Billets classés sous « Syrie »

Liban : l’État dans l’État

Mercredi 11 septembre 2013 à 14 h 54 | | Pour me joindre

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À l’entrée de Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth, l’État libanais cesse d’exister, ou presque. Ici, la sécurité est une affaire de parti.

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah
Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah

Nous sommes au Hezbollah, le parti chiite de la résistance islamique. Les étrangers ne sont pas admis dans le quartier. Nos passeports en règle et les accréditations du ministère de l’Information n’ont aucune valeur. Il nous faut un laissez-passer délivré par les autorités locales.

Petite bourde toute bureaucratique : il faut atteindre les bureaux administratifs en plein cœur du quartier pour obtenir le permis. Mais le jeune Hayder est poliment intraitable. On ne peut pas passer. Muni d’une radio, il appelle à l’aide pendant que d’une main gantée, il fouille le coffre arrière de tous les véhicules qui entrent à Dahiyeh. Parfois, il prend en note le numéro d’immatriculation de voitures inconnues.

Des mesures de sécurité extraordinaires, mises en place il y a quelques semaines, quand la guerre qui fait rage en Syrie est venue rattraper les habitants du quartier.

Le 15 août dernier, un attentat à la voiture piégée est venu rappeler le souvenir de la guerre civile qui a ravagé le Liban de 1975 à 1990. Quinze longues années où les différentes confessions libanaises — chiites, sunnites, chrétiennes et druzes — se sont entretuées. Plusieurs ici croient qu’on a voulu punir le Hezbollah de se battre aux côtés de l’armée de Bachar Al-Assad en Syrie, d’autres, qu’il s’agit d’un complot pour faire renaître la haine interconfessionnelle et déstabiliser le Liban.

Les ouvriers à l'oeuvre et les photos des victimes sur les piliers des édifices
Les ouvriers à l’oeuvre et les photos des victimes sur les piliers des édifices

Après quelques minutes d’attente, d’autres agents-citoyens nous rejoignent à la voiture. Ils ont obtenu confirmation des autorités que nous étions bien attendus.

Nous sommes pris en charge par Ahmed. Il nous suivra pas à pas au cours d’une visite qui devra se limiter au site de l’explosion. L’énorme trou laissé par la voiture bourrée d’explosifs est maintenant rempli, et des travailleurs de la construction s’affairent pour rapidement faire oublier le drame.

Les victimes qui ont survécu à l’attentat sont encouragées à nous parler, mais pas de politique. De toute façon, avec l’oreille attentive d’Ahmed, il serait étonnant que certains s’aventurent à dévier de la ligne du parti, tout en discipline.

Aussi bien parler de ce qu’ils ont en commun avec d’autres Libanais, ces jours-ci. Qu’ils appuient Bachar Al-Assad, l’opposition armée, qu’ils soient indifférents, qu’ils soient chiites, sunnites ou chrétiens, la peur que tout bascule au Liban n’est jamais bien loin.

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

Un poste frontière rebelle

Dimanche 9 décembre 2012 à 11 h 38 | | Pour me joindre

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Mon reportage à Dimanche magazine sur le poste de Bab al-Salam, à la frontière de la Turquie et de la Syrie, maintenant tenu et administré par un groupe de l’Armée syrienne libre :

Les rebelles de plus en plus ambitieux

Mardi 4 décembre 2012 à 22 h 00 | | Pour me joindre

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Les rebelles ont pris l’initiative de cette guerre, et ils sont de plus en plus ambitieux. J’en parle avec Céline Galipeau :

 

Marie-Ève Bédard et moi témoignons de notre expérience en Syrie à Désautels :

Vivre en guerre

Dimanche 2 décembre 2012 à 10 h 36 | | Pour me joindre

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Mon reportage à Dimanche magazine, diffusé le 2 décembre :

La crise syrienne

Vendredi 30 novembre 2012 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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Mon reportage diffusé à Une heure sur terre le 30 novembre :

 

Venir, repartir…

Vendredi 30 novembre 2012 à 9 h 46 | | Pour me joindre

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Un habitant d'Alep
Un habitant d’Alep

Retour demain à Montréal… Je lis qu’il y fait nettement moins chaud qu’à Killis, petite ville turque où nous sommes, à 5 km de la frontière syrienne. Moi et mon collègue Luc Chartrand avons même passé quelques instants sur une terrasse de café, en compagnie d’Ahmed, un réfugié qui a fui Alep il y a trois mois.

À Killis, des Syriens, il y en a beaucoup. Certains sont dans des camps, mais d’autres, ceux qui le peuvent, ont pris un appartement dans la ville. Si proches, mais si loin de chez eux… Aujourd’hui, impossible de joindre ceux qui sont restés là-bas, où plus rien ne fonctionne, ni Internet ni téléphone. Rien de rassurant.

Killis ne connaît pas les bruits de la guerre, mais elle en a la tristesse. Le soir, dans ce café où nous sommes allés, des familles entières viennent pour fumer une chicha, échanger des nouvelles, pendant que les enfants, privés d’école, sautent sur le trampoline installé sur la terrasse. De ceux qui sont partis, on dit généralement qu’ils sont « sains et saufs », pour reprendre la formule consacrée. Physiquement, peut-être. Pour le reste, sort-on vraiment indemne d’une tragédie comme celle-là?

Je disais que nous repartions pour Montréal demain matin. Ces derniers jours, nous avons raconté ce que nous avons vu à Alep.

Peut-être pas de quoi tomber à terre, a écrit Pierre Foglia, dans une de ses chroniques. Entièrement d’accord, ce n’est pas nous qui tombons. Mais pour ceux qui ont perdu la vie, leurs proches, leur maison, c’est le monde qui s’écroule. Et tant que leur monde s’écroulera, il faudra le dire, et le redire, jusqu’à ce qu’il cesse de s’écrouler.

En repartant, je penserai à tous ces gens qui nous ont livré leur histoire sans jamais nous dire qu’elle avait déjà été racontée, qu’il n’était pas nécessaire de venir. À ces enfants qui nous ont souri en tournant autour de la caméra de Sylvain et de Marie-Ève, sa réalisatrice. À ces hommes et ces femmes inquiets et en colère, qui veulent que la paix revienne, et avec elles, ceux qui ont fui les bombes et le chaos.

Quant à nous, nous ne faisions que passer et ramasser au passage des fragments de vies menacées de mort. Mais nous n’avons pas fait que notre métier. Modestement, nous sommes venus dire à tous ces gens, chaleureux et accueillants malgré le drame, que nous n’y étions pas indifférents. Et que notre vie ne valait pas mieux que la leur.

Le téléphone est coupé

Vendredi 30 novembre 2012 à 8 h 20 | | Pour me joindre

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Les communications (cellulaires, lignes terrestres et Internet) sont coupées dans tout le pays :

Où sont les femmes?

Jeudi 29 novembre 2012 à 11 h 58 | | Pour me joindre

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« Où sont les femmes? » se demandait dans une chanson assurément sexiste Patrick Juvet dans les années 70. C’est le refrain improbable qui me trotte en tête depuis une semaine. À voir notre couverture de la guerre qui embrase la Syrie depuis presque deux ans, on peut en effet se poser la question : où sont les femmes?

Elles sont bien là, devant la boulangerie, à faire la queue bien à l’écart des hommes. Mais impossible de les approcher avec notre caméra sans qu’un homme généralement armé nous bloque le passage. Au marché d’un quartier populaire d’Alep, les hommes se sont bousculés pour nous crier leurs frustrations devant une vie qu’ils ne contrôlent plus et qui coûte de plus en plus cher. À la seule vue de notre groupe, les femmes elles, baissaient le regard quand elles ne rebroussaient pas carrément chemin.

Elles ne prennent pas les armes, mais dans tous les conflits, les femmes ne se battent pas moins pour autant. Ce sont elles les mères qui rassurent leurs enfants apeurés par le bruit des bombes, ce sont elles qui enterrent un mari ou un fils tombé au combat. Mais nos tentatives de recueillir leurs témoignages se sont avérées un exercice de frustration.

Les jeunes filles se laissent plus facilement approcher.

Au marché, difficile d’interroger les femmes.

Une jeune fille dans un marché d’Alep

Je n’ai pas connu Alep avant la guerre. Et avec l’omniprésence des miliciens, qui font désormais la loi, arme à la main, dans les secteurs contrôlés par l’Armée syrienne libre, difficile de juger à quel point le courant d’islamisme, dans le sillage des rebelles, explique cette pudeur farouche des femmes ici. La Syrie est un pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens et musulmans de toutes confessions depuis des millénaires. Ces jours-ci, on ne devine rien de cet héritage dans la cité commerciale. Pas une seule tête sans voile ne s’aventure dans la rue.

Des milices, nous en avons côtoyées plusieurs pendant cette semaine en Syrie. Leurs discours étaient immanquablement imprégnés de ferveur religieuse. Un peu à la blague, je prétendais pouvoir déterminer le degré d’intégrisme religieux d’un rebelle, selon qu’il accepte de me serrer la main ou pas. Certains n’osaient même pas me regarder. D’autres me vantaient les vertus de la charia, la loi islamique, strictement appliquée. Le port du voile obligatoire pour les femmes, bien sûr, mais aussi les dispositions punitives comme les mains coupées pour les voleurs.

Abou Muhamdine nous dit qu’il se bat d’abord pour l’islam.

Une milice se réchauffe entre les combats dans la vieille ville d’Alep.

Quand nous avons quitté M. Adam, un fonctionnaire qui nous a confié à visage couvert ses craintes pour l’avenir de son pays, il m’a spontanément embrassée sur les deux joues en pleine rue. Une marque d’affection banale chez nous, mais dans cette Syrie nouvelle qui se dessine à la pointe de mitraillettes, son élan m’a semblé être un geste de résistance. Dans cette courte embrassade, j’ai senti que M. Adam ne se demandait pas où sont les femmes, mais plutôt, où vont les hommes.