Billets classés sous « protocole de Kyoto »

Bouffée d’air frais à Pékin

Jeudi 8 décembre 2011 à 10 h 22 | | Pour me joindre

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Mercredi, un vent glacial en provenance de la Sibérie s’est finalement levé et a balayé le voile toxique qui étouffait Pékin depuis plusieurs jours.

Nous sommes donc passés en quelques heures d’un paysage glauque de fin du monde :

… à un ciel glorieusement bleu :

C’est beau Pékin, quand il fait soleil!

Pour la première fois depuis des lunes, l’indicateur de l’ambassade américaine annonce que la qualité de l’air est « bonne ».

Ces épisodes de smog ne pourront pourtant que se reproduire parce que Pékin est sise au fond d’une cuve entourée d’une couronne de montagnes. Par temps calme, ce relief emprisonne inéluctablement les polluants au-dessus de la ville.

Au moment où la capitale chinoise vivait un moment d’asphyxie, le débat se poursuivait à Durban en Afrique du Sud, pour tenter de trouver un terrain d’entente quant à l’après-Kyoto. Et c’est toujours l’impasse, notamment entre les États-Unis et la Chine, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du monde.

Plus tôt cette semaine, les Chinois ont semblé faire preuve d’une certaine ouverture. Ils se sont dits prêts à accepter un accord contraignant dès la fin de la décennie. Mais ils ont servi les mêmes conditions qu’à l’habitude, à savoir que la Chine, comme les autres pays en voie de développement, devrait être traitée différemment des grands pays industrialisés. Les États-Unis, qui ont toujours refusé de ratifier le protocole de Kyoto, s’opposent à tout accord qui ne mettrait pas la Chine sur un pied d’égalité avec les autres pays.

Le refrain que l’on entend souvent en provenance de la Chine, c’est que la responsabilité historique du réchauffement de la planète revient aux pays riches. Il est vrai que la révolution industrielle en Occident a commencé il y a plus de deux siècles. Et qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est en Occident que la société de consommation a connu un essor sans précédent, à un moment où tous voulaient acheter le rêve américain, avec maison et voiture svp.

Mais peu importe que l’on calcule les émissions historiques ou par personne, il faudra tirer les rênes de la Chine – rappelons-le, ce pays est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale – pour la simple et bonne raison que l’on étouffe ici même, en Chine. Est-ce la faute du voisin? De l’arrière-grand-père du voisin? Chercher le coupable, alors que la situation est aussi alarmante ici, semble pour le moins futile.

Cette semaine, les salles d’urgence étaient bondées dans la capitale chinoise. De nombreux résidents souffraient de troubles pulmonaires. Un article du China Daily, journal pourtant contrôlé par l’État, notait que depuis 10 ans, le taux de cancer du poumon était en hausse de 60 % à Pékin, et sans une augmentation notable du nombre de fumeurs. Les particules polluantes provenant des gaz d’échappement des voitures et des centrales au charbon seraient donc en cause.

Mince lueur d’espoir : c’est peut-être l’impact que la pollution a sur l’économie qui pourrait s’avérer le meilleur argument en faveur de la protection de l’environnement. Car si réduire les émissions entraîne des coûts, le statu quo a aussi des conséquences financières.

Des centaines de vols annulés, des autoroutes fermées pendant des jours, qui paralysent le transport des gens et des marchandises, tout cela a un prix.

Mais quand on apprend que les dirigeants chinois vivent en vase clos, jugeant l’air de leur propre capitale trop nocif pour eux, on peut se demander si la grogne des gens prisonniers du smog arrivera jusqu’à eux.