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La Corée du Nord écartée

jeudi 3 juillet 2014 à 14 h 42 | | Pour me joindre

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Le président chinois Xi Jinping est accueilli par le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yun Byung-se, à son arrivée à la base aérienne de Seongnam, à Séoul, le 3 juillet 2014.
Le président chinois Xi Jinping (au centre) est accueilli par le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yun Byung-se (à droite), à son arrivée à la base aérienne de Seongnam, à Séoul, le 3 juillet 2014.

Le président chinois Xi Jinping vient d’amorcer une visite officielle en Corée du Sud, où il espère intensifier ses liens commerciaux avec Séoul. Mais, dans les faits, le tête-à-tête est beaucoup plus qu’une simple mission diplomatique. La rencontre vise à renforcer la position de la Chine en Asie du Sud-Est, mais surtout à réprimander la Corée du Nord, alliée de Pékin.

D’ailleurs, pour arriver à bien faire passer son message, le président chinois a décidé de rompre avec les traditions. Depuis deux décennies, tous les dirigeants du parti communiste se sont d’abord rendus à Pyongyang avant de visiter la Corée du Sud. Pas cette fois-ci! Xi Jinping a annoncé qu’il ne visitera que Séoul. Un pied de nez au jeune dirigeant Kim Jong-un, qui montre, selon plusieurs analystes, l’irritation de Pékin vis-à-vis de son turbulent voisin.

Répondre par la bouche de ses canons

Le geste n’est pas passé inaperçu en Corée du Nord. Dans le but de provoquer ou de manifester son indignation, Pyongyang a lancé des missiles et des roquettes au large de sa côte orientale à trois reprises au cours des derniers jours. Dans un geste contradictoire, le petit pays communiste a par la suite suggéré une proposition de paix avec Séoul.

Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont tendues depuis un an et demi. Le régime chinois n’apprécie pas les écarts de conduite de Kim Jong-un et a été particulièrement irrité par des tirs de fusée (en décembre 2012) et un essai nucléaire (en février 2013) réalisés par Pyongyang, malgré ses appels au calme.

Le Japon intervient

Ce bras de fer survient alors que le Japon, ennemi juré de Pékin, annonce de son côté qu’il lèvera des sanctions contre Pyongyang.  Cette décision surprenante a été prise après que les deux pays se sont entendus pour rouvrir un dossier vieux de 30 ans, celui des enlèvements de plusieurs Japonais par la Corée du Nord. Ces enlèvements, qui ont eu lieu durant la guerre froide, devaient permettre à Pyongyang de former des espions pour infiltrer plus adéquatement le régime nippon.

Selon Tokyo, au moins 17 personnes auraient été enlevées dans les années 70 et 80 par le petit pays communiste. La Corée du Nord reconnaissait jusqu’à maintenant n’en avoir kidnappé qu’une douzaine.

À cela, il faut ajouter la décision du Japon en début de semaine d’autoriser désormais ses forces armées à participer à des opérations militaires extérieures afin d’aider des pays alliés. Une première depuis l’instauration, en 1947, d’une constitution pacifiste.

Un geste qui risque, lui aussi, de déplaire au géant chinois et dont la date a probablement été savamment décidée pour s’assurer qu’elle concorde avec la visite de Xi Jinping dans les eaux troubles en Corée.

Chine : réformera, réformera pas

vendredi 16 novembre 2012 à 10 h 36 | | Pour me joindre

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Les délégués du 18e congrès du Parti communiste sont venus à Pékin, on a déroulé pour eux le tapis rouge (sous la forme d’une explosion de fleurs et de slogans patriotiques partout en ville) et… ils sont repartis.

Le secret le moins bien gardé en ville, la nomination de Xi Jinping, a finalement été officialisé.  Et la Chine se retrouve avec à sa tête une nouvelle cohorte de dirigeants, dont on sait toujours très peu de choses.

Notons au passage que l’on ne connaît pas le lieu exact où serait Xi Jinping, le nouveau secrétaire général du Parti communiste. Dans la province du Shaanxi? À Pékin? Ce sont les « birthers » américains qui s’en donneraient à cœur joie ici!

Même si le choix de Xi Jinping et du futur premier ministre, Li Keqiang, était connu dans les milieux politiques chinois depuis 2007, un certain suspense a plané jusqu’à la dernière minute.

Y aurait-il désormais sept membres plutôt que neuf au comité permanent du bureau politique? Qui formerait la garde rapprochée? Des listes de « gagnants » potentiels circulaient et certains s’amusaient même à parier sur l’alignement des astres du pouvoir chinois. À défaut de voter, on s’amuse comme on peut…

Une forêt de trépieds à la conférence de presse pour annoncer la nomination de Xi Jinping à la tête du PCC
Une forêt de trépieds à la conférence de presse pour annoncer la nomination de Xi Jinping à la tête du PCC.

L’annonce officielle devait avoir lieu à 11 h.

Nous avions obtenu deux invitations pour cet événement très couru, et mon caméraman faisait le pied de grue depuis 7 h pour s’assurer d’avoir une bonne place où planter son trépied. Dans la grande salle où devait avoir lieu la cérémonie, la fébrilité était palpable.

Les journalistes chinois s’affairaient à couvrir l’événement en direct et ils ont dû composer avec un gros imprévu : la cérémonie tardait à commencer.

Une journaliste de l'agence de presse Xinhua, lors de l'annonce officielle de la nomination de Xi Jinping
Une journaliste de l’agence de presse Xinhua, lors de l’annonce officielle de la nomination de Xi Jinping

Au bout d’une demi-heure, on s’est mis à se demander s’il n’y avait pas une urgence de dernière minute (une tache fortuite sur l’un des vestons sombres qui sont la marque de commerce des dirigeants chinois? Un changement de dernière minute après des ANNÉES de tractations en coulisses?), quand soudainement est apparu le maître de cérémonie.

Il avait des consignes à nous communiquer.

Restez bien assis, ne vous levez pas pour prendre des photos. Ne bloquez surtout pas les allées. Et SVP, éteignez la sonnerie de votre téléphone cellulaire.

Cette dernière consigne a été accueillie par un bref concert de rires à peine étouffés.

Le lieu est sous haute surveillance et les signaux cellulaires sont bloqués, alors les chances qu’une sonnerie vienne interrompre la cérémonie sont plutôt minces…

Le lieu est sous haute surveillance.
Le lieu est sous haute surveillance.

Sans grande surprise, il n’y avait pas que des journalistes dans cette salle.  Cet homme, comme de nombreux autres équipés d’oreillettes, était clairement là pour maintenir l’ordre.

Mais il y avait aussi de grands absents : pas un seul collègue du New York Times et de l’agence Bloomberg, deux des plus grands médias américains, n’a reçu d’invitation.

Les récentes enquêtes de ces deux médias sur les fortunes familiales de Wen Jiabao (au moins 2,7 milliards de dollars) et Xi Jinping (plus de 800 millions de dollars) ne les ont probablement pas mis dans les bonnes grâces des autorités. Celles-ci ont aussi jugé bon de censurer leur site Internet.

Un bref silence s’est emparé de la salle, et puis il est apparu, souriant sous le crépitement des flashs de caméra, Xi Jinping, le deuxième homme le plus puissant du monde.

À sa suite, les membres du comité permanent, six hommes qui dirigeront avec lui les destinées de la Chine.

D’un style beaucoup plus décontracté que son prédécesseur, Hu Jintao, Xi Jinping a pris la parole, faisant état des objectifs à atteindre et de certains défis à relever.

Xi Jinping et les nouveaux membres du comité permanent du bureau politique du PCC
Xi Jinping et les nouveaux membres du comité permanent du bureau politique du PCC Photo : AFP

Les journalistes (moi-même incluse) ont beaucoup analysé la composition de ce nouveau comité permanent du Politburo… « C’est la vieille garde qui a gagné, ce sont des alliés de l’ancien président Jiang Zemin, on ne trouve au sein de ce comité aucun champion des réformes… »

En vérité, cette ligne de fracture entre réformateurs et conservateurs n’est que bien futile.

Ces hommes (car ce comité tout-puissant ne compte toujours aucune femme) sont tous de purs produits du Parti. Ils ont grandi dans son sein, et plusieurs ont fait fortune grâce à lui, même si le bon peuple ne doit pas le savoir.

Il ne serait à l’avantage d’aucun d’entre eux de faire en sorte que cet édifice, dont ils ont lentement gravi les marches, s’effondre.

Et si d’aventure, ils devaient mettre en place des « réformes », ce ne serait que pour assurer la pérennité du Parti et sa mainmise sur le pouvoir.

Des journalistes se bousculent pour photographier le «numéro 1» posé sur le tapis rouge de l'estrade, indiquant où se tenait Xi Jinping.
Des journalistes se bousculent pour photographier le « numéro 1 » posé sur le tapis rouge de l’estrade, indiquant où se tenait Xi Jinping.