Billets classés sous « Pollution »

Pékin : à vos masques!

Dimanche 13 janvier 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Côté pollution à Pékin, on croyait en avoir vu d’autres. Mais ces jours-ci, la ville se surpasse.

Vendredi, nous avions déjà droit depuis deux jours à un indice de qualité de l’air jugé « Hazardous », selon le fil Twitter @beijingair de l’ambassade américaine (depuis l’année dernière, les autorités chinoises, cédant à la pression populaire, publient des données très similaires sur les sites de microblogues chinois).

Image de Pékin lorsque l'indice de pollution est très élevé (11 janvier 2013)
Vendredi 11 janvier 2013. On n’ose pas trop se hasarder à mettre le nez dehors…

Mais samedi, l’absence de vent et la basse pression atmosphérique n’ont fait qu’empirer les choses. Si bien que de « Hazardous », nous sommes passés à « Beyond Index » (autrement dit, cela dépasse les limites prévues par les scientifiques).

Sur cette photo, l’immense tour du China World Trade Center disparaît complètement dans le smog…

Le China World Trade Center, à Pékin, lors d'une journée de smog

Par beau temps, la vue a plutôt l’air de cela…

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clair

La pollution atmosphérique se mesure par la concentration de particules de 2,5 microns de diamètre par mètre cube.

Si l’on se base sur les standards américains (qui sont ceux de l’ambassade ici), lorsque l’on enregistre 50 microgrammes ou moins de ces petites particules par mètre cube, la qualité de l’air est jugée bonne.

De 301 à 500, elle devient « Hazardous ». Lorsque l’indice dépasse 500, on rejoint le « Beyond Index », l’échelle n’ayant été prévue pour ne mesurer que de 0 à 500.

Ce n’est pas la première fois que Pékin a l’air d’une ville où sévirait un immense feu de forêt. La différence ces jours-ci, ce sont les sommets atteints. Samedi à 20 h, au plus fort du smog, une pointe a été enregistrée à plus de 800, du jamais vu. Des médias chinois indiquaient que la situation dans la province voisine du Hebei était encore pire qu’à Pékin.

Les autorités ont bien sûr demandé aux gens de demeurer à l’intérieur. S’ils doivent sortir, le port du masque est fortement recommandé. On invite également la population à opter pour le transport en commun, dans l’espoir de limiter la pollution.

Dimanche, l’indice était retombé à « Hazardous ». Après le smog de la veille, certains internautes à l’humour grinçant indiquaient qu’ils avaient envie d’ouvrir les fenêtres pour respirer l’air (relativement) pur.

Tandis que certains Pékinois en ont carrément profité pour se faire couper les cheveux en plein air.

Des Pékinois se faisant couper les cheveux en plein air.

Décidément, cette ville nous étonnera toujours.

Bouffée d’air frais à Pékin

Jeudi 8 décembre 2011 à 10 h 22 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Mercredi, un vent glacial en provenance de la Sibérie s’est finalement levé et a balayé le voile toxique qui étouffait Pékin depuis plusieurs jours.

Nous sommes donc passés en quelques heures d’un paysage glauque de fin du monde :

… à un ciel glorieusement bleu :

C’est beau Pékin, quand il fait soleil!

Pour la première fois depuis des lunes, l’indicateur de l’ambassade américaine annonce que la qualité de l’air est « bonne ».

Ces épisodes de smog ne pourront pourtant que se reproduire parce que Pékin est sise au fond d’une cuve entourée d’une couronne de montagnes. Par temps calme, ce relief emprisonne inéluctablement les polluants au-dessus de la ville.

Au moment où la capitale chinoise vivait un moment d’asphyxie, le débat se poursuivait à Durban en Afrique du Sud, pour tenter de trouver un terrain d’entente quant à l’après-Kyoto. Et c’est toujours l’impasse, notamment entre les États-Unis et la Chine, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du monde.

Plus tôt cette semaine, les Chinois ont semblé faire preuve d’une certaine ouverture. Ils se sont dits prêts à accepter un accord contraignant dès la fin de la décennie. Mais ils ont servi les mêmes conditions qu’à l’habitude, à savoir que la Chine, comme les autres pays en voie de développement, devrait être traitée différemment des grands pays industrialisés. Les États-Unis, qui ont toujours refusé de ratifier le protocole de Kyoto, s’opposent à tout accord qui ne mettrait pas la Chine sur un pied d’égalité avec les autres pays.

Le refrain que l’on entend souvent en provenance de la Chine, c’est que la responsabilité historique du réchauffement de la planète revient aux pays riches. Il est vrai que la révolution industrielle en Occident a commencé il y a plus de deux siècles. Et qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est en Occident que la société de consommation a connu un essor sans précédent, à un moment où tous voulaient acheter le rêve américain, avec maison et voiture svp.

Mais peu importe que l’on calcule les émissions historiques ou par personne, il faudra tirer les rênes de la Chine – rappelons-le, ce pays est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale – pour la simple et bonne raison que l’on étouffe ici même, en Chine. Est-ce la faute du voisin? De l’arrière-grand-père du voisin? Chercher le coupable, alors que la situation est aussi alarmante ici, semble pour le moins futile.

Cette semaine, les salles d’urgence étaient bondées dans la capitale chinoise. De nombreux résidents souffraient de troubles pulmonaires. Un article du China Daily, journal pourtant contrôlé par l’État, notait que depuis 10 ans, le taux de cancer du poumon était en hausse de 60 % à Pékin, et sans une augmentation notable du nombre de fumeurs. Les particules polluantes provenant des gaz d’échappement des voitures et des centrales au charbon seraient donc en cause.

Mince lueur d’espoir : c’est peut-être l’impact que la pollution a sur l’économie qui pourrait s’avérer le meilleur argument en faveur de la protection de l’environnement. Car si réduire les émissions entraîne des coûts, le statu quo a aussi des conséquences financières.

Des centaines de vols annulés, des autoroutes fermées pendant des jours, qui paralysent le transport des gens et des marchandises, tout cela a un prix.

Mais quand on apprend que les dirigeants chinois vivent en vase clos, jugeant l’air de leur propre capitale trop nocif pour eux, on peut se demander si la grogne des gens prisonniers du smog arrivera jusqu’à eux.

Censure et ciel bleu

Mardi 1 novembre 2011 à 13 h 11 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Mon caméraman Laurent et moi sommes rentrés de Bangkok lundi après-midi. Nous avons été accueillis à Pékin par l’étreinte d’un épais nuage de smog. Home smog home.

La silhouette de l'immeuble du China World Trade Center à travers le smog, le 1er novembre 2011 à 11 h

Ici, en Chine, la pollution n’a rien d’intangible : on peut la sentir — une forte odeur de fumée nous prend souvent à la gorge lorsqu’on met le pied dehors — et elle n’a rien d’une illusion. Dimanche, la visibilité était si réduite à Pékin et dans les provinces voisines que des autoroutes ont dû être fermées à la circulation. À l’aéroport de la capitale, des centaines de vols ont été retardés ou annulés.

À Pékin, si l’on veut se renseigner sur la qualité de l’air, on se branche sur un RVP (réseau privé virtuel, qui permet de contourner la censure chinoise) et on va faire un tour sur Twitter. La manœuvre RVP est nécessaire, car Twitter est bloqué en Chine.

L’ambassade américaine, qui possède une petite station météorologique sur le toit de l’un de ses bâtiments, publie chaque heure un relevé de la pollution atmosphérique. Le microblogue intitulé Beijing Air est bien connu de tous les étrangers et est la source de bien des soupirs de découragement.

En effet, souvent, le portrait n’est pas jojo. Au cours du week-end, l’échelon « Hazardous  » (dangereux), le plus élevé selon les standards de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, a été atteint à maintes reprises.

Mais c’est le 9 octobre que la situation était de loin la pire le mois dernier. Ce jour-là, la pollution était si importante que l’ambassade américaine a transmis le message « Beyond Index ». Autrement dit, c’était si pollué que même la machine n’arrivait pas à analyser les données. Ça dépassait les frontières du graphique!  Un expert américain, cité dans le L.A. Times, indiquait qu’un tel niveau de particules polluantes n’était concevable qu’en cas d’incendie de forêt, si le vent soufflait la fumée dans votre direction.

Ce même jour, le gouvernement chinois, qui mesure aussi la pollution atmosphérique, publiait sa lecture de la situation. Le verdict des Chinois : légèrement pollué.

Il faut dire que la station américaine mesure les particules de 2,5 micromètres, les plus dommageables, car elles peuvent s’infiltrer dans les poumons et atteindre d’autres organes. Les Chinois mesurent peut-être ces particules, mais ils ne rendent pas l’information publique.

Ce qu’ils publient, c’est leur lecture des particules plus grosses, celles de 10 micromètres qui, grâce aux efforts faits à l’approche des Jeux olympiques de 2008 (fermeture d’usines en périphérie, reboisement), sont aujourd’hui beaucoup mieux contrôlées. Mais l’explosion du nombre de voitures en Chine et la demande croissante en électricité, électricité produite par des centrales au charbon, viennent anéantir les progrès louables accomplis avant les Jeux.

Ainsi, les Chinois sont de plus en plus nombreux à discuter, sur leurs sites de microblogues, des écarts entre les lectures chinoises et américaines. Mais remettre en question les données du gouvernement, c’est se frotter à la controverse.

Ce matin, au palmarès des sujets les plus discutés sur Sina Weibo, un important site de microblogues chinois, on retrouvait justement la pollution atmosphérique.

Une heure plus tard, le sujet avait complètement disparu du palmarès. Ou comme on dit ici, il avait été « harmonisé », une façon ironique de dire que quelque chose a été censuré. Les dirigeants chinois ne manquent jamais une occasion d’appeler à la construction d’une « société harmonieuse ». Et il semble que la couleur du ciel soit un sujet trop sensible pour eux.