Accueil

Bryan Adams, l’oeil du rockeur

Lundi 23 février 2015 à 15 h 01 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On aime Bryan Adams, le rockeur sympathique. On aime ses chansons accrocheuses. Même celles qui sont plutôt d’une autre époque.

Et Bryan Adams, depuis la fin des années 90, c’est aussi le photographe. Reconnu et prisé. Spécialisé dans la mode et l’univers des vedettes qui ont bien voulu s’offrir à sa lentille. Et jusqu’au 14 juin, au Musée national des beaux-arts du Québec, c’est une centaine de ses photos qu’on nous propose.

150223_cv54z_bryan-adams_sn635

L’autoportrait de Bryan Adams

En mettant les pieds dans la salle du musée, où Bryan Adams s’expose, je ne savais trop à quoi m’attendre. Des vedettes? Certainement. Des indiscrétions? Peut-être! Des nus? Probable.

Quand on ouvre la porte de la salle d’exposition, c’est la photo de Kate Moss qui nous accueille. Et honnêtement, je ne savais plus si c’était une photo ou une toile d’un réalisme déroutant. De là, du coin de l’œil, on sent la présence de Laetitia Casta qui nous défie. Plus loin, il y a un Mickey Rourke qui fait causette avec un chien qui semble minuscule à côté du costaud personnage.

Il y a quelques nus, aussi. Et évidemment, comme l’annonce l’affiche, il y a Mick Jagger qui virevolte comme seul lui en est capable.

J’ai tout aimé. Les contrastes. La richesse du grain. Les regards. L’intimité dérobée. J’ai tout aimé. Et puis, il y a le coup de cœur. Ou serait-ce un coup de poing?

Entre le très saisissant sir Ben Kingsley et la sublime Monica Bellucci, il y a deux parfaits inconnus. Des riens du tout. Deux sans-abri. Ils sont côte à côte. Deux photos. Ils ont le haut du corps dénudé. Il y a, me semble-t-il, de la suie qui gribouille leur visage. Mais leurs yeux! Quel regard!

Celui de droite me regardait. Sans méfiance. Sans agressivité. Juste beaucoup de fatalisme? Il m’a happé. C’est quoi l’histoire qu’il voulait me raconter, celui-là? Qu’est-ce qu’ils font ici, parmi les plus glamourous vedettes de l’Occident?

Oui, mais bon. Je vais vous dire. Je crois que cette exposition leur est consacrée. Ils sont le point de fuite à l’horizon. La surprise qu’on n’attend pas. Les yeux qui disent tout et même l’indicible. Cette exposition pourrait s’intituler « Deux parfaits inconnus, Two nobodies ».

François au pays des irréductibles

Mercredi 4 février 2015 à 19 h 41 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Viendra? Ne viendra pas? Comment le convaincre, alors que cette planète regorge de destinations essentielles pour l’avenir de l’institution catholique? Comment convaincre François?

La porte sainte, à Québec? La chute spectaculaire de l’Église catholique en ce pays qui fut, jadis, si prometteuse? Le 375e de Montréal? Peu importe, les gens du grand diocèse de Montréal trouveront bien. Et pourquoi pas?

Mais… En ce coin du monde qui s’est sécularisé à la sainte vitesse de l’indifférence religieuse, qu’est-ce qu’un pape viendrait faire ici? Pfff! Un événement qui ne pourrait être que marginal, dites-vous? Détrompez-vous. Si François devait débarquer ici, ce sera tout un événement!

D’abord, il plaît à tout le monde, même les pas catholiques… sauf à la très droite religieuse. Il est charismatique. Il dit parfois des choses étonnantes (qui suis-je pour juger?). Et tutti quanti. Si François débarque ici, je prédis que ce sera l’événement de l’année au Québec.

L’ombre

Il y a une ombre qui rôde. La dernière fois qu’un pape est passé par ici, c’était à Toronto, en 2002. Un bel événement. Avec un déficit légué à l’Église catholique du Canada qui oscillait entre 30 et 38 millions de dollars. Je me souviens de gens d’Église qui, un an plus tard, sacraient… oups… pestaient hardiment contre ceux qui avaient organisé cette mémorable visite papale.

Sécurité et organisation, attendez qu’on se souvienne de ce déficit de 2002.

Le maire Coderre m’a dit ce matin qu’ils avaient tout fait dans les règles. Je le crois. Ils s’y prennent d’avance. Ils font bien, c’est nécessaire. Les démarches vont se poursuivre dans les mois qui viennent. Alors… pourquoi pas? Après tout, François est un sacré personnage qui marque son époque. Plus qu’il n’y paraît. Vous verrez.

La folie, vous dites?

Dimanche 25 janvier 2015 à 17 h 47 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Il y a quelque chose à quoi on peut difficilement se préparer en partant pour le camp d’Auschwitz. D’ailleurs, on ne sait pas ce que c’est. Mais c’est là, en nous.

Serge Klarsfeld, avocat et traqueur de nazis, m’a dit que pour lui ce n’était pas la mécanique, les baraques et ce genre de considérations qui le bouleversaient. « C’est l’immensité de la souffrance. » Et puis, « ce sont les fantômes qui nous interpellent à Auschwitz ».

Je suis d’accord. Mais n’empêche que l’endroit nous rappelle de ne jamais oublier que nous sommes, en ces lieux, en enfer! Ici, tout a été calculé, dessiné, organisé pour tuer. Rapidement. Totalement. Cruellement.

J’ai lu récemment, je crois que c’est dans le New York Times, qu’il ne faut surtout pas s’arrêter aux techniques utilisées à Auschwitz. Il faut avoir le courage de regarder au-delà des calculs et des techniques diaboliques d’Auschwitz : le pire est ailleurs. Dans les raisons de ce génocide industriel.

Les deux pieds dans le camp d’Auschwitz, on comprend l’ampleur de la tragédie. Monsieur Klarsfeld, vous avez raison : on sent cette immense détresse qui rode autour des baraques. Dans les ruines des chambres à gaz. Près de la voie ferrée. Mais il y a une question qui me tue : pourquoi?

On a souvent dit que c’est… la folie! La folie d’un homme et, je suppose, une contagion inexplicable qui se transforme en folie de masses.

 

Boris Cyrulnik, qui a échappé à la Gestapo à l’âge de 6 ans, raconte qu’après la guerre, il voulait devenir psychiatre parce qu’il avait compris qu’Hitler était fou. Il voulait guérir ces anges qui deviennent des diables fous. Dans son plus récent ouvrage, il dit que « pour maîtriser ce monde et ne pas y mourir, il fallait comprendre ».

J’aime beaucoup Boris Cyrulnik. Beaucoup! J’ai dévoré ses plus récents ouvrages qui racontent son histoire. J’ai eu la chance de passer un moment fascinant avec lui. Mais Boris, j’ai tellement de mal avec cet alibi de la folie. D’abord parce que c’est trop facile. Ensuite, parce que c’est tellement pratique!

Voilà, c’était la folie! C’est de la faute à presque personne. Et c’est pratique parce que du coup, on n’a pas à se regarder en face et à s’interroger sur le NOUS dans ces fous furieux qui ont tué des millions de personnes.

Faites l’exercice. Enlevez la folie de l’équation. Et vous allez sentir le plus catastrophique des vertiges existentiels. S’il n’y a pas de folie, il ne reste que nous.

 

N. B. Monsieur Cyrulnik, ne m’en voulez pas. Je vous crois beaucoup plus compétent que je ne le serai jamais face à cet épisode dramatique que vous avez vécu et que j’ai lu dans les livres ou que des gens, comme vous, m’ont raconté. J’ai d’ailleurs avec moi vos trois derniers livres que je vais relire jusqu’à ce que la raison me souffle à l’oreille que je peux dormir en paix.

Revenir d’Auschwitz

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 51 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je reviens d’Auschwitz, et par moment, Auschwitz ne me quitte plus.

Avant de partir, j’avais appris tous les chiffres, tous les noms. Les dates aussi. Et les statistiques. Celles qui font mal. Vous saviez, vous, qu’en mars 1942, de 75 à 80 % des victimes de la Shoah étaient toujours vivantes? Mais en mars 1943, de 75 à 80 % des victimes sont décédées.

Je les connaissais par cœur, ces horribles statistiques : 2,8 millions de Polonais juifs assassinés, 1,5 million d’enfants tués froidement, avec ou sans leur mère.

Avant de partir, j’avais fait mes devoirs. Mais sur place, j’ai compris : les statistiques ne racontent pas tout! Au milieu d’Auschwitz-Birkenau, dans le brouillard et les bruits de trains lointains, ce sont les ombres indicibles qui font surface.

Il y a un dicton que j’aime beaucoup. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais au bout d’Auschwitz, je me suis rendu à l’évidence : combien naïf j’étais! L’enfer n’est pas fait que de bonnes intentions. L’enfer est fabriqué de cruauté, de lâcheté, de peur et peuplé de salauds.

Auschwitz est une porte sur l’enfer et une blessure ouverte dans l’histoire de l’humanité. Peut-être faut-il souhaiter que jamais elle ne se referme?

La rose rouge

Ces derniers jours, j’ai participé à quelques émissions de radio et de télé pour parler du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. J’ai reçu des courriels de gens qui sont allés dans ce lieu sinistre. Il y en a un qui résume bien mon sentiment : l’homme que j’étais avant ce voyage n’est pas revenu. Merci Stephen. Ça me ressemble beaucoup.

Demain ou dimanche, je vous parlerai de la folie.

 

Notre reportage, à Second Regard, dimanche, 25 janvier, 13h30.

Pourquoi voulez-vous qu’on se taise?

Mercredi 7 janvier 2015 à 18 h 33 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Au printemps 2007, j’étais dans les locaux de Charlie Hebdo. Le magazine satirique était sous pression. Déjà, il y avait des menaces et des poursuites devant les tribunaux français. Tout ça, à la suite de la publication des caricatures danoises du prophète Mahomet.

Ce matin, j’ai revu les entrevues que m’avaient alors accordées Philippe Val, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, et Cabu, qui avait signé peu de temps auparavant une nouvelle caricature du prophète.

J’ai demandé à Philippe Val s’il avait reçu des menaces. Avait-il peur pour sa vie? Non, m’a-t-il répondu. Il m’a raconté qu’ils avaient reçu plusieurs menaces. Parfois, lui, le rédacteur en chef, devait être accompagné par des policiers. Mais Philippe avait une telle assurance! Qui détermine la périphérie de la liberté d’expression dans une démocratie, m’a-t-il demandé. L’État ou le religieux? Dans une démocratie, c’est le législateur. Il avait une profonde conviction. Le droit, la raison et la démocratie.

Et cette conviction profonde, elle était partagée par les membres de Charlie Hebdo. Je me souviens des mots de Cabu. « Mais pourquoi on n’en parlerait pas [des intégristes]? Au contraire, il faut dénoncer », m’a-t-il dit avec son toupet carré, ses lunettes rondes et un sourire d’enfant… du haut de ses 68 ou 69 ans.

Pour Charlie Hebdo, comment aurait-il pu être question d’être discret? De se taire? Il fallait dénoncer. Refuser de se taire. Parce que si on se tait, m’a expliqué Philippe Val, ce sera le silence. Et le silence n’est pas possible dans une démocratie. En fait, Philippe paraphrasait Élizabeth Badinter, qui avait témoigné en faveur de Charlie devant les tribunaux.

En regardant ces entrevues ce matin, j’ai eu un malaise. Cabu et neuf de ses collègues ne sont plus. J’ai entendu Philippe, qui ne travaille plus à Charlie Hebdo, éclater en larmes à la télé.

« Nous sommes tous Charlie », a-t-il dit.

Je suis Charlie.

La rose d’Auschwitz

Lundi 17 novembre 2014 à 11 h 03 | | Pour me joindre

Pour me joindre

J’ai eu du mal à trouver des mots. C’est comme si le lieu nous l’interdisait. Et je vous le dis, je ne les trouve pas à la hauteur, mes mots.

Le premier camp d’Auschwitz, dont je vous ai parlé la semaine dernière, est d’une certaine manière à échelle humaine. Je ne parle pas de l’horreur, mais du camp. C’est dingue à dire, mais c’est ça. On fait le tour en une heure ou deux si on ne s’arrête pas à tout moment pour méditer comme je l’ai fait.

On peut toucher aux baraques (c’est interdit, mais enfin…). On peut aisément imaginer les gens entassés dans leurs lits superposés. On peut marcher dans les allées et toujours voir le fond de la rue. Échelle humaine. Destin inhumain.

Mais Auschwitz-Birkenau.

C’est énorme. Comme un cauchemar sans fin. J’ai marché des heures dans les allées. En suivant la sinistrement célèbre voie ferrée. En suivant le sentier qui mène dans la forêt. C’est comme manquer d’air. À un certain moment, en permanence, 90 000 prisonniers souffraient dans ces lieux. Bien au-delà de un million y ont été assassinés. Certains disent 1,5 million d’êtres humains détruits dans la cruauté la plus abjecte. La plupart parce qu’ils étaient juifs.

J’ai pris cette photo dans une des allées qui traversent le camp. Comme une vision intense de l’infini. Je ne sais pas quelle distance fait cette allée de barbelés : 300, 500 mètres? Mais peu de touristes l’empruntent. Probablement parce qu’ils se disent qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Sinon des cheminées en ruines de chaque côté. Pourtant, c’est ici.

Il y avait ici, à perte de vue, des baraques en bois avec des cheminées en brique. À perte de vue. Un ami m’a raconté qu’après la guerre, en pleine crise, les gens venaient voler le bois pour se chauffer. Aujourd’hui, de ce côté de Birkenau, ce ne sont que les cheminées (ou ce qui en reste) qui tiennent debout. Comme pour dire : « C’est ici. » Au milieu de l’allée, quand on s’arrête, c’est effrayant comme on se sent seul. Surtout que cet après-midi, un certain brouillard nappait l’endroit.

On raconte que tous les jours, souvent la nuit, le train s’arrêtait devant cette allée. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants étaient débarqués. On les poussait à suivre l’allée, cette avenue vers l’enfer. En pleine nuit, souvent. Ils marchaient longtemps. Je le sais, j’ai fait le trajet. Et, tout au bout, c’est à gauche qu’on les forçait à poursuivre. Des miradors, des chiens, des soldats, des ordres, la haine à l’état pur. Et eux qui marchent. Jusqu’au bout, tout au bout, dans la forêt où il y a aujourd’hui comme une grande maison en ruine. C’est là que dehors, on leur ordonnait de se déshabiller avant de les pousser vers la « douche ». La fin.

Aujourd’hui, face au champ où on a répandu des tonnes de cendres, il y a quatre pierres commémoratives noires comme la nuit sans lune. Quand on s’approche, les deux pieds dans la boue, on se dit : « Je ne connais aucun d’entre eux, et je les connais tous. »

C’est tellement irréel. J’ai marché des heures dans le brouillard, qui voulait se dissiper, avec mon caméraman qui ne parle vraiment pas beaucoup. Il est russe. Et puis, nous sommes tombés sur cette rose jaune. Non, je ne l’ai pas mise en scène. Elle était là.

Je me suis dit que celui qui a mis cette rose dans les barbelés, il y avait pensé. Il ou elle l’a apportée, peut-être depuis Cracovie? Et il l’a insérée dans les barbelés. Elle n’est pas tombée du ciel. Peut-être de l’enfer?

Celui qui a déposé cette rose représente, je crois, tout le devoir de mémoire des Elie Wiesel, Martin Gray, Simone Veil et ceux qui n’ont pas survécu. Et nous.

Nous n’oublierons pas.

Second Regard, vous l’aurez compris, prépare une émission spéciale pour le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. C’était le 27 janvier 1945. Demain, pour cette émission, je rencontre des personnages plus grands que nature. On s’en reparle en janvier.

Tout un coming out!

Samedi 15 novembre 2014 à 12 h 40 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Quelle histoire! J’ai passé l’après-midi de vendredi dans le quartier juif de Cracovie. J’y ai rencontré une survivante de la Shoah, une catholique qui veut faire revivre la culture juive. Et Olga est Polonaise, jeune et éclatante. Son histoire est fascinante. Olga a découvert qu’elle était juive!

Olga 2Avant la Seconde Guerre, il y avait en Pologne bien au-delà de 3 millions de juifs. En 1945, ils n’étaient plus que quelques milliers. Pas des centaines de milliers, juste quelques milliers à peine. Puis, avec les communistes, les soviétiques, pendant des décennies, ce n’était pas une bonne idée de se dire juif sur la place publique.

En 1968, on leur offrait un aller simple pour les sortir de Pologne. C’est ce que m’a raconté Olga qui le tient de sa mère qui le tient de…

Aujourd’hui, on ne sait pas avec précision combien ils sont en Pologne. Jean-Yves Potel, un expert, me disait qu’ils sont peut-être 20 000. Et sur ce nombre approximatif, une majorité d’entre eux sont en train de redécouvrir leur identité juive. Certains l’ont caché ou se faisaient discrets. Certains l’ignoraient!

C’est fou quand on y pense!

Vendredi, c’était jour de shabbat. Dans le quartier Kazimierz, en flânant dans les rues, entre deux synagogues, j’ai croisé de jeunes hommes qui portaient fièrement la kippa. D’autres rigolaient en se dirigeant vers une des synagogues du coin. C’était joyeux comme atmosphère. J’ai eu une drôle d’impression : la porte du placard est grande ouverte.

C’est un coming out! Oui, on sort du placard, m’a raconté Olga, en rigolant.

Soixante-dix ans après la libération du camp d’Auschwitz, pas très loin de là, ils reprennent lentement  leur identité. Sans tatouage. Sans gêne.

À 17 h, elle est entrée au centre communautaire juif pour rejoindre une survivante de la Shoah et la catholique qui veut faire renaître la culture juive. Ils avaient l’air bien ensemble en ce vendredi soir.

Auschwitz, je disais donc…

Vendredi 14 novembre 2014 à 16 h 07 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Auschwitz
Entrée du camp d’Auschwitz

En rentrant de ma première journée à Auschwitz, une pensée s’est mise en boucle dans mon cerveau. Ça m’arrive. Mais là…

Si vous croyez en l’homme, Auschwitz représente une confrontation immense. Et si vous croyez en Dieu, je ne sais quoi vous dire. Pile, vous perdez. Face, ce sont eux qui gagnent.

Si vous placez tout votre espoir dans l’homme, Auschwitz vous rappelle qu’en 11 mois à peine, des hommes ont pratiquement éradiqué la population juive de Pologne en imaginant la cruauté la plus inhumaine. C’est ça, notre Homme, notre espoir? Ce que ça fait mal à nos avenirs!

Si vous croyez plutôt en Dieu, je ne sais quoi vous dire. Elie Wiesel, un survivant, Prix Nobel de la paix, m’a dit qu’il avait des comptes à régler avec Dieu. J’en aurais aussi. Beaucoup. Où était-il, Dieu, pendant que l’univers humain s’écroulait dans le sang, les chairs déchirées, l’inhumanité absolue?

Auschwitz, la pire cheminée de l'histoire humaine
Auschwitz, la pire cheminée de l’histoire humaine

Auschwitz, pour peu que vous reconnaissiez que ce soit notre histoire à nous, nous pousse dans le plus profond de nos crises existentielles.

À moins d’opter pour le réconfort intellectuel le plus médiocre qu’on puisse imaginer, le négationnisme. En niant l’Holocauste, on évite de se confronter à la méchanceté de l’homme. De nous. Pratique, non? Médiocre.

L’homme, surtout après Auschwitz, mérite d’être responsable face à son destin.

Demain, au cœur de l’enfer, Auschwitz-Birkenau. On raconte que peu de lumière en sort. J’y vais quand même, sans courage. Mais j’y vais.

 

À lire aussi : 

Auschwitz, 70 ans plus tard

Auschwitz, 70 ans plus tard

Jeudi 13 novembre 2014 à 17 h 34 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Je suis en Pologne. Tout près d’un village nommé Auschwitz par les Allemands. C’est une belle journée d’automne avec le soleil. Mais que de troublants souvenirs! Je sais que je ne finirai pas la journée comme je l’ai commencée. Il y a en moi, des fissures qui apparaissent. Elles datent de 70 ans. Bientôt 70 ans.

Belle journée de novembre dans cette douce Pologne. La route qui va de Cracovie à Auschwitz était magnifique. Presque bucolique. La campagne. Jolies maisons. Paisibles moments. Puis un ami m’a glissé à l’oreille : « Tu as vu, là, les Allemands ont construit un poste de contrôle, juste là! »

Il y a 75 ans, le diable habitait dans les parages.

Voici une photo que j’ai prise, à Auschwitz, dans une des baraques où on trouve des milliers, des dizaines de milliers de noms de déportés de France. Avec, ici et là, sur les murs, les ombres de ceux qui ont été assassinés. On retient son souffle. J’étais seul dans la place. Je vous le jure, j’ai cru entendre le souffle des ombres.

C’est où? Où suis-je?

Des vêtements de prisonniers qui se tiennent debout! Derrière des barbelés. On sent leurs âmes qui nous regardent. Je leur ai demandé : « Combien êtes-vous? » Elles m’ont répondu : « Plus d’un million. Tu ne nous vois pas? »

Je ne sais plus compter.

Et puis, cette image. Oui, oui, je sais. On l’a déjà vu. Mais je me suis mis sur mes genoux. Pour voir de près des souliers de toutes les tailles. Des chics et des pas beaux. Des milliers.

Et j’ai vu des dizaines d’ados que leur école avait emmenés ici  et qui ne savaient plus comment comprendre un truc pareil. Comment comprendre une telle réalité? Ça va au-delà de notre éducation.

Partis pour toujours.

Je vais vous dire un truc. Aujourd’hui, j’ai senti une tristesse abyssale devant ces objets, ce lieu, cette chose. Une tristesse abyssale. Aucune larme de l’humanité ne peut m’expliquer.

Si vous êtes un humaniste, c’est ici que se trouve votre défi. Quand on croit en l’homme, c’est ici que le doute le plus immense nous apparaît et nous affronte. Si vous croyez en Dieu, je ne sais quoi vous dire.

Abyssale tristesse.

Je reviendrai bientôt sur ces événements qui marquent profondément notre histoire.

Demain Auschwitz

Lundi 10 novembre 2014 à 19 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Demain, je pars pour Auschwitz. J’attends ce moment depuis des décennies.  Mais j’ai eu beau me préparer, apprendre toutes les statistiques, relire Au nom de tous les miens, penser à ce que m’a déjà dit Elie Wiesel, j’ai tout simplement peur.

Peur de quoi, au fait? Que les lieux questionnent ma conscience? Que je ne sois pas assez Homme pour entendre, voir, pleurer l’horreur historique? Peur de l’impuissance au plus profond de moi?

Et si je ne trouvais aucun écho à cette maudite question : pourquoi?

Je vous le promets, je vous écrirai.