Billets classés sous « Poutine »

Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

Le président américain Barack Obama s'est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée, le 1er mars 2014. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.
Le président américain Barack Obama s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée samedi. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.

La crise en Ukraine inquiète les Américains. Les politiciens du moins. Mais ils semblent moins intéressés par le sort des habitants de la Crimée que par l’image de leur pays à l’étranger. Pour certains, la crise est l’ultime test des capacités du président Obama. Pour d’autres, les chars russes en Crimée prouvent que les États-Unis sont devenus un tigre de papier.

Il est tentant de pencher du côté de ceux qui voient les États-Unis comme un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même sur la scène internationale. Prenez la rapidité avec laquelle le Parlement russe a approuvé l’envoi de troupes en Ukraine. C’était quelques heures seulement après un avertissement du président américain. « Il y aura des coûts à payer », avait lancé Barack Obama. Manifestement, Vladimir Poutine est prêt à payer la note. Aux États-Unis, l’attitude russe a provoqué une envolée de commentaires abrasifs envers… leur propre président. Prenez les commentaires du sénateur républicain Lindsey Graham :

Cessez d’aller à la télévision pour tenter de menacer des voyous ou des dictateurs. Ce n’est pas votre fort. Chaque fois que (Barack Obama) menace Poutine, ou quelqu’un comme Poutine, tout le monde lève les yeux. Même moi. Nous avons un président faible, incapable de décider, qui invite les agresseurs.

Plusieurs doutent de la capacité du président américain à tenir tête à son vis-à-vis russe. Une idée qui inspire aussi des caricatures. Une partie de la critique vient bien sûr de gens qui n’aiment pas le président Obama. Plusieurs rappellent son demi-tour sur la question syrienne l’automne dernier. Les États-Unis avaient d’abord menacé la Syrie de frappes militaires, en représailles à des attaques chimiques contre des populations civiles. Barack Obama avait hésité, demandé l’aval du Congrès. Lorsqu’il est apparu évident que les élus allaient lui dire non, il a trouvé une solution diplomatique. La Maison-Blanche continue de dire que la menace d’une attaque était crédible et réelle, et que c’est pour ça que la Syrie a accepté (avec l’appui de la Russie) de se défaire de son stock d’armes chimiques. Ça serait un exemple de la façon Obama de faire les choses.

Ce qui complique la tâche du président Obama sur la scène internationale, c’est le faible appétit des Américains, les citoyens comme les élus, pour d’autres conflits. Terminé l’Irak, l’Afghanistan tire à sa fin… Le président lui-même parle surtout de reconstruction nationale (nation building). Obama hésite à engager des troupes américaines à l’étranger. Il préfère la diplomatie, les alliances stratégiques. Mais cette position semble aussi avoir causé un affaiblissement de la voix américaine sur la scène internationale. Il y a un vide politique, et des dirigeants comme Poutine en profitent. « Si vous retirez l’option du bâton de votre arsenal, qu’est-ce qu’il vous reste? », lance Andrew C. Kuchins, du Center for Strategic and International Studies.

C’est un constat qui dérange bien des Américains. La voix de leurs dirigeants semble moins compter. C’est dur pour l’ego de la superpuissance. Ce qui fait que plusieurs critiques appellent leur président à en faire davantage, à reconsidérer cette idée du repli sur soi-même.  D’autres sont plus tranchants : « Si Obama laisse faire Poutine, la crédibilité de l’Amérique sera réduite à zéro. Nos ennemis ne nous craindront plus. »

Bien sûr, les options à la portée du président américain semblent limitées. D’une part, Vladimir Poutine semble attacher peu d’importance à son image dans le monde (évaporée, toute perception bienveillante propagée par les tout récents Jeux de Sotchi). D’autre part, la Russie dispose de puissants leviers économiques, dont l’envoi de gaz naturel vers l’Europe. Ça complique l’imposition de sanctions économiques.

Finalement, l’histoire nous enseigne aussi que le président américain a bien peu de pouvoir face aux tractations de Vladimir Poutine. Le New York Times rappelle que la Russie avait mené une opération militaire semblable en Géorgie (un allié de l’OTAN) en 2008. George W. Bush avait haussé le ton, déployé des navires dans la région, aidé au transport de soldats géorgiens. Rien n’a fait broncher la Russie (présidée par Medvedev; Poutine était alors premier ministre). Cette fois-ci ne sera pas bien différente, prédit Fiona Hill, une experte américaine sur la Russie : « On va parler de sanctions. On va parler de lignes rouges. On va finir par paniquer. Et Poutine va nous regarder, à l’écart. Il sait que le reste du monde ne veut pas aller en guerre. »

La crise en Ukraine pose toutes sortes de problèmes pour l’administration Obama, toujours en quête d’un héritage à laisser avant la fin de son mandat. Le président américain dit préférer la diplomatie à la force. C’est le temps de passer de la théorie à la pratique… Il y va de son héritage politique, croit le commentateur Edward Luce : « Tout ce que M. Obama veut faire — du nation building, une entente nucléaire avec l’Iran, le Moyen-Orient, se tourner vers l’Asie … — tout cela repose sur sa réponse à M. Poutine. »

Avec l’Ukraine, c’est la réputation de Barack Obama qui est en jeu… et son pouvoir d’influence.

La télévision ukrainienne joue en boucle les images des funérailles qui se succèdent. Les funérailles de l’« escadron du ciel ». C’est comme ça qu’ils appellent ceux qui sont tombés la semaine dernière et dont la mort a marqué la fin du régime Ianoukovitch.

Se succèdent leurs biographies, leurs photos. La plupart étaient jeunes, très jeunes, des étudiants, des ouvriers de la construction. Presque tous sont morts d’une balle dans la tête ou au cou, l’œuvre d’un tireur embusqué sur un des toits entourant la place de l’Indépendance.

La place Maïdan commence petit à petit à se vider. Il reste des montagnes de fleurs, des milliers de lampions et les pavés arrachés. Et quelques dizaines de jeunes, casque vert vissé sur la tête et accoutrement simili militaire hétéroclite, dont des protège-genoux et protège-coudes noirs, « trophées de guerre » pris sur les hommes des forces spéciales honnies, les « Birkout », démobilisés manu militari après les combats de la semaine dernière.

Ces jeunes, c’est l’« autodéfense de Maïdan ». Eux sont loin d’être démobilisés. On les voit un peu partout dans la ville de Kiev, foulard jaune autour du cou et carte plastifiée sur la poitrine où il est écrit en cyrillique « samoabarona », autodéfense. Ils dirigent le trafic au côté de la police, surveillent l’entrée de la Banque centrale et de la Présidence toujours vides.

Plusieurs dizaines entourent l’édifice du Parlement où se trouve, depuis samedi, le centre du pouvoir ukrainien. Ils surveillent leurs députés qui eux votent presque sans interruption… de la destitution du président Ianoukovitch à la dissolution de Birkout, en passant par le retour à la constitution de 2004 et à la nomination du nouveau président par intérim, nouveau ministre de l’Intérieur et, dans quelques heures, nouveau gouvernement au grand complet.

Le nouveau président par intérim annonce ses couleurs : l’Ukraine reprendra immédiatement le chemin de l’Europe. Les gardes populaires écoutent les débats retransmis par haut-parleurs, applaudissent, discutent, se réchauffent autour des vieux barils rouillés à l’intérieur desquels les flammes sont un rappel. Il y a moins d’une semaine, c’est leur chère place de l’Indépendance qui brûlait. Aujourd’hui, l’avenir est un peu moins incertain, mais à peine.

« Si les Russes envoient leurs troupes, on va défendre Kiev », dit Oleg, 27 ans, ouvrier de la construction qui a lâché son travail pour s’enrôler dans l’autodéfense il y a deux mois déjà. À voir l’arme dont il dispose, un grand bâton de bois, il y a comme un doute. C’est que Moscou se fait menaçante. Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, l’a dit, il ne reconnaît pas ce pouvoir qui s’est emparé de l’Ukraine par la force, ne respectant aucunement l’accord de la semaine dernière, l’accord que l’envoyé spécial de Vladimir Poutine a pourtant refusé de signer.

Le ton monte, la Russie menace de sanctions économiques. L’ours russe se réveille de son sommeil hivernal. Pourtant il a fait un beau rêve : Sotchi et ses Jeux olympiques d’hiver. Vladimir Poutine peut être fier. La première place au podium des médailles, des Jeux grandioses. Il a gagné son pari olympique, mais a perdu l’Ukraine. Son réveil risque d’être brutal.

Que s’est-il passé? N’avait-il pas promis 15 milliards de dollars en novembre dernier pour aider l’économie ukrainienne au bord de la banqueroute et pour détourner Kiev de son projet de partenariat avec l’Union européenne?

Dimanche soir, moins de 48 heures après la fuite de Ianoukovitch, un orateur-surprise s’est adressé à la foule de Maïdan, Mikhaïl Saakashvili, ancien président de la Géorgie et ancienne bête noire du Kremlin. En ukrainien, il a lancé aux milliers de gens toujours massés malgré le froid : « Le cœur de l’Europe bat aujourd’hui non pas à Bruxelles, à Berlin ou à Paris, mais ici, à Kiev! »

C’était le soir de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. Au travers des feux d’artifice, Vladimir Poutine ne l’a peut-être pas entendu. Mais j’ai comme un doute…

Comme au bon vieux temps de la guerre froide

Mercredi 5 février 2014 à 16 h 03 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les Américains pensent beaucoup aux Jeux de Sotchi depuis quelques semaines, mais ce n’est pas vraiment aux espoirs de médailles qu’ils s’intéressent.

Ils passent beaucoup de temps à relever les failles dans la préparation des Jeux, à dénoncer tout ce qui cloche à leurs yeux dans la société russe. Dernier point sur la liste : les Russes refuseraient le yogourt des Américains!

Avec ces Jeux, c’est comme si les Américains étaient revenus à l’époque de la guerre froide. Ils se sont trouvé un ennemi commun. Du moins, temporairement.

Des policiers patrouillent les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.
Des policiers patrouillent dans les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.

Les présidents Obama et Poutine ne s’entendent pas. C’est bien connu. Pensez aux différends sur la Syrie, au sort du fugitif Edward Snowden.

Barack Obama avait beaucoup de raisons pour justifier son absence de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Aux yeux de bien des Américains, leur président ne sera pas en Russie parce qu’il veut dénoncer la controversée loi russe qui interdit la « propagande homosexuelle ».

En fait, ni Obama ni son vice-président n’y seront. Du rarement vu dans aux Olympiques. Celle qui mène la délégation américaine est une « ancienne » membre du Cabinet d’Obama. Un véritable pied de nez à la Russie de Vladimir Poutine.

Dans ce dossier, la Maison-Blanche a bien compris comment marquer des points de manière subtile. Ainsi, un communiqué sur la délégation américaine souligne que Team USA représente « la diversité que sont les États-Unis ». Cette carte, Barack Obama l’a aussi jouée lors de son discours sur l’état de l’Union :

« Nous croyons en la dignité et l’égalité de tous les êtres humains, peu importe leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle. La semaine prochaine, le monde verra une expression de cet engagement lorsque Team USA marchera en rouge, blanc et bleu dans le stade olympique et rapportera l’or à la maison. »

Encore une fois, les Américains applaudissent!

Depuis quelques semaines, les Américains s’interrogent beaucoup sur les risques d’attentats à ces Jeux. Une majorité croit qu’un attentat est inévitable.

La préoccupation est justifiée, mais elle frôle l’obsession, même dans un pays habitué à enlever ses souliers au nom de la sécurité aérienne. Certaines familles d’athlètes ont souligné publiquement qu’elles n’iraient pas à Sotchi. La raison? La présence de proches dans une zone à risque pourrait déconcentrer les athlètes.

Le Congrès s’est aussi penché sur la question. De hauts gradés ont témoigné. Plusieurs élus jugent les risques trop grands. Ils n’iraient pas à Sotchi, même si on payait toutes leurs dépenses.

La question a même été posée à Barack Obama : « Est-ce que vous recommanderiez aux amis de vos enfants d’aller à Sotchi? » La réponse du président était très nuancée. « Malgré les préparatifs russes, a-t-il dit, il y a des risques. Ça serait plus sécuritaire aux États-Unis. »

Officiellement, le président ne veut pas décourager les Américains d’assister aux Jeux. Il les juge sécuritaires. Mais la Maison-Blanche fait aussi beaucoup pour souligner les risques. On a publié des avis aux voyageurs, des suggestions sur les tenues vestimentaires appropriées.

On a aussi beaucoup publicisé les mesures pour secourir les ressortissants, en cas d’urgence, notamment le fait que la marine a des navires dans la mer Noire, non loin.

L’appétit des Américains pour des nouvelles négatives venant de Sotchi semble bien grand. Ils sont nombreux à démoniser Poutine, à décrier le sort réservé aux dissidents et aux manifestants.

Ils sont encore plus nombreux à rire des multiples (et parfois risibles) retards dans les préparatifs. Même ce qui roule bien à Sotchi est souligné par la négative. « Une prévision de désastre qui ne s’est pas réalisée », titre la sérieuse NPR.

Tout ça, c’est le genre de matériel qui s’échange très vite sur les médias sociaux… et qui renforce un sentiment de supériorité devant l’ennemi retrouvé.

Pour les Américains, l’esprit de fraternité auquel tenait tant le fondateur des JO modernes ne semble plus tenir, du moins en ce qui a trait au pays hôte de ces Jeux.

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

Manifestation du 12 juin

Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.

Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.

Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.

Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.

Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.

La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.

Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.

Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.

Vladimir Poutine

Selon les observateurs, le retour de Vladimir Poutine à la Présidence russe s'est accompagné d'un durcissement à l'endroit des manifestants.

La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.

Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.

Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.

Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.

Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.

Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).

Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.

Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.

 

Vladimir Poutine lors de son assermentation le 7 mai

Vladimir Poutine lors de son assermentation. Source : Kremlin

La nuit a été courte pour Boris Nemtsov. L’ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, et maintenant opposant politique, a en effet été arrêté le 6 mai à l’issue d’une manifestation ayant rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes pour dénoncer l’assermentation « illégitime » de Vladimir Poutine. Il a finalement été libéré après le paiement d’une amende de 1000 roubles (33 $).

Boris Nemtsov

Boris Nemtsov à la manifestation du 6 mai, place Bolotnaya à Moscou. Source : Radio-Canada

L’homme a maintenant l’habitude de ce genre de harcèlement dont sont souvent victimes les « ennemis du régime ». Il a déjà été appréhendé des douzaines de fois dans des conditions similaires. Mais c’est la première fois qu’il a été battu par la police, affirme-t-il, contusions à l’appui. Un signe clair, selon lui, que le retour de Vladimir Poutine au poste de président marque la fin de la récréation et le retour de la méthode forte.

Nemtsov n’est pas seul. Plus de 400 opposants ont été appréhendés sans ménagement par les forces de l’ordre, présentes en grand nombre à la « Marche des millions », la manifestation de l’opposition organisée sur la place Bolotnaya à Moscou le 6 mai, à la veille de l’assermentation de Vladimir Poutine. Le jeune chef du front de gauche, Sergueï Oudalstov, est même arrêté sur la scène au milieu du discours qu’il prononçait devant des dizaines de milliers de personnes.

Affrontements

La manifestation, qui a dégénéré en affrontements entre opposants et forces de l'ordre, s'est soldée par plus de 400 arrestations. Source : Radio-Canada

En soirée, tous les journaux télévisés russes s’ouvrent sur ces images des affrontements violents, où l’on voit des manifestants lancer des projectiles de toutes sortes vers la police et les agents des forces spéciales du ministère de l’Intérieur (OMON). Ceux-ci ont répliqué en frappant à coups de bâtons et en traînant sans ménagement les opposants vers des fourgons cellulaires.

C’est la première fois qu’une manifestation de l’opposition dégénère depuis le début de ce mouvement citoyen, en décembre. Le mouvement vise à dénoncer les fraudes électorales. Alors que beaucoup accusent les forces de l’ordre d’avoir réagi outre mesure, Dmitri Peskov, l’attaché de presse de Vladimir Poutine, trouve au contraire la réponse de la police trop douce. Il affirme dans une entrevue à la chaîne indépendante Dozhd TV qu’il aurait aimé une riposte plus musclée. Parmi les opposants arrêtés, tous les jeunes hommes ayant moins de 27 ans se sont vu remettre des papiers de conscription. En plus de l’amende, ils devront faire leur service militaire…

Fraîchement libéré, Boris Nemtsov a à peine le temps de s’asseoir à la terrasse du populaire bistrot français « Les Z’amis de Jean-Jacques » sur le boulevard Nikitsky, au centre de Moscou, pour discuter avec ses amis des événements du 6 mai, que les policiers des forces spéciales débarquent sans crier gare. L’homme est arrêté sans ménagement pour une deuxième fois en moins de 24 heures comme tous les clients du restaurant et, plus généralement, tous ceux qui osent porter un ruban blanc, symbole des opposants à Vladimir Poutine, le jour de l’assermentation de l’homme fort de Russie. Un correspondant de Radio Free Europe a filmé la scène et mis la vidéo en ligne ici :

Peu après commence la cérémonie d’assermentation du nouveau président. C’est une réussite. Sous les chandeliers dorés de l’ancienne salle du trône au Kremlin et devant plus de 2000 invités triés sur le volet, Vladimir Poutine prête serment sur la constitution russe jurant de défendre les droits et libertés des citoyens.

Salle du trône

L'assermentation de Vladimir Poutine s'est déroulée dans l'ancienne salle du trône au Kremlin. Source : Kremlin

Pendant ce temps, à l’extérieur, pour s’assurer qu’aucun trouble-fête ne viendra gâcher le spectacle, les policiers ont fait évacuer tout le centre-ville autour du Kremlin. Rues et artères majeures bloquées, une douzaine de stations de métro fermées, policiers, militaires et agents des forces spéciales déployés par milliers dans les rues de la ville pour vider des trottoirs de tout opposant. Encore 300 personnes arrêtées…

Les dissidents ne désarment pas. Sitôt relâchés, ils se rassemblent depuis nuit et jour sur l’une ou l’autre place de la ville pour jouer de la guitare et scander des slogans contre le régime. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ils bougent en permanence, utilisant les réseaux sociaux pour se coordonner. Ils sont jeunes (leurs chefs, comme Sergueï Oudaltsov et Ilïa Ïachine, ont à peine plus de 30 ans). Ils n’ont, pour la plupart, pas de souvenirs de l’URSS et n’ont pas de complexes. Ils n’ont certes pas la force ni les moyens de l’État, mais sont fluides et déterminés. À la force prônée par le régime, ils opposent la flexibilité.

Le chêne et le roseau…

Et comme dans la fable de Lafontaine, ils sont convaincus que la trop grande rigidité de Vladimir Poutine causera à terme sa perte, incapable de s’adapter à une Russie qui a évolué plus vite que lui.

Nano-manifs et faces de boeuf

Mercredi 1 février 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

belangerjf

Rassemblement de jouets

Des poupées rassemblées pour réclamer des élections honnêtes. Photo : Sergueï Teplyakov

La police russe n’est pas reconnue pour son sens de l’humour.

Elle en a encore donné la preuve dernièrement à Barnaul, en Sibérie, en s’attaquant aux organisateurs de « nano-manifestations », des rassemblements de poupées et de peluches.

Après s’être heurtée à l’inflexibilité des autorités locales qui refusaient la tenue de manifestations pour des élections honnêtes et transparentes, une poignée de militants prodémocratie a décidé de contourner l’interdiction en sous-traitant le rassemblement.

Par un beau samedi après-midi de janvier, ils ont donc affublé de minipancartes et banderoles une foule de figurines jouets, de personnages de blocs Lego, d’ours en peluche et de poupées disposés sur une place du centre de la ville.

« Si les autorités briment notre liberté d’expression et de réunion, les droits des jouets ne sont jusqu’ici pas remis en question », écrivait ainsi sur son blogue Andreï Teslenko, l’un des organisateurs de la nano-manif pour en expliquer le concept.

Peluches militantes

Si les peluches en Sibérie ont la fibre militante, les policiers, eux, n'ont visiblement pas un poil d'humour. Photo : Ivan Krupchik

L’ironie du geste n’a pas échappé aux passants, tous s’esclaffant au passage.

Mais les policiers sur place ont vu la chose d’un autre œil. Ils ont noté soigneusement tous les slogans inscrits sur les pancartes minuscules et ont averti les organisateurs que leur action était probablement illégale.

« Il s’agit d’un événement public non autorisé, a ainsi estimé Andreï Moulintsev, chef adjoint de la police de Barnaul après la deuxième manifestation du genre. Ces poupées ne sont pas arrivées là seules; quelqu’un les y a apportées et a ainsi exprimé son opinion. »

« Ridicule », a rétorqué Lioudmila Alexandrovna, à l’origine de l’événement, destiné justement à montrer « l’absurdité de l’entêtement des autorités à limiter les droits des citoyens ».

Incertains au sujet de leur interprétation de la loi, les policiers ont d’abord demandé un avis légal avant de sévir.

Précaution inutile. Le procureur du coin, Sergeï Kirin, semble prendre au sens littéral l’expression : « on ne rigole pas avec la loi ».

« Je ne sais même pas pourquoi on m’a consulté, a-t-il déclaré. Pour moi, c’est clair et net : les pancartes ne se sont pas écrites toutes seules, et les jouets n’ont en fait été que des accessoires utilisés dans le but de susciter de l’agitation. »

S’ils sont jugés coupables, les organisateurs des nano-manifs risquent une amende de 35 $ et jusqu’à 15 jours de prison… probablement pas une prison jouet.

 

50% à peine aux législatives: un camouflet pour Vladimir Poutine.

50 % à peine aux législatives : un camouflet pour Vladimir Poutine.

99,48 %.

C’est le score qu’a obtenu le parti Russie unie de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev en Tchétchénie. 99,5 %, c’est aussi le taux de participation aux élections législatives russes dans cette petite république du Nord-Caucase.

Ramzan Kadyrov, président de Tchétchénie, protégé du Kremlin, sait visiblement s’y prendre quand vient le moment de livrer les résultats électoraux escomptés…

Si la fraude a été moins manifeste dans le reste du pays (ou moins efficace), elle a tout de même marqué le scrutin de façon importante, d’après les observateurs internationaux envoyés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 

Cette dernière a noté des irrégularités au niveau du décompte des voix dans 25 % des bureaux de vote visités, et de forts soupçons de bourrage d’urnes dans 11 %. L’organisation a aussi fait état d’une trop grande proximité entre l’État et le parti au pouvoir, Russie unie, un accès inégal aux médias nationaux, une campagne électorale injuste dont ont été exclus d’emblée beaucoup de joueurs.

Plus »

Le combat extrême de Vladimir

Mercredi 23 novembre 2011 à 17 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

belangerjf

Pour ceux qui l’ignorent, la Russie est en campagne électorale. Les électeurs sont appelés aux urnes le 4 décembre prochain pour élire leurs députés. Puis à nouveau en mars pour se choisir cette fois un nouveau président. Et si l’exercice ne laisse que peu de doutes quant à son issue depuis que Vladimir Poutine a déclaré son intention de reprendre son dû, cela ne l’empêche pas de faire campagne, de multiplier les apparitions et les happenings médiatiques.

De fait, le premier ministre est en campagne perpétuelle. Que ce soit pour nourrir un besoin personnel de s’afficher ou parce que le personnel de son service de presse fait du zèle, Vladimir Poutine est partout, omniprésent dans les médias russes.

Et l’homme ne se contente pas de couper des rubans ou de serrer des mains. Non, l’ancien (et, probablement futur) président russe aime se présenter comme un homme d’action. S’il veut parler du rachat du célèbre club de hockey moscovite CSKA, il en enfile l’uniforme, chausse ses patins et échange des rondelles avec les joueurs.

L'image d'un homme d'action

Poutine endosse l'uniforme du CSKA Moscou

S’il veut parler des problèmes d’incendie de forêt, il se fait photographier aux commandes d’un avion-citerne. Au cours des derniers mois, on l’a ainsi vu retrouver des amphores en mer Noire, revêtu d’un habit d’homme-grenouille; monter à cheval, torse nu; piloter une voiture de formule un; et j’en passe.

À cheval, torse nu...

Les Russes semblent aimer cela. Sa cote de popularité flirte avec les 65 % depuis des années.

Or, alors que les élections approchent à grands pas, le surhomme Poutine vient de connaître sa première déconvenue publique. Et son service de presse, son premier couac. Vladimir Poutine s’est fait huer publiquement devant 20 000 personnes. Cela s’est passé dimanche au cours d’un gala d’arts martiaux mixtes auquel il assistait. Tout se déroulait bien jusqu’à ce que le premier ministre s’avance vers le ring et prenne le micro pour féliciter le champion russe Fedor Emelianenko pour sa victoire contre l’Américain Jeff Monson. À ce moment, la foule se met à siffler et à crier « Boohoo ».

Malaise.

Désarçonné par cette réaction inattendue, Poutine a tout de même trouvé le ressort nécessaire pour terminer son discours et repartir tête haute. Mais l’incident n’est pas passé inaperçu. Retransmis une première fois tel quel à la télé sur la chaîne d’État Russie-2, le segment a par la suite été remonté pour retirer le son importun des huées lors des diffusions subséquentes. Trop tard, la vidéo s’était déjà propagée sur YouTube. Elle a déjà été vue par plus de 2 400 000 internautes.

Vladimir Poutine se fait huer (sur YouTube)

Autre vidéo de l’incident

Hué publiquement

Alors, le service de presse est passé en mode de « contrôle des dommages », expliquant que les huées des spectateurs ne visaient pas le premier ministre. Chacun y est allé de ses explications sur l’origine des sifflements. Certains ont émis l’hypothèse qu’ils visaient l’athlète américain battu; d’autres ont expliqué le plus sérieusement du monde que les spectateurs se plaignaient de ne pas avoir accès aux toilettes pendant le discours du premier ministre.

Des explications qui n’ont convaincu personne.

En fait, l’incident pourrait paraître anodin, mais il fait tache dans un parcours médiatique jusque ici sans faute.

Surexposé, Vladimir Poutine commencerait-il à perdre de son éclat? Les Russes commenceraient-ils à se lasser?

Selon un sondage publié par le sondeur indépendant Centre Levada, l’homme recueille aujourd’hui 61 % d’opinions favorables; son parti, 51 %; en baisse constante depuis le début de l’année.