Si les médias occidentaux relaient l’image d’un régime syrien qui pilonne sans relâche des combattants de la liberté, la vision russe du conflit syrien est tout autre. En Russie, les rebelles sont dépeints comme des terroristes fanatiques religieux qui veulent renverser Bachar Al-Assad. Le reportage de Jean-François Bélanger :
Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.
Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.
Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.
Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.
Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.
La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.
Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.
Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.
Selon les observateurs, le retour de Vladimir Poutine à la Présidence russe s'est accompagné d'un durcissement à l'endroit des manifestants.
La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.
Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.
Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.
Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.
Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.
Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).
Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.
Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.
Vladimir Poutine lors de son assermentation. Source : Kremlin
La nuit a été courte pour Boris Nemtsov. L’ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, et maintenant opposant politique, a en effet été arrêté le 6 mai à l’issue d’une manifestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes pour dénoncer l’assermentation « illégitime » de Vladimir Poutine. Il a finalement été libéré après le paiement d’une amende de 1000 roubles (33 $).
Boris Nemtsov à la manifestation du 6 mai, place Bolotnaya à Moscou. Source : Radio-Canada
L’homme a maintenant l’habitude de ce genre de harcèlement dont sont souvent victimes les « ennemis du régime ». Il a déjà été appréhendé des douzaines de fois dans des conditions similaires. Mais c’est la première fois qu’il a été battu par la police, affirme-t-il, contusions à l’appui. Un signe clair, selon lui, que le retour de Vladimir Poutine au poste de président marque la fin de la récréation et le retour de la méthode forte.
Nemtsov n’est pas seul. Plus de 400 opposants ont été appréhendés sans ménagement par les forces de l’ordre, présentes en grand nombre à la « Marche des millions », la manifestation de l’opposition organisée sur la place Bolotnaya à Moscou le 6 mai, à la veille de l’assermentation de Vladimir Poutine. Le jeune chef du front de gauche, Sergueï Oudalstov, est même arrêté sur la scène au milieu du discours qu’il prononçait devant des dizaines de milliers de personnes.
La manifestation, qui a dégénéré en affrontements entre opposants et forces de l'ordre, s'est soldée par plus de 400 arrestations. Source : Radio-Canada
En soirée, tous les journaux télévisés russes s’ouvrent sur ces images des affrontements violents, où l’on voit des manifestants lancer des projectiles de toutes sortes vers la police et les agents des forces spéciales du ministère de l’Intérieur (OMON). Ceux-ci ont répliqué en frappant à coups de bâtons et en traînant sans ménagement les opposants vers des fourgons cellulaires.
C’est la première fois qu’une manifestation de l’opposition dégénère depuis le début de ce mouvement citoyen, en décembre. Le mouvement vise à dénoncer les fraudes électorales. Alors que beaucoup accusent les forces de l’ordre d’avoir réagi outre mesure, Dmitri Peskov, l’attaché de presse de Vladimir Poutine, trouve au contraire la réponse de la police trop douce. Il affirme dans une entrevue à la chaîne indépendante Dozhd TV qu’il aurait aimé une riposte plus musclée. Parmi les opposants arrêtés, tous les jeunes hommes ayant moins de 27 ans se sont vu remettre des papiers de conscription. En plus de l’amende, ils devront faire leur service militaire…
Fraîchement libéré, Boris Nemtsov a à peine le temps de s’asseoir à la terrasse du populaire bistrot français « Les Z’amis de Jean-Jacques » sur le boulevard Nikitsky, au centre de Moscou, pour discuter avec ses amis des événements du 6 mai, que les policiers des forces spéciales débarquent sans crier gare. L’homme est arrêté sans ménagement pour une deuxième fois en moins de 24 heures comme tous les clients du restaurant et, plus généralement, tous ceux qui osent porter un ruban blanc, symbole des opposants à Vladimir Poutine, le jour de l’assermentation de l’homme fort de Russie. Un correspondant de Radio Free Europe a filmé la scène et mis la vidéo en ligne ici :
Peu après commence la cérémonie d’assermentation du nouveau président. C’est une réussite. Sous les chandeliers dorés de l’ancienne salle du trône au Kremlin et devant plus de 2000 invités triés sur le volet, Vladimir Poutine prête serment sur la constitution russe jurant de défendre les droits et libertés des citoyens.
L'assermentation de Vladimir Poutine s'est déroulée dans l'ancienne salle du trône au Kremlin. Source : Kremlin
Pendant ce temps, à l’extérieur, pour s’assurer qu’aucun trouble-fête ne viendra gâcher le spectacle, les policiers ont fait évacuer tout le centre-ville autour du Kremlin. Rues et artères majeures bloquées, une douzaine de stations de métro fermées, policiers, militaires et agents des forces spéciales déployés par milliers dans les rues de la ville pour vider des trottoirs de tout opposant. Encore 300 personnes arrêtées…
Les dissidents ne désarment pas. Sitôt relâchés, ils se rassemblent depuis nuit et jour sur l’une ou l’autre place de la ville pour jouer de la guitare et scander des slogans contre le régime. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ils bougent en permanence, utilisant les réseaux sociaux pour se coordonner. Ils sont jeunes (leurs chefs, comme Sergueï Oudaltsov et Ilïa Ïachine, ont à peine plus de 30 ans). Ils n’ont, pour la plupart, pas de souvenirs de l’URSS et n’ont pas de complexes. Ils n’ont certes pas la force ni les moyens de l’État, mais sont fluides et déterminés. À la force prônée par le régime, ils opposent la flexibilité.
Le chêne et le roseau…
Et comme dans la fable de Lafontaine, ils sont convaincus que la trop grande rigidité de Vladimir Poutine causera à terme sa perte, incapable de s’adapter à une Russie qui a évolué plus vite que lui.
A priori, rien ne le prédestinait à devenir une figure de la contestation.
Mikhaïl Vistitski n’était encore fin janvier qu’un gars bien ordinaire. Un ancien combattant, ancien des commandos parachutistes, les VDV pour être plus exact. Mikhaïl était même un « silovik » pur sucre, auparavant membre des services de renseignement, tout comme Vladimir Poutine, ancien et probablement futur président russe.
Et comme tous les « siloviki », comme tout bon militaire ou policier, Mikhaïl avait toujours fait primer l’esprit de corps au moment de passer devant les urnes. Il avait donc toujours voté Poutine sans se poser de questions.
Mikhaïl Vistitsky, un « silovik » devenu opposant.
Mais lorsqu’il a pris la tête du regroupement d’anciens combattants de son unité pour la région de Moscou, les choses se sont mises à changer. Inondé de messages, d’appels à l’aide de vétérans négligés par le système, il a compris petit à petit la dichotomie entre les discours des autorités et la réalité. La réalité d’une armée sous-financée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. La réalité d’hommes brisés, abandonnés après avoir servi la patrie, après avoir donné les meilleures années de leur vie en Afghanistan ou en Tchétchénie.
Alors, Mikhaïl est devenu un opposant. Un processus lent et progressif qui a pris de l’ampleur au fur et à mesure que gonflait sa rancœur à l’endroit du gouvernement. De son propre aveu, le point de non-retour a été atteint le 24 septembre dernier, lorsque devant un parterre de délégués du parti au pouvoir, Russie Unie, le président russe Dmitri Medvedev a annoncé qu’il renoncerait bientôt à son siège pour le céder gracieusement au premier ministre Vladimir Poutine.
« Pour moi, cela a vraiment été la goutte d’eau de trop, avoue-t-il. Cela a offensé bon nombre d’entre nous, nous a indignés. Comment peuvent-ils décider ainsi entre eux qui va diriger le pays sans nous demander notre opinion à nous, les électeurs? »
Comme des dizaines de milliers d’autres Moscovites, l’ancien parachutiste est descendu dans la rue, ne ratant aucune manifestation. Il a défilé au milieu des opposants. Il s’est mis à scander comme eux les slogans devenus depuis des classiques : « Rossïa bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine). Et puis, Mikhaïl s’est dit que ces manifestants méritaient un hymne; que la contestation avait besoin de chansons.
Il en a donc écrit une pour la première fois de sa vie. Griffonnée tout d’un trait sur le coin d’une table. Une demi-heure à peine, montre en main. Un cri du cœur sans fioritures aussitôt mis en musique par son copain Stanislav Baranov, un musicien amateur et ancien para lui aussi.
Réunis dans un studio de fortune, ils enregistrent leur œuvre; tournent une vidéo avec les moyens du bord et la mettent sur Internet. Une bouteille à la mer…
« Svobodi desant » est un pamphlet, un message lancé à Poutine sans jamais le nommer :
Tu es comme moi Un homme, pas un Dieu Et moi, je suis comme toi Un homme, pas un bouseux
Nous ne te laisserons plus mentir Nous ne te laisserons plus voler Nous sommes les défenseurs de la liberté La mère patrie est derrière nous
Deux semaines, plus tard, la vidéo avait déjà été visionnée plus d’un million de fois et la chanson était devenue un des principaux hymnes de la contestation. Les chefs du mouvement d’opposition à Poutine invitent même les musiciens amateurs à se produire sur scène lors de la manifestation du 4 février devant des dizaines de milliers de personnes.
Étonné du succès qui dépasse toutes ses espérances, Mikhaïl l’explique tout de même aisément. « La chanson ne fait que dire la vérité, clame-t-il. Alors, bien sûr, elle exprime une opinion que partagent des milliers et des milliers de gens dans le pays. »
C’est sans doute également ce qui explique le succès tout aussi rapide de Rabfak, un groupe rock amateur réunissant quelques cinquantenaires bedonnants. Leur chanson satirique Nach Dourdom, distribuée uniquement sur Internet, est depuis décembre sur toutes les lèvres à chacune des manifestations de l’opposition. Composée à la veille des élections parlementaires entachées d’irrégularités, elle ridiculise les électeurs de Vladimir Poutine, assimilés à une bande d’aliénés.
Notre asile de fous vote pour Poutine Notre asile de fous sera heureux avec Poutine
Opposant de longue date, le chanteur du groupe, Alexander Semionov, explique que le rire est une arme très puissante, plus que tout appel à monter aux barricades. « L’URSS est tombée quand elle a perdu son image d’invincibilité, quand on a commencé à en rire », explique-t-il.
Son comparse Alexander Eline, auteur des textes, renchérit : « Grâce à l’humour, on peut montrer l’absurdité de la réalité et pousser les gens à se poser des questions. »
Forts de leur succès, les membres de Rabfak ont déjà composé une autre chanson satirique, sur Poutine elle aussi. À la blague, ils affirment d’ailleurs souhaiter sa victoire aux prochaines élections. Car il est, disent-ils, leur principale source d’inspiration…
Des poupées rassemblées pour réclamer des élections honnêtes. Photo : Sergueï Teplyakov
La police russe n’est pas reconnue pour son sens de l’humour.
Elle en a encore donné la preuve dernièrement à Barnaul, en Sibérie, en s’attaquant aux organisateurs de « nano-manifestations », des rassemblements de poupées et de peluches.
Après s’être heurtée à l’inflexibilité des autorités locales qui refusaient la tenue de manifestations pour des élections honnêtes et transparentes, une poignée de militants prodémocratie a décidé de contourner l’interdiction en sous-traitant le rassemblement.
Par un beau samedi après-midi de janvier, ils ont donc affublé de minipancartes et banderoles une foule de figurines jouets, de personnages de blocs Lego, d’ours en peluche et de poupées disposés sur une place du centre de la ville.
« Si les autorités briment notre liberté d’expression et de réunion, les droits des jouets ne sont jusqu’ici pas remis en question », écrivait ainsi sur son blogue Andreï Teslenko, l’un des organisateurs de la nano-manif pour en expliquer le concept.
Si les peluches en Sibérie ont la fibre militante, les policiers, eux, n'ont visiblement pas un poil d'humour. Photo : Ivan Krupchik
L’ironie du geste n’a pas échappé aux passants, tous s’esclaffant au passage.
Mais les policiers sur place ont vu la chose d’un autre œil. Ils ont noté soigneusement tous les slogans inscrits sur les pancartes minuscules et ont averti les organisateurs que leur action était probablement illégale.
« Il s’agit d’un événement public non autorisé, a ainsi estimé Andreï Moulintsev, chef adjoint de la police de Barnaul après la deuxième manifestation du genre. Ces poupées ne sont pas arrivées là seules; quelqu’un les y a apportées et a ainsi exprimé son opinion. »
« Ridicule », a rétorqué Lioudmila Alexandrovna, à l’origine de l’événement, destiné justement à montrer « l’absurdité de l’entêtement des autorités à limiter les droits des citoyens ».
Incertains au sujet de leur interprétation de la loi, les policiers ont d’abord demandé un avis légal avant de sévir.
Précaution inutile. Le procureur du coin, Sergeï Kirin, semble prendre au sens littéral l’expression : « on ne rigole pas avec la loi ».
« Je ne sais même pas pourquoi on m’a consulté, a-t-il déclaré. Pour moi, c’est clair et net : les pancartes ne se sont pas écrites toutes seules, et les jouets n’ont en fait été que des accessoires utilisés dans le but de susciter de l’agitation. »
S’ils sont jugés coupables, les organisateurs des nano-manifs risquent une amende de 35 $ et jusqu’à 15 jours de prison… probablement pas une prison jouet.
Lancement de la sonde Phobos-Grunt le 9 novembre 2011 de Baïkonour au Kazakhstan. Source : Roscosmos
Elle avait pour objectif l’une des lunes de mars et portait tous les espoirs du programme spatial russe. Mais c’est dans l’océan Pacifique que s’est finalement retrouvée la sonde spatiale Phobos-Grunt après avoir erré quelques mois en orbite, inerte comme un zombie cosmique. Conclusion misérable pour cette première mission interplanétaire russe des quinze dernières années.
La sonde Phobos-Grunt en chute vers le Pacifique. Source : Institut Fraunhofer
Ce sont 170 millions de dollars et plus d’une décennie de travail partis en fumée. L’incident en lui-même n’est pas tragique. Après tout, il n’y a pas eu mort d’homme. L’échec est franchement embarrassant pour Roscosmos, l’agence spatiale russe, car il est loin d’être isolé. En un an, six missions se sont ainsi terminées en queue de poisson. Lancements ratés, satellites perdus, ravitaillement de la station spatiale compromis…
Des cafouillages sérieux d’autant plus inquiétants que la fusée Soyouz assure désormais le seul service de taxi vers la station spatiale internationale. En juillet dernier, la navette américaine effectuait son dernier vol et la NASA n’aura pas de véhicule de remplacement avant 2016. D’ici là, les astronautes américains, canadiens, japonais et européens devront acheter à Moscou leur ticket pour l’espace.
Témoignage de l’ampleur du malaise, la direction de Roscosmos cherche maintenant des boucs émissaires. Vladimir Popovkin, le chef de l’agence spatiale russe, a ainsi déclaré publiquement que la série de déboires pouvait s’expliquer par un sabotage américain. Il n’en fallait pas plus pour que le premier ministre adjoint Dmitri Rogozin ordonne la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la question, chargée entre autres d’effectuer des tests sur l’influence possible de radars américains.
Si des experts confirment que des ondes radio très puissantes pourraient en théorie venir perturber des satellites, la plupart doutent de cette hypothèse. La vétusté des pièces détachées et des équipements utilisés dans la fabrication des satellites et des fusées russes semblent pour la majorité une explication beaucoup plus plausible. Une technologie datant d’une douzaine d’années dans le cas de Phobos-Grunt et des pièces dont la garantie avait depuis longtemps expiré.
La blogueuse Lana Sator dans l'usine de fusées Energomash. Source : Lana Sator
L’an dernier, une blogueuse russe, Lana Sator, créait le scandale en s’introduisant dans l’usine Energomash de l’un des plus grands fabricants de fusées au monde. Non seulement elle mettait ainsi en lumière les carences des mesures de sécurité, mais ses clichés révélaient surtout à quel point l’équipement était périmé.
Sous-financement chronique depuis les années Eltsine, problèmes récurrents pour ce qui est du contrôle de la qualité, manque de communication entre les différentes générations de scientifiques, c’est là qu’il faut chercher la cause des récents échecs, selon Alexander Zhelaznyakov de l’Académie spatiale russe, et non dans quelque théorie du complot.
Reste à voir si la commission d’enquête récemment mise sur pied est prête à chercher de ce côté-là l’explication…
Mise à jour: Après enquête, le directeur de Roskosmos, Vladimir Popovkine, a finalement déclaré que la panne de Phobos-Grunt était due à une défaillance informatique causée à la fois par les rayonnements cosmiques et par l’emploi de puces électroniques étrangères non conçues pour une utilisation dans l’espace.
50 % à peine aux législatives : un camouflet pour Vladimir Poutine.
99,48 %.
C’est le score qu’a obtenu le parti Russie unie de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev en Tchétchénie. 99,5 %, c’est aussi le taux de participation aux élections législatives russes dans cette petite république du Nord-Caucase.
Ramzan Kadyrov, président de Tchétchénie, protégé du Kremlin, sait visiblement s’y prendre quand vient le moment de livrer les résultats électoraux escomptés…
Si la fraude a été moins manifeste dans le reste du pays (ou moins efficace), elle a tout de même marqué le scrutin de façon importante, d’après les observateurs internationaux envoyés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Cette dernière a noté des irrégularités au niveau du décompte des voix dans 25 % des bureaux de vote visités, et de forts soupçons de bourrage d’urnes dans 11 %. L’organisation a aussi fait état d’une trop grande proximité entre l’État et le parti au pouvoir, Russie unie, un accès inégal aux médias nationaux, une campagne électorale injuste dont ont été exclus d’emblée beaucoup de joueurs.
Le doigt d'honneur qui a coûté son poste à Tatyana Limanova
Le geste disgracieux a duré moins d’une seconde, mais il n’a échappé à personne et a coûté son poste à une présentatrice de la télé très connue en Russie. Tatyana Limanova n’est pas une débutante. C’est une présentatrice chevronnée de la chaîne de télé russe REN-TV. Aussi, beaucoup ont été étonnés de la voir présenter son majeur relevé à la caméra au moment même où elle prononçait les mots « Barack Obama » dans une nouvelle consacrée au sommet de l’APEC aux États-Unis.
La vidéo de l’incident s’est rapidement propagée sur Internet. Vue à des centaines de milliers de reprises. Pour la présentatrice, la sanction a été immédiate : congédiée sur-le-champ.
Après quelques jours de mutisme, Tatyana Limanova s’est finalement expliquée sur son geste. Le doigt d’honneur n’était pas destiné au président américain pour qui elle dit avoir le plus grand respect. Il s’adressait en fait, selon elle, aux techniciens en studio. La journaliste croyait ne pas être à l’écran à ce moment, puisque des images montrant le sommet de l’APEC devaient être diffusées.
La présentatrice s’est excusée pour cet « incident ridicule ». Elle a reconnu qu’il « a causé du tort à la chaîne et peut-être aussi offensé certains téléspectateurs ». La chaîne a tout de même maintenu sa décision.
Pour ceux qui l’ignorent, la Russie est en campagne électorale. Les électeurs sont appelés aux urnes le 4 décembre prochain pour élire leurs députés. Puis à nouveau en mars pour se choisir cette fois un nouveau président. Et si l’exercice ne laisse que peu de doutes quant à son issue depuis que Vladimir Poutine a déclaré son intention de reprendre son dû, cela ne l’empêche pas de faire campagne, de multiplier les apparitions et les happenings médiatiques.
De fait, le premier ministre est en campagne perpétuelle. Que ce soit pour nourrir un besoin personnel de s’afficher ou parce que le personnel de son service de presse fait du zèle, Vladimir Poutine est partout, omniprésent dans les médias russes.
Et l’homme ne se contente pas de couper des rubans ou de serrer des mains. Non, l’ancien (et, probablement futur) président russe aime se présenter comme un homme d’action. S’il veut parler du rachat du célèbre club de hockey moscovite CSKA, il en enfile l’uniforme, chausse ses patins et échange des rondelles avec les joueurs.
L'image d'un homme d'action
Poutine endosse l'uniforme du CSKA Moscou
S’il veut parler des problèmes d’incendie de forêt, il se fait photographier aux commandes d’un avion-citerne. Au cours des derniers mois, on l’a ainsi vu retrouver des amphores en mer Noire, revêtu d’un habit d’homme-grenouille; monter à cheval, torse nu; piloter une voiture de formule un; et j’en passe.
À cheval, torse nu...
Les Russes semblent aimer cela. Sa cote de popularité flirte avec les 65 % depuis des années.
Or, alors que les élections approchent à grands pas, le surhomme Poutine vient de connaître sa première déconvenue publique. Et son service de presse, son premier couac. Vladimir Poutine s’est fait huer publiquement devant 20 000 personnes. Cela s’est passé dimanche au cours d’un gala d’arts martiaux mixtes auquel il assistait. Tout se déroulait bien jusqu’à ce que le premier ministre s’avance vers le ring et prenne le micro pour féliciter le champion russe Fedor Emelianenko pour sa victoire contre l’Américain Jeff Monson. À ce moment, la foule se met à siffler et à crier « Boohoo ».
Malaise.
Désarçonné par cette réaction inattendue, Poutine a tout de même trouvé le ressort nécessaire pour terminer son discours et repartir tête haute. Mais l’incident n’est pas passé inaperçu. Retransmis une première fois tel quel à la télé sur la chaîne d’État Russie-2, le segment a par la suite été remonté pour retirer le son importun des huées lors des diffusions subséquentes. Trop tard, la vidéo s’était déjà propagée sur YouTube. Elle a déjà été vue par plus de 2 400 000 internautes.
Alors, le service de presse est passé en mode de « contrôle des dommages », expliquant que les huées des spectateurs ne visaient pas le premier ministre. Chacun y est allé de ses explications sur l’origine des sifflements. Certains ont émis l’hypothèse qu’ils visaient l’athlète américain battu; d’autres ont expliqué le plus sérieusement du monde que les spectateurs se plaignaient de ne pas avoir accès aux toilettes pendant le discours du premier ministre.
Des explications qui n’ont convaincu personne.
En fait, l’incident pourrait paraître anodin, mais il fait tache dans un parcours médiatique jusque ici sans faute.
Surexposé, Vladimir Poutine commencerait-il à perdre de son éclat? Les Russes commenceraient-ils à se lasser?
Selon un sondage publié par le sondeur indépendant Centre Levada, l’homme recueille aujourd’hui 61 % d’opinions favorables; son parti, 51 %; en baisse constante depuis le début de l’année.
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