Billets classés sous « Romney »

Déluge de sondages

Ça y est, je me rends. Même moi qui mange de la politique, je n’en peux plus des sondages (et des publicités électorales, mais j’en dirai plus sur ce sujet plus tard). Il y avait déjà beaucoup de sondages nationaux et aussi ceux des neuf États-clés que tout le monde surveille : Nevada, Colorado, Wisconsin, Iowa, Ohio, Floride, Caroline du Sud, Virginie et New Hampshire.

Il y a eu les sondages instantanés d’après-débat, puis les statistiques du vote par anticipation, et maintenant elles ne sont pas moins de huit maisons de sondage à faire des « tracking polls », c’est-à-dire des sondages au quotidien. Si bien qu’on voit tout et son contraire dans les résultats.

Par exemple, jeudi matin, un sondage effectué pour l’Associated Press nous apprend que l’écart favorable à Romney chez les hommes et à Obama chez les femmes n’existe plus. Le jour même où le New York Times publie un bon papier sur le vote crucial des femmes pour les deux campagnes et à quel point Mitt Romney doit combler son déficit chez les femmes.

Mais je ferais une fausse promesse si je jurais d’ignorer dorénavant les sondages.

Il y a ceux qui nous informent encore, comme celui de Time Magazine en Ohio qui nous dit qu’Obama mène largement le vote par anticipation (60-40), alors que chez ceux qui voteront le 6 novembre il est au coude-à-coude avec Mitt Romney 45-45.

Il y a ceux que je refuse de prendre en compte au jour le jour, ces fameux tracking polls où « Obama +3, Romney -1 » ne veut plus rien dire sauf quand on regarde la tendance à plus long terme. Dans ce cas, Nate Silver, du New York Times (encore et toujours lui, c’est une référence), a un bon exposé sur la surutilisation du mot momentum pour qualifier la remontée de l’un ou de l’autre candidat dans les sondages

Les sondages qui font rire

Et puis il y a les sondages à prendre avec un grain de sel. Le premier est le sondage des masques d’Halloween. Très sérieusement, un magasin de costumes et de masques du Texas affirme qu’il a vendu plus de masques de Barack Obama que de Mitt Romney et que c’est bon signe pour le président. En effet, les ventes ont été un bon baromètre des élections présidentielles depuis 1996.

Il y a aussi le sondage des tasses de café des dépanneurs 7-11. Plus de clients versent leur café dans des tasses en carton bleu Barack Obama que dans des tasses rouges Mitt Romney. Le 7-Eleven a réussi à prédire le résultat des trois dernières élections présidentielles de cette façon. Mais attention, ces résultats de vente datent déjà du début octobre, on ne sait pas si la tendance se maintient!

Donald Trump, encore lui

M. Trump, qui ne rate pas une occasion de faire parler de lui, a offert de verser 5 millions de dollars à une œuvre de charité si le président Barack Obama publie ses demandes d’entrée à l’université et ses demandes de passeport.

Le milliardaire espère encore pouvoir prouver sa théorie que le président n’est pas né aux États-Unis, mais plutôt au Kenya (et ne serait donc pas qualifié pour être président), malgré le fait que le président ait publié son acte de naissance à Hawaï. Donald Trump affirme que les demandes d’entrée à l’université et les demandes de passeport de Barack Obama ne sont pas accessibles parce que le candidat y a indiqué son véritable lieu de naissance.

Le président a ri des efforts de M. Trump lors d’une entrevue au Tonight Show avec Jay Leno

Raz-le-bol des pubs aussi

Je rentre de Floride et si je leur envie le temps magnifique qu’il y fait, je n’envie pas les Floridiens pendant cette campagne électorale parce qu’ils sont inondés de publicités.

À la télévision il n’y a que des annonces politiques, semble-t-il. Quand ce n’est pas la campagne nationale d’un des candidats, c’est un Super PAC, une campagne au Congrès ou une élection floridienne. À la radio commerciale, c’est pareil, et les gens reçoivent en plus des appels téléphoniques automatisés pour les inciter à voter.

Les électeurs de la Floride sont pris dans le déluge depuis le cycle des primaires républicaines, donc depuis presque un an.

Moi qui pensais que c’était déjà trop dans le District de Columbia où je réside. Ici, l’élection présidentielle n’est pas un enjeu passionnant, la victoire de Barack Obama fait peu de doutes, mais les résidents de DC sont tout de même inondés de pubs électorales parce que l’État voisin de Virginie est un enjeu, et qu’il y a deux référendums au Maryland qui sont chaudement débattus. À heure de grande écoute, 4 des 6 publicités de chaque pause sont électorales. Mais je ne les écoute plus, je ne fonctionne qu’avec l’enregistreur vidéo numérique.

Et je me demande si les Américains ne font pas comme moi. Qu’est-ce qui prouve qu’ils portent encore attention à tout cela? Quels arguments n’ont-ils pas déjà entendus mille fois?

Il faut croire que les campagnes y croient encore. Elles viennent de placer 100 millions de dollars de publicité pour les deux semaines à venir surtout dans les marchés de l’Ohio, de la Floride et du Nevada.

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, voyez ce reportage tourné au Nevada par ma collègue Joyce Napier :
 

Mitt Romney est-il en train de gagner?

C’est en tout cas ce que pense Karl Rove, un ancien conseiller de George W. Bush qui est à la tête maintenant d’un super PAC, American Crossroads, et de son organisation sœur, Crossroads GPS. Il écrit mercredi dans le Wall Street Journal que M. Romney prend la tête parce qu’il devient de plus en plus évident que le président Obama n’a rien à proposer pour les quatre prochaines années.

M. Rove répète là ce qui est devenu le mantra du camp conservateur depuis le premier débat et un des arguments que Mitt Romney a utilisés lors du deuxième débat. Et M. Rove s’appuie sur un facteur important, les perceptions des candidats, surtout en ce qui a trait à celui qui réussirait le mieux à relancer l’économie.

Dans le sondage instantané de CNN après le deuxième débat, 58 % répondaient Mitt Romney, contre 40 % Obama. Et M. Rove souligne aussi le premier sondage quotidien, Gallup Daily Tracking, qui met Mitt Romney à 50 % des intentions de vote, un seuil important puisque, explique-t-il, aucun candidat n’a été à 50 % à ce point dans la course sans l’emporter.

(J’ajoute ici une parenthèse pour ceux qui veulent s’amuser à voir cette compilation des problèmes que peuvent poser les précédents en politique.)

Karl Rove pourrait se réjouir aussi du fait que Mitt Romney mène largement chez les électeurs blancs, comme le rapporte le Washington Post.

Tout ça renforce peut-être la possibilité que Mitt Romney obtienne la moitié du vote populaire. Mais mathématiquement, il n’atteint toujours pas le seuil des 270 grands électeurs nécessaires à la victoire. Dans deux des neuf États-clés, la Floride et la Caroline du Nord (où le vote par anticipation ne commençait que mercredi), il mène. Et en Virginie et au Colorado, maintenant, on pense que l’État pourrait aller dans un sens ou dans l’autre. À moins de remporter trois de ces quatre États ainsi que l’Ohio, il lui faudra remporter deux autres des quatre États qui restent (New Hampshire, Wisconsin, Iowa ou Nevada) pour prétendre à la victoire.

Tout le monde comprend maintenant pourquoi plus de la moitié des événements des deux campagnes se déroulent en Ohio.

Bruce Springsteen

Personne n’a été surpris d’apprendre que Bruce Springsteen donne son appui au président Obama. À Parma, en Ohio (encore l’Ohio!), il a chanté une demi-douzaine de ses chansons et le grand hymne de Woodie Guthrie, This land is my land, seul à la guitare et à l’harmonica. Puis il a expliqué son choix pour les élections et incité les jeunes à voter. La campagne Obama utilise la chanson de Bruce Springsteen We take care of our own dans plusieurs de ses rassemblements.

 

Le vote des femmes

J’ai été surprise lors du débat d’entendre Mitt Romney affirmer qu’il a toujours été pour l’accès des femmes à la contraception et même pour le remboursement de la contraception par l’employeur. Et dès le lendemain du deuxième débat, sa campagne mettait en ondes une publicité télé qui reprend essentiellement cette position modérée de l’ancien gouverneur du Massachusetts.

C’est important pour la campagne Romney de convaincre le plus de femmes possible, elles sont en grande partie responsable de son rebond dans les sondages après le premier débat et sont nombreuses parmi les indécis.

Je ne suis pas la seule à avoir voulu vérifier le doute que j’avais à l’esprit, c’est-à-dire que Mitt Romney, malgré ce qu’il en dit, aurait appuyé un amendement, l’amendement Blunt, qui permettait aux employeurs de ne pas rembourser la contraception à leurs employées, si cela allait à l’encontre de leurs valeurs morales ou religieuses. L’amendement Blunt a été défait au Sénat. N’empêche que la position de Mitt Romney est plus nuancée qu’il ne l’annonce. Cela lui a valu un Pinocchio ou deux sur les sites de vérification de faits. Un lien entre autres, celui de CNN.

Gallup, en se basant sur les résultats de sondages dans 12 États-clés, montre que chez les électrices enregistrées, la position des candidats sur l’avortement est la préoccupation numéro un. Viennent ensuite l’emploi, la santé et l’économie. L’emploi et l’économie sont ex aequo en tête de liste pour les hommes.

Encore plus

La prochaine chronique parviendra en direct de la Floride, où je me trouverai pour le dernier débat. J’ai hâte de voir si les ondes radio et télé de Floride sont aussi remplies de publicités qu’ici dans le District de Columbia, à cause de l’État voisin de la Virginie, considéré comme pivot. Il y a un raz-le-bol qui se dessine chez les électeurs, il est temps que ça finisse, juste pour ne plus voir toutes ces pubs.

 

Chronique électorale américaine J-25

Vendredi 12 octobre 2012 à 16 h 21 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

manonglobensky

L’Ohio

Je n’aurais pu choisir un meilleur moment pour me rendre en Ohio. Sans le savoir, tant Barack Obama que Mitt Romney y ont tenu des rassemblements partisans pendant que j’y étais.

Et en ce lendemain de débat vice-présidentiel, Mitt Romney et Paul Ryan y retournent tous les deux. Ils sont conscients que l’enjeu pour eux est vital. Ils doivent voir si une percée est possible maintenant que leur campagne a retrouvé de l’élan grâce à la bonne performance de M. Romney au premier débat contre Barack Obama.

Alors, qu’en est-il? Pour le moment, tout indique que Mitt Romney gruge l’avance du président Obama. Sur six sondages effectués en Ohio depuis le débat du 3 octobre dernier, quatre donnent le président Obama en tête, deux par un seul point, et puis par quatre ou six points dans ceux de CNN et du Wall Street Journal.

 Le sondage NBC/Wall Street Journal/Marist

Le plus récent, celui du Marist Institute for Public Opinion pour le Wall Street Journal et NBC News, donne cette avance de six points à Barack Obama, mais Mitt Romney a quand même réussi à réduire l’écart de deux points.

Selon ce sondage, Barack Obama reçoit 54 % d’appuis chez les femmes déterminées à voter, alors que Mitt Romney est à 42 %. Chez les hommes, les deux candidats sont à égalité à 47 %. Chez les moins de 30 ans, c’est 57 % Obama, 37 % Romney. Chez les 35-49 ans, le président devance son rival d’à peine 2 points, 48 contre 46. Chez les 60 ans et plus, c’est aussi serré : 49 contre 48.

On pense qu’environ le tiers des électeurs voteront par anticipation, en personne ou par la poste. Chez ceux qui avaient déjà voté lorsque le Marist Institute a fait son sondage, Barack Obama récoltait 63 % d’appuis contre 37 % pour Mitt Romney.

Il faut souligner que l’échantillon cette fois comptait 11 % plus de démocrates que de républicains. Donc à prendre avec les précautions d’usage.

Les organisations sur le terrain

Il est important tout de même de convaincre les gens d’aller voter, et les deux partis ont déployé d’importantes ressources en Ohio, souvent des travailleurs de campagne des quartiers généraux, pour encadrer les équipes de bénévoles qui font du pointage ou s’assurent que les électeurs vont voter.

Dans la région de Cleveland, où j’étais, je n’ai vu que des Afro-Américains aller voter par anticipation, un groupe qui favorise habituellement Barack Obama. Ça peut expliquer en partie l’important fossé relevé par le Marist Institute.

Mon sentiment

La bataille pour l’Ohio est serrée et les ressources investies sont importantes. Le défi pour Barack Obama, c’est de concrétiser les sondages favorables en votes. Les jeunes, les Noirs et même les électeurs qui se définissent de prime abord comme démocrates sont moins motivés en 2012 qu’ils ne l’étaient en 2008. Par exemple, Shereen, rencontrée au bureau de vote de Cayuhoga County (Cleveland) et qui n’a pas fait de choix sur son bulletin de vote pour un président, ne comprend pas ce que Barack Obama et Mitt Romney proposent au juste, elle ne les a entendus que se critiquer l’un l’autre.

Obstacles au vote

Il y a 50 États dans ce pays et plus de 56 façons de voter. Les délais pour l’envoi de bulletins par la poste varient et les dates du vote par anticipation aussi. Dans certains États, seul le vote postal est accepté, pas celui en personne.

Quelques États permettront de voter la fin de semaine précédant le jour officiel des élections, le 6 novembre prochain. D’autres, comme l’Ohio, peut-être pas. Le procureur général de l’État, un républicain, a décidé cette semaine de demander à la Cour suprême de l’État de se prononcer. Si la Cour suprême permettait le vote par anticipation les 3, 4 et 5 novembre prochain, la décision d’ouvrir ou pas les bureaux de vote serait laissée à la discrétion de chaque county (à savoir s’il a les ressources pour permettre l’ouverture des bureaux).

Mêlant? Je n’ai même pas abordé la question des États qui veulent exiger la présentation d’une pièce d’identité pour voter et des difficultés qu’ont plusieurs électeurs à se procurer ladite pièce d’identité.

On jurerait presque que ces obstacles sont imaginés à dessein pour limiter le vote par anticipation. Les organismes de droits de la personne qui se battent contre ces nouvelles limites ou exigences soulignent tous que ce sont les États menés par des républicains qui sont en première ligne.

N’empêche que les listes électorales ont besoin d’une sérieuse révision et que les républicains qui dénoncent les risques de fraude n’ont pas tout à fait tort.

Cependant, jusqu’à maintenant, les décisions des tribunaux tendent à donner raison à ceux qui s’opposent à l’imposition d’obstacles au vote, tandis qu’il reste peu de temps pour s’ajuster avant les élections de novembre.   Au moins deux États se sont fait dire que leur exigence d’une pièce d’identité pour voter est légale, mais qu’il est trop tard pour l’appliquer cette année.

Ce que je lis

Ten letters : the stories Americans tell their president, d’Eli Saslow. Le journaliste du Washington Post qui avait été affecté à la couverture de la campagne de 2008 rend compte des lettres que les Américains écrivent au président Barack Obama et de ce qu’il leur répond.

Ce que je voudrais lire

Le dernier numéro de Vanity Fair avec James Bond en couverture. Parce que ça voudrait dire que j’ai le temps de lire un vrai magazine! Et il y a un article sur Nate Silver du New York Times dont j’ai déjà mentionné la chronique, Five Thirty Eight, et des extraits du prochain livre de Tom Wolfe.

Chronique électorale J-29

Lundi 8 octobre 2012 à 13 h 58 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

manonglobensky

Nous voilà à moins d’un mois des élections américaines et la campagne ne pourrait pas être plus trépidante.

Les sondages commencent à donner des indications de l’effet du débat sur l’électorat, mais on n’avait pas besoin d’eux pour savoir que c’est Mitt Romney qui en est sorti vainqueur.

Et la contre-performance de Barack Obama continue de fasciner. Certains ont des explications farfelues, comme l’ancien vice-président Al Gore : l’altitude de Denver, au Colorado (1500 m au-dessus du niveau de la mer), où avait lieu le débat, lui aurait nui. Le président lui-même a choisi d’en rire : « Je ne suis pas toujours à mon mieux », a-t-il avoué à un groupe de célébrités hollywoodiennes, dimanche soir.

Nate Silver, dans sa chronique intitulée Five Thirty Eight (pour les 538 Grands Électeurs du Collège électoral américain), conclut que Mitt Romney a reçu un élan de trois points dans les sondages grâce à sa bonne performance lors du premier débat.

Il n’y a pas encore de sondages concluants dans les neuf États-clés que tout le monde surveille pour déterminer la victoire du 6 novembre prochain : Ohio, Virginie, Wisconsin, Nevada, Floride, Iowa, Colorado, New Hampshire et Caroline du Nord.

Au coude à coude

Mitt Romney a donc réussi à combler l’écart qui le séparait de Barack Obama. Gallup offre une mesure de comparaison avant et après le débat.

Bonne nouvelle aussi pour Mitt Romney : la mesure de l’enthousiasme pour les élections en 2012 comparée à 2008 est plus élevée chez les républicains et chez les 65 ans et plus, deux groupes cruciaux pour le candidat républicain. L’enthousiasme a baissé chez les jeunes et chez les latinos – deux groupes qui sont plus favorables à Barack Obama – qui sont cette année plus difficiles à motiver et plus susceptibles de ne pas aller voter.

Le camp Obama a fait le tour des émissions du dimanche pour dire qu’il n’est pas du tout inquiet de la contre-performance du président au débat et pour qualifier la performance de Mitt Romney de performance d’acteur totalement dénuée de vérité, reprenant la critique principale entendue après le débat que c’était un Mitt Romney très différent de celui qu’on avait vu en campagne jusqu’à maintenant qui a présenté ses propositions au débat.

Ils insistent sur la différence entre « Radical Mitt », qui a emporté l’investiture de son parti, et « Moderate Mitt », qui vient selon eux d’apparaître au débat.

À noter que Mitt Romney, durant les primaires de son parti, avait déjà essuyé ce genre de critiques de la part de Newt Gingrich. Il l’avait qualifié de menteur prêt à dire n’importe quoi pour gagner.  M. Gingrich avait toutefois ajouté qu’il serait prêt à voter pour lui s’il remportait l’investiture…

Au cœur de la controverse

Mitt Romney en a surpris plus d’un en affirmant durant le débat qu’il n’a pas de plan de réduction des impôts de 5000 milliards de dollars. Mitt Romney promet en effet de réduire tous les taux d’imposition de base de 20 %, une mesure qui va coûter (en baisse de revenus) 4800 milliards sur 10 ans, selon le centre indépendant Tax Policy Center.

M. Romney affirme qu’il va amortir ce coût par l’élimination d’exemptions et de crédits d’impôt. Cela justifie son affirmation qu’il n’a pas de plan à 5000 milliards de dollars.  Mais il ne précise pas ce qui sera éliminé. C’est à négocier avec le prochain Congrès, dit-il. Le Tax Policy Center croit qu’il n’y a pas assez d’exemptions à éliminer pour contrebalancer les baisses de revenus anticipées, et que la classe moyenne finira par devoir fournir plus de 2000 $ par ménage pour amortir ces réductions d’impôts pour les plus riches. Ce que le camp Romney nie, mais toujours sans offrir de détails.

En déplacement cette semaine

Je me promènerai en Ohio jusqu’à mercredi pour voir comment se déroule le vote par anticipation, un indicateur crucial de la force des organisations des deux campagnes sur le terrain dans cet État-clé.  Plus de détails dans ma prochaine chronique et le point sur les obstacles au vote.

Des résultats serrés?

J’ai mis la couverture de la campagne en veilleuse une semaine pour couvrir l’Assemblée générale de l’ONU, et elle en a profité pour changer d’allure. Les sondages changent au quotidien maintenant, et Barack Obama semble vraiment avoir creusé l’écart avec son rival Mitt Romney, en particulier dans les États-clés de l’Ohio, de la Floride et de la Virginie, qui auront un impact sur la victoire.

Certains modèles de prévision s’emballent. Le politologue Sam Wang, de l’Université Princeton, affirme même que l’élan de Barack Obama va donner du souffle aux candidats démocrates. Son modèle donne maintenant 74 % de chances aux démocrates de remporter les 25 sièges dont ils ont besoin pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants.

Un autre modèle, français celui-ci, voit le président Obama l’emporter, mais avec encore moins de pourcentage du vote populaire qu’en 2008.

Le consensus des prévisions est que les élections du 6 novembre prochain ne changeront rien au partage actuel du pouvoir : la Chambre demeurera aux mains des républicains, et le Sénat, aux mains des démocrates, avec un président démocrate, Barack Obama, réélu. Ce que les modèles n’arrivent pas à prévoir, c’est si les républicains seront plus enclins à collaborer avec les démocrates pendant ce second mandat!

Mais il reste cinq semaines…

Je continue de prêcher la prudence. L’élection présidentielle sera serrée et il faudra attendre les résultats dans une poignée d’États pour savoir qui l’emporte. Mais c’est vrai que la campagne de Mitt Romney a sérieusement dérapé, on n’a qu’à compter le nombre de fois où ses conseillers ont dit qu’ils réorientaient leur stratégie pour en avoir la preuve. Hier, de nouveau, son conseiller principal Kevin Madden affirmait que d’ici la fin de la campagne, M. Romney allait se concentrer sur le message suivant : les États-Unis ne peuvent pas se permettre quatre autres années semblables aux quatre dernières.

Les sondages sont-ils erronés?

Si les deux candidats sont au coude à coude, pourquoi voit-on que le fossé entre les deux candidats se creuse au-delà de la marge d’erreur dans certains sondages? Cela peut venir du fait que certains sondages ne mesurent que les électeurs enregistrés qui n’iront pas tous voter, contrairement aux électeurs probables. Et puis dans certains sondages, dans les États en particulier, les échantillons sont moins fiables.

Mais des républicains ont trouvé une autre explication : une conspiration des sondeurs pour donner un élan à la campagne de Barack Obama! Selon eux, la campagne de Mitt Romney va très bien et il l’emportera. Cela contredit les propos des conseillers de Mitt Romney, qui admettent que le candidat a besoin de renverser la vapeur…

Le débat

Je n’en dirai qu’une chose : le jeu pour les deux camps est de réduire les attentes, de dépeindre leur candidat comme bien moins bon que son adversaire. Cela, pour pouvoir ensuite qualifier la performance d’extraordinaire, ou dire qu’il fallait s’attendre à cette performance qui ne levait pas. On l’avait dit dès le départ.

Et voilà, lisez-moi après le débat, j’ai plein de choses encore à raconter, entre autres, à propos des tentatives de suppression du vote dans plusieurs États.

Chronique électorale américaine J-48

Mercredi 19 septembre 2012 à 17 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

manonglobensky

Est-ce si grave que ça pour les républicains?

On a tous vu dans l’incident de la vidéo clandestine du discours de Mitt Romney à de riches donateurs un possible tournant de campagne, mais on ne saura pas si c’est le cas tant que des sondages ne seront pas en mesure d’en évaluer l’impact auprès des électeurs.

Chose certaine, le candidat républicain et son parti sont déjà sur une pente glissante, incapables, semble-t-il, de se relever d’une performance moyenne à la convention. Et là où ça fait le plus mal, c’est dans les États-clés. Les sondages se succèdent et montrent tous une avance de Barack Obama sur Mitt Romney.

En Virginie par exemple, État qui a voté démocrate en 2008 pour la première fois en 40 ans, les républicains espéraient bien renverser la vapeur et surtout rallier le vote des militaires qui y sont basés. Eh bien, un sondage du Washington Post donne Barack Obama en avance de 8 points. Et pas chez les électeurs en général, mais chez les électeurs qui ont l’intention d’aller voter, un échantillon jugé plus fiable. L’autre maison de sondage, Quinnipiac University, a des chiffres encourageants pour le président Obama en Virginie, au Wisconsin et au Colorado.

Et au-delà des intentions de vote, le président Obama mène en ce qui a trait à tous les indicateurs (qui ferait le mieux face à une crise, qui se préoccupe le plus des intérêts des Américains)  et il est au coude à coude avec Mitt Romney sur la question de l’économie, ce qui n’est pas mauvais signe, puisque jusqu’à maintenant, c’est le seul indicateur où Mitt Romney menait, et là, son avantage a disparu.

C’est difficile de ne pas paniquer. L’ancienne collaboratrice de Ronald Reagan, Peggy Noonan, écrit dans le Wall Street Journal qu’il est temps d’admettre que la campagne Romney est un exemple d’incompétence.

Mais elle écrit aussi qu’il reste du temps pour la ramener dans la bonne voie, et arrêter les dérapages. Il faut que les discours du candidat soient plus étoffés, mais que les idées soient achevées, pas seulement nées d’un besoin de critiquer pour critiquer. Il faut réveiller la campagne dit-elle, mettre aux côtés de Mitt Romney ceux qui performent bien dans le parti, les Chris Christie, Susana Martinez, Marco Rubio, etc.  Et puis il faut y mettre de l’argent, beaucoup d’argent.

Tout ça avec une série de trois débats à préparer…

Les chiffres qu’on ne peut pas ignorer

J’ai déjà mentionné dans cette chronique la mathématique nécessaire à l’élection d’un président aux États-Unis, les 270 votes de grands électeurs par lesquels un candidat décroche le poste de dirigeant du monde libre.

Le site Real Clear Politics donne en ce moment 247 grands électeurs à Barack Obama contre 190 à Mitt Romney et met 100 votes (Colorado 9, Floride 29, Iowa 6, Nevada 6, New Hampshire 4, North Carolina 15, Ohio 18, Virginia 13) en jeu.

Le site Politico, lui, répartit les États-clés selon les résultats des sondages du moment et, compte tenu de l’avance de Barack Obama discutée plus haut, le résultat  est actuellement de 332 votes pour le président, et de 206 pour Mitt Romney

Ce que je lis en ce moment

The price of politics, de Bob Woodward, sur la façon dont s’est déroulé le bras de fer entre Barack Obama et les républicains avant la décote du crédit américain. Très cuisine interne, mais M. Woodward a eu un accès remarquable aux principaux acteurs des deux côtés du débat.

Ce que je voudrais lire

Paris, a love story, de Kati Mason, la veuve du grand diplomate américain Richard Holbrooke, qui a aussi été l’épouse du journaliste canadien, présentateur d’ABC News, Peter Jennings.

Chronique électorale américaine J-70

Mercredi 29 août 2012 à 15 h 55 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

manonglobensky

Le rebond dans les sondages

La convention républicaine bat son plein, et celle des démocrates occupera l’actualité pendant trois jours la semaine prochaine. On peut se demander quel sera l’effet de ces conventions dans les sondages. Ça s’appelle le rebond des conventions et, en moyenne, aux États-Unis, on estime que chacun des candidats voit ses appuis augmenter de 5 %, une augmentation qui demeure souvent jusqu’à la fin de la course.

En fait, celui qui a profité du rebond le plus important, c’est Bill Clinton en 1992. Il avait terminé la convention démocrate avec une augmentation de 16 % de ses appuis, trois fois les 5 % dont a bénéficié son adversaire républicain, George Bush père. Cette question du rebond est très sérieuse : elle fait l’objet de plusieurs études statistiques. Il y en a même pour dire que le rebond moyen est plutôt de 3 %.

Alors, cela changera-t-il la donne dans la course serrée Obama-Romney? The Economist émet l’hypothèse que Mitt Romney pourrait en profiter un peu plus que Barack Obama, dont les appuis sont probablement déjà un peu surévalués dans les sondages compte tenu des piètres performances de l’économie.

Un site intéressant

Le site Electnext permet aux internautes de savoir lequel des candidats défend les positions les plus proches des siennes. Ce n’est pas la Boussole électorale, mais ça m’a amusée.

Les coulisses de la convention républicaine

En plus des activités de la convention et de leurs délégations régionales ou étatiques, les délégués sont conviés à plusieurs cocktails et fêtes, dont la plus intéressante semble avoir été la Nuestra Noche, une fête aux accents cubains organisée lundi soir sous les auspices du sénateur de Floride, Marco Rubio, à laquelle on accédait sur invitation seulement.

Une reporter de la télévision locale a réussi à entrer et a tenté de filmer les délégués buvant des mojitos et dansant au rythme de l’orchestre cubain, mais elle a été reçue par des personnes à l’air sérieux et aux bras croisés. Pas question d’avoir l’air de s’amuser au moment où Isaac progressait vers les côtes américaines…

Ces conventions peuvent être une manne pour les restaurants locaux bien placés. Ainsi, un bistro avec vue sur la baie de Tampa et sur l’aréna où se déroule la convention a été loué pour la semaine par un mystérieux lobbyiste qui pourrait avoir AT&T comme client, rapporte la Sunlight Foundation. Le restaurant est ensuite prêté pour des réceptions et des activités de financement qui sont aussi le pain et le beurre de ces conventions.

Les médias sont de la partie. Google a installé un café pour les journalistes dans le centre des congrès, CNN, comme par le passé, a ouvert le CNN Grill, un vrai restaurant qui sert de décor à son plateau central, et MSNBC a installé son émission phare du matin, Morning Joe, dans un bar.

Incident déplorable

Une personne qui assistait à la convention, on ne sait pas à quel titre, a été expulsée après avoir lancé des cacahuètes en direction d’une camerawoman noire de CNN et dit : « C’est comme ça qu’on nourrit les animaux. » Les médias ne sont pas en odeur de sainteté chez les républicains, qui font référence presque systématiquement dans leurs discours au « liberal media ». Bien sûr, pour les républicains, il n’y a de couverture équilibrée que sur Fox News.

La plus récente gaffe de campagne du candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney n’est pas sortie de sa bouche, même si, à de nombreuses reprises dans le passé, il a montré qu’il a un don pour les déclarations controversées.

Cette fois, c’est son principal stratège, Eric Fehrnstrom, qui s’est mis les pieds dans les plats. Cela, au lendemain de la victoire de M. Romney en Illinois, et le jour même où il recevait l’appui convoité de l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush. Eric Fehrnstrom se fait demander par CNN si le candidat Romney n’a pas été obligé de se positionner trop à droite pour plaire aux électeurs du centre. Voici sa réponse : « Pour la campagne électorale à l’automne, c’est presque comme si on appuyait sur le bouton recommencer, tout change, on secoue pour tout effacer comme sur un Etch-a-Sketch et on recommence. »

Ses opposants ont sauté sur la gaffe et pas seulement au Parti républicain… la campagne démocrate a produit deux publicités en deux jours qui reprennent la gaffe de l’Etch-a-Sketch

Rick Santorum et Newt Gingrich, deux des opposants de Mitt Romney dans la course républicaine, vont à tous leurs événements de campagne avec une petite tablette rouge sous le bras. Et ils ne se gênent pas pour dénoncer le manque de conviction du candidat qui les distance allègrement. Cette histoire n’a pas fini de le hanter.

Et en post-scriptum, il faut mentionner une conséquence tout à fait américaine à la controverse : les ventes d’Etch-a-Sketch ont augmenté (la petite tablette rouge avec ses deux boutons blancs s’est hissée aux premiers rangs sur Amazon) et les actions de la compagnie qui les produit, Ohio Art Company, ont monté en flèche, une augmentation de 212 % en une journée.

WASHINGTON En se retirant de la course à l’investiture républicaine à ce moment-ci ce qui a pour effet de donner la victoire à Mitt Romney l’ex-ambassadeur des États-Unis en Chine Jon Huntsman vient de se donner le statut de favori de la course de… 2016, si, bien sûr, Romney ne l’emportait pas en novembre.

Huntsman quitte la course pour une seule et bonne raison : il ne va pas gagner en Caroline du Sud, samedi prochain, et chaque vote qu’il prendrait serait autrement allé à Romney. En se retirant maintenant, il donnera au favori 8 ou 10 % des voix supplémentaires, de quoi assurer sa victoire.

En fait, il ne fait que suivre exactement la voie qu’avait empruntée Mitt Romney, il y a exactement quatre ans. Avant qu’il ne devienne absolument évident qu’il ne pourrait battre John McCain, Romney s’est retiré de la course, même s’il avait les ressources pour continuer un bout de temps. Il a tout de suite annoncé son appui pour McCain et a passé le reste de l’année à faire campagne pour des candidats républicains d’un bout à l’autre du pays.

Avec le résultat que Romney s’est fait des amis un peu partout, et surtout dans l’establishment du Parti républicain. Et ce dernier a reconnu en lui un homme qui faisait passer l’intérêt du parti avant son intérêt personnel. Quatre ans plus tard, il est le favori pour l’investiture républicaine et en bonne voie de l’obtenir.

Pour Jon Huntsman, cette campagne se solde par un succès d’estime. Il a vite été vu comme l’un des trois (avec Romney et Newt Gingrich) candidats ayant le bagage d’expérience et la profondeur pour être président des États-Unis. Les autres, que ce soit Monsieur Pizza (Herman Cain) ou Madame Tea Party (Michele Bachmann), n’auraient jamais dû se retrouver sur l’estrade et ont surtout nui à l’image de marque du Parti républicain en passant les six derniers mois dans des débats télévisés où ils avaient autant de place que les trois autres.

Mais, pour Jon Huntsman, le succès d’estime qu’il a remporté au New Hampshire peut être un point de départ. Il peut utiliser sa notoriété pour bâtir en vue de 2016. En attendant, il fera campagne pour Romney, en prenant bien soin de collectionner les éventuels renvois d’ascenseur.

Huntsman en 2016, donc? Dans ce pays où on est en campagne électorale permanente, il y a certainement des gens qui ont commencé à y penser…

Le Tea Party

Une autre faction du Parti républicain qui pourrait avoir perdu au jeu de « Qui perd gagne » est le Tea Party. Ces représentants ont été la révélation des élections de mi-mandat en 2010 et ont largement contribué, depuis, au blocage politique que l’on constate au Congrès.

D’abord, leur représentante dans la course à la présidence, Michele Bachmann, a été la première à jeter l’éponge après les caucus de l’Iowa à cause de ses faméliques appuis.

Le Tea Party n’a surtout pu imposer un candidat crédible pour empêcher que la nomination aille à un modéré comme Mitt Romney. Pourtant, la naissance même du Tea Party est venue de la défaite du tout aussi modéré John McCain en 2008. Pour ceux qui allaient se retrouver dans la mouvance du Tea Party, c’était la preuve que la modération n’apporte pas la victoire et que, tant qu’à y être, aussi bien choisir un candidat qui partage nos valeurs.

Le problème, c’est que la campagne républicaine nous montre que lorsqu’on pose la question aux électeurs plutôt qu’aux militants, ils préfèrent encore les candidats modérés…

L’influence du Tea Party ne s’est guère fait sentir dans le choix du candidat républicain à la présidence, et elle est en nette baisse dans les autres aspects de la vie politique.

Pas étonnant que pratiquement la moitié des Américains estiment que le Tea Party nuira aux républicains lors des élections de novembre. Les partisans du Tea Party détestent peut-être le mot « compromis », mais la plupart des Américains croient que c’est essentiel quand on veut diriger un pays comme les États-Unis.