Billets classés sous « témoignage »

« L’irréparable, c’est pétrir chaque matin ma peine avec des larmes qui peinent à couler. C’est cette odeur de charogne humaine qui envahit mes vêtements à tout moment, qui envahit mon repas, mon eau, cette charogne humaine qui n’est rien d’autre que les nôtres qui pourrissent au soleil.

L’irréparable c’est de savoir que je suis une tombe et que dans cette tombe grouillent les morts.

L’irréparable c’est me retrouver dans le trou où je me suis caché en avril dans la peur que ne me surprennent mes deux ennemis. C’est d’avoir peur de dormir pour ne pas être tué dans mon sommeil.

L’irréparable c’est de savoir que je vivrai à jamais amputé et que mon amputation ne connaîtra jamais de prothèse.

Le génocide, c’est une absurdité énorme, on cesse d’être humain pour devenir un produit de boucherie.

C’est ce vomi du passé qui n’a de honte à se mettre entre moi et mon avenir, entre moi et l’autre.

Quand on met le passé devant nous, on avance à reculons.  Il faut accepter que notre passé ne soit jamais derrière nous, mais il nous faut le mettre à côté, pour un jour voir le soleil se lever à l’autre bout de notre douleur.

J’ai passé ces 20 dernières années à m’assommer de médicaments dans l’espoir que demain sera toujours possible.

J’ai arrêté de souhaiter la mort quand j’ai réalisé que mourir, c’était cédé la victoire aux génocidaires.  Je suis debout aujourd’hui pour dire :  ils n’ont pas réussi.  Je ne me suis pas réconcilié avec le passé, ce n’est pas possible. Je me suis réconcilié avec la vie. »

Eugène Nshimiyimana est professeur de littérature française à l’Université McMaster à Hamilton.  Il a perdu son père, deux frères, six neveux et nièces, quatre oncles, presque tous ses voisins et amis, massacrés durant le génocide contre les Tutsis.  Sa mère a survécu après avoir été attaquée par des chiens lancés à ses trousses.  Il n’est pas encore capable de raconter comment sa fiancée a été tuée.

Le rescapé, qui a maintenant 46 ans, sera bientôt le papa de jumelles.  « Cela m’a pris 20 ans à être capable d’envisager avoir des enfants. »

Pauvreté en France

Mardi 11 décembre 2012 à 16 h 26 | | Pour me joindre

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En France, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a dévoilé les grandes orientations de son gouvernement pour lutter contre la pauvreté. L’accent est mis sur l’emploi des jeunes et l’accès au logement. Ce plan, qui sera échelonné sur plusieurs années, a été présenté aux participants à la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, qui vient de prendre fin à Paris. Cette conférence était très attendue par les associations d’aide et des groupes de travail qui avaient soumis des recommandations au gouvernement, dans sept domaines comme l’emploi, l’aide à l’enfance, le surendettement et le logement.

Au moment où :

  • Au moins 8 millions et demi de Français doivent vivre avec moins de 964 euros (environ 1200 $CA) par mois, sous le seuil officiel de la pauvreté au pays.
  • Selon un sondage récent, la moitié des Français se sentent pauvres, ou ont peur de le devenir en ces temps de crise et de précarité.
  • La pauvreté touche près du quart des 16-25 ans. Un enfant sur cinq. Et de plus en plus de retraités, de familles monoparentales et de jeunes adultes comme Julie, rencontrée chez elle à Paris (voir photo).

Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts
Julie, une jeune Parisienne qui a de la difficulté à joindre les deux bouts.

Julie a 27 ans. Elle a fait des études supérieures en théâtre, et elle fait partie des millions de travailleurs pauvres en France. Ces travailleurs sont à temps partiel, occupent des emplois temporaires ou encore obtiennent des contrats de courte durée, pratique très répandue en France. Les employeurs offrent souvent ce type de contrat aux jeunes.

Je vous propose des extraits du témoignage de Julie :

Sur la difficulté de se trouver un emploi quand on est jeune en France :

Sur la façon dont elle se débrouille, tandis qu’elle peut à peine arriver avec ses deux petits boulots, l’un de caissière, l’autre de vendeuse. Elle s’est vue obligée de se remettre en colocation, compte tenu des loyers très chers à Paris :

Sur le fait qu’elle ne peut pas toujours compter sur l’aide familiale. C’est le cas de bien des jeunes issus de foyers modestes :

Sur la façon dont elle conçoit l’avenir :

Mon reportage diffusé le 10 décembre :

Mon reportage diffusé le 11 décembre :