Billets classés sous « Russie »

Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

La télévision ukrainienne joue en boucle les images des funérailles qui se succèdent. Les funérailles de l’« escadron du ciel ». C’est comme ça qu’ils appellent ceux qui sont tombés la semaine dernière et dont la mort a marqué la fin du régime Ianoukovitch.

Se succèdent leurs biographies, leurs photos. La plupart étaient jeunes, très jeunes, des étudiants, des ouvriers de la construction. Presque tous sont morts d’une balle dans la tête ou au cou, l’œuvre d’un tireur embusqué sur un des toits entourant la place de l’Indépendance.

La place Maïdan commence petit à petit à se vider. Il reste des montagnes de fleurs, des milliers de lampions et les pavés arrachés. Et quelques dizaines de jeunes, casque vert vissé sur la tête et accoutrement simili militaire hétéroclite, dont des protège-genoux et protège-coudes noirs, « trophées de guerre » pris sur les hommes des forces spéciales honnies, les « Birkout », démobilisés manu militari après les combats de la semaine dernière.

Ces jeunes, c’est l’« autodéfense de Maïdan ». Eux sont loin d’être démobilisés. On les voit un peu partout dans la ville de Kiev, foulard jaune autour du cou et carte plastifiée sur la poitrine où il est écrit en cyrillique « samoabarona », autodéfense. Ils dirigent le trafic au côté de la police, surveillent l’entrée de la Banque centrale et de la Présidence toujours vides.

Plusieurs dizaines entourent l’édifice du Parlement où se trouve, depuis samedi, le centre du pouvoir ukrainien. Ils surveillent leurs députés qui eux votent presque sans interruption… de la destitution du président Ianoukovitch à la dissolution de Birkout, en passant par le retour à la constitution de 2004 et à la nomination du nouveau président par intérim, nouveau ministre de l’Intérieur et, dans quelques heures, nouveau gouvernement au grand complet.

Le nouveau président par intérim annonce ses couleurs : l’Ukraine reprendra immédiatement le chemin de l’Europe. Les gardes populaires écoutent les débats retransmis par haut-parleurs, applaudissent, discutent, se réchauffent autour des vieux barils rouillés à l’intérieur desquels les flammes sont un rappel. Il y a moins d’une semaine, c’est leur chère place de l’Indépendance qui brûlait. Aujourd’hui, l’avenir est un peu moins incertain, mais à peine.

« Si les Russes envoient leurs troupes, on va défendre Kiev », dit Oleg, 27 ans, ouvrier de la construction qui a lâché son travail pour s’enrôler dans l’autodéfense il y a deux mois déjà. À voir l’arme dont il dispose, un grand bâton de bois, il y a comme un doute. C’est que Moscou se fait menaçante. Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, l’a dit, il ne reconnaît pas ce pouvoir qui s’est emparé de l’Ukraine par la force, ne respectant aucunement l’accord de la semaine dernière, l’accord que l’envoyé spécial de Vladimir Poutine a pourtant refusé de signer.

Le ton monte, la Russie menace de sanctions économiques. L’ours russe se réveille de son sommeil hivernal. Pourtant il a fait un beau rêve : Sotchi et ses Jeux olympiques d’hiver. Vladimir Poutine peut être fier. La première place au podium des médailles, des Jeux grandioses. Il a gagné son pari olympique, mais a perdu l’Ukraine. Son réveil risque d’être brutal.

Que s’est-il passé? N’avait-il pas promis 15 milliards de dollars en novembre dernier pour aider l’économie ukrainienne au bord de la banqueroute et pour détourner Kiev de son projet de partenariat avec l’Union européenne?

Dimanche soir, moins de 48 heures après la fuite de Ianoukovitch, un orateur-surprise s’est adressé à la foule de Maïdan, Mikhaïl Saakashvili, ancien président de la Géorgie et ancienne bête noire du Kremlin. En ukrainien, il a lancé aux milliers de gens toujours massés malgré le froid : « Le cœur de l’Europe bat aujourd’hui non pas à Bruxelles, à Berlin ou à Paris, mais ici, à Kiev! »

C’était le soir de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. Au travers des feux d’artifice, Vladimir Poutine ne l’a peut-être pas entendu. Mais j’ai comme un doute…

Le choix d’une ville pour l’organisation de Jeux olympiques fait rarement l’unanimité. Cela dit, force est de constater qu’à quatre mois de l’ouverture des Jeux d’hiver de Sotchi en février 2014, les organisateurs, malgré les moyens qu’ils se sont donnés, n’ont pas réussi à faire disparaître les nombreux doutes, les questions et les inquiétudes.

De nombreux critiques se sont fait entendre au cours des dernières années sur le choix d’une ville au climat subtropical pour organiser des Jeux d’hiver, sur le risque de pénurie de neige, sur le fait qu’il fallait tout construire à partir de zéro, cette ville ne disposant d’aucune installation de calibre olympique, sur les dépassements de coûts faramineux (la facture dépasse déjà les 50 milliards de dollars, soit quatre fois le devis initial), sur les graves conséquences écologiques de cet immense chantier de construction, sur les conditions de travail des ouvriers du chantier et sur l’éviction forcée de centaines de familles pour faire place aux stades et arénas.

Il est une autre question, évoquée moins souvent, mais qui inquiète bien davantage : la question de la sécurité. Et pour cause. Sotchi se situe à un jet de pierre des zones les plus troublées, les plus instables, les plus dangereuses de Russie : la Tchétchénie et le Daguestan.

Un soldat russe au Daguestan
Rien qu’au Daguestan, petite république de 3 millions d’habitants, les affrontements entre militants islamistes et forces de l’ordre ont déjà fait plus de 200 morts et autant de blessés depuis le début de l’année.

À l’approche des Jeux, les autorités semblent en fait redoubler d’ardeur pour tenter de régler le problème par la force. Chaque mois qui passe, le macabre décompte des présumés islamistes tués lors d’opérations spéciales semble s’accroître. Non seulement les unités antiterroristes ne font pas dans la dentelle, mais beaucoup d’organisations de défense des droits de la personne les accusent de procéder à des exécutions extrajudiciaires.

« Notre constitution ne semble pas s’appliquer ici, affirme Elena Denisenko, de l’organisme Mémorial. Où est passée la présomption d’innocence? Si une personne a commis un crime, il devrait y avoir une enquête, un processus judiciaire, un procès en bonne et due forme. Mais ici on ne voit jamais ça. »

La représentante de Mémorial parle aussi de punitions collectives, notamment les nombreux biens détruits sans compensation et le harcèlement dont sont victimes les familles des présumés islamistes.

« Pourquoi punir la population de tout un village parce que deux ou trois jeunes de ce village sont devenus terroristes? », demande Mme Denisenko.

À Bouïnaksk, nous avons rencontré Zoulaïkha Karanayeva, mère de Khan Karanayev, un jeune militant islamiste tombé dans la clandestinité il y a deux ans. Elle affirme qu’en mai dernier, les forces de l’ordre ont détruit à l’explosif sa maison, sous prétexte de déminage.

Maison détruite par les forces de l'ordre russes au Daguestan
« Quand ils sont partis, ils ont accroché la photo de mon fils devant la maison. Comme pour dire que ce qui nous arrive, c’est à cause de lui », nous a dit Mme Karanayeva.

Entre deux sanglots, cette mère de famille nous avait dit s’inquiéter du sort de son jeune fils de 18 ans, disparu dans la forêt sans laisser de traces. Elle nous avait dit ne pas comprendre les raisons qui avaient au départ poussé « un bon musulman » comme lui à prendre le maquis, à se rebeller contre les autorités. En revanche, elle était convaincue d’une chose : la méthode forte employée par les autorités était totalement contre-productive. « Ce genre de méthodes là, ça pousse les jeunes à se rebeller. Ça ne les incite surtout pas à revenir de la forêt. »

Trois mois plus tard, son fils Khan était tué lui aussi par les forces de l’ordre lors d’un assaut contre une maison de Bouïnaksk, où il s’était réfugié avec neuf autres militants. Tous ont été tués.

Mais pour chaque présumé militant islamiste ainsi éliminé, combien d’autres ont pris le maquis à leur tour, choqués par un sentiment d’injustice, par une corruption endémique, par un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne russe et des salaires plus bas de moitié? Le sentiment d’un avenir bouché est très répandu chez les jeunes. Ça en fait des proies faciles pour les prêcheurs islamistes extrémistes qui les font rêver de djihad, selon Siville Novruzova, membre de la Commission d’État pour la réadaptation des islamistes repentis.

Elle s’est jointe à la commission après la mort de son jeune frère Ramil, tué lui aussi lors d’une opération antiterroriste, motivée par le désir d’éviter à d’autres le sort réservé à son frère. Trois ans plus tard, le bilan est mitigé, selon elle. La commission gouvernementale n’a permis la réinsertion que d’une trentaine de jeunes militants. Selon Mme Novruzova, une crise de confiance entre les deux parties et un manque de volonté de la part des autorités seraient en cause.

« Si on veut que les jeunes reviennent, il faut leur promettre une amnistie, dit-elle. Et il est important que l’on traite bien les premiers qui reviennent de la forêt, si on veut convaincre les autres de suivre. »

Aujourd’hui, Siville Novruzova consacre ses énergies à la prévention et à la sensibilisation auprès des jeunes de sa région. Cette mission qu’elle s’est donnée après la mort de son frère Ramil, elle la sait à long terme.

Comme pour donner un sens à sa vie… dans une région du monde qui n’en a plus beaucoup.

 

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

Si les médias occidentaux relaient l’image d’un régime syrien qui pilonne sans relâche des combattants de la liberté, la vision russe du conflit syrien est tout autre. En Russie, les rebelles sont dépeints comme des terroristes fanatiques religieux qui veulent renverser Bachar Al-Assad. Le reportage de Jean-François Bélanger :

 

 

Manifestation du 12 juin

Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.

Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.

Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.

Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.

Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.

La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.

Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.

Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.

Vladimir Poutine

Selon les observateurs, le retour de Vladimir Poutine à la Présidence russe s'est accompagné d'un durcissement à l'endroit des manifestants.

La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.

Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.

Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.

Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.

Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.

Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).

Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.

Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.

 

Vladimir Poutine lors de son assermentation le 7 mai

Vladimir Poutine lors de son assermentation. Source : Kremlin

La nuit a été courte pour Boris Nemtsov. L’ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, et maintenant opposant politique, a en effet été arrêté le 6 mai à l’issue d’une manifestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes pour dénoncer l’assermentation « illégitime » de Vladimir Poutine. Il a finalement été libéré après le paiement d’une amende de 1000 roubles (33 $).

Boris Nemtsov

Boris Nemtsov à la manifestation du 6 mai, place Bolotnaya à Moscou. Source : Radio-Canada

L’homme a maintenant l’habitude de ce genre de harcèlement dont sont souvent victimes les « ennemis du régime ». Il a déjà été appréhendé des douzaines de fois dans des conditions similaires. Mais c’est la première fois qu’il a été battu par la police, affirme-t-il, contusions à l’appui. Un signe clair, selon lui, que le retour de Vladimir Poutine au poste de président marque la fin de la récréation et le retour de la méthode forte.

Nemtsov n’est pas seul. Plus de 400 opposants ont été appréhendés sans ménagement par les forces de l’ordre, présentes en grand nombre à la « Marche des millions », la manifestation de l’opposition organisée sur la place Bolotnaya à Moscou le 6 mai, à la veille de l’assermentation de Vladimir Poutine. Le jeune chef du front de gauche, Sergueï Oudalstov, est même arrêté sur la scène au milieu du discours qu’il prononçait devant des dizaines de milliers de personnes.

Affrontements

La manifestation, qui a dégénéré en affrontements entre opposants et forces de l'ordre, s'est soldée par plus de 400 arrestations. Source : Radio-Canada

En soirée, tous les journaux télévisés russes s’ouvrent sur ces images des affrontements violents, où l’on voit des manifestants lancer des projectiles de toutes sortes vers la police et les agents des forces spéciales du ministère de l’Intérieur (OMON). Ceux-ci ont répliqué en frappant à coups de bâtons et en traînant sans ménagement les opposants vers des fourgons cellulaires.

C’est la première fois qu’une manifestation de l’opposition dégénère depuis le début de ce mouvement citoyen, en décembre. Le mouvement vise à dénoncer les fraudes électorales. Alors que beaucoup accusent les forces de l’ordre d’avoir réagi outre mesure, Dmitri Peskov, l’attaché de presse de Vladimir Poutine, trouve au contraire la réponse de la police trop douce. Il affirme dans une entrevue à la chaîne indépendante Dozhd TV qu’il aurait aimé une riposte plus musclée. Parmi les opposants arrêtés, tous les jeunes hommes ayant moins de 27 ans se sont vu remettre des papiers de conscription. En plus de l’amende, ils devront faire leur service militaire…

Fraîchement libéré, Boris Nemtsov a à peine le temps de s’asseoir à la terrasse du populaire bistrot français « Les Z’amis de Jean-Jacques » sur le boulevard Nikitsky, au centre de Moscou, pour discuter avec ses amis des événements du 6 mai, que les policiers des forces spéciales débarquent sans crier gare. L’homme est arrêté sans ménagement pour une deuxième fois en moins de 24 heures comme tous les clients du restaurant et, plus généralement, tous ceux qui osent porter un ruban blanc, symbole des opposants à Vladimir Poutine, le jour de l’assermentation de l’homme fort de Russie. Un correspondant de Radio Free Europe a filmé la scène et mis la vidéo en ligne ici :

Peu après commence la cérémonie d’assermentation du nouveau président. C’est une réussite. Sous les chandeliers dorés de l’ancienne salle du trône au Kremlin et devant plus de 2000 invités triés sur le volet, Vladimir Poutine prête serment sur la constitution russe jurant de défendre les droits et libertés des citoyens.

Salle du trône

L'assermentation de Vladimir Poutine s'est déroulée dans l'ancienne salle du trône au Kremlin. Source : Kremlin

Pendant ce temps, à l’extérieur, pour s’assurer qu’aucun trouble-fête ne viendra gâcher le spectacle, les policiers ont fait évacuer tout le centre-ville autour du Kremlin. Rues et artères majeures bloquées, une douzaine de stations de métro fermées, policiers, militaires et agents des forces spéciales déployés par milliers dans les rues de la ville pour vider des trottoirs de tout opposant. Encore 300 personnes arrêtées…

Les dissidents ne désarment pas. Sitôt relâchés, ils se rassemblent depuis nuit et jour sur l’une ou l’autre place de la ville pour jouer de la guitare et scander des slogans contre le régime. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ils bougent en permanence, utilisant les réseaux sociaux pour se coordonner. Ils sont jeunes (leurs chefs, comme Sergueï Oudaltsov et Ilïa Ïachine, ont à peine plus de 30 ans). Ils n’ont, pour la plupart, pas de souvenirs de l’URSS et n’ont pas de complexes. Ils n’ont certes pas la force ni les moyens de l’État, mais sont fluides et déterminés. À la force prônée par le régime, ils opposent la flexibilité.

Le chêne et le roseau…

Et comme dans la fable de Lafontaine, ils sont convaincus que la trop grande rigidité de Vladimir Poutine causera à terme sa perte, incapable de s’adapter à une Russie qui a évolué plus vite que lui.

Airs de contestation

Jeudi 9 février 2012 à 21 h 59 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

belangerjf

D'ex-commandos parachutistes devenus chanteurs engagés.

D'ex-commandos parachutistes devenus chanteurs engagés.

 A priori, rien ne le prédestinait à devenir une figure de la contestation.

Mikhaïl Vistitski n’était encore fin janvier qu’un gars bien ordinaire. Un ancien combattant, ancien des commandos parachutistes, les VDV pour être plus exact. Mikhaïl était même un « silovik »  pur sucre, auparavant membre des services de renseignement, tout comme Vladimir Poutine, ancien et probablement futur président russe.

Et comme tous les « siloviki », comme tout bon militaire ou policier, Mikhaïl avait toujours fait primer l’esprit de corps au moment de passer devant les urnes. Il avait donc toujours voté Poutine sans se poser de questions.

Mikhaïl Vistitsky, un « silovik » devenu opposant.

Mikhaïl Vistitsky, un « silovik » devenu opposant.

Mais lorsqu’il a pris la tête du regroupement d’anciens combattants de son unité pour la région de Moscou, les choses se sont mises à changer. Inondé de messages, d’appels à l’aide de vétérans négligés par le système, il a compris petit à petit la dichotomie entre les discours des autorités et la réalité. La réalité d’une armée sous-financée qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. La réalité d’hommes brisés, abandonnés après avoir servi la patrie, après avoir donné les meilleures années de leur vie en Afghanistan ou en Tchétchénie.

Alors, Mikhaïl est devenu un opposant. Un processus lent et progressif qui a pris de l’ampleur au fur et à mesure que gonflait sa rancœur à l’endroit du gouvernement. De son propre aveu, le point de non-retour a été atteint le 24 septembre dernier, lorsque devant un parterre de délégués du parti au pouvoir, Russie Unie, le président russe Dmitri Medvedev a annoncé qu’il renoncerait bientôt à son siège pour le céder gracieusement au premier ministre Vladimir Poutine.

« Pour moi, cela a vraiment été la goutte d’eau de trop, avoue-t-il. Cela a offensé bon nombre d’entre nous, nous a indignés. Comment peuvent-ils décider ainsi entre eux qui va diriger le pays sans nous demander notre opinion à nous, les électeurs? »

Comme des dizaines de milliers d’autres Moscovites, l’ancien parachutiste est descendu dans la rue, ne ratant aucune manifestation. Il a défilé au milieu des opposants. Il s’est mis à scander comme eux les slogans devenus depuis des classiques : « Rossïa bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine). Et puis, Mikhaïl s’est dit que ces manifestants méritaient un hymne; que la contestation avait besoin de chansons.

Il en a donc écrit une pour la première fois de sa vie. Griffonnée tout d’un trait sur le coin d’une table. Une demi-heure à peine, montre en main. Un cri du cœur sans fioritures aussitôt mis en musique par son copain Stanislav Baranov, un musicien amateur et ancien para lui aussi.

Réunis dans un studio de fortune, ils enregistrent leur œuvre; tournent une vidéo avec les moyens du bord et la mettent sur Internet. Une bouteille à la mer…

 

« Svobodi desant » est un pamphlet, un message lancé à Poutine sans jamais le nommer :

Tu es comme moi
Un homme, pas un Dieu
Et moi, je suis comme toi
Un homme, pas un bouseux

Nous ne te laisserons plus mentir
Nous ne te laisserons plus voler
Nous sommes les défenseurs de la liberté
La mère patrie est derrière nous

Deux semaines, plus tard, la vidéo avait déjà été visionnée plus d’un million de fois et la chanson était devenue un des principaux hymnes de la contestation. Les chefs du mouvement d’opposition à Poutine invitent même les musiciens amateurs à se produire sur scène lors de la manifestation du 4 février devant des dizaines de milliers de personnes.

Étonné du succès qui dépasse toutes ses espérances, Mikhaïl l’explique tout de même aisément. « La chanson ne fait que dire la vérité, clame-t-il. Alors, bien sûr, elle exprime une opinion que partagent des milliers et des milliers de gens dans le pays. »

C’est sans doute également ce qui explique le succès tout aussi rapide de Rabfak, un groupe rock amateur réunissant quelques cinquantenaires bedonnants. Leur chanson satirique Nach Dourdom, distribuée uniquement sur Internet, est depuis décembre sur toutes les lèvres à chacune des manifestations de l’opposition. Composée à la veille des élections parlementaires entachées d’irrégularités, elle ridiculise les électeurs de Vladimir Poutine, assimilés à une bande d’aliénés.

Notre asile de fous vote pour Poutine
Notre asile de fous sera heureux avec Poutine

Opposant de longue date, le chanteur du groupe, Alexander Semionov, explique que le rire est une arme très puissante, plus que tout appel à monter aux barricades. « L’URSS est tombée quand elle a perdu son image d’invincibilité, quand on a commencé à en rire », explique-t-il.

Son comparse Alexander Eline, auteur des textes, renchérit : « Grâce à l’humour, on peut montrer l’absurdité de la réalité et pousser les gens à se poser des questions. »

Forts de leur succès, les membres de Rabfak ont déjà composé une autre chanson satirique, sur Poutine elle aussi. À la blague, ils affirment d’ailleurs souhaiter sa victoire aux prochaines élections. Car il est, disent-ils, leur principale source d’inspiration…

 

Nano-manifs et faces de boeuf

Mercredi 1 février 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

belangerjf

Rassemblement de jouets

Des poupées rassemblées pour réclamer des élections honnêtes. Photo : Sergueï Teplyakov

La police russe n’est pas reconnue pour son sens de l’humour.

Elle en a encore donné la preuve dernièrement à Barnaul, en Sibérie, en s’attaquant aux organisateurs de « nano-manifestations », des rassemblements de poupées et de peluches.

Après s’être heurtée à l’inflexibilité des autorités locales qui refusaient la tenue de manifestations pour des élections honnêtes et transparentes, une poignée de militants prodémocratie a décidé de contourner l’interdiction en sous-traitant le rassemblement.

Par un beau samedi après-midi de janvier, ils ont donc affublé de minipancartes et banderoles une foule de figurines jouets, de personnages de blocs Lego, d’ours en peluche et de poupées disposés sur une place du centre de la ville.

« Si les autorités briment notre liberté d’expression et de réunion, les droits des jouets ne sont jusqu’ici pas remis en question », écrivait ainsi sur son blogue Andreï Teslenko, l’un des organisateurs de la nano-manif pour en expliquer le concept.

Peluches militantes

Si les peluches en Sibérie ont la fibre militante, les policiers, eux, n'ont visiblement pas un poil d'humour. Photo : Ivan Krupchik

L’ironie du geste n’a pas échappé aux passants, tous s’esclaffant au passage.

Mais les policiers sur place ont vu la chose d’un autre œil. Ils ont noté soigneusement tous les slogans inscrits sur les pancartes minuscules et ont averti les organisateurs que leur action était probablement illégale.

« Il s’agit d’un événement public non autorisé, a ainsi estimé Andreï Moulintsev, chef adjoint de la police de Barnaul après la deuxième manifestation du genre. Ces poupées ne sont pas arrivées là seules; quelqu’un les y a apportées et a ainsi exprimé son opinion. »

« Ridicule », a rétorqué Lioudmila Alexandrovna, à l’origine de l’événement, destiné justement à montrer « l’absurdité de l’entêtement des autorités à limiter les droits des citoyens ».

Incertains au sujet de leur interprétation de la loi, les policiers ont d’abord demandé un avis légal avant de sévir.

Précaution inutile. Le procureur du coin, Sergeï Kirin, semble prendre au sens littéral l’expression : « on ne rigole pas avec la loi ».

« Je ne sais même pas pourquoi on m’a consulté, a-t-il déclaré. Pour moi, c’est clair et net : les pancartes ne se sont pas écrites toutes seules, et les jouets n’ont en fait été que des accessoires utilisés dans le but de susciter de l’agitation. »

S’ils sont jugés coupables, les organisateurs des nano-manifs risquent une amende de 35 $ et jusqu’à 15 jours de prison… probablement pas une prison jouet.

Déconfiture spatiale

Mercredi 18 janvier 2012 à 17 h 33 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

belangerjf

Lancement de la sonde Phobos-Grunt le 9 novembre 2011 de Baïkonour au Kazakhstan. Source: Roscosmos

Lancement de la sonde Phobos-Grunt le 9 novembre 2011 de Baïkonour au Kazakhstan. Source : Roscosmos

Elle avait pour objectif l’une des lunes de mars et portait tous les espoirs du programme spatial russe. Mais c’est dans l’océan Pacifique que s’est finalement retrouvée la sonde spatiale Phobos-Grunt après avoir erré quelques mois en orbite, inerte comme un zombie cosmique. Conclusion misérable pour cette première mission interplanétaire russe des quinze dernières années.

La sonde Phobos-Grunt en chute vers le Pacifique.

La sonde Phobos-Grunt en chute vers le Pacifique. Source : Institut Fraunhofer

Ce sont 170 millions de dollars et plus d’une décennie de travail partis en fumée. L’incident en lui-même n’est pas tragique. Après tout, il n’y a pas eu mort d’homme. L’échec est franchement embarrassant pour Roscosmos, l’agence spatiale russe, car il est loin d’être isolé. En un an, six missions se sont ainsi terminées en queue de poisson. Lancements ratés, satellites perdus, ravitaillement de la station spatiale compromis…

Des cafouillages sérieux d’autant plus inquiétants que la fusée Soyouz assure désormais le seul service de taxi vers la station spatiale internationale. En juillet dernier, la navette américaine effectuait son dernier vol et la NASA n’aura pas de véhicule de remplacement avant 2016. D’ici là, les astronautes américains, canadiens, japonais et européens devront acheter à Moscou leur ticket pour l’espace.

Témoignage de l’ampleur du malaise, la direction de Roscosmos cherche maintenant des boucs émissaires. Vladimir Popovkin, le chef de l’agence spatiale russe, a ainsi déclaré publiquement que la série de déboires pouvait s’expliquer par un sabotage américain. Il n’en fallait pas plus pour que le premier ministre adjoint Dmitri Rogozin ordonne la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la question, chargée entre autres d’effectuer des tests sur l’influence possible de radars américains.

Si des experts confirment que des ondes radio très puissantes pourraient en théorie venir perturber des satellites, la plupart doutent de cette hypothèse. La vétusté des pièces détachées et des équipements utilisés dans la fabrication des satellites et des fusées russes semblent pour la majorité une explication beaucoup plus plausible. Une technologie datant d’une douzaine d’années dans le cas de Phobos-Grunt et des pièces dont la garantie avait depuis longtemps expiré.

La blogueuse Lana Sator dans l'usine de fusées Energomash .

La blogueuse Lana Sator dans l'usine de fusées Energomash. Source : Lana Sator

L’an dernier, une blogueuse russe, Lana Sator, créait le scandale en s’introduisant dans l’usine Energomash de l’un des plus grands fabricants de fusées au monde. Non seulement elle mettait ainsi en lumière les carences des mesures de sécurité, mais ses clichés révélaient surtout à quel point l’équipement était périmé.

Sous-financement chronique depuis les années Eltsine, problèmes récurrents pour ce qui est du contrôle de la qualité, manque de communication entre les différentes générations de scientifiques, c’est là qu’il faut chercher la cause des récents échecs, selon Alexander Zhelaznyakov de l’Académie spatiale russe, et non dans quelque théorie du complot.

Reste à voir si la commission d’enquête récemment mise sur pied est prête à chercher de ce côté-là l’explication…

Mise à jour: Après enquête, le directeur de Roskosmos, Vladimir Popovkine, a finalement déclaré que la panne de Phobos-Grunt était due à une défaillance informatique causée à la fois par les rayonnements cosmiques et par l’emploi de puces électroniques étrangères non conçues pour une utilisation dans l’espace.