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Mère Teresa : entre sainteté et malaise

Samedi 3 septembre 2016 à 17 h 36 | | Pour me joindre

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Dimanche, le pape François fera de mère Teresa une sainte. Remarquez que, de son vivant, certains (et ils étaient nombreux) l’avaient déjà canonisée. Et dans son fan-club, il y avait un inconditionnel, Jean-Paul II.

Ça tombe bien parce que si quelqu’un peut accélérer le processus d’une cause en sainteté, c’est bien le pape. Et c’est exactement ce que Jean-Paul II a fait. Ironie du sort, Jean-Paul II est devenu un saint homme quelques années avant celle qu’il admirait.

Quand on dit que la marche vers la sainteté est une longue route, ils auront cependant bénéficié tous deux d’un traitement de faveur rarissime : le saint accélérateur!

Mère Teresa, radicale?

Je crois que ce qu’aimait Jean-Paul II chez la fondatrice des Missionnaires de la Charité, c’est son côté radical.

Sur la contraception et l’avortement, Mère Teresa était sans compromis; elle s’y est toujours opposée, même dans les cas de viols.

La souffrance est une sorte de preuve de l’amour de Dieu, disait-elle!

Mais comment ne pas être radicale lorsqu’on donne sa vie aux plus pauvres parmi les plus pauvres dans les quartiers les plus difficiles de Calcutta?

Si radicale, diront certains, que ce Prix Nobel de la paix semblait oublier parfois que plusieurs de ses généreux donateurs étaient de vils personnages ou de cruels despotes ou de véritables crapules. On lui reproche encore aujourd’hui cette étrange apparence d’amitié, par exemple, avec Jean-Claude Duvalier qui, disait-elle, aime ses pauvres et est aimé par ses pauvres. L’histoire a démontré précisément le contraire.

Comment justifier de telles accointances? Fallait-il laisser tout cet argent dans les poches des corrompus ou s’en saisir pour venir en aide aux pauvres? C’est une question intéressante, mais serait-ce aussi un embarrassant raccourci? Comment peut-on rendre noble un vol ou un détournement d’argent? Quand on agit de la sorte, devient-on Robin des bois ou complice des truands?

En Italie, il y a une loi qui permet à l’État de saisir les biens appartenant à la mafia. Parfois, l’État remet ces biens à des organisations charitables. Mais cogner à la porte des Duvalier, Keating, Hoxha, Maxwell et autres créatures du genre, ce n’est pas tout à fait la même démarche, non?

Mais avec le temps, l’histoire jugera.

La sainteté en question

Mère Teresa, une radicale, disions-nous. Mais est-ce que ce n’est pas le cas de bien des saints et des saintes de l’Église catholique? Des gens peu reposants, souvent pas raisonnables et parfois excentriques, des modèles étonnants. Ne faut-il pas être un peu excessif pour devenir un modèle de vertu?

Et si l’Église proposait autre chose? Par exemple, simplement des gens qui n’ont pas été la source de mystérieux miracles, qui n’ont pas fondé d’ordre religieux ou été persécutés à cause de leur foi, mais simplement des gens qui ont fait du bien autour d’eux. Qui ont su réconforter, accueillir et donner.

Un bon catholique doit-il nécessairement fréquenter des truands pour les détrousser de ce qu’ils ont eux-mêmes volé aux autres ou tout simplement une personne juste, généreuse, bonne?

Peut-être que le monde a besoin de toutes les mères Teresa de l’univers. Et peut-être que la polémique entourant la sainteté de mère Teresa pointe dans cette direction. Qu’est-ce que la sainteté aujourd’hui? Si elle existe, cette sainteté, ne la trouverait-on pas dans la vie de tous les jours d’une foule de gens… ordinaires? Personnellement, j’en connais plusieurs. Vous aussi?

Le père Benoît Lacroix en entrevue à Radio-Canada (archives)

Je n’ai jamais eu la prétention de me considérer comme un ami intime de Benoît Lacroix, qui s’est éteint, mardi, à l’âge de 100 ans.

Pourtant, c’est curieux, chaque fois que nos chemins se sont croisés, c’est bien le sentiment que j’ai eu. Mais ça, c’est à cause de lui! C’est ça, l’effet Benoît Lacroix.

Avec lui, j’ai parlé de science, d’histoire, de la guerre, du cosmos, du Japon et de Nagasaki, de la vie et aussi de la mort, de notre peur du sang et des hôpitaux, de la maladie de ma mère, qui me rendait furieux.

Comme c’est étrange… Il y a des gens que je considère comme des amis avec qui je n’ai pas eu de telles conversations.

Et puis, parfois, il y a des mots de Benoît qui sont restés coincés dans mon cerveau, longtemps après notre rencontre.

Comme la fois où en parlant du sens de la vie, il m’a lancé, comme ça : « Donne ta vie ».

Donne ta vie? Oui, mais à qui, Benoît?

Ou encore, en 2003, après l’invasion de l’Irak, je me disais que Benoît aurait quelques mots d’indignation à partager avec nous à propos de la guerre.

Bien sûr, on s’est entendu sur la tragédie de la guerre, du fait que la guerre est toujours un échec de l’humanité.

Et puis, tout à coup, surprise! Voilà qu’il me raconte combien, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il trouvait beaux ces soldats qui revenaient du front, qui avaient risqué leur vie, tout donné.

Tiens, encore cette idée de tout donner.

Ou encore, dans les durs mois d’hiver, lorsqu’on croit que tout est mort, qu’il n’y a plus rien! Et puis, arrivent les premières fleurs du printemps. La vie! La vie malgré tout.

Et puis Nagasaki! Lui qui aimait l’Asie. Lui, l’historien, il avait trouvé la manchette du journal de Nagasaki, le lendemain de la terrible explosion d’août 1945 : « Aujourd’hui, le soleil s’est levé à 8 h 12 ».

Benoît s’émerveillait. La vie malgré tout. Vraiment malgré tout et malgré nous.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de m’étonner et d’interrompre Benoît. « Non, mais ça, c’est vraiment du Lacroix! Comment vous faites? Comment vous faites pour toujours trouver l’allumette qui allume la bougie? » Et lui de me répondre : « Je n’ai aucun mérite. Le beau sera toujours plus beau que le laid. Le bien sera toujours meilleur que le mal. Le bien est irréversible. »

Ça, pour moi, c’est du pur Lacroix!

Je n’ai jamais osé prétendre que Benoît était un ami intime, mais il a changé ma perception de la spiritualité et ma vision de la foi. À travers lui, j’ai compris que j’avais la foi en l’Homme. Je crois en l’Homme. Malgré tout. Malgré l’Homme.

Un jour, j’ai raconté ça à une amie de Benoît, une vraie. « Tu lui as dit à Benoît? », qu’elle m’a demandé. « Non », que j’ai répondu. « Qu’est-ce que tu attends? », qu’elle me relance.

J’ai immédiatement pris le téléphone :

- Benoît? C’est Alain Crevier.
- Ah! Comment vas-tu?
- Je vais bien. Benoît, t’ai-je dit que tu as changé ma vie?
- Non.
- Je tenais à te le dire.
- Ah ben, ça alors!

Il a dû me trouver très étrange. Je n’ai jamais regretté mon appel. J’espère qu’à la fin de ce passage terrestre, Benoît se souvenait combien nous sommes nombreux à l’aimer.

Mais, que veux-tu, Benoît, on n’a pas de mérite.

Si noble, la tolérance?

Lundi 16 novembre 2015 à 17 h 45 | | Pour me joindre

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Depuis 1996, le 16 novembre est la Journée internationale de la tolérance. Le mot est intéressant et les intentions sont certainement nobles.

J’imagine qu’on fait allusion à l’idée d’harmonie, de vivre ensemble et plus trivialement au bon voisinage.

Mais, en réalité, est-ce que la tolérance ne fait pas directement référence à tolérer? Comme dans « je te tolère, mais guère plus ». Il y a presque quelque chose de menaçant dans cette expression.

Et au fond, dans certaines situations, c’est vraiment le reflet de la réalité. Il y a des coins sur cette planète où on se tolère, pas plus que ça. On s’endure. Avec les tensions qui s’ancrent dans le paysage. Jamais très loin d’un conflit.

Finalement, je me demande si c’est si noble, la tolérance.

Trois religions monothéistes

Il existe des gens et des institutions qui avaient le devoir de nous emmener au-delà de la simple tolérance. Ils devaient nous parler d’harmonie, de partage et de bonne entente. Rien de moins ne devrait être acceptable.

Je pense évidemment aux trois religions monothéistes. Pourquoi? Parce que toutes prétendent être vectrices ou synonymes de paix. Et aussi parce qu’elles ont tellement de souches communes.

Un seul et même Dieu. Des textes fondateurs et de grands personnages qui ont creusé des racines communes avec les mêmes intentions divines.

Pourtant, nous n’avons qu’à regarder vers la Terre sainte. L’est-elle encore? Je pense à l’Irak, à la Syrie et maintenant à Paris. Entre tolérance et violence, la ligne est dangereusement ténue.

Paris, entre religion et politique

Dimanche 15 novembre 2015 à 23 h 41 | | Pour me joindre

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Je regarde Tout le monde en parle. Ces attentats sont politiques. Non, c’est religieux.

Par moment, j’ai l’impression qu’au Québec, nous vivons dans une société qui croit que la religion est une affaire terminée. Sauf que le Québec est bien le seul endroit sur cette planète qui arrive à une telle conclusion. Désolé, mais la planète carbure encore aux religions. Pour les bonnes et les pires raisons.

Souvent, pour ceux qui sont croyants, la foi est le moule qui fabrique les valeurs, les décisions, les actions de l’individu. Ajoutez à ça le sentiment d’injustice, d’impuissance et je ne sais quoi d’autre et vous avez un matériau que nous ne comprenons plus. Explosif.

Ce qui me frappe dans tout ça, c’est le peu de place qui est fait à la religion comme telle. Ce qui nous prive de comprendre pourquoi une vaste majorité de Musulmans sentent que des fous de Dieu (quel nom leur donner?) ont détourné leurs croyances, leur foi, leur religion.

Un scandale pour aider François?

Mardi 10 novembre 2015 à 21 h 06 | | Pour me joindre

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Troisième et dernier blogue suite à la publication de Chemin de croix de Gianluigi Nuzzi qui sera bientôt publié au Québec.

Pape François

On m’a posé la question à plusieurs reprises : est-ce que ce scandale va tuer les réformes de François? Est-ce la fin de l’espoir qu’inspirait François? Le Vatican aura-t-il dévoré François?

Au Vatican, on soutient que les informations contenues dans Chemin de croix sont des informations déjà connues. Oui, mais pas aussi bien documentées, avec autant de fins détails. Et vous savez ce qu’on trouve dans les détails?

 

Il y a plusieurs manières de voir la chose. Il y a ceux qui disent que nous avons sous les yeux un vaste complot. Des gens qui laissent circuler la rumeur que François souffre d’un cancer au cerveau et qui laissent entendre que le pape est terriblement isolé. Finalement, un homme qui n’a aucune autorité sur son gouvernement. Un piètre meneur. Je n’y souscris pas. François est plus rusé qu’il n’y paraît.

On pourrait aussi dire que tout ce scandale des finances du Vatican remonte à plusieurs années et que depuis tout a changé. Tout va bien, Madame la Marquise. Niet! Ça, c’est de l’angélisme, typique des relations publiques du Vatican.

Et puis, il y a ceux qui croient que ces révélations pourraient paradoxalement favoriser François. Il y a une minorité de gens dans l’Église qui se passeraient de François, soit quelques mafieux et d’autres qui ont perdu leur âme dans les jeux de pouvoir. Probablement aussi quelques cardinaux qui craignent de perdre leur vaste logement au profit d’une ouverture d’esprit dont l’Église semble avoir terriblement besoin. Mais ce sont des minorités.

À Rome, l’excellent vaticaniste Marco Politi décrit la situation simplement : François est bien seul parmi les loups. Ce scandale rappelle à la majorité de catholiques qu’il est plus que temps qu’elle se manifeste.

Se pourrait-il que ces révélations soufflent un peu de vent dans les voiles de François?

Les Incorruptibles en soutane

Lundi 9 novembre 2015 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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On l’a souvent dit, dès son élection, le pape François a créé des commissions et des groupes pour l’aider dans ses réformes. La commission chargée de fouiller les finances du Vatican me fait penser aux Incorruptibles – ce groupe d’agents du Trésor américain qui luttait pour faire respecter la prohibition -, avec Eliot Ness à la tête de la redoutable escouade. Sauf qu’ici, ce sont des incorruptibles en soutane. Du moins certains d’entre eux.

Dans le livre Chemin de croix, dont je vous parlais la semaine dernière, le journaliste Gianluigi Nuzzi nous décrit un univers étonnant. Cambriolage de documents, religieux qui recycle du fric sale, micros cachés, caisses obscures, fuites de documents. On ne s’ennuie pas dans les pages de Nuzzi.

Évidemment, ce qui nous frappe dans ce livre-choc, ce sont les finances catastrophiques du Saint-Siège, l’inertie et l’incompétence de ceux qui ont été nommés pour mener à bien les activités de l’Église.

Le fonds de retraite, par exemple. On se complaît, semble-t-il, à croire que le déficit n’est pas si grave. Bof! Quelques millions. On vendra un immeuble ou deux et tout rentrera dans l’ordre. La réalité, c’est que le déficit avoisine les 800 millions d’euros. De quoi mettre en péril le fonds de retraite de milliers de personnes et potentiellement la mission de l’Église.

On dira, que voulez-vous, ces hommes en soutanes ne s’y connaissent pas beaucoup en comptabilité et en administration. Mais il y a plus que ça.

Il y aurait une résistance institutionnalisée au changement qui trouve ses origines dans le pouvoir, le privilège, l’opacité. Nuzzi nous porte à penser que l’attitude des bureaucrates du Vatican frôle parfois le mépris à l’endroit du pape.

François donne un mandat clair à des experts qu’il engage pour enquêter sur les finances de la noble institution. Les experts se mettent en marche. Et comment réagissent certains responsables des départements de l’Église? Eh bien, on fait comme si de rien n’était. Vous cherchez les devis, les bilans, les documents? Dommage, il n’y en a pas par ici.

Vous pensiez, vous aussi, qu’il suffisait au pape de demander pour recevoir? Erreur. Dans cette administration, tant de choses sont… égarées. Et même quelques valeurs catholiques!

Il est évident que certains membres de la curie, parfois des cardinaux, ne se sentent absolument pas responsables ni obligés de répondre au pape. Est-ce qu’il y aurait un autre patron plus influent quelque part? Le diable, diriez-vous.

Cette résistance mine le travail et les réformes de François. Nuzzi soutient que peu de choses ont été accomplies jusqu’ici. Maintenant, on sait pourquoi!

Chemin de croix

Vendredi 6 novembre 2015 à 18 h 02 | | Pour me joindre

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Le pape François

Chemin de croix. C’est le titre du livre du journaliste Gianluigi Nuzzi qui sera publié dans quelques semaines au Canada. Fascinant! Effrayant!

Évidemment, parce qu’on y trouve une foule d’anecdotes croustillantes, mais surtout parce qu’il nous fait comprendre pourquoi le pape François a tant de mal à faire avancer ses réformes.

Il y a dans l’administration de cette vieille institution des trous noirs. Et il y a manifestement des gens qui adorent les trous noirs. Parce que ça leur permet de naviguer dans une totale absence de contrôle et d’y trouver des privilèges inouïs.

Le denier de Saint-Pierre

Chaque année, il y a des collectes spéciales qui sont effectuées partout sur la planète catholique et qui servent  à financer les bonnes oeuvres du pape. C’est le denier du pape. On y recueille des millions de dollars. En 2013, 78 millions de dollars. Cette cagnotte doit permettre au pape de venir en aide aux pauvres. Ça, c’est le principe. La réalité, c’est qu’étrangement il ne reste pas beaucoup d’argent pour les pauvres. Moins de 20 %.

Mais où sont allés les sous? C’est la question que se pose Gianluigi Nuzzi, tout comme François. « L’argent versé par les fidèles est-il employé pour des oeuvres de bienfaisance ou englouti par les trous noirs des dispendieuses administrations du Saint-Siège? »

De beaux appartements

Je fouille dans le livre de Nuzzi et que vois-je? Une liste des appartements des cardinaux. Tenez-vous bien.

Le cardinal Levada, un logement de 524,75 mètres carrés (5648 pieds carrés). Le très sympathique Roger Etchegaray, lui, habite dans un peu plus petit : 472,05 mètres carrés. Le controversé cardinal Raymond Burke : 417 mètres carrés. Notre Canadien Marc Ouellet? 467,50 mètres carrés. Et non, ce n’est pas parce qu’ils ont une famille à loger qu’on leur offre de si vastes résidences en plein coeur de Rome. Au fait, que paient-ils, ces grands personnages de l’Église comme loyer? C’est gratuit!

Mais mieux encore! « L’agence qui gère tout le patrimoine immobilier n’oublie pas chaque année d’affecter au bas mot 700 000 euros comptants à la réorganisation des logements destinés aux supérieurs de la curie romaine. »

Des documents

La force du livre de Nuzzi tient au fait qu’on y trouve une foule de documents qui illustrent de manière effrayante que les finances de la curie sont obscures, opaques, vagues et mal foutues. Des documents issus de fuites bien embarrassantes pour le Vatican.

L’agence qui gère l’immobilier du Saint-Siège à Rome est incapable de fournir l’inventaire exact des biens de l’Église. Elle est incapable de justifier pourquoi certains des locataires ne paient que 29 euros par année pour leur loyer en plein centre de Rome.

Les responsables du gouvernorat du Saint-Siège sont incapables d’expliquer comment 700 000 euros de marchandises sont disparus du supermarché du Vatican. Quelque 300 000 euros de pertes à la pharmacie. Et un trou de 800 millions d’euros dans les fonds de retraite.

« Des coûts hors de contrôle, des contrats remplis de pièges, des fournisseurs malhonnêtes » avec des bilans, des devis, des inventaires… inexistants.

Au mieux, c’est le royaume de l’amateurisme. Sinon, on nage dans un univers d’escroqueries et de malhonnêteté. De bien confortables trous noirs, pour certains? Avec la bénédiction du diable!

Demain, François et la résistance institutionnelle.

Synode sur la famille

Dimanche 25 octobre 2015 à 18 h 53 | | Pour me joindre

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141021_xh0df_pape-francois_sn635Ce synode sur la famille, une page d’histoire, a-t-on cru?

Ils étaient effectivement plus de 300. Réunis au Vatican pour discuter famille. Familles d’aujourd’hui. Éclatées, parents de même sexe, monoparentales, concubinage et combien d’autres réalités qui sont les nôtres.

Un énorme événement catholique. Avec une foule d’évêques et d’archevêques et même plusieurs grands cardinaux venus de partout. Et, il faut le dire, quelques laïcs et même quelques couples. Donc… quelques femmes!

Et un gigantesque défi pour le populaire François. Au fait, le pape a-t-il remporté la mise ou a-t-il perdu sa crédibilité face à la frange très, très traditionaliste qui ne voulait rien céder? Un homme, une femme, des enfants. Et tout ce beau monde à la messe, le dimanche.

Donc, ils étaient nombreux à graviter autour de ce long synode. Certains pour sincèrement comprendre la famille d’aujourd’hui. Pour d’autres, manifestement, c’était une occasion en or pour réaffirmer tout haut et tout fort ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dans l’univers familial.

L’exercice se voulait au départ un exercice d’ouverture. Permettre à cette institution de se rebrancher sur le monde d’aujourd’hui qui lui échappe. Ce fut trois semaines de débats teintés de chicanes et de tonitruantes déclarations sur ce qui est bien et ce qui est mal. Avec parfois des accusations à peine voilées à l’endroit du pape François. Du jamais vu!

 

Ces dernières heures, j’ai reçu un courriel un brin désespéré qui résume bien, je crois, ce que bon nombre de gens d’ici et d’ailleurs se disent: il faudrait dire quelque chose quant à l’absence de femmes lors des votes, hier soir à la fin du synode. J’ai le feu !

Je connais cette femme qui m’a écrit. C’est une religieuse qui a consacré sa vie à la foi catholique. Elle est inquiète. Les femmes, à peine une ombre ? On voulait parler de famille? Sans une costaude, une imposante, une majorité féminine? Avec presqu’exclusivement des hommes qui ont renoncé à la sexualité et à la vie de famille?

Certains se demanderont s’il n’y a pas un éléphant dans la pièce?

Pourquoi le Saint-Siège?

Jeudi 24 septembre 2015 à 19 h 34 | | Pour me joindre

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Le Saint-Siège est probablement la plus ancienne diplomatie de notre temps, avec un réseau incroyable et bien implanté. Son histoire est faite de tragédies, de guerres de pouvoir et aussi de très beaux coups comme le rapprochement entre La Havane et la Maison-Blanche.

Cet aspect est certainement reconnu par les Nations unies, puisque le Saint-Siège y dispose d’un statut d’observateur permanent. Je dis bien le Saint-Siège, parce que contrairement à ce qu’on raconte, le Vatican n’est pas un membre à part entière de l’ONU. C’est le Saint-Siège auquel on a conféré le statut d’observateur permanent.

À ce titre, le Saint-Siège peut faire à peu près tout ce que font les autres : participer aux débats, faire circuler des documents, tenter de convaincre les autres, bref tout sauf… voter. Ce qui convient parfaitement au Saint-Siège, qui n’est jamais obligé publiquement de voter d’un côté ou de l’autre sur des questions épineuses.

Saint-Siège et Vatican, est-ce la même chose?

Pas une miette! Le Vatican fait référence à un État. Ou à quelque chose qui y ressemble. Tandis que le Saint-Siège, c’est ni plus ni moins la succession de… saint Pierre! Pensez-y : la succession de saint Pierre. Aussi bien dire que ce qu’on reconnaît à l’ONU c’est une autorité morale. C’est un cas unique à l’ONU.

Mais voilà, depuis quelques années, il y a des gens qui se demandent pourquoi l’Église a droit à un tel traitement privilégié. Pourquoi uniquement les catholiques? Pourquoi pas les musulmans, les bouddhistes ou les mormons? Pourquoi la religion catholique serait-elle la seule à disposer d’un tel outil pour défendre une vision très particulière du monde, avec tout ce que ça implique quand il est question de contraception, d’avortement, du droit des femmes?

François le souriant à Cuba

Vendredi 18 septembre 2015 à 15 h 12 | | Pour me joindre

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Une femme décore son balcon avec une affiche du pape François à La Havane, le 30 août 2015. Le pape visite l'île du 19 au 22 septembre.
Une femme décore son balcon avec une affiche du pape François à La Havane, le 30 août 2015. Le pape visite l’île du 19 au 22 septembre.

Première étape d’un voyage où rien n’est un hasard. Ni les États-Unis et certainement pas Cuba. Mais commençons par Cuba.

On imagine qu’entre Castro, Cuba et François, il y a des affinités. Difficiles de les manquer. D’abord, ce pape ne se gêne jamais pour critiquer les excès du capitalisme. Il dénonce aussi les illusions du progrès technologique. De plus, ce pape, il vient du sud. De l’Amérique du Sud. Ça le rend sympathique, non?

Et en plus, il fallait le faire, il a séduit Obama et Castro!

Une île sous embargo et athée

C’est curieux quand même. Voici une île, sous embargo et athée pendant plusieurs décennies, où il n’était pas bon d’être curé, évêque ou simplement croyant. Vous devriez voir l’état lamentable de certaines églises. On aurait pu s’attendre qu’avec tant d’hostilités ou de restrictions, il ne reste rien de l’âme catholique et aucun intérêt pour un pape, fût-il sympathique, souriant et Argentin. Eh bien non!

D’autres avant lui

Fidel, à l’époque, était fasciné par le pape Jean-Paul II. Parlez-en au cardinal Etchegaray (j’ai vu chez lui une grosse photo de Fidel) et aux multiples émissaires de Jean-Paul II qui ont passé des heures et des heures enfermés avec Fidel, qui voulait tout savoir de ce pape polonais qui combattait l’Union soviétique, le marxisme, le communisme et la dictature en général.

Le voyage de Jean-Paul II en 1998 a été, en ce sens, tout un événement! Mais au fait, qu’est-ce qu’a dit Jean-Paul, place de la Révolution, à La Havane, ce jour-là? Il avait trouvé une jolie phrase, bien tournée, me semble-t-il… Il faut que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba? Tiens, tiens…

Voici donc que 17 ans plus tard arrive le souriant François. On raconte qu’il a usé de son capital de sympathie pour débloquer les relations impossibles entre La Havane et la Maison-Blanche. Pas tout seul, mais quand même!

Lui, ce pape que certains associent à la théologie de la libération (on exagère, mais enfin). Lui qui aime les bidonvilles, les pauvres et les prisonniers. Voici donc que ce pape vient récolter ce que d’autres avant lui ont semé? C’est un travail d’équipe, diront-ils!

Un converti?

Raoul doit l’attendre avec impatience. Il a promis qu’il assisterait à toutes les messes du pape. Si ça continue, Raoul pourrait redevenir croyant et pratiquant. C’est lui qui l’a dit. Si François devait réussir un truc pareil, imaginez… Comment disent les Américains déjà? Sky is the limit! Pour un pape, c’est bien.