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C’était subtil, mais Barack Obama a montré sa frustration dans son discours sur l’état de l’Union. Il était tout sourire, a même lancé quelques blagues. N’empêche, celui qui occupe l’un des postes les plus prestigieux et puissants de la planète faisait penser à un enfant frustré. Un de ces gamins qui menace de cesser de jouer parce que les autres gagnent trop souvent ou parce qu’ils trichent. Mardi soir, Barack Obama a lancé un message simple aux 535 membres du Congrès : vous faites comme je veux, ou je vais jouer tout seul. Une attitude qui a beaucoup à voir avec le calendrier politique.

Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.
Les visages du président Barack Obama (centre), du vice-président Joe Biden (gauche) et du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner (droite) en disaient long sur la soirée de chacun.

Bien sûr, le président a tendu la main à l’adversaire républicain, qui contrôle l’une des chambres du Congrès. Barack Obama veut travailler avec eux, faire de 2014, « l’année de l’action ». Sa grande priorité? Aider les dizaines de millions d’Américains qui ne goûtent pas encore aux fruits de la reprise économique. Les pauvres, comme les travailleurs de la classe moyenne, pour qui les salaires ne semblent plus couvrir autant de besoins. Et ceux qui ont si peu pour survivre dans le pays le plus riche de la planète.

L’inégalité (économique) s’est approfondie. La mobilité (l’ascension vers les classes supérieures) est en panne. La vérité toute crue, c’est que même en pleine reprise, trop d’Américains travaillent énormément, seulement pour joindre les deux bouts… encore moins pour améliorer leur sort. Et ils sont trop nombreux à ne pas travailler du tout. — Barack Obama

Des solutions, il en a présenté plusieurs, le président. Le problème, c’est qu’une bonne partie de ses propositions ne sont pas neuves. Les démocrates savent déjà qu’elles déplaisent aux républicains. On peut penser à la hausse du salaire minimum (de 7,25 $/h à 10,10 $/h), au prolongement de l’aide financière à certains chômeurs. L’une des rares suggestions qui ont soulevé l’enthousiasme de tous, c’est sur l’égalité salariale.

Dans les médias, ils sont nombreux à noter le peu d’ambition du menu proposé par le président Obama. Il n’y a rien pour rappeler les thèmes de sa première campagne (l’espoir, le changement), aucune idée qui transformerait la société américaine. Même le contraste avec son précédent discours sur l’état de l’Union est frappant. « C’est l’année durant laquelle il y a un rendez-vous avec la réalité », explique Jack Pitney, un politologue de Californie.

La réalité, c’est que Barack Obama ne semble plus vouloir essayer de collaborer avec les républicains. Pour son premier mandat, il promettait un gouvernement différent, moins partisan. L’aile radicale du Tea Party n’a rien voulu savoir. L’année 2013 a marqué un creux. C’est l’une des années les moins productives du Congrès (au nombre de lois passées, du moins), avec des tensions qui ont mené à la paralysie partielle du gouvernement. La Maison-Blanche change donc de tactique. Le président peut agir seul à bien des égards, contourner un Congrès récalcitrant.

Barack Obama peut signer des décrets, utiliser l’influence de la présidence dans la société civile, à l’extérieur de Washington. Il a déjà annoncé une série de mesures, dont la hausse du salaire minimum pour les employés qui dépendent de contrats fédéraux. Mais son pouvoir est aussi bien limité. Il ne peut légaliser le sort des millions de sans-papiers sans l’appui du Congrès, par exemple.

Malgré tout, les républicains ont été rapides à dénoncer ce changement de ton. On parle du « roi Obama », qui veut gouverner de manière tyrannique. « C’est quelque chose de vraiment effrayant pour les Américains », lance Michelle Bachmann, une proche du Tea Party. D’autres élus menacent le président de poursuites, l’accusant d’abuser de ses pouvoirs.

La réalité, c’est qu’il y a bien des avantages politiques à utiliser des décrets pour faire avancer un agenda. Pour les démocrates, le président agit même dans l’adversité. Pour les républicains, le président en fait trop. Dans les deux cas, ce sont de bons slogans. Et ça sera utile en 2014, une année électorale.

Les élections de mi-mandat, en novembre, teintent déjà à peu près tout ce qui se passe à Washington. Les thèmes du discours d’Obama peuvent être utiles aux démocrates, souligne la politologue Élisabeth Vallet, de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM).

« Il a égratigné au passage le GOP (Grand Old Party) et ses manœuvres dilatoires au Congrès. De la même manière, parler des femmes est gagnant. Elles sont particulièrement touchées dans le sud-est par les restrictions sur l’avortement par exemple, par la paupérisation (l’appauvrissement de la population) aussi. Donc, le président cherche à mobiliser sa base traditionnelle là où ça peut faire la différence. » — Élisabeth Vallet

La réalité pour le président, c’est aussi que les démocrates risquent de perdre le contrôle du Sénat en novembre… et risquent peu de reprendre le contrôle de la Chambre. Devant un Congrès tout républicain, le président démocrate deviendrait alors un canard boiteux… deux ans avant la fin de son dernier mandat. Barack Obama voit sûrement le temps filer et se demande ce que les historiens retiendront de lui.

Il est bien sûr trop tôt pour en juger. Pour l’instant, les deux partis politiques donnent l’impression d’un couple fraîchement divorcé. Les adultes s’ignorent le plus clair du temps, mais sont forcés de se parler pour élever leurs enfants. L’image n’est pas de moi, mais d’un collègue anonyme, cité par la BBC. Elle résume peut-être bien ce que les Américains pensent de leurs dirigeants.

Selon vous, quelle image colle le mieux à la classe politique américaine, ces temps-ci?

Vous ne connaissez peut-être pas le sénateur républicain Marco Rubio.

Il faut le connaître, car à travers lui, ses tergiversations et son ascension, on comprend mieux le Parti républicain d’aujourd’hui.

On comprend mieux pourquoi après s’être opposés bec et ongle à une réforme de l’immigration aux États-Unis, les républicains se rendent compte maintenant que cette réforme pourrait sauver leur avenir politique.

Élu au Sénat américain en 2010, Marco Rubio était LE candidat du Tea Party, le prototype parfait : pro-vie, anti-mariage gai, catholique pratiquant, partisan de l’austérité fiscale, il choisit la religion plutôt que la science. Pour lui, Dieu a créé le monde il y a plus ou moins 6000 ans, et, après tout, les théories de l’évolution ne sont-elles pas que des théories?

Bref, Marco Rubio incarnait si bien ce virage à droite qu’a pris le Grand Old Party, le GOP comme on l’appelle ici, le Parti républicain.

Et de plus, Marco Rubio, d’origine cubaine, était contre toute réforme de l’immigration. Régulariser la situation de quelque 12 millions de sans-papiers, hispanophones et venus comme lui du sud? Jamais! Il disait que c’était une capitulation, une « amnistie ». Inacceptable. La solution : déporter les illégaux et resserrer la sécurité à cette frontière poreuse, avec murs, surveillance électronique. Bref, il faut interdire l’entrée aux États-Unis à cette masse de travailleurs clandestins.

« De cette façon, avait dit Marco Rubio en octobre 2010, nous aurons un système d’immigration qui fonctionne comme il faut. »

Tout comme le GOP, Marco Rubio s’opposait vivement à tout relâchement, à tout genre de pardon. Les illégaux représentent une main-d’oeuvre à bon marché dont l’économie américaine ne peut plus se passer, tant pis. La loi c’est la loi, les républicains réclamaient haut et fort qu’on l’applique.

C’était en 2010. Marco Rubio a remporté son élection, il est devenu le jeune sénateur de Floride, l’étoile montante du GOP.

Mais deux ans en politique, c’est une éternité.

Pendant la campagne présidentielle, en 2012, le candidat républicain Mitt Romney continuait de prôner la ligne dure sur l’immigration : « LA solution, avait-il déclaré à plusieurs reprises, c’est l’autodéportation. »

Bref, le GOP ne voulait pas de compromis, même pour les nombreux clandestins dont les enfants sont nés aux États-Unis. Sa position était claire : l’immigration n’est pas une question d’humanité, c’est une question de respect des lois. Point final.

Et puis, le 6 novembre dernier, plus de 70 % des hispanophones ont voté pour le candidat démocrate Barack Obama. Faut-il même s’en étonner?

Fort de l’appui massif des minorités — et 95 % du vote noir —, Obama a remporté la Maison-Blanche, même si seule une minorité de Blancs, 39 %, a voté pour lui.

Message aux républicains : ce qu’il faut retenir de ces résultats, c’est qu’on ne remporte plus la Maison-Blanche sans l’appui des minorités. Une majorité de Blancs ne suffit plus. Les temps changent, la démographie aussi.

Depuis la défaite cuisante de 2012, on n’entend plus parler de Mitt Romney, et les républicains sont en pleine crise existentielle. Mais ils ont compris ceci : le bloc hispanophone est devenu un incontournable dans la vie américaine et en politique.

Assis dans nos bureaux à Washington, il y a deux semaines, le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, une des figures de proue de la communauté hispanophone l’expliquait :

« La population latino aux États-Unis dépasse aujourd’hui les 50 millions, dit-il. Plus de 50 % des enfants nés aux États-Unis sont d’origine latino-américaine, asiatique ou noire. »

Une nouvelle réalité politique, qui nous ramène à Marco Rubio, le « Golden Boy » de la droite. Il n’est pas nécessairement pour la science, mais il comprend les maths.

Les « latinos », sa communauté, il ne peut plus la bouder. Il y a 12 millions d’illégaux, certes, mais ils sont appuyés par 50 millions d’Américains d’origine latino, qui ont leurs papiers en règle, la nationalité américaine et le droit de vote. Et ils veulent une réforme de l’immigration. Ils veulent régulariser la situation des clandestins.

Le sénateur Rubio a vite fait le calcul, sur papier ou dans sa tête, et il a fait un virage, pas à 80 degrés, mais bien un virage complet. Tout comme les républicains au Congrès. Ils sont maintenant en faveur d’une réforme, qui sera fort probablement adoptée d’ici aux élections législatives de 2014.

Une réforme qui donnerait aux clandestins un permis de travail, une carte verte et peut-être même, éventuellement, la nationalité, serait une bonne solution, dit-il aujourd’hui.

« On ne va tout de même pas déporter 12 millions de personnes. Donnons-leur la chance d’obtenir une carte verte », disait-il l’autre jour à la radio.

Voilà comment on change d’avis en politique.

Chronique électorale américaine J-60

Vendredi 7 septembre 2012 à 16 h 31 | | Pour me joindre

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manonglobensky

J-60, vraiment? Il y a un peu de confusion sur le calendrier. Si on compte la journée d’aujourd’hui comme jour 1, dans 60 jours on sera à la veille des élections, le lundi 5 novembre. Si on ne compte pas la journée d’aujourd’hui, dans 60 jours les Américains voteront, le mardi 6 novembre. C’est ce que la plupart des calendriers qui font le décompte semblent faire, alors allons-y pour J-60…

La fin des conventions

Comparer la campagne que font les candidats à la présidence à la cour que feraient deux prétendants pour le coeur d’une belle n’est pas nouveau. Mais hier soir, les républicains ont enfoncé ce clou en mettant en ondes une publicité dans laquelle une jeune femme dans un bar déclare à un Barack Obama en carton qu’elle le quitte, et que ce n’est pas sa faute à elle, mais sa faute à lui, que c’est lui qui a changé.

Barack Obama a renforcé cette image de la relation amoureuse dans son discours, comme en témoigne la manchette du USA Today : « Obama aux Américains : ne vous détournez pas (don’t turn away) ». Une relation amoureuse en difficulté si on revient aux mots du président jeudi soir.

« And while I’m very proud of what we’ve achieved together, I’m far more mindful of my own failings, knowing exactly what Lincoln meant when he said : « I have been driven to my knees many times by the overwhelming conviction that I had no place else to go. » » (« Je suis très fier de ce que nous avons accompli ensemble, mais je suis conscient de mes propres échecs, comprenant complètement ce qu’Abraham Lincoln voulait dire quand il a déclaré : « Je suis souvent tombé à genoux avec l’intime conviction que je ne pouvais pas faire autrement. » »)

Comme s’il était en thérapie de couple, le président a expliqué qu’il a changé, et il demande aux Américains de lui donner sa chance de le prouver. La chronique du New York Times reprend cette image du mariage en péril.

Avec Obama ça ne fonctionne pas

Les républicains avaient mis sur pied une machine à réactions très efficace durant la convention démocrate à Charlotte, avec une conférence de presse tous les jours et des communiqués de réactions presque immédiates après les grands discours (Michelle Obama, Bill Clinton…)

Le site Internet www.obamaisntworking.com a notamment mis en ligne une publicité qui reprend des extraits des discours de Barack Obama en 2008 et quasiment le mot-à-mot repris dans ses discours de 2012, avec le slogan « Toujours les mêmes platitudes ».

Mitt Romney, qui n’a pas fait campagne pendant que les démocrates étaient occupés à Charlotte, préférant se préparer au premier débat le 3 octobre où il affrontera le président Obama, a tout de même anticipé le discours d’investiture de son rival. Il a déclaré que le président devrait remplir les promesses qu’il a faites il y a quatre ans avant d’en faire des nouvelles.

Les démocrates confiants

David Plouffe, conseiller de Barack Obama, dans l’avion qui emmenait le président vers le New Hampshire pour un rallye, a estimé que la convention avait été très bonne pour les démocrates, qui ont réussi à gonfler à bloc leur organisation de terrain. Un autre haut responsable du parti a rappelé que le président a un peu d’avance sur Mitt Romney dans les sondages dans les États-clés. Il ne voit pas comment le candidat républicain réussirait à convaincre les indécis dans une proportion de 4 pour 1 dans ces États, ce dont il a besoin pour remporter la victoire. Très confiants ces messieurs, malgré les huit semaines de campagne et les quatre débats à venir…

Souvenirs de convention

Il y avait beaucoup plus de vendeurs de souvenirs de la convention et de la campagne à Charlotte qu’à Tampa. Chez les républicains, on ne trouvait à peu près rien d’autre que les souvenirs officiels, dont la vente va garnir les coffres du parti.

Ça m’a rappelé la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques, où la FIFA et le CIO ont le monopole des souvenirs vendus aux abords des stades…. à prix d’or. Chez les démocrates, ça avait plutôt l’air d’une foire, et des gens sont venus de loin pour tenter de faire un peu d’argent. Il y avait les articles officiels, mais aussi beaucoup de place pour les initiatives personnelles.

Les deux articles qui se sont le mieux vendus? Un t-shirt imprimé « Obama Y’all » (vous tous), pour rappeler que la convention se tenait bien dans le sud des États-Unis, où ce patois pimente chaque fin de phrase ou presque. Aussi, une marionnette à main en feutre très simple de Barack Obama, que les deux jeunes Noirs qui l’ont imaginée destinaient aux enfants. Ils ont vite compris que les adultes aimaient cette allusion à la manipulation des politiciens. Le souvenir d’un goût douteux? Une paire de shorts pour dames avec en grosses lettres, côté postérieur, « Behind Obama ».

La plus récente gaffe de campagne du candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney n’est pas sortie de sa bouche, même si, à de nombreuses reprises dans le passé, il a montré qu’il a un don pour les déclarations controversées.

Cette fois, c’est son principal stratège, Eric Fehrnstrom, qui s’est mis les pieds dans les plats. Cela, au lendemain de la victoire de M. Romney en Illinois, et le jour même où il recevait l’appui convoité de l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush. Eric Fehrnstrom se fait demander par CNN si le candidat Romney n’a pas été obligé de se positionner trop à droite pour plaire aux électeurs du centre. Voici sa réponse : « Pour la campagne électorale à l’automne, c’est presque comme si on appuyait sur le bouton recommencer, tout change, on secoue pour tout effacer comme sur un Etch-a-Sketch et on recommence. »

Ses opposants ont sauté sur la gaffe et pas seulement au Parti républicain… la campagne démocrate a produit deux publicités en deux jours qui reprennent la gaffe de l’Etch-a-Sketch

Rick Santorum et Newt Gingrich, deux des opposants de Mitt Romney dans la course républicaine, vont à tous leurs événements de campagne avec une petite tablette rouge sous le bras. Et ils ne se gênent pas pour dénoncer le manque de conviction du candidat qui les distance allègrement. Cette histoire n’a pas fini de le hanter.

Et en post-scriptum, il faut mentionner une conséquence tout à fait américaine à la controverse : les ventes d’Etch-a-Sketch ont augmenté (la petite tablette rouge avec ses deux boutons blancs s’est hissée aux premiers rangs sur Amazon) et les actions de la compagnie qui les produit, Ohio Art Company, ont monté en flèche, une augmentation de 212 % en une journée.

Le retour du candidat mal-aimé

Jeudi 8 mars 2012 à 15 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON — À première vue, c’est une grande victoire : 6 États sur 10 et plus de la moitié des délégués en jeu. Pourtant, il y a plus de feux jaunes que de feux verts dans la victoire de Mitt Romney au « super mardi ».

En montrant qu’il n’est pas capable de passer la barre des 30 % dans les États du Sud profond et qu’il y a toujours autant d’électeurs républicains qui ont des doutes sur sa candidature, Mitt Romney est retourné, en quelque sorte, à la case départ. Celle du candidat mal-aimé qui doit tout prouver aux membres de son propre parti.

Le problème de Mitt Romney n’est pas qu’il pourrait perdre. C’est maintenant hautement improbable. Pour gagner, l’un de ses trois adversaires devrait remporter les deux tiers des caucus et primaires qui restent. Mission impossible, pour ainsi dire.

De plus, à partir de maintenant, plusieurs États tiendront des primaires « winner-take-all », où le gagnant, ne serait-ce que par une voix, remporte tous les délégués de l’État. Une recette qui ne peut qu’aider le meneur dans la course. Il reste que Mitt Romney aura tout de même à gagner près de la moitié (47 %) des délégués qui reste à choisir pour l’emporter dès le premier tour. C’est difficile, mais jouable compte tenu des règles.

Il faut aussi dire que le scénario de la convention bloquée, où un candidat qui ne s’est pas soumis à l’épreuve des primaires pourrait surgir et sauver le parti, n’est pas réaliste. D’abord, parce que les principaux candidats potentiels y ont déjà renoncé, et aussi parce qu’il serait impensable de détourner ainsi l’exercice démocratique des primaires au profit d’une convention manipulée par de prétendues éminences grises du parti.

Normalement, à ce moment-ci de la course, les candidats moins bien placés seraient forcés de reconsidérer leur campagne et de se retirer. Le plus souvent par manque d’argent.

Sauf qu’avec le jugement de la Cour suprême de 2010 levant toutes les limites de financement et permettant la création des Super PAC (organismes prétendument indépendants des campagnes officielles, mais qui peuvent recevoir des fonds et dépenser sans limites), il suffit d’avoir des amis fortunés qui ne s’occupent pas trop des résultats électoraux. Comme ce milliardaire de Las Vegas qui finance Newt Gingrich à coup de chèques de cinq millions de dollars.

Traditionnellement, les candidats se retiraient aussi soit pour le bien et l’unité du parti, soit par ambition personnelle (comme d’avoir une chance d’être choisi candidat à la vice-présidence), soit pour préserver ses chances pour une prochaine fois.

Toutefois, les règles habituelles ne jouent pas vraiment cette année.

Ni Ron Paul (76 ans) ni Newt Gingrich (69 ans) ne seront là au prochain cycle électoral. Quant à Rick Santorum (53 ans), il répète sur tous les tons que l’avenir du parti passe par un vrai conservateur comme lui et pas par tous ces modérés qui finissent par perdre comme John McCain, il y a quatre ans, ou Mitt Romney, cette année.

La course va donc se poursuivre pendant encore quelques semaines avec des candidats qui n’ont pratiquement aucune chance de l’emporter, mais qui continuent la course, au risque d’affaiblir l’éventuel candidat républicain à la présidence.

Mitt Romney finira certainement par obtenir le nombre de délégués requis, donc la nomination. Cela semble désormais acquis. Reste à savoir dans quel état le candidat mal-aimé se trouvera quand il franchira enfin la ligne d’arrivée.

WASHINGTON — Quand on écrira la petite histoire de la campagne présidentielle de 2012, cette fin de semaine du Super Bowl sera sans doute considérée comme un tournant : le moment où le ton de la campagne a soudainement changé.

En grande partie, ce sont les bonnes nouvelles économiques et, plus particulièrement les chiffres du chômage, qui auront forcé ce changement.

Mais on aurait tort de penser que cette élection va se jouer strictement sur le taux de chômage, d’autant que des économistes sérieux et non partisans comme ceux du Congressional Budget Office estiment que le nombre de sans-emploi va augmenter d’ici la fin de l’année.

Mais on constate aussi que certaines politiques économiques du président Barak Obama commencent, bien que plus tard que prévu, à porter leurs fruits.

Pendant ce temps, chez les républicains, on note certains signes inquiétants. D’abord, la mobilisation n’est pas là. On note une baisse importante du taux de participation aux primaires et caucus, ce qui signifie probablement que les électeurs républicains sont plutôt déçus du groupe de candidats qui s’offre à eux.

Dans cette brochette pas particulièrement attirante, l’ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, a réussi à s’imposer. Et il est difficile de voir comment il pourrait perdre la nomination républicaine. Aucun autre candidat n’a les ressources, l’organisation ou ne suscite suffisamment d’enthousiasme pour barrer la route à Romney.

Ce qui ne signifie pas que la course est pour autant terminée. Newt Gingrich, avec des moyens financiers limités, dit déjà qu’il va aller jusqu’au bout et qu’il peut tenir jusqu’à la convention républicaine en août.

Mais quand on voit le ton des attaques de Gingrich contre son principal adversaire, cela laisse entrevoir une sorte de long derby de démolition qui ne peut que faire mal à Mitt Romney à long terme. D’ailleurs, les sondages montrent que plus le temps passe, plus les Américains ont une image négative de Romney. Les attaques qu’il doit encaisser dans son propre parti ne peuvent être étrangères à cette situation.

En plus des critiques de ses adversaires, il devient de plus en plus clair que Mitt Romney a un petit côté gaffeur, qui pourrait lui coûter cher lors de l’élection générale. Même s’il est clair que certaines de ses déclarations ont été utilisées hors de leur contexte, il reste que des phrases échappées comme : « Je ne m’occupe pas des plus pauvres » ou « J’aime congédier des gens » vont nuire à l’image de Romney.

Mais, avec la situation économique qui s’améliore, le principal problème de Mitt Romney risque d’être ailleurs. Ce pourrait être le fait que toute la logique de sa candidature serait dépassée quand les Américains voteront en novembre.

« C’est un candidat unidimensionnel. Il veut être le PDG des États-Unis, mais la présidence, c’est beaucoup plus que cela », disait récemment Rick Santorum, l’un des adversaires de M. Romney pour l’investiture républicaine.

Depuis le début de la campagne, Romney n’a, en effet, qu’un seul discours : Obama est responsable des difficultés économiques actuelles et l’expérience de Romney dans le secteur privé reste la meilleure garantie qu’il pourra faire mieux.

C’est un discours qui ne tient la route que si le pays traverse de grandes difficultés et craint de retomber en récession à n’importe quel moment. Si les Américains ont le sentiment que les choses s’améliorent, c’est un discours qui risque de sonner de plus en plus faux.

WASHINGTON En se retirant de la course à l’investiture républicaine à ce moment-ci ce qui a pour effet de donner la victoire à Mitt Romney l’ex-ambassadeur des États-Unis en Chine Jon Huntsman vient de se donner le statut de favori de la course de… 2016, si, bien sûr, Romney ne l’emportait pas en novembre.

Huntsman quitte la course pour une seule et bonne raison : il ne va pas gagner en Caroline du Sud, samedi prochain, et chaque vote qu’il prendrait serait autrement allé à Romney. En se retirant maintenant, il donnera au favori 8 ou 10 % des voix supplémentaires, de quoi assurer sa victoire.

En fait, il ne fait que suivre exactement la voie qu’avait empruntée Mitt Romney, il y a exactement quatre ans. Avant qu’il ne devienne absolument évident qu’il ne pourrait battre John McCain, Romney s’est retiré de la course, même s’il avait les ressources pour continuer un bout de temps. Il a tout de suite annoncé son appui pour McCain et a passé le reste de l’année à faire campagne pour des candidats républicains d’un bout à l’autre du pays.

Avec le résultat que Romney s’est fait des amis un peu partout, et surtout dans l’establishment du Parti républicain. Et ce dernier a reconnu en lui un homme qui faisait passer l’intérêt du parti avant son intérêt personnel. Quatre ans plus tard, il est le favori pour l’investiture républicaine et en bonne voie de l’obtenir.

Pour Jon Huntsman, cette campagne se solde par un succès d’estime. Il a vite été vu comme l’un des trois (avec Romney et Newt Gingrich) candidats ayant le bagage d’expérience et la profondeur pour être président des États-Unis. Les autres, que ce soit Monsieur Pizza (Herman Cain) ou Madame Tea Party (Michele Bachmann), n’auraient jamais dû se retrouver sur l’estrade et ont surtout nui à l’image de marque du Parti républicain en passant les six derniers mois dans des débats télévisés où ils avaient autant de place que les trois autres.

Mais, pour Jon Huntsman, le succès d’estime qu’il a remporté au New Hampshire peut être un point de départ. Il peut utiliser sa notoriété pour bâtir en vue de 2016. En attendant, il fera campagne pour Romney, en prenant bien soin de collectionner les éventuels renvois d’ascenseur.

Huntsman en 2016, donc? Dans ce pays où on est en campagne électorale permanente, il y a certainement des gens qui ont commencé à y penser…

Le Tea Party

Une autre faction du Parti républicain qui pourrait avoir perdu au jeu de « Qui perd gagne » est le Tea Party. Ces représentants ont été la révélation des élections de mi-mandat en 2010 et ont largement contribué, depuis, au blocage politique que l’on constate au Congrès.

D’abord, leur représentante dans la course à la présidence, Michele Bachmann, a été la première à jeter l’éponge après les caucus de l’Iowa à cause de ses faméliques appuis.

Le Tea Party n’a surtout pu imposer un candidat crédible pour empêcher que la nomination aille à un modéré comme Mitt Romney. Pourtant, la naissance même du Tea Party est venue de la défaite du tout aussi modéré John McCain en 2008. Pour ceux qui allaient se retrouver dans la mouvance du Tea Party, c’était la preuve que la modération n’apporte pas la victoire et que, tant qu’à y être, aussi bien choisir un candidat qui partage nos valeurs.

Le problème, c’est que la campagne républicaine nous montre que lorsqu’on pose la question aux électeurs plutôt qu’aux militants, ils préfèrent encore les candidats modérés…

L’influence du Tea Party ne s’est guère fait sentir dans le choix du candidat républicain à la présidence, et elle est en nette baisse dans les autres aspects de la vie politique.

Pas étonnant que pratiquement la moitié des Américains estiment que le Tea Party nuira aux républicains lors des élections de novembre. Les partisans du Tea Party détestent peut-être le mot « compromis », mais la plupart des Américains croient que c’est essentiel quand on veut diriger un pays comme les États-Unis.

Les pires ennemis des républicains

Jeudi 12 janvier 2012 à 16 h 35 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Les pires ennemis du Parti républicain sont-ils les républicains eux-mêmes? On est en droit de se le demander quand on voit la tournure qu’est en train de prendre la course à l’investiture du parti en vue de l’élection présidentielle de novembre.

Depuis le début informel de la course, l’été dernier, tous les candidats ont été, chacun leur tour, en tête des sondages. Tous ont été « la saveur du mois » contre Mitt Romney, ce favori mal-aimé parce que trop modéré, qui finira sans nul doute par gagner la course à l’investiture, mais à quel prix?

Trop modéré, pas assez conservateur, vire-capot sur nombre de sujets importants pour les conservateurs comme l’avortement ou le contrôle des armes à feu, on a tout reproché à Romney. Même d’être un trop bon capitaliste.

La campagne de Newt Gingrich a même acheté une vidéo de 27 minutes qui dénonce les méthodes de Bain Capital, la société que dirigeait Romney avant d’entrer en politique.

http://www.youtube.com/watch?v=UYg_OdXNc1Q

La vidéo veut montrer des manœuvres à l’éthique douteuse de la part de Bain Capital. C’est peut-être le genre d’arguments que voudront exploiter les démocrates. Cela dit, c’est une tout autre chose que de voir un autre candidat républicain utiliser un vocabulaire qui est plutôt associé à des mouvements comme Occupy Wall Street!

Même si elles sont déplacées, les attaques personnelles désespérées contre un candidat ou un autre font partie des campagnes électorales, et les électeurs finissent tôt ou tard par les oublier. Mais les républicains ont connu une campagne à l’investiture qui a réussi à salir la réputation du parti et de sa marque de commerce.

La principale vitrine du Parti républicain, ces derniers mois, a été la quinzaine de débats des candidats à la présidence, dont les cotes d’écoute à la télévision ont été fort respectables. Sauf que ces débats, souvent organisés par des groupes représentant la droite du parti (Tea Party, Fox News, etc.), ont surtout donné une plateforme aux candidats qui défendaient des idées plus radicales.

Les débats sont vite devenus des tests pour débusquer ceux qui s’écarteraient du credo républicain de cette année : aucune hausse d’impôts de quelques formes que ce soit, une opposition totale au mariage gai, déportation pour les immigrants illégaux, refus de reconnaître les changements climatiques, abolition de la réforme de la santé et de plusieurs organismes comme l’Agence de protection de l’environnement.

Quand un candidat remettait en question cette orthodoxie, il devait encaisser les attaques nourries de ses adversaires. Même quand on ne faisait que reconnaître une certaine réalité, comme lorsque Newt Gingrich avait tout simplement noté qu’il était illusoire de penser déporter les 11 ou 12 millions d’immigrants en situation illégale, dont certains vivent aux États-Unis depuis des décennies.

Avec le résultat que le Parti républicain est en voie de s’aliéner une grande partie de la communauté d’origine latino-américaine, dont il aurait pourtant grand besoin pour gagner certains des États qui vont déterminer la prochaine élection, en particulier dans le Sud-Ouest.

C’est une réalité incontournable de la politique américaine de courtiser les militants « purs et durs » pour obtenir la nomination de son parti et d’aller ensuite à toute vitesse vers le centre, vers les indépendants, là où l’on gagne les élections.

Encore faut-il que la course à l’investiture n’ait pas obligé le candidat à défendre des positions qui deviendront autant de boulets pendant l’élection générale.

Mais les militants républicains ne croient pas à cet argument. Pour eux, la défaite du modéré John McCain contre Barack Obama, en 2008, est la preuve que modération n’est pas garantie de victoire aux élections. D’où cette insistance à obliger les candidats de cette année à prendre des engagements bétonnés sur les questions qui leur tiennent à cœur.

Romney le mal-aimé finira par obtenir la nomination. Il est le seul à avoir le financement et l’organisation pour continuer très longtemps dans cette course. Mais ce sera un candidat qui n’inspire pas tellement ses propres troupes. Un mariage de raison plutôt que d’amour, donc, et avec un contrat de mariage qui pourrait se révéler bien encombrant.

Gingrich : saveur du mois ou lutte à deux?

Vendredi 2 décembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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WASHINGTON – Un autre mois, un autre meneur dans la course à l’investiture républicaine. Cette fois, c’est l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, qui est en tête des sondages.

Est-il seulement la saveur du mois, comme les Bachmann, Perry et Cain l’ont été avant lui? Ou est-il plutôt celui qui pourra ravir la nomination au candidat que l’on disait inévitable, l’ancien gouverneur Mitt Romney?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Gingrich est un candidat plus sérieux que les précédents. D’abord, nul ne doute de son intelligence, de sa capacité de saisir les questions les plus complexes ou de son expérience. Ce n’est pas lui qui dira que la Chine n’a pas la bombe atomique, comme Herman Cain, ou qui ne se souviendra pas des trois principaux éléments de son propre programme, comme Rick Perry.

Le problème de tous ceux qui ont mené la course depuis quelques mois est que dès qu’ils se sont retrouvés sous la lumière des projecteurs, ils ont surtout réussi à faire la preuve qu’ils n’étaient aucunement prêts à assumer la présidence des États-Unis. Ça n’arrivera pas à Newt Gingrich.

En même temps, dans cet étrange derby de démolition qu’est devenue la course républicaine, il est le dernier candidat sérieux à être encore debout et à pouvoir affronter Mitt Romney – qui se maintient constamment au premier ou deuxième rang des sondages, mais toujours avec le même désespérant quart des voix.

Mitt Romney

Les sondages ont beau indiquer que, de tous les républicains en lice, c’est Romney qui a les meilleures chances de battre Barack Obama, on dirait que les républicains – et particulièrement les plus conservateurs – sont incapables de lui trouver des qualités.

Trop modéré, sans véritables convictions conservatrices, dit-on de Romney. Certains le trouvent même trop parfait, au point d’être « un candidat en plastique ».

Il est vrai que Mitt Romney a souvent changé d’idée. Sa réforme de l’assurance maladie au Massachusetts ressemble beaucoup à celle d’Obama, qu’il promet pourtant d’abandonner. Il a été pour le sauvetage des banques, pour une bourse du carbone et pro-choix en matière d’avortement, mais il défend aujourd’hui le contraire. Il a longtemps été favorable au contrôle des armes à feu, pour ensuite devenir membre à vie de la National Rifle Association, le principal lobby des armes à feu, à 59 ans!

Et c’est un mormon, ce qui pour bien des chrétiens évangélistes, qui sont une force dans le Parti républicain, n’est rien de plus qu’une secte dont il faut se méfier.

Newt Gingrich

Newt Gingrich n’a pas, lui non plus, le profil pour plaire à l’aile droite de son parti.

Il a permis à son parti de prendre le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en 30 ans pendant les années Clinton, mais il devait démissionner en disgrâce seulement quatre ans plus tard parce qu’il s’était fait de puissants ennemis au sein même de son parti. Des ennemis qui le sont encore…

Sa vie personnelle est loin d’être parfaite : il en est à son troisième mariage et ses aventures extra-conjugales sont bien connues.

Il a, lui aussi, appuyé le sauvetage des banques et il a été l’un des rares républicains à rejeter le budget proposé par le représentant Paul Ryan pour réduire le déficit.

Il a été le lobbyiste grassement payé, même s’il s’en défend, de Freddie Mac et de Fannie Mae, les deux prêteurs hypothécaires quasi gouvernementaux que les républicains accusent d’être responsables de la crise actuelle.

Et, surtout, Gingrich a la réputation d’être imprévisible et de pouvoir, pratiquement à tout moment, faire une déclaration aussi spectaculaire qu’embarrassante. Comme la semaine dernière quand il a suggéré qu’on n’avait qu’à congédier les concierges des écoles et de faire faire le nettoyage par les élèves.

« Tout le monde sait qu’inévitablement, Newt va, un jour, presser le mauvais bouton et qu’il va s’autodétruire. C’est l’histoire de sa carrière », disait cette semaine un stratège démocrate.

Sauf que Gingrich est l’homme qui s’est mis à monter dans les sondages au bon moment et, intellectuellement, nul ne doute qu’il puisse tenir tête à Mitt Romney et à l’establishment du Parti républicain.

Reste à savoir s’il sera assez discipliné pour que cela dure suffisamment longtemps.

Washington — Le Parti républicain avait coutume d’être un parti discipliné et qui finissait toujours par choisir le candidat à la présidence qui a le plus d’expérience et qui a été approuvé par l’establishment. Même quand le parti avait des doutes — comme ça a été le cas pour George W. Bush en 2000 —, il finissait toujours par choisir le favori et celui qui pouvait le mieux unir le parti devant des démocrates, dont le sport national a longtemps été de s’entredéchirer en public.

La méfiance envers Mitt Romney

Normalement, donc, les républicains devraient être en train de couronner Mitt Romney, l’ancien gouverneur du Massachusetts, candidat malheureux en 2008 et qui a l’appui de l’establishment du parti.

En débat, aucun des autres candidats ne lui arrive à la cheville. Il peut parler autant d’économie que d’affaires étrangères. Il a une campagne professionnelle et bien financée.

Surtout, il est perçu par l’électorat en général comme un modéré et, contre Barack Obama, il pourrait compter sur l’appui de nombreux électeurs indépendants. Bref, Romney devrait avoir tout pour lui.

Sauf que l’aile la plus conservatrice du Parti républicain ne veut rien savoir de Mitt Romney. On s’en méfie. On ne le croit pas. Après tout, s’il est vu comme modéré, c’est qu’il ne peut pas être un vrai conservateur, non? On se souvient aussi que sur des sujets comme l’avortement, les droits des homosexuels ou le contrôle des armes à feu, il a changé d’idée et n’a épousé que récemment les idées conservatrices. Et il y a cette réforme de l’assurance maladie au Massachusetts, qui a inspiré celle de Barack Obama.

Les conservateurs soupçonnent Romney d’avoir appris à parler leur langage, mais sans y croire vraiment. C’est pourquoi, depuis le début de cette course à l’investiture républicaine, ils cherchent un candidat acceptable et qui ne serait pas Romney. Insatisfaits des candidats actuels, ils ont longtemps essayé d’en recruter de nouveaux. Mais après les refus des Sarah Palin, Donald Trump et, plus récemment, de Chris Christie, ils ont fini par comprendre qu’il leur faudrait vivre avec le groupe actuel.

Les faiblesses des « saveurs du mois »

Depuis l’été, on a eu droit au phénomène de la « saveur du mois ». En août, la favorite du Tea Party, la représentante Michelle Bachmann, trônait en tête des sondages. Mais sa propension à lancer des faits sans les vérifier l’a rendue moins attrayante.

En septembre, c’était le gouverneur Rick Perry du Texas. Mais il a déçu dans les débats des candidats et, surtout, il a prouvé qu’en matière de lutte au terrorisme ou en affaires étrangères en général, il n’était vraiment pas prêt à devenir président des États-Unis.

En octobre, contre toute attente, c’est Herman Cain, le magnat de la pizza, qui a été propulsé en tête. Mais, selon la plupart des experts, son plan économique de 9-9-9 (9 % d’impôt sur le revenu pour tous, 9 % d’impôt sur les sociétés et une taxe de vente nationale de 9 %) ne tient pas la route.

Les « saveurs du mois » ont en commun d’en être à leur première campagne présidentielle et d’avoir des points faibles qui deviennent évidents dès qu’on commence à considérer sérieusement leurs propositions. Ce qui devrait inciter les républicains à regarder Romney avec un œil un peu plus favorable.

Le temps file…

Romney fait toutefois du sur-place avec environ le quart des intentions de vote des électeurs républicains. Une proportion des voix qui est stable, mais insuffisante pour une victoire rapide dans les trois ou quatre premiers États à tenir des primaires pour forcer les autres candidats à abandonner la course.

Incapable de s’imposer d’emblée, Romney a donc changé de stratégie. Il se présente maintenant comme le candidat inévitable : le seul dont l’organisation, le financement et les qualités de rassembleur lui permettront, à la fin, de s’imposer.

Il essaie donc de rester au-dessus de la mêlée et d’attendre que les électeurs lui reviennent, même sans enthousiasme, quand ils se rendront compte que les autres candidats ne sont pas aussi attrayants qu’ils le pensaient.

Mais il risque de manquer de temps : on vient, en effet, de retrancher un mois à la campagne à l’investiture. Certains États ont décidé de devancer leurs primaires et on commencera donc à voter dès le début de janvier 2012 et non en février. Et il y a même une petite possibilité que la primaire du New Hampshire se tienne en décembre.

À une dizaine de semaines des  premiers votes, et peut-être un peu moins, Romney se trouve dans une position plutôt vulnérable. Avec aussi peu de temps, il devient bien plus difficile d’attendre que les électeurs conservateurs finissent par lui trouver des qualités.

Romney pourrait commencer à dépenser de l’argent en publicité télévisée pour tenter de se présenter sous un nouveau jour aux électeurs. Mais s’il a 15 millions de dollars en banque, son rival Rick Perry en a tout autant. Toute tentative du camp Romney de saturer les ondes serait très certainement contrée par un barrage de publicité négative de la part de Perry qui, au point où il en est, n’a plus grand-chose à perdre.

Il y a encore quelques semaines, le temps semblait être le meilleur allié de Mitt Romney. Aujourd’hui, il est en voie de devenir son ennemi.