Billets classés sous « révolution »

Tout a commencé à la chute du régime Moubarak. Un groupe de jeunes artistes décide de raconter la révolution sur les murs de la ville.

Puis ce sont les visages des martyrs, des amis qui ont donné leur vie pour la révolution, qui ont orné la place Tahrir. Des visages joyeux, colorés, plein d’idéaux.

C’est ainsi qu’est né ce collectif des artistes de la rue. Aujourd’hui, le groupe réunit 150 jeunes artistes qui pratiquent leur art révolutionnaire. « C’est ensemble, dit Ahmed Biro, le chef du groupe, que nous décidons quel thème nous allons aborder et sur quel mur de la ville il sera dessiné. » Une vingtaine d’artistes peuvent travailler pendant trois jours pour réaliser un grand graffiti.

« Nous plaçons toujours le citoyen ordinaire au centre de notre travail, c’est notre premier public, raconte Ahmed. Nous ne voulons pas attiser la violence ou la division. Au contraire. Quand la rue a perdu confiance dans l’armée, on a fait des graffitis montrant l’armée et le peuple main dans la main. »

« Ces dernières semaines, nous avons fait des dessins pour montrer que nous sommes tous égaux, musulmans, chrétiens, laïques. On s’est opposés au message distillé par les islamistes, comme quoi ceux qui votent contre la Constitution sont des traîtres à l’islam. » — Ahmed Biro

« Nous abordons aussi les thèmes sociaux comme le harcèlement sexuel et la dévalorisation des femmes », poursuit la graffiteuse Christine Safawat.

« Au lendemain de la révolution, racontent Ahmed et Christine, notre art a explosé en toute liberté. Depuis l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, les choses ont beaucoup changé. Nos graffitis sont régulièrement effacés, noircis ou souillés. »

Ces artistes de la rue sont conscients que leur art est peut-être éphémère, mais ils croient que leur message va rester. L’important pour eux, c’est de ne jamais perdre de vue les revendications de la révolution : liberté, égalité, justice sociale.

P.-S. Ces graffitis continuent de vivre grâce au patient travail de Chaban Sayed qui, durant les deux dernières années, a parcouru les rues du Caire pour les croquer sur le vif. Une exposition sera consacrée à ses photos au Centre culturel égyptien de Paris en janvier prochain.

Rami n’avait jamais réussi à monter sur scène avec sa guitare avant la révolution égyptienne. Il est devenu une star en composant une chanson avec les slogans de la place Tahrir. Sa notoriété nouvelle lui a valu d’être torturé en mars, après avoir été arrêté, avec 200 autres jeunes, pour avoir manifesté pacifiquement contre le pouvoir militaire. Bienvenue dans l’Égypte post-Moubarak!

« Les 200 qui ont été traités et maltraités comme moi (le 9 mars), on est tous sortis de prison avec la volonté ferme de mettre à nu le vrai visage de l’armée. Pour nous, ça a été l’étincelle qui nous a permis de déclencher la vraie révolution », nous disait Rami la semaine dernière, au Caire.

Rami Essam montre les marques de la torture infligée par des militaires pendant 4 heures : coups de barre de fer, tête enfouie dans la sable, électrocution.

Pour Rami Essam et les milliers de révolutionnaires qui occupent à nouveau la place Tahrir depuis mardi, le 25 janvier n’est pas un anniversaire à célébrer. Ils sont à nouveau dans la rue pour dénoncer les abus de pouvoir, l’intimidation, les arrestations abusives, les répressions violentes, la torture qui persistent depuis le départ d’Hosni Moubarak. Ces jeunes qui sont encore prêts à mourir pour libérer l’Égypte ont l’impression de s’être fait voler leur révolution.

Par les militaires et les Frères musulmans, qui auraient fait un pacte pour partager le pouvoir après un scrutin trop rapide, qui favorisait forcément le seul groupe organisé du pays. Les partis islamistes, qui ont récolté plus de 70 % des suffrages lors des récentes élections législatives, ont très peu dénoncé les abus de pouvoir des militaires. « Après 18 jours, la révolution aurait pu avancer sur un chemin rapide pour que nos demandes soient réalisées, mais malheureusement la révolution a été détournée, le trajet à parcourir reste très long », dit le musicien de 24 ans.

Malgré les reculs et les doutes, l’Égypte ne sera plus jamais comme avant. La révolution a libéré la parole, et l’intimidation n’a plus de prise sur des citoyens trop longtemps étouffés, terrorisés. « Si la révolution n’avait pas eu lieu, je ne serais pas reconnu artistiquement comme je le suis maintenant, dit Rami. Je serais toujours en train de souffrir dans l’ombre. Le seul acquis de la révolution c’est que le peuple ose maintenant dire non, le mur de la peur entre le peuple et le régime est cassé. »

Les 18 jours de manifestations qui ont fait tomber le dictateur Moubarak il y a un an ont transformé les esprits. Les Égyptiens ont pris conscience du pouvoir de leur parole collective et depuis, ils manifestent tous les jours pour réclamer leurs droits. Un changement de mentalité collective aussi radical et subit ne peut que naitre d’un choc révolutionnaire.

« On peut freiner la révolution, mais elle ne peut être vaincue », me disait le poète Abdul Rahman Youssef sur le bord du Nil la semaine dernière. L’homme de télé qui était banni des médias égyptiens depuis 2004 a maintenant son émission d’information quotidienne à la télé privée.

Découvrez Abdul, Rami, Samira et Viviane à l’émission Une heure sur terre le 10 février à 21 h.