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Le Tea Party en perte de vitesse?

mercredi 21 mai 2014 à 18 h 17 | | Pour me joindre

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La saison des primaires est bien enclenchée aux États-Unis. Et cette année, les candidats appuyés par le Tea Party mordent la poussière. Les candidats plus modérés, souvent des élus de longue date, réussissent à demeurer le candidat du Parti républicain aux élections de mi-mandat de novembre. Est-ce que la révolte de 2010 en est à son dernier souffle? Pas si vite, répondent plusieurs. Voici pourquoi en trois points.

1) Oui, l’argent et l’expérience font la différence.

Des groupes comme la Chambre de commerce et l’Association des hôpitaux ont investi des millions de dollars pour nuire aux candidats du Tea Party, au profit de candidats plus modérés. Au Kentucky, par exemple, le chef de file de la minorité républicaine au Sénat faisait face à un millionnaire appuyé par l’un des groupes de conservateurs plus radicaux. Mitch McConnell, en poste depuis 1985, a puisé dans des fonds bien généreux pour « diaboliser » son adversaire dans un barrage publicitaire. La stratégie a fonctionné et il a facilement balayé Matt Bevin, un rival peu expérimenté, après l’avoir forcé à commettre des erreurs. D’autres candidats appuyés par le Tea Party ont connu un sort semblable.

Les sommes investies donnent cependant le vertige. Plus de 14 millions de dollars ont été injectés dans la campagne primaire au Kentucky, où à peine peu plus de 830 000 électeurs ont voté. (N’oubliez pas, la primaire, ce n’est qu’une première ronde, un réchauffement, avant l’élection de novembre où l’on dépensera bien plus…) Les républicains modérés semblent avoir mis le paquet dans les courses importantes, celles qui pourraient déterminer quel parti contrôlera le Sénat l’an prochain. Certains analystes estiment que le prix pour défendre le poste d’un élu, devant des candidats du même parti, a doublé en 12 ans.

2) Attention, ceux qui sont choisis par les républicains penchent plus à droite…

Plusieurs l’avaient noté, et le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a pris la peine de le souligner. Il y a peu de différence entre des candidats appuyés par le Tea Party et les autres républicains. Une distinction notable de la part d’un républicain considéré comme près de l’establishment, donc plutôt modéré. « Nous sommes contre Obamacare (la réforme de l’assurance maladie), nous pensons que les impôts sont trop élevés, nous pensons que le gouvernement est trop gros. »

Bien des candidats républicains choisis semblent en effet avoir adopté une partie du message qui a fait la force du Tea Party. Ils réclament moins d’intervention gouvernementale dans leur vie, se sont prononcés contre une réforme de l’immigration et ne parlent pas trop de la lutte contre les changements climatiques. Mitch McConnell avait probablement ce genre de calcul en tête lorsqu’il a voté contre une motion pour relever le plafond de la dette récemment. C’est le genre de vote qui permet de présenter une image plus conservatrice dans des pubs télé.

3) En fait, il semble y avoir moins de tension entre les modérés et les plus radicaux.

Souvenez-vous de la paralysie du gouvernement fédéral l’automne dernier. Les républicains plus radicaux ne voyaient pas de problèmes à placer les États-Unis en défaut de paiement. L’important, c’était de miner la réforme de la santé du président Obama. Après deux semaines de paralysie, les plus modérés ont eu le dessus et ont voté avec les démocrates. À ce moment, les deux factions du Parti républicain étaient à couteaux tirés. Certains invoquaient même une possible séparation du Grand Old Party en deux.

L’époque semble révolue. Prenez l’Iowa : une candidate républicaine a l’appui des modérés et des plus radicaux. Certaines de ses pubs font d’ailleurs bien rire… Certains groupes proches du Tea Party ont même appelé à l’unité en prévision des élections de novembre… comme quoi une bonne chicane de famille (la paralysie du gouvernement) peut rapprocher tout le monde.

Cette unité retrouvée, si elle tient la route, peut bien sûr ajouter aux probabilités que les républicains reprennent le contrôle du Sénat cet automne. S’ils contrôlent les deux chambres, ils peuvent bloquer l’agenda du président Obama à loisir…

Les maths peuvent-elles remplacer l’amour?

mercredi 14 mars 2012 à 17 h 42 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Les mathématiques peuvent-elles remplacer l’amour? C’est la question du jour au Parti républicain, tandis que le favori mal-aimé, Mitt Romney, a échoué, encore une fois, à gagner des primaires qui auraient nettement prouvé qu’il sera le candidat de son parti à l’élection présidentielle de novembre.

En laissant filer de peu les primaires de l’Alabama et du Mississippi, Mitt Romney a montré que les républicains les plus conservateurs ont encore autant de doutes à son égard. Et il se trouve à maintenir en vie la campagne de Rick Santorum, le préféré de la droite religieuse, qui n’a ni argent ni message, mais qui peut continuer en étant simplement l’anti-Romney du moment.

Devant ce manque d’amour évident, que dit M. Romney? Il invoque les mathématiques. Ou plus précisément la froide réalité statistique qui veut que ni Rick Santorum ni Newt Gingrich ne puissent de manière réaliste penser obtenir suffisamment de délégués pour avoir la nomination républicaine.

Pour que M. Santorum obtienne les 1144 délégués requis pour être élu au premier tour, il faudrait qu’il gagne les deux tiers des délégués qui sont en jeu dans les primaires et les caucus qui restent d’ici le mois de juin. Autant dire que c’est mission impossible.

Parce que malgré les victoires au vote populaire, ce qui compte, ce sont les délégués. Or, il est bien possible que lorsque tous les calculs seront terminés, Mitt Romney soit celui qui a gagné le plus de délégués mardi soir dernier. Même au Mississippi, où M. Romney a pourtant fini troisième, c’est lui qui obtient le plus de délégués : 14 contre 13 pour M. Santorum et 12 pour M. Gingrich.

Comme il est le seul à avoir une organisation digne de ce nom, M. Romney a facilement gagné les caucus d’Hawaï et des îles Samoa américaines (9 délégués!) et la même chose devrait être vraie à Porto Rico ce week-end (20 délégués).

L’homme d’affaires avisé qu’est Mitt Romney sait qu’il n’y a pas de petits profits. Donc, son organisation lui permet d’avoir des délégués partout où les campagnes moins onéreuses de ses adversaires n’ont pas pu avoir des candidats dans tous les districts, ou n’ont pas eu assez de signatures pour être sur le bulletin de vote.

Ainsi, le District de Columbia – un bastion démocrate, s’il en est, qui tiendra sa primaire le 3 avril – aura tout de même 19 délégués à la convention de Tampa. M. Romney devrait les remporter presque tous, puisque M. Santorum ne sera pas sur le bulletin de vote.

On se retrouve alors dans la situation absurde d’un candidat qui est en train de voguer vers la victoire, même quand il subit la défaite. « Les résultats des derniers jours ont vu le gouverneur Romney augmenter son avance dans le nombre de délégués, tandis que ses adversaires sont plus proches du jour de leur élimination mathématique », a affirmé mercredi le directeur politique de la campagne de Romney, Rich Beeson.

Cette logique toute mathématique a conduit le candidat Newt Gingrich – le grand perdant des primaires d’Alabama et du Mississippi – à élaborer une nouvelle théorie justifiant de rester dans la course, malgré ses mauvais résultats.

Son but, disent ses organisateurs, est d’empêcher Romney d’arriver au chiffre magique de 1144 délégués. De cette façon, il faudrait des négociations entre les candidats entre la fin des primaires au début juin et la convention républicaine à la fin août. Ce serait la première fois en 64 ans que les républicains auraient une « nomination négociée » et une convention qui ne serait pas réglée comme du papier à musique.

Chez M. Santorum aussi, on veut empêcher Romney de gagner au premier tour, sauf que la solution est bien différente : elle passe par un retrait de la course de M. Gingrich pour faire cesser la division des voix plus conservatrices. Mais M. Gingrich, dont l’ego est légendaire, ne montre aucune indication qu’il est prêt à se retirer en faveur de M. Santorum.

Et pendant tout ce temps, on assiste à l’improbable spectacle d’un Mitt Romney mal-aimé qui invoque les mathématiques pour montrer qu’il est toujours le candidat incontournable du Parti républicain. Et tant qu’il continuera d’accumuler des délégués, même s’il perd des primaires, il sera bien difficile de l’arrêter.

Comme quoi, en politique, les mathématiques peuvent remplacer l’amour. Le temps d’une course à l’investiture, en tout cas.

 

Washington — Le Parti républicain avait coutume d’être un parti discipliné et qui finissait toujours par choisir le candidat à la présidence qui a le plus d’expérience et qui a été approuvé par l’establishment. Même quand le parti avait des doutes — comme ça a été le cas pour George W. Bush en 2000 —, il finissait toujours par choisir le favori et celui qui pouvait le mieux unir le parti devant des démocrates, dont le sport national a longtemps été de s’entredéchirer en public.

La méfiance envers Mitt Romney

Normalement, donc, les républicains devraient être en train de couronner Mitt Romney, l’ancien gouverneur du Massachusetts, candidat malheureux en 2008 et qui a l’appui de l’establishment du parti.

En débat, aucun des autres candidats ne lui arrive à la cheville. Il peut parler autant d’économie que d’affaires étrangères. Il a une campagne professionnelle et bien financée.

Surtout, il est perçu par l’électorat en général comme un modéré et, contre Barack Obama, il pourrait compter sur l’appui de nombreux électeurs indépendants. Bref, Romney devrait avoir tout pour lui.

Sauf que l’aile la plus conservatrice du Parti républicain ne veut rien savoir de Mitt Romney. On s’en méfie. On ne le croit pas. Après tout, s’il est vu comme modéré, c’est qu’il ne peut pas être un vrai conservateur, non? On se souvient aussi que sur des sujets comme l’avortement, les droits des homosexuels ou le contrôle des armes à feu, il a changé d’idée et n’a épousé que récemment les idées conservatrices. Et il y a cette réforme de l’assurance maladie au Massachusetts, qui a inspiré celle de Barack Obama.

Les conservateurs soupçonnent Romney d’avoir appris à parler leur langage, mais sans y croire vraiment. C’est pourquoi, depuis le début de cette course à l’investiture républicaine, ils cherchent un candidat acceptable et qui ne serait pas Romney. Insatisfaits des candidats actuels, ils ont longtemps essayé d’en recruter de nouveaux. Mais après les refus des Sarah Palin, Donald Trump et, plus récemment, de Chris Christie, ils ont fini par comprendre qu’il leur faudrait vivre avec le groupe actuel.

Les faiblesses des « saveurs du mois »

Depuis l’été, on a eu droit au phénomène de la « saveur du mois ». En août, la favorite du Tea Party, la représentante Michelle Bachmann, trônait en tête des sondages. Mais sa propension à lancer des faits sans les vérifier l’a rendue moins attrayante.

En septembre, c’était le gouverneur Rick Perry du Texas. Mais il a déçu dans les débats des candidats et, surtout, il a prouvé qu’en matière de lutte au terrorisme ou en affaires étrangères en général, il n’était vraiment pas prêt à devenir président des États-Unis.

En octobre, contre toute attente, c’est Herman Cain, le magnat de la pizza, qui a été propulsé en tête. Mais, selon la plupart des experts, son plan économique de 9-9-9 (9 % d’impôt sur le revenu pour tous, 9 % d’impôt sur les sociétés et une taxe de vente nationale de 9 %) ne tient pas la route.

Les « saveurs du mois » ont en commun d’en être à leur première campagne présidentielle et d’avoir des points faibles qui deviennent évidents dès qu’on commence à considérer sérieusement leurs propositions. Ce qui devrait inciter les républicains à regarder Romney avec un œil un peu plus favorable.

Le temps file…

Romney fait toutefois du sur-place avec environ le quart des intentions de vote des électeurs républicains. Une proportion des voix qui est stable, mais insuffisante pour une victoire rapide dans les trois ou quatre premiers États à tenir des primaires pour forcer les autres candidats à abandonner la course.

Incapable de s’imposer d’emblée, Romney a donc changé de stratégie. Il se présente maintenant comme le candidat inévitable : le seul dont l’organisation, le financement et les qualités de rassembleur lui permettront, à la fin, de s’imposer.

Il essaie donc de rester au-dessus de la mêlée et d’attendre que les électeurs lui reviennent, même sans enthousiasme, quand ils se rendront compte que les autres candidats ne sont pas aussi attrayants qu’ils le pensaient.

Mais il risque de manquer de temps : on vient, en effet, de retrancher un mois à la campagne à l’investiture. Certains États ont décidé de devancer leurs primaires et on commencera donc à voter dès le début de janvier 2012 et non en février. Et il y a même une petite possibilité que la primaire du New Hampshire se tienne en décembre.

À une dizaine de semaines des  premiers votes, et peut-être un peu moins, Romney se trouve dans une position plutôt vulnérable. Avec aussi peu de temps, il devient bien plus difficile d’attendre que les électeurs conservateurs finissent par lui trouver des qualités.

Romney pourrait commencer à dépenser de l’argent en publicité télévisée pour tenter de se présenter sous un nouveau jour aux électeurs. Mais s’il a 15 millions de dollars en banque, son rival Rick Perry en a tout autant. Toute tentative du camp Romney de saturer les ondes serait très certainement contrée par un barrage de publicité négative de la part de Perry qui, au point où il en est, n’a plus grand-chose à perdre.

Il y a encore quelques semaines, le temps semblait être le meilleur allié de Mitt Romney. Aujourd’hui, il est en voie de devenir son ennemi.