompant le professeur de mathématiques : « Les enfants, nous avons de la grande visite ce matin. Dites bonjour à monsieur le curé. »  Nous étions un brin intimidés, même s’il ne s’agissait que de monsieur le curé. Pas l’archevêque et encore moins le cardinal!

Mais je ne peux m’empêcher de me demander quels sont aujourd’hui les rapports entre l’Église et la mairie de Québec. Leur présence côte à côte dans le Vieux-Québec n’est-elle plus maintenant que les vestiges d’un patrimoine assumé et passé? Au-delà du bon voisinage, que reste-t-il au juste des rapports entre l’hôtel de ville et la basilique?

Comme le soulignait le magazine Rolling Stone, il y a quelques semaines, en affichant le visage du pape François à sa une, « The Times They Are A-Changing ».