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La folie, vous dites?

Dimanche 25 janvier 2015 à 17 h 47 | | Pour me joindre

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Il y a quelque chose à quoi on peut difficilement se préparer en partant pour le camp d’Auschwitz. D’ailleurs, on ne sait pas ce que c’est. Mais c’est là. En nous.

Serge Klarsfeld, avocat et traqueur de nazis, m’a dit que pour lui, ce n’était pas la mécanique, les baraques et ce genre de considérations qui le bouleversait. « C’est l’immensité de la souffrance ». Et puis, « Ce sont les fantômes qui nous interpellent à Auschwitz ».

Je suis d’accord. Mais n’empêche que l’endroit nous rappelle de ne jamais oublier que nous sommes, en ces lieux, en enfer ! Ici, tout a été calculé, dessiné, organisé pour tuer. Rapidement. Totalement. Cruellement.

J’ai lu récemment, je crois que c’est dans le New York Times, qu’il ne faut surtout pas s’arrêter aux techniques utilisées à Auschwitz. Il faut avoir le courage de regarder au-delà des calculs et des techniques diaboliques d’Auschwitz : le pire est ailleurs. Dans les raisons de ce génocide industriel.

Les deux pieds dans le camp d’Auschwitz, on comprend l’ampleur de la tragédie. Monsieur Klarsfeld, vous avez raison : on sent cette immense détresse qui rode autour des baraques. Dans les ruines des chambres à gaz. Près de la voie ferrée. Mais il y a une question qui me tue : pourquoi ?

On a souvent dit que c’est… la folie ! La folie d’un homme et, je suppose, une contagion inexplicable qui se transforme en folie de masses.

 

Boris Cyrulnik, qui a échappé à la Gestapo à l’âge de 6 ans, raconte qu’après la guerre, il voulait devenir psychiatre parce qu’il avait compris qu’Hitler était fou. Il voulait guérir ces anges qui deviennent des diables fous. Dans son plus récent ouvrage, Boris dit que « pour maîtriser ce monde et ne pas y mourir, il fallait comprendre ».

J’aime beaucoup Boris Cyrulnik. Beaucoup! J’ai dévoré ses plus récents ouvrages qui racontent son histoire. J’ai eu la chance de passer un moment fascinant avec lui. Mais Boris, j’ai tellement de mal avec cet alibi de la folie. D’abord parce que c’est trop facile. Ensuite, parce que c’est tellement pratique !

Voilà, c’était la folie ! C’est de la faute à presque personne. Et c’est pratique parce que du coup, on n’a pas à se regarder en face et à s’interroger sur le NOUS dans ces fous furieux qui ont tué des millions de personnes.

Faites l’exercice. Enlever la folie de l’équation. Et vous allez sentir le plus catastrophique des vertiges existentiels. S’il n’y a pas de folie, il ne reste que nous.

 

NB – Monsieur Cyrulnik ne m’en voulez pas. Je vous crois beaucoup plus compétent que je ne le serai jamais face à cet épisode dramatique que vous avez vécu et que j’ai lu dans les livres ou que des gens, comme vous, m’ont raconté. J’ai d’ailleurs avec moi vos trois derniers livres que je vais relire jusqu’à ce que la raison me souffle à l’oreille que je peux dormir en paix.

Revenir d’Auschwitz

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 51 | | Pour me joindre

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Je reviens d’Auschwitz, et par moment, Auschwitz ne me quitte plus.

Avant de partir, j’avais appris tous les chiffres, tous les noms. Les dates aussi. Et les statistiques. Celles qui font mal. Vous saviez, vous, qu’en mars 1942, de 75 à 80 % des victimes de la Shoah étaient toujours vivantes? Mais en mars 1943, de 75 à 80 % des victimes sont décédées.

Je les connaissais par cœur, ces horribles statistiques : 2,8 millions de Polonais juifs assassinés, 1,5 million d’enfants tués froidement, avec ou sans leur mère.

Avant de partir, j’avais fait mes devoirs. Mais sur place, j’ai compris : les statistiques ne racontent pas tout! Au milieu d’Auschwitz-Birkenau, dans le brouillard et les bruits de trains lointains, ce sont les ombres indicibles qui font surface.

Il y a un dicton que j’aime beaucoup. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais au bout d’Auschwitz, je me suis rendu à l’évidence : combien naïf j’étais! L’enfer n’est pas fait que de bonnes intentions. L’enfer est fabriqué de cruauté, de lâcheté, de peur et peuplé de salauds.

Auschwitz est une porte sur l’enfer et une blessure ouverte dans l’histoire de l’humanité. Peut-être faut-il souhaiter que jamais elle ne se referme?

La rose rouge

Ces derniers jours, j’ai participé à quelques émissions de radio et de télé pour parler du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. J’ai reçu des courriels de gens qui sont allés dans ce lieu sinistre. Il y en a un qui résume bien mon sentiment : l’homme que j’étais avant ce voyage n’est pas revenu. Merci Stephen. Ça me ressemble beaucoup.

Demain ou dimanche, je vous parlerai de la folie.

 

Notre reportage, à Second Regard, dimanche, 25 janvier, 13h30.

Pourquoi voulez-vous qu’on se taise?

Mercredi 7 janvier 2015 à 18 h 33 | | Pour me joindre

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Au printemps 2007, j’étais dans les locaux de Charlie Hebdo. Le magazine satirique était sous pression. Déjà, il y avait des menaces et des poursuites devant les tribunaux français. Tout ça, à la suite de la publication des caricatures danoises du prophète Mahomet.

Ce matin, j’ai revu les entrevues que m’avaient alors accordées Philippe Val, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, et Cabu, qui avait signé peu de temps auparavant une nouvelle caricature du prophète.

J’ai demandé à Philippe Val s’il avait reçu des menaces. Avait-il peur pour sa vie? Non, m’a-t-il répondu. Il m’a raconté qu’ils avaient reçu plusieurs menaces. Parfois, lui, le rédacteur en chef, devait être accompagné par des policiers. Mais Philippe avait une telle assurance! Qui détermine la périphérie de la liberté d’expression dans une démocratie, m’a-t-il demandé. L’État ou le religieux? Dans une démocratie, c’est le législateur. Il avait une profonde conviction. Le droit, la raison et la démocratie.

Et cette conviction profonde, elle était partagée par les membres de Charlie Hebdo. Je me souviens des mots de Cabu. « Mais pourquoi on n’en parlerait pas [des intégristes]? Au contraire, il faut dénoncer », m’a-t-il dit avec son toupet carré, ses lunettes rondes et un sourire d’enfant… du haut de ses 68 ou 69 ans.

Pour Charlie Hebdo, comment aurait-il pu être question d’être discret? De se taire? Il fallait dénoncer. Refuser de se taire. Parce que si on se tait, m’a expliqué Philippe Val, ce sera le silence. Et le silence n’est pas possible dans une démocratie. En fait, Philippe paraphrasait Élizabeth Badinter, qui avait témoigné en faveur de Charlie devant les tribunaux.

En regardant ces entrevues ce matin, j’ai eu un malaise. Cabu et neuf de ses collègues ne sont plus. J’ai entendu Philippe, qui ne travaille plus à Charlie Hebdo, éclater en larmes à la télé.

« Nous sommes tous Charlie », a-t-il dit.

Je suis Charlie.

La rose d’Auschwitz

Lundi 17 novembre 2014 à 11 h 03 | | Pour me joindre

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J’ai eu du mal à trouver des mots. C’est comme si le lieu nous l’interdisait. Et je vous le dis, je ne les trouve pas à la hauteur, mes mots.

Le premier camp d’Auschwitz, dont je vous ai parlé la semaine dernière, est d’une certaine manière à échelle humaine. Je ne parle pas de l’horreur, mais du camp. C’est dingue à dire, mais c’est ça. On fait le tour en une heure ou deux si on ne s’arrête pas à tout moment pour méditer comme je l’ai fait.

On peut toucher aux baraques (c’est interdit, mais enfin…). On peut aisément imaginer les gens entassés dans leurs lits superposés. On peut marcher dans les allées et toujours voir le fond de la rue. Échelle humaine. Destin inhumain.

Mais Auschwitz-Birkenau.

C’est énorme. Comme un cauchemar sans fin. J’ai marché des heures dans les allées. En suivant la sinistrement célèbre voie ferrée. En suivant le sentier qui mène dans la forêt. C’est comme manquer d’air. À un certain moment, en permanence, 90 000 prisonniers souffraient dans ces lieux. Bien au-delà de un million y ont été assassinés. Certains disent 1,5 million d’êtres humains détruits dans la cruauté la plus abjecte. La plupart parce qu’ils étaient juifs.

J’ai pris cette photo dans une des allées qui traversent le camp. Comme une vision intense de l’infini. Je ne sais pas quelle distance fait cette allée de barbelés : 300, 500 mètres? Mais peu de touristes l’empruntent. Probablement parce qu’ils se disent qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Sinon des cheminées en ruines de chaque côté. Pourtant, c’est ici.

Il y avait ici, à perte de vue, des baraques en bois avec des cheminées en brique. À perte de vue. Un ami m’a raconté qu’après la guerre, en pleine crise, les gens venaient voler le bois pour se chauffer. Aujourd’hui, de ce côté de Birkenau, ce ne sont que les cheminées (ou ce qui en reste) qui tiennent debout. Comme pour dire : « C’est ici. » Au milieu de l’allée, quand on s’arrête, c’est effrayant comme on se sent seul. Surtout que cet après-midi, un certain brouillard nappait l’endroit.

On raconte que tous les jours, souvent la nuit, le train s’arrêtait devant cette allée. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants étaient débarqués. On les poussait à suivre l’allée, cette avenue vers l’enfer. En pleine nuit, souvent. Ils marchaient longtemps. Je le sais, j’ai fait le trajet. Et, tout au bout, c’est à gauche qu’on les forçait à poursuivre. Des miradors, des chiens, des soldats, des ordres, la haine à l’état pur. Et eux qui marchent. Jusqu’au bout, tout au bout, dans la forêt où il y a aujourd’hui comme une grande maison en ruine. C’est là que dehors, on leur ordonnait de se déshabiller avant de les pousser vers la « douche ». La fin.

Aujourd’hui, face au champ où on a répandu des tonnes de cendres, il y a quatre pierres commémoratives noires comme la nuit sans lune. Quand on s’approche, les deux pieds dans la boue, on se dit : « Je ne connais aucun d’entre eux, et je les connais tous. »

C’est tellement irréel. J’ai marché des heures dans le brouillard, qui voulait se dissiper, avec mon caméraman qui ne parle vraiment pas beaucoup. Il est russe. Et puis, nous sommes tombés sur cette rose jaune. Non, je ne l’ai pas mise en scène. Elle était là.

Je me suis dit que celui qui a mis cette rose dans les barbelés, il y avait pensé. Il ou elle l’a apportée, peut-être depuis Cracovie? Et il l’a insérée dans les barbelés. Elle n’est pas tombée du ciel. Peut-être de l’enfer?

Celui qui a déposé cette rose représente, je crois, tout le devoir de mémoire des Elie Wiesel, Martin Gray, Simone Veil et ceux qui n’ont pas survécu. Et nous.

Nous n’oublierons pas.

Second Regard, vous l’aurez compris, prépare une émission spéciale pour le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. C’était le 27 janvier 1945. Demain, pour cette émission, je rencontre des personnages plus grands que nature. On s’en reparle en janvier.

Tout un coming out!

Samedi 15 novembre 2014 à 12 h 40 | | Pour me joindre

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Quelle histoire! J’ai passé l’après-midi de vendredi dans le quartier juif de Cracovie. J’y ai rencontré une survivante de la Shoah, une catholique qui veut faire revivre la culture juive. Et Olga est Polonaise, jeune et éclatante. Son histoire est fascinante. Olga a découvert qu’elle était juive!

Olga 2Avant la Seconde Guerre, il y avait en Pologne bien au-delà de 3 millions de juifs. En 1945, ils n’étaient plus que quelques milliers. Pas des centaines de milliers, juste quelques milliers à peine. Puis, avec les communistes, les soviétiques, pendant des décennies, ce n’était pas une bonne idée de se dire juif sur la place publique.

En 1968, on leur offrait un aller simple pour les sortir de Pologne. C’est ce que m’a raconté Olga qui le tient de sa mère qui le tient de…

Aujourd’hui, on ne sait pas avec précision combien ils sont en Pologne. Jean-Yves Potel, un expert, me disait qu’ils sont peut-être 20 000. Et sur ce nombre approximatif, une majorité d’entre eux sont en train de redécouvrir leur identité juive. Certains l’ont caché ou se faisaient discrets. Certains l’ignoraient!

C’est fou quand on y pense!

Vendredi, c’était jour de shabbat. Dans le quartier Kazimierz, en flânant dans les rues, entre deux synagogues, j’ai croisé de jeunes hommes qui portaient fièrement la kippa. D’autres rigolaient en se dirigeant vers une des synagogues du coin. C’était joyeux comme atmosphère. J’ai eu une drôle d’impression : la porte du placard est grande ouverte.

C’est un coming out! Oui, on sort du placard, m’a raconté Olga, en rigolant.

Soixante-dix ans après la libération du camp d’Auschwitz, pas très loin de là, ils reprennent lentement  leur identité. Sans tatouage. Sans gêne.

À 17 h, elle est entrée au centre communautaire juif pour rejoindre une survivante de la Shoah et la catholique qui veut faire renaître la culture juive. Ils avaient l’air bien ensemble en ce vendredi soir.

Auschwitz, je disais donc…

Vendredi 14 novembre 2014 à 16 h 07 | | Pour me joindre

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Auschwitz
Entrée du camp d’Auschwitz

En rentrant de ma première journée à Auschwitz, une pensée s’est mise en boucle dans mon cerveau. Ça m’arrive. Mais là…

Si vous croyez en l’homme, Auschwitz représente une confrontation immense. Et si vous croyez en Dieu, je ne sais quoi vous dire. Pile, vous perdez. Face, ce sont eux qui gagnent.

Si vous placez tout votre espoir dans l’homme, Auschwitz vous rappelle qu’en 11 mois à peine, des hommes ont pratiquement éradiqué la population juive de Pologne en imaginant la cruauté la plus inhumaine. C’est ça, notre Homme, notre espoir? Ce que ça fait mal à nos avenirs!

Si vous croyez plutôt en Dieu, je ne sais quoi vous dire. Elie Wiesel, un survivant, Prix Nobel de la paix, m’a dit qu’il avait des comptes à régler avec Dieu. J’en aurais aussi. Beaucoup. Où était-il, Dieu, pendant que l’univers humain s’écroulait dans le sang, les chairs déchirées, l’inhumanité absolue?

Auschwitz, la pire cheminée de l'histoire humaine
Auschwitz, la pire cheminée de l’histoire humaine

Auschwitz, pour peu que vous reconnaissiez que ce soit notre histoire à nous, nous pousse dans le plus profond de nos crises existentielles.

À moins d’opter pour le réconfort intellectuel le plus médiocre qu’on puisse imaginer, le négationnisme. En niant l’Holocauste, on évite de se confronter à la méchanceté de l’homme. De nous. Pratique, non? Médiocre.

L’homme, surtout après Auschwitz, mérite d’être responsable face à son destin.

Demain, au cœur de l’enfer, Auschwitz-Birkenau. On raconte que peu de lumière en sort. J’y vais quand même, sans courage. Mais j’y vais.

 

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Auschwitz, 70 ans plus tard

Auschwitz, 70 ans plus tard

Jeudi 13 novembre 2014 à 17 h 34 | | Pour me joindre

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Je suis en Pologne. Tout près d’un village nommé Auschwitz par les Allemands. C’est une belle journée d’automne avec le soleil. Mais que de troublants souvenirs! Je sais que je ne finirai pas la journée comme je l’ai commencée. Il y a en moi, des fissures qui apparaissent. Elles datent de 70 ans. Bientôt 70 ans.

Belle journée de novembre dans cette douce Pologne. La route qui va de Cracovie à Auschwitz était magnifique. Presque bucolique. La campagne. Jolies maisons. Paisibles moments. Puis un ami m’a glissé à l’oreille : « Tu as vu, là, les Allemands ont construit un poste de contrôle, juste là! »

Il y a 75 ans, le diable habitait dans les parages.

Voici une photo que j’ai prise, à Auschwitz, dans une des baraques où on trouve des milliers, des dizaines de milliers de noms de déportés de France. Avec, ici et là, sur les murs, les ombres de ceux qui ont été assassinés. On retient son souffle. J’étais seul dans la place. Je vous le jure, j’ai cru entendre le souffle des ombres.

C’est où? Où suis-je?

Des vêtements de prisonniers qui se tiennent debout! Derrière des barbelés. On sent leurs âmes qui nous regardent. Je leur ai demandé : « Combien êtes-vous? » Elles m’ont répondu : « Plus d’un million. Tu ne nous vois pas? »

Je ne sais plus compter.

Et puis, cette image. Oui, oui, je sais. On l’a déjà vu. Mais je me suis mis sur mes genoux. Pour voir de près des souliers de toutes les tailles. Des chics et des pas beaux. Des milliers.

Et j’ai vu des dizaines d’ados que leur école avait emmenés ici  et qui ne savaient plus comment comprendre un truc pareil. Comment comprendre une telle réalité? Ça va au-delà de notre éducation.

Partis pour toujours.

Je vais vous dire un truc. Aujourd’hui, j’ai senti une tristesse abyssale devant ces objets, ce lieu, cette chose. Une tristesse abyssale. Aucune larme de l’humanité ne peut m’expliquer.

Si vous êtes un humaniste, c’est ici que se trouve votre défi. Quand on croit en l’homme, c’est ici que le doute le plus immense nous apparaît et nous affronte. Si vous croyez en Dieu, je ne sais quoi vous dire.

Abyssale tristesse.

Je reviendrai bientôt sur ces événements qui marquent profondément notre histoire.

Demain Auschwitz

Lundi 10 novembre 2014 à 19 h 00 | | Pour me joindre

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Demain, je pars pour Auschwitz. J’attends ce moment depuis des décennies.  Mais j’ai eu beau me préparer, apprendre toutes les statistiques, relire Au nom de tous les miens, penser à ce que m’a déjà dit Elie Wiesel, j’ai tout simplement peur.

Peur de quoi, au fait? Que les lieux questionnent ma conscience? Que je ne sois pas assez Homme pour entendre, voir, pleurer l’horreur historique? Peur de l’impuissance au plus profond de moi?

Et si je ne trouvais aucun écho à cette maudite question : pourquoi?

Je vous le promets, je vous écrirai.

Synode : le point de bascule

Mardi 21 octobre 2014 à 16 h 01 | | Pour me joindre

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Le pape François, en train de regarder sa montre (mars 2014). Photo : Radio-Canada

Le synode extraordinaire sur la famille est terminé. Le rapport final a été approuvé et rendu public (toujours pas en français ni en anglais). Les évêques ont repris le chemin du retour. Les cardinaux membres de la curie sont retournés à leur bureau. Prochaine étape dans un an? Niet. Parce qu’il y a des conséquences que seul le temps nous permettra de mesurer.

Je pense notamment (évidemment) aux divorcés (remariés ou pas) et aux couples homosexuels. Des gens qui, dans bien des cas, auraient toutes les raisons du monde de couper définitivement les ponts avec l’Église catholique, mais qui, pour une raison ou une autre, choisissent de ne pas s’éloigner et d’espérer. Surtout d’espérer. Au lendemain de ce synode, espèrent-ils encore quelque chose?

Dommages collatéraux

Un bref instant, la semaine dernière, ils ont cru qu’on allait leur ouvrir la porte. Mais après d’âpres discussions, des mots durs, parfois dérangeants, on leur a dit… meilleure chance la prochaine fois.

Le cardinal Raymond Burke a sonné la charge. « La pratique homosexuelle est toujours et partout mauvaise et diabolique. » Et pour ne laisser aucun doute sur sa vision des choses, le cardinal ajoutait, en entrevue (BuzzFeed, 17 octobre 2014) que « ceux qui n’acceptent pas l’enseignement de l’Église sur ces questions, ne sont pas avec l’Église et ils devraient faire un examen de conscience ou quitter l’Église s’ils ne peuvent pas l’accepter ».

Point de bascule?

Comment mesurer le découragement de certains observateurs au lendemain du synode? Certains doivent se dire : « C’est assez. »

Le blogueur Paul Brandeis Rauschenbush l’exprime clairement. « J’en ai assez de ce débat sur l’homosexualité. » Paul vit avec Brad, son conjoint depuis 13 ans. Ils sont mariés depuis deux ans. Les travaux du synode l’ont d’abord étonné et réconforté. Mais à la fin, c’est une sorte de dégoût qu’il décrit dans les pages du Huffington Post.

« L’idée que des gens, comme ça, puissent débattre de ma vie amoureuse me semble étrange et insultante! » « Me rendre service? Oubliez ça! » C’est comme s’il y avait un avant et un après-synode. Certains, comme Paul Brandeis Raushenbush, considèrent que le point de bascule a été franchi.

La déception?

Lundi 20 octobre 2014 à 16 h 23 | | Pour me joindre

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En fin de semaine, le rapport final du synode sur la famille a été rendu public. Soixante-deux articles ont été passés au crible. Les participants ont voté sur chaque paragraphe. Pour qu’un article soit retenu, il devait être approuvé par les deux tiers de l’assemblée.

Trois articles n’ont pas été retenus. Deux portent sur les divorcés remariés. L’autre, sur la question de l’homosexualité.

Dans un document de travail qui a fait beaucoup de bruit la semaine dernière, ce qui retenait l’attention, c’est l’esprit d’ouverture. On y disait, notamment, que parmi les couples homosexuels, il y a parfois un engagement qui va jusqu’au sacrifice. Un peu plus et on faisait de ces couples un modèle pour les catholiques.

Dans le document final du synode, on ne parle plus que de ces hommes et femmes qui doivent être accueillis avec respect et délicatesse.

Respect et délicatesse. Ce n’est pas exactement un accueil enthousiaste. Mais même cette version finale édulcorée n’a pas été retenue par les pères synodaux. Rejetée!

On ne sait pas vraiment pourquoi cette modeste proposition a été rejetée. Serait-ce parce que même ça, c’est inacceptable aux yeux des plus conservateurs? Une ouverture trop osée? Ou serait-ce, au contraire, parce que c’est si peu, si timoré, comme ouverture?

Une victoire des conservateurs?

J’ai lu, en fin de semaine, les propos du cardinal américain Burque. Pour lui, il faut dire les choses clairement : l’homosexualité est intrinsèquement inacceptable. Point à la ligne.

J’ai aussi lu les propos du cardinal autrichien Schönborn, que certains considèrent comme un sérieux papabile et un progressiste. Pour expliquer le rejet des propositions d’accueil aux homosexuels, le cardinal parle de culture. « Il ne faut pas oublier que des évêques viennent de cultures très différentes, où d’autres religions, par exemple l’islam, sont prédominantes, et où ce thème (homosexualité) est un thème très délicat. »

Oui, on veut bien. Mais en lisant ces propos, je me suis demandé si l’Église n’a pas toujours cru qu’il lui fallait défendre ses valeurs au-delà de ces contextes particuliers. Combien de catholiques sont devenus des saints justement parce qu’ils ont fait la promotion de la foi chrétienne en milieu hostile? Depuis quand, au fait, l’Église propose-t-elle de taire ses convictions parce que certains pourraient ne pas aimer ça?

Le cardinal Schönborn poursuit sa réflexion : « Des déclarations mal vues dans ces pays pourraient être un problème pour les pasteurs et pour l’Église. » Et  il ajoute : « C’est un message envoyé dans des pays où la peine de mort peut être infligée aux homosexuels. »

Serait-ce donc au nom de cette peur qu’il vaut mieux ne pas se montrer trop accueillant?

Sans doute, certains sont déçus. Ils ont le sentiment que le pape François vient de perdre une manche dans cette bataille pour l’accueil et l’ouverture. Ce pape aurait-il déjà baissé les bras? J’en doute!

Dimanche, en fin de synode, voici quelques mots de François, avec une ovation!

« Nous avons encore un an pour mûrir, avec un vrai discernement spirituel, les idées proposées et trouver des solutions concrètes à tant de difficultés et d’innombrables défis que les familles doivent affronter, à donner des réponses à tant de découragements qui entourent et étouffent les familles. » — le pape François

À suivre.