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Le père Noël est déjà passé chez les Obama

dimanche 22 décembre 2013 à 6 h 53 | | Pour me joindre

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Noël est arrivé tôt à la Maison-Blanche. Deux bonnes semaines avant le reste de la planète. Le 10 décembre, c’est le jour où un républicain et une démocrate ont annoncé qu’ils étaient parvenus à un accord sur le budget. Un accord bien modeste, certes, mais un accord qui offre deux ans de répit aux élus. Plusieurs y voient le début de la fin de la partisanerie sans limites, celle qui a mené les États-Unis au bord d’un précipice budgétaire à plusieurs reprises. D’autres, moins nombreux, y lisent l’inverse : le budget signale que les deux partis refusent toujours de vraies concessions.

Un texte de Yanik Dumont Baron

L’année qui vient nous permettra d’en juger. Dans l’immédiat, cet accord dans un Congrès divisé (bien rare, faut-il le souligner) permet aux politiciens de tourner une page et de profiter du temps des Fêtes en famille. L’an dernier, les négociations sur le fameux mur financier s’étaient terminées dans la nuit du 1er janvier 2013… Pour Barack Obama, ça veut dire des vacances en familles à Hawaï, très loin de Washington. Avec l’année que vient de vivre le président, ce répit et des vacances au loin sont sûrement les bienvenus.

Certes, 2013 est la première année du second mandat du président. Une période qui s’est avérée difficile pour plusieurs de ses prédécesseurs. Le Barack Obama sur les plages hawaïennes (son calendrier d’activités semble bien chargé) est beaucoup moins populaire et apprécié qu’après sa réélection, il y a un an. En fait, sa popularité n’a cessé de chuter au cours de l’année.

L’année avait pourtant commencé sur une note d’espoir. Révolté par le massacre d’une vingtaine de jeunes enfants, le président promettait de resserrer le contrôle sur les armes à feu. À peine les cerisiers de Washington avaient-ils perdu leurs pétales roses que le vent tournait pour le président. Les élus ne voulaient pas changer les lois sur les armes à feu. Dans les mois qui ont suivi, il semble que la Maison-Blanche a sauté de crise en crise, en réagissant aux événements hors de son contrôle.

Prenez les révélations concernant l’immense réseau de surveillance électronique de la NSA (le meilleur résumé est ici). Les fuites d’info ressemblent au supplice de la goutte pour le gouvernement américain. Un détail explosif ou deux dans les médias… presque chaque semaine durant six mois. Chaque détail renforçait l’image d’un gouvernement omnipotent, qui s’infiltre en toute impunité dans la vie privée de millions de citoyens. Ces révélations ont suscité la colère de plusieurs chefs d’État. Et Obama a dû s’excuser, essuyer le blâme. En fin d’année, un comité consultatif propose au président de réduire fortement la liberté d’action de cette agence. Nul doute que cette brique de 300 pages fera partie des lectures de vacances du président Obama. Il doit détailler sa vision de réforme dans les prochaines semaines.

Il y a aussi le fiasco entourant le fameux site Internet www.healthcare.gov. C’est au cœur de l’importante réforme du système d’assurance maladie du président. Même si les fonctionnaires ont eu trois ans depuis l’entrée en vigueur de la loi pour préparer le site Internet, il n’était pas prêt pour le lancement début octobre. Ce qui devait être si simple à faire, soit comparer les diverses assurances en fonction des prix, s’est transformé en débâcle politique. Ajoutez à cela la fameuse promesse du président (« si vous aimez votre assurance, vous pourrez la conserver ») qui s’est avérée être une illusion pour quelques millions d’Américains. Peu importe si la promesse était en partie vraie, une impression demeure : le président a menti. La loi comporte des mesures en ce sens, mais les assureurs ont décidé de ne pas en profiter. Obama a, encore une fois, senti le danger. Il s’est excusé. Encore une fois.

Conséquence : l’appui des Américains à cette réforme a chuté, leur confiance en Obama pour résoudre les problèmes de la nation aussi. Les vedettes ont beau prêter leur nom à cette réforme, parfois avec humour (cliquez, celui-ci mérite trois minutes de votre temps). C’est un boulet politique qui fait peur à plusieurs démocrates.

Une partie des problèmes de Barack Obama vient en fait de l’ensemble de la classe politique fédérale. Des élus au Congrès à l’attitude très partisane. Les républicains ont paralysé le gouvernement durant deux semaines, dans l’espoir (vain) de bloquer cette même réforme de l’assurance maladie. La loi sur les soins de santé abordables a survécu. Il faudra des années pour bien mesurer son importance et son impact pour les millions d’Américains aujourd’hui sans assurance. Mais l’incapacité du Congrès de voter des lois et de régler les problèmes concrets pèse aussi sur les épaules du président. Il ne semble plus être l’homme qui marche sur l’eau, comme l’illustre si bien The Economist.

Barack Obama dit s’être plié en quatre pour accommoder ses adversaires. 2014 est une année électorale. Une année où le président devra trouver d’autres façons de gouverner. La réponse se trouve peut-être dans le sable des plages d’Hawaï.

Et vous, quel bilan faites-vous de l’année 2013?

Mon topo au radiojournal :

À voir, ce reportage de ma collègue Joyce Napier :

« Tu es journaliste? Fais bien attention… » L’avertissement vient d’une personne âgée. Un homme qui pourrait être mon grand-père. Tout doux, l’air inoffensif. C’est un républicain, venu écouter un sénateur proche du Tea Party. Attention à quoi? A qui? Aux républicains qui se méfient des journalistes des grands médias? Non. L’homme me fixe droit dans les yeux et m’avertit : « Ils écoutent mes appels, lisent mes courriels. » « Ils », c’est le gouvernement américain, et surtout son Agence de sécurité nationale (la NSA selon son acronyme anglais). L’organisation, normalement discrète, est au centre de révélations bien gênantes sur l’étendue de son programme de surveillance. Un programme qui fait dresser les poils sur les bras des conservateurs.

Cela fait presque cinq mois que les Américains ont appris avec surprise que la NSA s’intéressait à leurs conversations téléphoniques. Selon des documents rendus publics par subtilisés par Edward Snowden (et coulé à plusieurs médias), au moins une grande compagnie de téléphonie a dû remettre des données sur ces appels aux espions américains. Les communications par Internet et par message texte sont aussi ciblées. Les espions n’écoutent pas tous les appels, bien sûr, mais ils conservent des métadonnées (du jargon informatique : le terme pourrait englober les numéros composés, le temps et la durée des conversations) dans leurs vastes serveurs. Ces dépôts d’informations peuvent être fouillés en cas de besoin. Ces révélations ont fait couler beaucoup d’encre aux États-Unis, mais n’ont pas vraiment dicté de changement de politique. Les élus américains semblent hésiter. Un premier projet de loi pour restreindre les capacités de la NSA vient d’être déposé (le USA Freedom Act). Mais il y a aussi un second projet de loi en préparation. Ce dernier permettrait que se poursuive la collecte de données sur les communications des Américains.

Depuis peu les premières révélations, cet été, ce sont maintenant les Européens qui s’inquiètent de la puissance d’écoute des Américains (quoiqu’il y a sûrement un peu de jalousie dans ces sorties publiques, comme le souligne mon collègue Neil Macdonald). Leurs inquiétudes ont pris un ton plus sérieux récemment, après qu’on eu appris que l’un des téléphones cellulaires de la chancelière allemande Angela Merkel a été sous écoute. Les communications de citoyens français et espagnols l’ont été également. À partir des documents fournis par Edward Snowden, les collègues du Monde expliquent les différents modes de collecte d’informations. Selon certaines sources, les échanges de 35 chefs d’État ont été sous surveillance, dont ceux de certains pays alliés des États-Unis.

Les États-Unis ont peu dit sur l’ampleur de ces activités. Le directeur de la NSA soutient que son agence n’espionne pas les citoyens européens. Les données mentionnées dans la presse européenne viendraient en fait d’agences européennes du renseignement! On soutient aussi que les téléphones de la dirigeante allemande ne sont plus sous écoute et ne le seront pas. De son côté, la Maison-Blanche invoque la sécurité du pays et celle de ces alliés pour justifier ces écoutes, qui ont commencé sous George W. Bush dans la foulée des attentats de septembre 2001. Mais plusieurs soupçonnent qu’il y a aussi des raisons commerciales ou diplomatiques derrière ces activités. Les citoyens américains font peu de cas de ces révélations. Mais cela n’a pas empêché une très influente sénatrice démocrate de faire une sortie publique cette semaine. Dianne Feinstein préside le comité du Sénat sur le renseignement. Elle a souvent défendu les activités de la NSA. Mais cette fois, elle trouve que les espions ont besoin d’être mieux encadrés. Son message est clair : « À moins d’une guerre ou d’une urgence, je ne crois pas que les États-Unis devraient collecter [les données sur] les appels téléphoniques ou les courriels de présidents ou de premiers ministres amis. »

Dianne Feinstein voit comme « un gros problème » que le président Barack Obama n’a pas été mis au courant rapidement de l’existence de ce programme de surveillance de dirigeants étrangers. Sa sortie met en lumière un détail qui embête bien des gens à la Maison-Blanche : à quel moment le président a-t-il été informé? Cet été? Ou plus tôt, depuis son entrée en poste? C’est une question qui est sur bien des lèvres à Washington parce qu’il n’y a pas de réponse claire. L’explication est peut-être simple. Il ne l’a pas su plus tôt parce que ce programme ne faisait pas partie de ses priorités, comme la Chine ou l’Iran. Peu importe, l’image du président en prend pour son rhume. Ses démentis froissent ceux qui travaillent à la NSA, et ça pourrait créer des tensions avec le gouvernement. D’autres soulignent que l’ignorance de Barack Obama lui sert d’excuse peut-être un peu trop souvent ces temps-ci.

Rapidement, les détracteurs de Barack Obama lui ont trouvé un nouveau surnom. Ils parlent du « président spectateur ». Un bon slogan pour un autocollant de pare-chocs, peut-être. Des munitions de plus pour ceux qui croient que le gouvernement n’a pas sa place dans la vie privée de ses citoyens.