Billets classés sous « violence »

Cette affaire sordide est l’une des histoires les plus importantes du Mexique depuis de nombreuses années.

Non seulement la police municipale d’Iguala, dans l’État du Guerrero, a mitraillé les autobus dans lesquels se déplaçaient les étudiants et a fait six morts, mais elle en a fait littéralement disparaître 43 autres.

Même au Mexique, c’est difficile de faire disparaître des personnes, la spécialité des narcotrafiquants. Mais 43 d’un coup, c’est un comble.

Tout ça parce qu’on les soupçonnait de vouloir perturber une activité du maire et de son épouse.

Cela fait des années qu’on sait et qu’on dit que les corps de police et la politique à bien des niveaux sont infiltrés par le crime organisé. Le phénomène touche des milliers de municipalités et bien des États.

Celui qui a donné l’ordre d’arrêter les étudiants, le maire d’Iguala, et son épouse sont en prison. Des dizaines d’agents de la police municipale également. Cette affaire est la preuve éclatante de cette infiltration.

Il faut être sur place pour sentir cette terreur sourde des habitants d’Iguala, qui savent et voient des choses horribles tous les jours dans leur ville et dans les environs. Et personne ne veut, personne ne peut en parler.

Il faut être sur place aussi pour sentir la détresse des familles des 43 disparus, dans l’angoisse depuis maintenant cinq semaines. Ils sont persuadés que leurs enfants sont encore vivants, malgré la version officielle qui les a décrétés morts.

 

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Sécurité au Mexique

Mercredi 8 mai 2013 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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jmleprince

Le nouveau président mexicain, Enrique Peña Nieto, aborde la question de la lutte contre les cartels de la drogue différemment de son prédécesseur, Felipe Calderon, qui avait envoyé l’armée les combattre jusque dans les rues.

Il veut s’attaquer d’abord à la violence, quelle qu’elle soit, pas forcément celle des narcotrafiquants, celle aussi des petits délinquants, et protéger d’abord les citoyens. Il ne veut plus compter sur l’armée, mais sur une nouvelle gendarmerie mieux adaptée.

Le dossier de la sécurité a été mis entre les mains de son ministre de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación), Miguel Ángel Osorio Chong. Les États-Unis collaborent avec son plan Mérida, soit 2 milliards de dollars en aide matérielle (hélicoptères, drones) et renseignements. Les agences américaines (CIA, DEA), qui avaient un accès direct et libre aux polices et aux bureaux du procureur général du Mexique, passeront sous les ordres du ministre.

Tout le monde s’attendait à des frictions à ce sujet, mais Barack Obama a accordé toute sa confiance à la stratégie de son homologue, et son appui total, quelles que soient les décisions du dirigeant mexicain. Nouveau tout ça.

Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.
Le président Barack Obama et le président Henrique Peña Nieto à Mexico.

Il reste à voir Peña Nieto à l’oeuvre. Il est trop tôt (il a pris le pouvoir le 1er décembre 2012) pour voir si sa stratégie fonctionne.

Les milices d’autodéfense

La violence a diminué dans certains États du nord, mais elle est de plus en plus inquiétante dans des États comme Guerrero, Michoacan, Jalisco et Vera Cruz, et dans des villes comme Acapulco et Cuernavaca (Morelos), à une heure à peine de Mexico.

Un phénomène nouveau qui montre à quel point des communautés ont totalement perdu confiance en leurs institutions : polices, tribunaux, gouvernements locaux.

Au coeur d’une terre aride, rude, turbulente, entre Tierra Colorada et Chilpancingo

Des milices formées de bénévoles se sont constituées spontanément depuis le début 2013, et certaines polices communautaires ont réussi à rétablir la paix et la tranquillité dans leurs villes et campagnes. D’autres alimentent encore plus l’anarchie.

Regardez mon reportage au Téléjournal 21 h :

Nouvelle stratégie et changement radical d’attitude des États-Unis

Un phénomène inquiétant, notamment au Michoacan, où on ne sait pas toujours si les milices travaillent pour la population ou les narcotrafiquants.

Je suis allé la première fois en Colombie en 1985. Le volcan Nevado del Ruiz venait d’entrer en éruption. Les boues provoquées par la fonte des neiges autour du cratère ont englouti le village d’Armero et fait 25 000 morts.

Deux semaines plus tôt, l’armée avait donné l’assaut au palais de justice de Bogota. Tous les rebelles de la guérilla M-19 ont été tués, ainsi que 11 des 25 juges de la Cour suprême qui étaient pris en otage.

Depuis Medellín, le chef du cartel du même nom, Pablo Escobar, semait la terreur dans le pays à coup de voitures piégées, d’enlèvements, d’exécutions ciblées. Il a même détruit en vol un avion d’Avianca et fait 107 victimes. Son combat : empêcher que le principe d’extradition vers les États-Unis soit inscrit dans la Constitution.

Depuis les années 60, la guérilla des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, la plus vieille guérilla du monde, harcèle les autorités colombiennes.

Devant l’impuissance de l’armée, de grands propriétaires terriens ont formé des milices paramilitaires pour lutter contre les guérillas. Leur cause a dégénéré en massacres. Et ils sont tombés, comme les FARC, dans le narcotrafic pour se financer. Ils ont financé des politiciens complices.

Déjà, de 1947 à 1954, 300 000 Colombiens sont morts dans la guerre civile entre libéraux et conservateurs, appelée « la Violencia ».

Juan Manuel Santos

« Nous étions les champions en matière d’enlèvements, de violations des droits de l’homme de tout type, d’extorsions, d’assassinats. Tout le mal était concentré en Colombie. Mais c’est le passé. Maintenant, nous sommes un pays différent. » – Juan Manuel Santos, président de la Colombie

Fin de la malédiction?

Le président Alvaro Uribe, dont le père a été assassiné par la guérilla, a lancé sa politique de « sécurité démocratique ». Les FARC ont été repoussées vers des régions éloignées par l’armée, qui a reconquis de vastes régions occupées. Les chefs des FARC ont été décimés. Des otages, dont Ingrid Betancourt, ont été libérés par des opérations de commando.

Des militaires, des gardiens de sécurité privés assistés par des chiens détecteurs d’explosifs, omniprésents, ont enfin garanti une certaine sécurité pour les Colombiens. Du moins dans les villes.

Juan Manuel Santos a gagné les élections de 2010 et a succédé à Alvaro Uribe, pour lequel il était ministre de la Défense. Il provient d’une famille influente de Colombie. Son grand-oncle, Eduardo Santos, fondateur du journal El Tiempo, a été président de la Colombie de 1938 à 1942.

Journaliste, économiste, homme politique, il poursuit les politiques d’Alvaro Uribe, de façon un peu plus « douce ». Il est même parvenu à se réconcilier avec Hugo Chavez!

Jean-Michel Leprince en entrevue avec Juan Manuel Santos

 « Nous avons attendu 20 ans. Depuis que j’étais ministre du Commerce. J’ai été le premier ministre du Commerce à tenter d’obtenir un traité de libre-échange avec les États-Unis, qui sont le premier marché du monde. Et pour nous, le premier marché et le premier investisseur. » – Juan Manuel Santos

Les traités de libre-échange avec le Canada et les États-Unis sont la reconnaissance concrète des progrès réalisés par la Colombie en matière de sécurité et de droits de la personne. Beaucoup d’ONG et de politiciens canadiens et américains sont encore contre.

Le président Santos lui-même reconnaît qu’il reste beaucoup à faire : réinsérer dans la société les paramilitaires et les guérilleros démobilisés. Poursuivre sans peines extrêmes ceux qui ont commis des crimes de « guerre », indemniser leurs victimes, restituer les terres volées à leur propriétaire, améliorer le sort des quelque 3 millions de « desplazados », les réfugiés internes, chassés de chez eux par la guérilla ou les paramilitaires. Tout un programme.

 

Reportage diffusé au Téléjournal RDI du 11 octobre

 

Reportage diffusé au Radio-journal du 12 octobre