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Encyclique ou appel au combat?

Jeudi 18 juin 2015 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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Ce matin, François publiait sa première encyclique véritablement signée de sa main. Cette encyclique porte sur les changements climatiques et, plus largement, sur l’écologie. Le document de 192 pages a été l’objet d’une fuite cette semaine et a provoqué de nombreuses réactions.

Pourtant, souvent ces encycliques papales passent dans le ciel des croyants avec une indifférence généralisée… et disparaissent comme une étoile filante dans les archives du Vatican. Pas celle-ci! Rarement a-t-on vu une encyclique faire autant débat… avant même sa publication! Elle était espérée par certains scientifiques et environnementalistes. Elle était désavouée d’avance par les climatosceptiques qui n’apprécient pas une miette que François replace la question environnementale dans un cadre moral.

Dans ce long document, François parle des abus du consumérisme. Il remet en question l’idée qu’on se fait du progrès. Il redonne vie et vigueur au discours Nord-Sud. Et il plaide pour les plus pauvres qui finissent par écoper pour la négligence environnementale des plus riches.

« Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes. »

Aux États-Unis, la moitié de la population (catholique ou pas) croit que les problèmes climatiques sont le fait de l’activité humaine. C’est peu, non? Il y a chez nos voisins du Sud beaucoup de climatosceptiques. Pour eux, François n’est pas uniquement dérangeant, il fait fausse route!

Rick Santorum, qui espère devenir bientôt le candidat républicain aux présidentielles américaines, disait récemment que « l’Église s’est souvent trompée sur les questions scientifiques […] ce serait mieux de laisser les affaires de sciences aux scientifiques ».

Le sénateur James Inhofe soutient que « le pape devrait s’en tenir à son travail ». Traduction? Monsieur le pape, mêlez-vous de vos affaires.

Et Jeb Bush? « J’espère que je ne me ferai pas taper sur les doigts par le curé de ma paroisse, mais ce n’est pas mon évêque qui va me dicter nos politiques économiques, ni mon cardinal ni mon pape .»

 « La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets. » – Encyclique Laudato Si, François

Vous demandez-vous si l’opinion du pape peut vraiment changer quelque chose? En tout cas, il alimente le débat et la réflexion. Et ce n’est pas terminé.

Pour lancer cette encyclique, le Vatican a invité en conférence de presse des experts, des scientifiques et tout. Très impressionnant. À partir de maintenant, des centaines de diocèses vont prendre la relève et multiplier les homélies, les événements spéciaux, les conférences de presse.

Et puis, en septembre, François se rendra à la Maison-Blanche, au Congrès et à l’ONU. C’est comme si on ouvrait la voie pour la grande conférence de Paris en décembre prochain. Un sacré programme, non?

Ce que j’en retiens? En lisant le texte de François, je n’ai pas tellement eu le sentiment de lire une encyclique destinée aux catholiques. J’ai carrément eu le sentiment de lire un manifeste. Un véritable texte de combat.

Triste Népal

Dimanche 26 avril 2015 à 17 h 35 | | Pour me joindre

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J’y étais il y a quatre ans. Ce n’est pas hier. C’est maintenant. Une sorte de voyage initiatique. Jamais je ne pourrai l’oublier. C’est là que j’ai compris que jamais je ne serai bouddhiste ni hindou. Mais sur les routes de la vallée de Katmandou, j’ai compris plein de trucs qui, encore aujourd’hui, m’habitent : des sourires inespérés, des moments éternels, des femmes, des enfants et des hommes.

Népal! Pour moi, ma blonde et tout mon groupe, tu as été une perle dans nos vies. Demain, pourrons-nous quelque chose? Je l’espère.

Voici quelques photos souvenirs. Des lieux qui sont enfouis sous les ruines et dans nos cœurs.

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La prière et… le crucifix

Mercredi 15 avril 2015 à 12 h 05 | | Pour me joindre

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À propos de la prière au conseil municipal de Saguenay, le jugement de la Cour suprême est limpide. Ce n’est pas acceptable. Jugement unanime.

Mais, dans ce jugement, il y a deux phrases qui ont piqué ma curiosité.

« L’État ne peut utiliser ses pouvoirs d’une manière qui favoriserait la participation de certains croyants ou incroyants à la vie publique au détriment des autres. »

Autrement dit, ce n’est pas acceptable de dire aux citoyens qui ne partagent pas votre foi d’aller dehors en attendant que finisse le temps de prière du conseil municipal. Inacceptable.

La phrase qui suit est aussi intéressante.

« Si, sous le couvert d’une réalité culturelle, historique ou patrimoniale, l’État adhère à une forme d’expression religieuse, il ne respecte pas son obligation de neutralité. »

Doit-on comprendre de ça que le crucifix n’a pas sa place dans nos conseils municipaux, à l’Assemblée nationale, etc.? Est-il raisonnable de voir le crucifix comme une forme d’expression religieuse?

La neutralité, Dieu et l’État

Je crois que ce jugement fait oeuvre utile. Notamment, il nous redit ce qu’est la neutralité de l’État. C’est utile parce qu’au fil des ans, j’ai eu cette étrange impression que nous avions tendance à confondre neutralité, laïcité, anticléricalisme, antireligiosité.

La neutralité de l’État n’a rien à voir avec un sentiment d’antireligiosité. L’État n’a pas à rejeter telle ou telle religion, ou même toutes les religions. L’État ne s’en mêle pas. L’État, comme l’a dit aujourd’hui la Cour suprême, doit demeurer neutre, « ce qui exige qu’il ne favorise ni ne défavorise aucune croyance, pas plus que l’incroyance ». Oui, pas plus que l’incroyance!

Et même si, comme nous le rappelle encore la Cour suprême, dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, il est fait mention de la… suprématie de Dieu!

Là, là… on va finir par être tout mêlés.

Les vieux

Mercredi 25 mars 2015 à 14 h 56 | | Pour me joindre

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Nos vieux ont bien mauvaise réputation, je trouve. À en croire les rumeurs qui circulent à leur sujet, on pourrait penser que nos aînés sont pour la plupart malades et alités. Et ils sont dépressifs aussi. D’ailleurs, c’est sûrement à cause de leurs enfants qui les ont abandonnés à leur triste sort. Et là, ne parlons pas de ce que nous coûtent les vieux. Exorbitant! C’est simple, c’est notre économie qui est en péril.

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C’est avec tous ces stéréotypes accablants que j’avais tant de mal. Pas avec nos aînés, que je trouve allumés, dynamiques et même… heureux! Ça y est. Je l’ai dit. Hérésie? Attendez, je vais le redire un peu plus loin.

Alités, dites-vous?

Au fil des ans, j’ai eu l’occasion de croiser pas mal de gens, des spécialistes, des universitaires, des chercheurs qui me racontaient une tout autre histoire. Un exemple? Les vieux sont alités et mal en point? Je sais, vous n’allez pas me croire, mais on me jure que c’est l’affaire d’une toute petite minorité d’aînés. Selon Michelle Charpentier, de la Chaire de recherche sur le vieillissement et la diversité citoyenne, à l’UQAM, c’est 3 % des 65 ans et plus. Coudonc, ils sont où, les autres? Et bien, justement, ils sont partout, souvent très actifs. À tel point que vous ne les voyez plus.

Heureux?

Capture d'écran 2015-03-24 15.34.30Un autre exemple de stéréotype? Je l’adore, celui-ci! Les vieux sont nécessairement malheureux. Ou du moins, déprimés.

Dans de vastes enquêtes, on a demandé aux gens s’ils étaient heureux. On constate que les enfants sont très nombreux à se dire heureux. Mais ce bonheur s’effrite quelque peu entre 18 et 50 ans. On peut attribuer ça, je suppose, au stress, au travail, aux enfants, à l’hypothèque et à quoi d’autre encore? Et ceux qui se disent les plus heureux? Vous ne devinez pas? Eh oui… ce sont nos aînés.

En fait, je pense que notre compréhension de la vieillesse et du vieillissement est totalement dépassée. Dites-moi… vous croyez vraiment qu’on devient vieux à 60 ou 65 ans, alors que l’espérance de vie dépasse largement les 80?

Avec ce reportage qu’on vous présente dimanche, à Second regard, on ne voulait pas insinuer qu’il y a un paradis sur terre et que c’est la vieillesse. Ou encore qu’il n’y a aucun problème, aucun défi. On a tout simplement voulu déboulonner quelques stéréotypes accablants qui réduisent nos aînés à pas grand-chose. Réveillez-vous : la grande marée grise n’est pas ce que vous croyez.

Demain, je vous parle des vieux et de la révolution.

La grande marée grise, c’est à Second regard, dimanche, 13 h 30.

Un aveu d’échec?

Mercredi 18 mars 2015 à 15 h 49 | | Pour me joindre

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Quelle histoire! Elle aura fait rigoler beaucoup de gens. Même si, on le devine, des enjeux dramatiques couvent sous l’anecdote. Est-ce que ce n’est pas le sort du Tibet, du peuple et de sa culture qui sont en jeu?

Un aveu d’échec?

Il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, le dalaï-lama disait qu’un jour, avant sa mort, les Tibétains seraient de retour à la maison. Mais plus d’un demi-siècle après le début de l’exil, la Chine n’a toujours pas bougé.

Même en proposant une forme d’autonomie pour le Tibet à l’intérieur de la Chine. Même en renonçant à son rôle de chef politique des Tibétains en exil, rien n’y fait. La Chine semble immuable devant l’être de compassion.

131206_ui2as_dalai-lama_sn1250_smallLe dalaï-lama devait bien se douter de ce qui risquait d’arriver. Il aura bientôt 80 ans. Il n’est pas éternel dans ce corps qui est le sien aujourd’hui. Un jour, il partira. Et en principe, il reviendra. Il se réincarnera pour guider des milliers d’humains qui croient aux enseignements du Bouddha. Et le 14e de la lignée sait bien ce qui risque de se produire.

Un fonctionnaire, quelque part en Chine, reconnaîtra officiellement la réincarnation, le 15e de la lignée, qui deviendra, par enchantement, un ardent défenseur des politiques chinoises sur la question tibétaine et une inspiration foudroyante pour la Chine. On devine la suite.

On a compris que pour éviter la récupération politique de sa réincarnation, le dalaï-lama prévient tout le monde en général et la Chine en particulier : il ne reviendra peut-être pas. C’en sera terminé, peut-être, de cette longue tradition des dalaï-lamas. Personne ne pourra faire sienne l’immense popularité de ce Prix Nobel. Ni dans cette vie ni dans une autre.

Et si tel devait être le cas, des milliers de Tibétains seront en deuil. Pour l’éternité.

Je me demande aujourd’hui comment ne pas voir dans tout ça un aveu d’échec du dalaï-lama.

François, deux ans déjà!

Vendredi 13 mars 2015 à 12 h 09 | | Pour me joindre

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Ouf! Ce que le temps passe vite. Dites, vous connaissez un truc pour ralentir la machine?

Vatican_SnapseedJ’étais à Rome. Je me souviens de la démission de Benoît XVI et de l’élection de François. L’hélico de Benoît XVI qui fait un dernier tour de piste avant de disparaître dans l’horizon romain. Castel Gandolfo sous le soleil.

Tous les matins, ces cardinaux qui, en se rendant à leur session de travail, faisaient mine de ne pas voir les milliers de journalistes qui leur tendaient leurs perches, leurs caméras et leurs micros. Les breffages du cardinal de Boston, Sean O’Maley, dans sa bure qui détonnait dans le paysage. Il y avait de l’électricité dans l’air. Nous vivions des moments historiques.

Une démission de pape, ce n’est pas rien. Et étrangement, c’est probablement ce qu’on retiendra du pontificat de Benoît XVI. Comme un message à tous les papes à venir (y compris François) : pas nécessaire de vous éterniser sur le Saint-Siège qui, en passant, ne vous appartient pas et ne vous rend pas éternel.

Puis, l’élection du premier pape du sud. Les cardinaux sont allés le chercher à l’autre bout du monde, ce pape argentin. Et le voici qui, dès la première heure de son pontificat, se met à faire des trucs impensables. Il laisse les grands habits dans le garde-robe. Il abandonne les appartements princiers. Il laisse au garage la super Mercedes. Sort la papemobile décapotable (quel signe, en ces temps d’insécurité!).

Et, toutes ces petites phrases qui surprennent, fouettent, piquent, dérangent. Ne soyez pas des évêques d’aéroport; les catholiques n’ont pas à se reproduire comme des lapins; si quelqu’un insulte ma mère, il aura droit à un coup de poing; les 15 maladies spirituelles de l’Église. Et la plus incroyable de toutes : qui suis-je pour juger?

On comprend qu’il se soit retrouvé à la une du Rolling Stone et personnalité de l’année des magazines Time et The Advocate (publication homosexuelle).

Entre le style et le fond?

Certains disent qu’il faut distinguer le style et le fond. Je ne suis pas de cet avis. Je crois que le style de François est le miroir du fond, de ce qu’il souhaite pour cette institution vieille de 2000 ans : retrouver ses racines, sa mission première, sa noblesse, son humilité, son courage.

Il n’y a pas de place dans cette spiritualité pour la mondanité, la prétention, la vanité, les privilèges, l’intégrisme. Pas étonnant de voir apparaître maintenant de farouches résistances aux projets de réformes du pape François. Et je crois que c’est maintenant que se joue son pontificat. Il inspirera cette Église pour des décennies à venir ou il se laissera oublier dans l’insignifiance et l’anecdotique.

Comme Benoît XVI?

Après? Je serais très étonné que ce pape s’éternise dans les couloirs du Vatican, dont certains sont faits de marbre élégant. Ce que l’Argentine doit lui manquer! Lui qui disait que sa seule patrie, c’était Buenos Aires, qu’il n’a pas revu depuis son élection. Peut-être attend-il que le renouveau de l’Église prenne forme pour retourner chez lui dans deux ou trois ans. Ou jamais.

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À surveiller

Cet été : son encyclique qui portera sur notre rapport à l’environnement.

Septembre 2015 : la grande rencontre mondiale des familles, à Philadelphie.

Octobre 2015 : synode de trois semaines qui portera sur la famille, au Vatican.

Bryan Adams, l’oeil du rockeur

Lundi 23 février 2015 à 15 h 01 | | Pour me joindre

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On aime Bryan Adams, le rockeur sympathique. On aime ses chansons accrocheuses. Même celles qui sont plutôt d’une autre époque.

Et Bryan Adams, depuis la fin des années 90, c’est aussi le photographe. Reconnu et prisé. Spécialisé dans la mode et l’univers des vedettes qui ont bien voulu s’offrir à sa lentille. Et jusqu’au 14 juin, au Musée national des beaux-arts du Québec, c’est une centaine de ses photos qu’on nous propose.

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L’autoportrait de Bryan Adams

En mettant les pieds dans la salle du musée, où Bryan Adams s’expose, je ne savais trop à quoi m’attendre. Des vedettes? Certainement. Des indiscrétions? Peut-être! Des nus? Probable.

Quand on ouvre la porte de la salle d’exposition, c’est la photo de Kate Moss qui nous accueille. Et honnêtement, je ne savais plus si c’était une photo ou une toile d’un réalisme déroutant. De là, du coin de l’œil, on sent la présence de Laetitia Casta qui nous défie. Plus loin, il y a un Mickey Rourke qui fait causette avec un chien qui semble minuscule à côté du costaud personnage.

Il y a quelques nus, aussi. Et évidemment, comme l’annonce l’affiche, il y a Mick Jagger qui virevolte comme seul lui en est capable.

J’ai tout aimé. Les contrastes. La richesse du grain. Les regards. L’intimité dérobée. J’ai tout aimé. Et puis, il y a le coup de cœur. Ou serait-ce un coup de poing?

Entre le très saisissant sir Ben Kingsley et la sublime Monica Bellucci, il y a deux parfaits inconnus. Des riens du tout. Deux sans-abri. Ils sont côte à côte. Deux photos. Ils ont le haut du corps dénudé. Il y a, me semble-t-il, de la suie qui gribouille leur visage. Mais leurs yeux! Quel regard!

Celui de droite me regardait. Sans méfiance. Sans agressivité. Juste beaucoup de fatalisme? Il m’a happé. C’est quoi l’histoire qu’il voulait me raconter, celui-là? Qu’est-ce qu’ils font ici, parmi les plus glamourous vedettes de l’Occident?

Oui, mais bon. Je vais vous dire. Je crois que cette exposition leur est consacrée. Ils sont le point de fuite à l’horizon. La surprise qu’on n’attend pas. Les yeux qui disent tout et même l’indicible. Cette exposition pourrait s’intituler « Deux parfaits inconnus, Two nobodies ».

François au pays des irréductibles

Mercredi 4 février 2015 à 19 h 41 | | Pour me joindre

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Viendra? Ne viendra pas? Comment le convaincre, alors que cette planète regorge de destinations essentielles pour l’avenir de l’institution catholique? Comment convaincre François?

La porte sainte, à Québec? La chute spectaculaire de l’Église catholique en ce pays qui fut, jadis, si prometteuse? Le 375e de Montréal? Peu importe, les gens du grand diocèse de Montréal trouveront bien. Et pourquoi pas?

Mais… En ce coin du monde qui s’est sécularisé à la sainte vitesse de l’indifférence religieuse, qu’est-ce qu’un pape viendrait faire ici? Pfff! Un événement qui ne pourrait être que marginal, dites-vous? Détrompez-vous. Si François devait débarquer ici, ce sera tout un événement!

D’abord, il plaît à tout le monde, même les pas catholiques… sauf à la très droite religieuse. Il est charismatique. Il dit parfois des choses étonnantes (qui suis-je pour juger?). Et tutti quanti. Si François débarque ici, je prédis que ce sera l’événement de l’année au Québec.

L’ombre

Il y a une ombre qui rôde. La dernière fois qu’un pape est passé par ici, c’était à Toronto, en 2002. Un bel événement. Avec un déficit légué à l’Église catholique du Canada qui oscillait entre 30 et 38 millions de dollars. Je me souviens de gens d’Église qui, un an plus tard, sacraient… oups… pestaient hardiment contre ceux qui avaient organisé cette mémorable visite papale.

Sécurité et organisation, attendez qu’on se souvienne de ce déficit de 2002.

Le maire Coderre m’a dit ce matin qu’ils avaient tout fait dans les règles. Je le crois. Ils s’y prennent d’avance. Ils font bien, c’est nécessaire. Les démarches vont se poursuivre dans les mois qui viennent. Alors… pourquoi pas? Après tout, François est un sacré personnage qui marque son époque. Plus qu’il n’y paraît. Vous verrez.

La folie, vous dites?

Dimanche 25 janvier 2015 à 17 h 47 | | Pour me joindre

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Il y a quelque chose à quoi on peut difficilement se préparer en partant pour le camp d’Auschwitz. D’ailleurs, on ne sait pas ce que c’est. Mais c’est là, en nous.

Serge Klarsfeld, avocat et traqueur de nazis, m’a dit que pour lui ce n’était pas la mécanique, les baraques et ce genre de considérations qui le bouleversaient. « C’est l’immensité de la souffrance. » Et puis, « ce sont les fantômes qui nous interpellent à Auschwitz ».

Je suis d’accord. Mais n’empêche que l’endroit nous rappelle de ne jamais oublier que nous sommes, en ces lieux, en enfer! Ici, tout a été calculé, dessiné, organisé pour tuer. Rapidement. Totalement. Cruellement.

J’ai lu récemment, je crois que c’est dans le New York Times, qu’il ne faut surtout pas s’arrêter aux techniques utilisées à Auschwitz. Il faut avoir le courage de regarder au-delà des calculs et des techniques diaboliques d’Auschwitz : le pire est ailleurs. Dans les raisons de ce génocide industriel.

Les deux pieds dans le camp d’Auschwitz, on comprend l’ampleur de la tragédie. Monsieur Klarsfeld, vous avez raison : on sent cette immense détresse qui rode autour des baraques. Dans les ruines des chambres à gaz. Près de la voie ferrée. Mais il y a une question qui me tue : pourquoi?

On a souvent dit que c’est… la folie! La folie d’un homme et, je suppose, une contagion inexplicable qui se transforme en folie de masses.

 

Boris Cyrulnik, qui a échappé à la Gestapo à l’âge de 6 ans, raconte qu’après la guerre, il voulait devenir psychiatre parce qu’il avait compris qu’Hitler était fou. Il voulait guérir ces anges qui deviennent des diables fous. Dans son plus récent ouvrage, il dit que « pour maîtriser ce monde et ne pas y mourir, il fallait comprendre ».

J’aime beaucoup Boris Cyrulnik. Beaucoup! J’ai dévoré ses plus récents ouvrages qui racontent son histoire. J’ai eu la chance de passer un moment fascinant avec lui. Mais Boris, j’ai tellement de mal avec cet alibi de la folie. D’abord parce que c’est trop facile. Ensuite, parce que c’est tellement pratique!

Voilà, c’était la folie! C’est de la faute à presque personne. Et c’est pratique parce que du coup, on n’a pas à se regarder en face et à s’interroger sur le NOUS dans ces fous furieux qui ont tué des millions de personnes.

Faites l’exercice. Enlevez la folie de l’équation. Et vous allez sentir le plus catastrophique des vertiges existentiels. S’il n’y a pas de folie, il ne reste que nous.

 

N. B. Monsieur Cyrulnik, ne m’en voulez pas. Je vous crois beaucoup plus compétent que je ne le serai jamais face à cet épisode dramatique que vous avez vécu et que j’ai lu dans les livres ou que des gens, comme vous, m’ont raconté. J’ai d’ailleurs avec moi vos trois derniers livres que je vais relire jusqu’à ce que la raison me souffle à l’oreille que je peux dormir en paix.

Revenir d’Auschwitz

Vendredi 23 janvier 2015 à 13 h 51 | | Pour me joindre

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Je reviens d’Auschwitz, et par moment, Auschwitz ne me quitte plus.

Avant de partir, j’avais appris tous les chiffres, tous les noms. Les dates aussi. Et les statistiques. Celles qui font mal. Vous saviez, vous, qu’en mars 1942, de 75 à 80 % des victimes de la Shoah étaient toujours vivantes? Mais en mars 1943, de 75 à 80 % des victimes sont décédées.

Je les connaissais par cœur, ces horribles statistiques : 2,8 millions de Polonais juifs assassinés, 1,5 million d’enfants tués froidement, avec ou sans leur mère.

Avant de partir, j’avais fait mes devoirs. Mais sur place, j’ai compris : les statistiques ne racontent pas tout! Au milieu d’Auschwitz-Birkenau, dans le brouillard et les bruits de trains lointains, ce sont les ombres indicibles qui font surface.

Il y a un dicton que j’aime beaucoup. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais au bout d’Auschwitz, je me suis rendu à l’évidence : combien naïf j’étais! L’enfer n’est pas fait que de bonnes intentions. L’enfer est fabriqué de cruauté, de lâcheté, de peur et peuplé de salauds.

Auschwitz est une porte sur l’enfer et une blessure ouverte dans l’histoire de l’humanité. Peut-être faut-il souhaiter que jamais elle ne se referme?

La rose rouge

Ces derniers jours, j’ai participé à quelques émissions de radio et de télé pour parler du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz. J’ai reçu des courriels de gens qui sont allés dans ce lieu sinistre. Il y en a un qui résume bien mon sentiment : l’homme que j’étais avant ce voyage n’est pas revenu. Merci Stephen. Ça me ressemble beaucoup.

Demain ou dimanche, je vous parlerai de la folie.

 

Notre reportage, à Second Regard, dimanche, 25 janvier, 13h30.