Accueil

Synode : le point de bascule

Mardi 21 octobre 2014 à 16 h 01 | | Pour me joindre

Pour me joindre

141021_xh0df_pape-francois_sn635

Le pape François, en train de regarder sa montre (mars 2014). Photo : Radio-Canada

Le synode extraordinaire sur la famille est terminé. Le rapport final a été approuvé et rendu public (toujours pas en français ni en anglais). Les évêques ont repris le chemin du retour. Les cardinaux membres de la curie sont retournés à leur bureau. Prochaine étape dans un an? Niet. Parce qu’il y a des conséquences que seul le temps nous permettra de mesurer.

Je pense notamment (évidemment) aux divorcés (remariés ou pas) et aux couples homosexuels. Des gens qui, dans bien des cas, auraient toutes les raisons du monde de couper définitivement les ponts avec l’Église catholique, mais qui, pour une raison ou une autre, choisissent de ne pas s’éloigner et d’espérer. Surtout d’espérer. Au lendemain de ce synode, espèrent-ils encore quelque chose?

Dommages collatéraux

Un bref instant, la semaine dernière, ils ont cru qu’on allait leur ouvrir la porte. Mais après d’âpres discussions, des mots durs, parfois dérangeants, on leur a dit… meilleure chance la prochaine fois.

Le cardinal Raymond Burke a sonné la charge. « La pratique homosexuelle est toujours et partout mauvaise et diabolique. » Et pour ne laisser aucun doute sur sa vision des choses, le cardinal ajoutait, en entrevue (BuzzFeed, 17 octobre 2014) que « ceux qui n’acceptent pas l’enseignement de l’Église sur ces questions, ne sont pas avec l’Église et ils devraient faire un examen de conscience ou quitter l’Église s’ils ne peuvent pas l’accepter ».

Point de bascule?

Comment mesurer le découragement de certains observateurs au lendemain du synode? Certains doivent se dire : « C’est assez. »

Le blogueur Paul Brandeis Rauschenbush l’exprime clairement. « J’en ai assez de ce débat sur l’homosexualité. » Paul vit avec Brad, son conjoint depuis 13 ans. Ils sont mariés depuis deux ans. Les travaux du synode l’ont d’abord étonné et réconforté. Mais à la fin, c’est une sorte de dégoût qu’il décrit dans les pages du Huffington Post.

« L’idée que des gens, comme ça, puissent débattre de ma vie amoureuse me semble étrange et insultante! » « Me rendre service? Oubliez ça! » C’est comme s’il y avait un avant et un après-synode. Certains, comme Paul Brandeis Raushenbush, considèrent que le point de bascule a été franchi.

La déception?

Lundi 20 octobre 2014 à 16 h 23 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En fin de semaine, le rapport final du synode sur la famille a été rendu public. Soixante-deux articles ont été passés au crible. Les participants ont voté sur chaque paragraphe. Pour qu’un article soit retenu, il devait être approuvé par les deux tiers de l’assemblée.

Trois articles n’ont pas été retenus. Deux portent sur les divorcés remariés. L’autre, sur la question de l’homosexualité.

Dans un document de travail qui a fait beaucoup de bruit la semaine dernière, ce qui retenait l’attention, c’est l’esprit d’ouverture. On y disait, notamment, que parmi les couples homosexuels, il y a parfois un engagement qui va jusqu’au sacrifice. Un peu plus et on faisait de ces couples un modèle pour les catholiques.

Dans le document final du synode, on ne parle plus que de ces hommes et femmes qui doivent être accueillis avec respect et délicatesse.

Respect et délicatesse. Ce n’est pas exactement un accueil enthousiaste. Mais même cette version finale édulcorée n’a pas été retenue par les pères synodaux. Rejetée!

On ne sait pas vraiment pourquoi cette modeste proposition a été rejetée. Serait-ce parce que même ça, c’est inacceptable aux yeux des plus conservateurs? Une ouverture trop osée? Ou serait-ce, au contraire, parce que c’est si peu, si timoré, comme ouverture?

Une victoire des conservateurs?

J’ai lu, en fin de semaine, les propos du cardinal américain Burque. Pour lui, il faut dire les choses clairement : l’homosexualité est intrinsèquement inacceptable. Point à la ligne.

J’ai aussi lu les propos du cardinal autrichien Schönborn, que certains considèrent comme un sérieux papabile et un progressiste. Pour expliquer le rejet des propositions d’accueil aux homosexuels, le cardinal parle de culture. « Il ne faut pas oublier que des évêques viennent de cultures très différentes, où d’autres religions, par exemple l’islam, sont prédominantes, et où ce thème (homosexualité) est un thème très délicat. »

Oui, on veut bien. Mais en lisant ces propos, je me suis demandé si l’Église n’a pas toujours cru qu’il lui fallait défendre ses valeurs au-delà de ces contextes particuliers. Combien de catholiques sont devenus des saints justement parce qu’ils ont fait la promotion de la foi chrétienne en milieu hostile? Depuis quand, au fait, l’Église propose-t-elle de taire ses convictions parce que certains pourraient ne pas aimer ça?

Le cardinal Schönborn poursuit sa réflexion : « Des déclarations mal vues dans ces pays pourraient être un problème pour les pasteurs et pour l’Église. » Et  il ajoute : « C’est un message envoyé dans des pays où la peine de mort peut être infligée aux homosexuels. »

Serait-ce donc au nom de cette peur qu’il vaut mieux ne pas se montrer trop accueillant?

Sans doute, certains sont déçus. Ils ont le sentiment que le pape François vient de perdre une manche dans cette bataille pour l’accueil et l’ouverture. Ce pape aurait-il déjà baissé les bras? J’en doute!

Dimanche, en fin de synode, voici quelques mots de François, avec une ovation!

« Nous avons encore un an pour mûrir, avec un vrai discernement spirituel, les idées proposées et trouver des solutions concrètes à tant de difficultés et d’innombrables défis que les familles doivent affronter, à donner des réponses à tant de découragements qui entourent et étouffent les familles. » — le pape François

À suivre.

L’affrontement

Vendredi 17 octobre 2014 à 20 h 49 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Au Vatican, lundi dernier, un document de travail a été rendu public. En principe, ce document reflète les positions et les opinions qui ont été exprimées jusque-là au synode extraordinaire sur la famille. C’est un document de travail, rien d’autre, nous a-t-on dit. Oui, mais…

Vous le savez déjà, ce qui frappe dans ce document de travail, c’est le ton, la volonté d’accueillir :

- « Il faut accueillir les personnes avec leur existence concrète, savoir soutenir leur recherche, encourager le désir de Dieu et la volonté de se sentir pleinement partie intégrante de l’Église, même ceux qui ont fait l’expérience de l’échec ou se trouvent dans les situations les plus disparates. »

- Il faut « comprendre la réalité positive des mariages civils et, compte tenu des différences, des concubinages ».

- « Dans ces unions aussi, on peut voir des valeurs familiales authentiques, ou du moins le désir de celles-ci. »

- « Les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne : sommes-nous en mesure d’accueillir ces personnes en leur garantissant un espace de fraternité dans nos communautés? »

Il y a 58 articles dans ce document de travail qui a fait couler beaucoup d’encre et alimenté les espoirs les plus fous des catholiques progressistes.

Mais… c’est un document de travail. Lundi, le document était remis aux participants du synode qui, divisés en petits groupes, avaient le devoir de commenter et, au besoin, de proposer des modifications à toutes ces idées.

C’est ici que commencent les mises en échec! Très rudes. Si, en début de semaine, on entendait les soupirs de satisfaction des progressistes, ce qu’on entend maintenant, ce sont les cris de ralliement des plus conservateurs (les cardinaux Wuerl, Ouellet, Dolan, Burque et plusieurs autres) qui veulent éliminer ces ouvertures trop osées qui touchent les divorcés, les communautés homosexuelles et combien d’autres choses qui remettent en cause, disent-ils, la tradition et peut-être même la foi catholique!

L’heure est grave, vous dis-je!

Au beau milieu de ces confrontations, je retiens quelques mots du pape François que j’ai trouvés dans une homélie prononcée tôt le matin, cette semaine. François fait référence à l’Évangile et parle de ceux qui « ne comprenaient pas les signes du temps parce qu’ils étaient trop enfermés dans un système ». Coïncidence?

Et encore, voici qu’il pose une sacrée question : « Suis-je attaché à mes idées, suis-je fermé? Ou suis-je ouvert au Dieu des surprises? »

Le document de travail a été bombardé, égratigné, retravaillé. Une nouvelle version sera présentée aux participants du synode qui voteront sur la version officielle.

Ce que certains évêques et cardinaux craignent, c’est que tout cet exercice n’aboutisse qu’à la réaffirmation des certitudes traditionnelles de l’Église : hors de l’Église, hors du mariage… point de salut!

À suivre dans les jours qui viennent.

Le pardon de Maggy

Vendredi 10 octobre 2014 à 14 h 32 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Maggy Barankitse
Maggy Barankitse

Maggy est arrivée à notre rendez-vous avec un boubou flamboyant et un sourire à vous réchauffer le cœur, même par grand froid de janvier. J’étais tellement heureux de la rencontrer. Ça faisait des années que j’espérais cette rencontre. Une rencontre marquée par le sourire et le rire de Maggy.

Pourtant, l’histoire de Maggy est une telle tragédie!

Maggy Barankitse est burundaise. En 1993, son pays a été la scène d’horreurs indescriptibles, de meurtres sauvages, de massacres interethniques que je ne m’aventurerai pas à décrire ici. En quelques jours, des dizaines de milliers de personnes y ont laissé leur vie dans une violence inouïe. Et Maggy était là.

Ils l’ont déshabillée, attachée à une chaise et l’ont forcée à assister aux massacres de ses amis. Des dizaines d’entre eux. Puis, ils ont mis sur ses genoux la tête de sa meilleure amie, à qui Maggy venait de promettre de prendre soin de ses enfants.

Dans les mois et les années qui ont suivi, Maggy a accueilli des milliers d’enfants qui ont tout perdu. Shalom, c’est le nom de la maison qu’elle a fondée.

La première fois que j’ai vu Maggy, c’était dans un excellent reportage de mon collègue Jean-Pierre Dussault. J’ai été ému jusqu’à l’os! C’était en 2004. Depuis, j’ai souvent pensé à Maggy, à la force de son caractère, à sa détermination, à son amour pour la vie. Il y a quelques mois, Jean-Pierre m’a dit que Maggy venait au Québec.

C’était en juin. Maggy est arrivée à notre rendez-vous à Montréal avec son sourire et son regard puissant. Nous avons passé deux heures ensemble. J’y aurais passé la journée. Je voulais savoir comment on peut vivre avec de tels souvenirs? Que sont devenus les enfants qu’elle a accueillis, Lisette et les autres? Est-ce qu’il y a une vie après l’horreur? Aime-t-on la vie autant après? J’avais des centaines de questions.

Elle m’a raconté. Avec beaucoup de patience et de pudeur. J’ai eu du mal, par moment, à contenir l’eau dans laquelle mes yeux se noyaient. Maggy m’a déstabilisé.

C’est que pour Maggy, il n’y avait qu’une seule manière de sortir de ce cauchemar : pardonner.

Vous avez fait quoi?, lui ai-je dit. Pardonner? Vraiment? Pardonner à qui? Pas aux meurtriers quand même? Oui, à qui d’autres. Comment? Pourquoi? Pour ne pas sombrer dans la folie, pour éviter le suicide. On fait ça comment, un pardon comme celui-là? Avec les meurtriers, on tourne la page, avec honnêteté.

Je vous l’avoue, le pardon de Maggy m’a jeté par terre. J’ai encore du mal à comprendre. C’est puissant un pardon comme celui-là. C’est aux limites des choses humaines. Moi, ça me dépasse.

Souvent, les gens me demandent quelles rencontres m’ont le plus marqué au fil des ans. Aujourd’hui, je peux vous dire que ces deux heures avec Maggy m’ont profondément touché.

Le pardon de Maggy, c’est dimanche à 13 h 30 à Second Regard, à ICI Radio-Canada Télé. Ensuite, sur Tou.tv.

De toute évidence, le pape François sait que certains de ses évêques et de ses cardinaux ne partagent pas sa vision de souplesse et d’ouverture sur les questions qui touchent la famille. Il sait aussi que certains de ses ministres les plus importants (Müller, Ouellet, Pell, Scola) font campagne pour que, par exemple, le mariage demeure indissoluble : « C’est un sacrement, le mariage. Ça ne se défait pas. »

Il y a un vent d’opposition qui se lève sur les projets de François, et il le sait. La veille de l’ouverture officielle du synode sur la famille, il parlait ouvertement de la confrontation et de la nécessaire capacité d’écoute. Il n’a pas manqué de souligner que tout ce beau monde ne se réunissait pas pour « discuter d’idées belles et originales ». Ni pour « savoir qui est le plus intelligent ».

 « Pour rechercher ce que le Seigneur demande aujourd’hui à son Église, nous devons percevoir l’odeur des hommes d’aujourd’hui, jusqu’à être imprégnés de leurs joies et de leurs espérances, de leurs tristesses et de leurs angoisses. Ainsi, nous saurons proposer de manière crédible la bonne nouvelle sur la famille. » – le pape François

Ça, c’est un appel à l’humilité et à la compassion. Et il y a là tout un défi pour cette Église, qui parfois semble avoir oublié les vertus de la modestie et de l’accueil sans jugement.

Au cours de ce synode sur la famille, on parlera beaucoup des divorcés remariés, parce que ça exprime combien l’Église peine à concilier son message sur l’institution du mariage et la réalité aujourd’hui d’un très grand nombre de personnes qui ont traversé séparations et divorces.

Si l’Église est incapable de trouver une solution à ces situations qui soulèvent bien des injustices, comment l’Église parviendra-t-elle à être crédible quand il sera question des mères porteuses, des mariages entre conjoints de même sexe et tutti quanti?

Dans les mois qui viennent, dans cette confrontation qui s’annonce, François va jouer le cœur de son pontificat, et l’Église, sa crédibilité.

Le synode de la discorde?

Vendredi 3 octobre 2014 à 17 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le pape François
Le pape François au Vatican vendredi

L’élection de François a suscité d’énormes espoirs chez ceux qui souhaitent des changements dans l’Église. Et de fait, comme vous le savez, rapidement après son élection, François a enclenché plusieurs processus de réformes qui touchent notamment la gouvernance, les finances de l’Église et l’Institut pour les œuvres de religion (surnommé la banque du Vatican).

Terriblement administratif, tout ça? Certains disent qu’au contraire, c’est la manière d’être de l’Église qui pourrait changer. On verra. Mais chose certaine, ils sont nombreux à espérer davantage. Et c’est pour ça que le synode qui débute dimanche à Rome a tant d’importance.

Un synode extraordinaire, comme celui-ci, c’est le pape qui convoque des évêques, des experts et des laïcs pour les consulter sur une question importante ou même urgente. Ils seront plus de 250 autour de François. Et pour les deux prochaines semaines, le pape veut consulter tout ce beau monde sur… la famille.

Le questionnaire

Vous vous souvenez, il y a quelques mois, François a fait circuler un questionnaire dans tous les diocèses de la planète. Le questionnaire portait justement sur la famille. Ce pape veut savoir ce que les catholiques pensent du concubinage, de la contraception, du divorce, etc..

En tout, 39 questions qui mettent en relief une grande préoccupation de l’Église : pourquoi son message ne passe-t-il pas? Pourquoi, en Occident, tant de catholiques ignorent-ils carrément les enseignements de leur Église sur le mariage, la sexualité, l’amour?

Dans les semaines et mois qui viennent, un des sujets qui va faire beaucoup de bruit, c’est le sort que l’Église réserve aux divorcés remariés.

Plusieurs, dont le pape François, se demandent si on ne devrait pas alléger le processus d’annulation de mariage. Cela permettrait de régulariser  la situation d’un grand nombre de catholiques qui sont punis du fait de l’échec de leur mariage (peu importe à qui la faute) s’ils se donnent une deuxième chance, s’ils tentent de refaire leur vie avec un nouveau partenaire.

Sujet banal? Détrompez-vous. Ce thème pourrait bien être un champ de bataille entre les progressistes et les conservateurs qui trouvent que François va trop loin. Et ils ne se cachent plus pour le dire. Ces conservateurs soutiennent que si la société est en crise, ce n’est pas à l’Église de plier!

Mais au fait, est-ce la société qui est en crise ou tout simplement l’Église catholique?

Je vous reparle de tout ça dans les jours qui viennent. Ce synode extraordinaire promet d’être fascinant. Tout sauf banal!

Un bien beau dimanche

Dimanche 27 avril 2014 à 13 h 43 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le pape François donne une accolade à son prédécesseur, Benoît XVI, en marge de la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II, à Rome, le 27 avril.
Le pape François donne une accolade à son prédécesseur, Benoît XVI, en marge de la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II, à Rome, le 27 avril.

Il y a une image qui raconte bien l’impression qu’il me reste après cette cérémonie de canonisations. C’est le tapis rouge.

Il y avait un beau tapis rouge qui menait au siège réservé au pape François. Au tout début de la cérémonie, plutôt que de suivre le tapis rouge, François a bifurqué vers sa gauche et s’est dirigé tout droit vers Benoît XVI.

Poignée de main, accolade et tout. Moment fort sympathique. Et tout ça, non pas dans la basilique, en privé, mais devant les caméras du monde entier. Ce n’est pas un hasard, mais une jolie mise en scène qui dit tout.

L’embellie

Il y a 18 mois, vous vous souvenez? On avait clairement le sentiment que les affaires du Vatican allaient à la catastrophe. Tempêtes et autres tristes histoires, y compris la trahison du majordome de Benoît XVI qui, finalement, démissionne.

Ce n’est pas rien, un pape qui démissionne. Peut-être Benoît XVI avait-il hâte que tout ça s’arrête. Se retirer, lire et écrire. Mais François lui a demandé de reprendre du service. Un peu, disons. Comme aujourd’hui.

La présence de Benoît XVI et cette accolade médiatisée, c’est bon pour cette Église qui avait besoin de montrer au monde entier et aux catholiques en particulier qu’elle a retrouvé la sérénité.

C’est aussi l’impression que cette double canonisation me donne. Certains disent que Jean XXIII a été l’instigateur d’une profonde réflexion sur l’Église et que Jean-Paul II a été le coup de frein à tout ce mouvement. Je ne partage pas tout à fait cette analyse, mais avec cette double canonisation l’image projetée est celle de la réunification, de l’unité. Quatre papes et un même combat.

Le bain de foule

Après la longue et solennelle messe, François a remercié et salué un à un les invités d’honneur, rois et reines et politiques. Avec une patience inouïe.

Et une fois chose faite, pourquoi pas une balade en papemobile au milieu de la foule.

C’est dingue! La foule est dense. Évaluée à 1,3 million de personnes. Il n’y a pas grand-chose qui protège le pape. Certainement pas les gardes du corps qui ne pourraient rien faire si la foule s’emportait. En plus, il y a des gens dans la foule qui lancent des trucs au pape. Un foulard, un drapeau, un chapeau. Il y a même quelqu’un qui lui a lancé un manteau ou une veste.

Plutôt que de s’offusquer de la situation, François prend le manteau et demande à celui qu’il l’a lancé si c’est vraiment pour lui! Avec un immense sourire!

On a beau aimer les bains de foule, on se dit que c’est dangereux, le métier de pape. Mais enfin, c’est un hasard, vous croyez, cette caméra dans la papemobile juste derrière le pape?

On dit que c’était un moment historique. On a déjà surnommé l’événement le dimanche des quatre papes.  Je dirais plutôt un bien beau dimanche pour retrouver l’unité… et le sourire.

Jean-Paul le Grand?

Samedi 26 avril 2014 à 12 h 37 | | Pour me joindre

Pour me joindre

L’image que certains ont gardée de Jean-Paul II, c’est celle d’un vieillard qui transporte partout son agonie. Personnellement, j’ai toujours eu l’impression que, dans ses dernières années, Jean-Paul II faisait littéralement son chemin de croix sur la place publique. C’est un peu triste parce que cette image occulte tout ce qu’a été le pape polonais.

Jean-Paul II, c’est ce pape qui aura confronté les autorités polonaises et soviétiques, à qui l’on reconnaît un rôle indéniable dans la chute du communisme et du mur de Berlin. Même Gorbatchev l’avouait. Ce pape a fait plus que moi, a-t-il confié à un diplomate qui m’a raconté l’anecdote, il y a quelques années, aux Nations unies.

Jean-Paul II, ce sont des discours passionnés, audacieux et courageux contre certaines dictatures, la mafia italienne, le capitalisme sauvage et quoi d’autre encore.

C’est aussi le pape des pardons. Souvenez-vous de cette image incroyable de Jean-Paul II qui, d’une main tremblante, glisse un billet entre les pierres du mur des Lamentations.

Et que dire de l’autre pardon vraiment inusité. Lorsqu’il se rend à la prison pour pardonner, face à face, à celui qui a tenté de l’assassiner. Et presque réussi d’ailleurs.

Puis, les moments historiques qui ont quand même changé bien des choses. Le premier pape à être entré dans une synagogue et dans une mosquée, la grande rencontre d’Assise où étaient invités tous les grands chefs spirituels de la planète. Ce pape incarne toute l’urgence du dialogue interreligieux. Un précurseur.

Enfin, l’agonie. Interminable. Jusqu’aux funérailles où des milliers de personnes scandaient Santo Subito, faites-en un saint tout de suite.

D’ailleurs, est-ce que ce n’est pas un peu ce que Benoît XVI a fait en mettant le procès en canonisation de son ami sur la voie rapide?

Un de ceux qui ont consacré les deux dernières années à cette cause, au Vatican, m’expliquait récemment que Benoît XVI lui avait dit « vous faites tout dans les règles, mais priorité absolue à la cause de Jean-Paul II ». Et voilà! Neuf ans et Jean-Paul II a passé toutes les étapes. Autre record.

Controverses?

Malgré tout, suis-je étonné de voir maintenant qu’il existe une certaine controverse autour de la canonisation du pape polonais? Non, vraiment pas. Il fallait tout un caractère pour accomplir ce qu’il a fait. Du coup, ça vous étonne, vous, qu’en chemin, il ait pu froisser et déplaire royalement à pas mal de gens?

Par exemple, je ne suis pas certain que partout au Brésil, les partisans de la théologie de la libération ont gardé un bon souvenir de l’intransigeance de ce pape. Je suis par ailleurs convaincu que bien des gens ne lui ont pas pardonné le radicalisme de son opposition à la contraception et à l’avortement. Et que dire de ces milliers de religieuses déçues de voir comment Jean-Paul II a pratiquement verrouillé le débat sur le sacerdoce des femmes?

On dit qu’on ne canonise pas un pontificat, mais la personne. Oui, mais il n’est vraiment pas toujours facile de faire la part des choses. Surtout quand on a été un tel meneur.

Enfin, j’imagine que certains auraient préféré qu’on dise Jean-Paul Le Grand plutôt que Saint Jean-Paul.

Le bon pape

Vendredi 25 avril 2014 à 16 h 40 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Dimanche, le pape François canonisera Jean XXIII et Jean-Paul II. Un événement inusité et historique. Aujourd’hui, je voudrais vous dire un mot ou deux sur le bon pape.

À quelques heures de train du Vatican, passé Milan, passé Bergame, il y a Sotto il monte, petit village tranquille de 4000 habitants. C’est là qu’est né Angelo Giuseppe Roncalli, celui qui allait devenir Jean XXIII.

À Sotto il monte, j’ai eu l’impression que le temps s’était arrêté. Il y a ici la maison paternelle où Angelo a été élevé. Et, juste à côté, il y a un musée rempli de trucs et de babioles qui lui ont appartenu. Plus loin, une soutane et j’en passe.

Sotto il monte est devenu un véritable sanctuaire dédié à la mémoire de Roncalli. On y trouve même la main et le visage du pape qui ont été moulés quelques instants après son décès. Un peu lugubre, mais enfin…

Il existe bel et bien un culte populaire autour de la personnalité de Jean XXIII. Les gens parlent de lui toujours comme du bon pape, comme on l’a surnommé.

Justement, qui avait vu venir son élection en 1958? Tiens… un autre pape que nous, les journalistes, n’avions pas vu venir. Ça devient une tradition?

J’ai rencontré dans ce village l’ancien secrétaire particulier de Jean XXIII, Mgr Loris Francesco Capovilla. Il habite au village. Il a 98 ans. Quand nous l’avons contacté pour le rencontrer, il a dit à ma collègue : « Bien sûr, mais si je suis toujours vivant. » Pourtant, il a beaucoup d’énergie.

Mgr Capovilla a raconté à quelques reprises comment Jean XXIII, quelque temps après avoir été pape, lui a confié qu’il songeait à convoquer à Rome tous les évêques du monde pour une grande réflexion sur l’avenir de l’Église. Ça a été le concile Vatican II.

Jean XXIII avait en tête d’ouvrir les fenêtres de l’Église. Aggiornamento! Une mise à jour majeure pour une Église en crise.

Le pape François a fait de Mgr Capovilla un cardinal, le mois dernier. À 98 ans! Vous ne trouvez pas ça étrange? François fait cardinal le secrétaire de Jean XXIII, puis il canonise Jean XXIII! Je pense que le message est limpide comme de l’eau de source. Pour François, cette nomination et cette canonisation sont une déclaration en faveur du concile Vatican II. D’ailleurs, il a dit récemment que le concile était un moment fondamental dans la vie de l’Église et… qu’il est temps d’aller plus loin.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cette canonisation en dit long sur le plan de match de François pour les mois et années qui viennent.

Dimanche, à Second Regard, reportage sur les canonisations inusitées de Jean XXIII et de Jean-Paul II.

Demain, je vous parle du percutant Jean-Paul II.

Les saints sans miracles

Vendredi 4 avril 2014 à 16 h 51 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le pape François Alessandro Bianchi / Reuters

Cette semaine, le pape François a canonisé trois personnages, dont Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval. Et, surprise, sans que des miracles aient été confirmés.

Généralement, dans l’Église catholique, pour devenir saint, ça prend des miracles. Habituellement deux. Un premier pour être déclaré bienheureux, et un second pour être canonisé. Et ce dernier doit s’être produit après la béatification.

Ça ne sert absolument à rien d’accumuler des centaines de miracles avant la béatification parce qu’une fois bienheureux, on remet le compteur à zéro.

Mais à quoi servent les miracles?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas Marie de l’Incarnation, le frère André ou même Jean-Paul II qui produit des miracles. Le miracle est attribuable à Dieu.

Et si ce miracle se produit, c’est peut-être parce que Marie, André ou Jean-Paul ont intercédé auprès de Dieu. Et si Marie, André ou Jean-Paul ont été en mesure d’intercéder, c’est qu’ils sont près de Dieu. Et s’ils sont près de Dieu, c’est que Dieu apprécie leur présence. Ce qui nous porte à croire qu’ils sont de saintes personnes.

C’est un bon contact à moi à la Congrégation pour la cause des saints, à Rome, qui m’a expliqué l’affaire. Et laissez-moi vous dire que mon contact, lui, il s’y connaît.

Sans miracles

Le pape a quand même du pouvoir dans cette grande institution. Il peut notamment décider, selon certaines règles, qu’un candidat à la sainteté soit dispensé de l’obligation des miracles pour devenir un digne modèle de l’Église universelle.

Plusieurs papes l’ont déjà fait. De façon régulière, certes, mais vraiment pas souvent. Par exemple, Benoît XVI ne l’a fait qu’une seule fois. Jean-Paul II aussi. Mais François, lui, six fois! Et seulement en un an et des poussières.

Petit calcul

Avec Marie de l’Incarnation et Mgr François de Laval, cela fait cinq individus canonisés sans miracle, auxquels il faudra ajouter le cas de Jean XXIII qui sera canonisé sans miracle le 27 avril.

Il est beaucoup trop tôt pour en tirer des conclusions, mais il est tentant d’imaginer que le pape François est en train de proposer une nouvelle approche à la sainteté. Quelque chose de différent, où les miracles ne sont plus le grand critère pour déclarer qu’un tel ou une telle est un modèle catholique par excellence.

On raconte que si Jean-Paul II a tant béatifié et canonisé, c’est qu’il voulait offrir au monde moderne des modèles, des exemples autres que ceux de la politique, de la mode et du monde du spectacle. L’idée est quand même magnifique.

La question qui nous vient en tête est tellement simple : est-ce seulement les miracles qui nous indiquent la grandeur et les vertus des humains? Même aux yeux de Dieu?

Mais enfin…