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La 'une' du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

La une du prochain numéro du New Yorker est consacrée au scandale qui éclabousse le gouverneur du New Jersey.

Regardez la carte : il y a plus de 350 kilomètres entre Fort Lee, au New Jersey, et Washington, où siègent les élus américains. Pourtant, les embouteillages monstres sur le pont qui relie Fort Lee à New York font jaser bien des gens au cœur de pouvoir américain.

C’est un « must-see tv » au Capitole, disait CNN. L’explication est bien sûr liée aux ambitions politiques d’un politicien du New Jersey. Chris Christie, le gouverneur de l’État, est souvent vu comme le meilleur espoir des républicains qui rêvent de reprendre la Maison-Blanche en 2016.

Mais cette semaine, la dynamique a changé. Pour le gouverneur du New Jersey, les embouteillages de septembre sont devenus un sérieux accrochage en route vers la Maison-Blanche.

L’idée de prendre des automobilistes en otage peut sembler ridicule. Celle d’ordonner une telle manœuvre par courriel surprend encore davantage.

L’ironie, c’est que l’équipe de Chris Christie n’avait pas besoin de faire pression sur le maire de Fort Lee pour assurer la réélection du gouverneur. Il a gagné par une confortable majorité, avec plus de 20 % d’avance. L’appui du maire de Fort Lee n’aurait rien changé à l’issue du vote.

Une image écornée

La machination a changé autre chose. Il n’y a plus la même aura autour de Chris Christie. Il n’est plus le sauveur assuré du parti républicain. Celui que plusieurs voient comme le meneur dans une course qui sera déclenchée dans deux ans.

Gouverneur républicain dans un état démocrate, il a cultivé l’image d’un politicien au franc-parler. Celui qui dit ce qu’il pense plutôt que ce que les sondages lui suggèrent de dire. Ce qui le rend si attrayant pour les républicains, c’est qu’il est un modéré. Un politicien moins partisan que ceux issus du Tea Party. Un homme qui n’hésite pas à travailler avec l’adversaire démocrate pour aider ses concitoyens.

L’image qui colle pour l’instant à la peau du politicien est tout autre. Un politicien calculateur, intimidateur (« bully »), ambitieux. Le « Bridgegate » a souligné à gros traits les défauts de Chris Christie. Certains « insiders » les avaient déjà notés, ce qui l’aurait empêché de devenir candidat à la vice-présidence, aux côtés de Mitt Romney en 2012.

Une conférence de 108 minutes pour s’expliquer

Les adversaires de Chris Christie (dont les républicains qui ont aussi des ambitions présidentielles) prennent des notes, se frottent peut-être les mains en privé.

Chris Christie, lui, continue de minimiser son intérêt pour la Maison-Blanche. Dans une conférence de presse marathon (108 minutes, c’est long; je résume son point de presse ici), le gouverneur a tout fait pour balayer le scandale. Chris Christie nie avoir eu connaissance de cette machination.

Fâché, honteux, il a viré sa chef de cabinet adjointe et pris ses distances d’un autre allié. Surtout, Chris Christie a dit, insisté, répété : il n’a pas demandé cette rétribution politique, ce n’est pas son style. Il n’était pas au courant. Il a plutôt été trahi par des proches qui lui ont menti.

La longue route jusqu’à la Maison-Blanche

C’est une explication que plusieurs ont de la difficulté à accepter. Surtout venant de quelqu’un réputé combatif. C’est aussi une position qui pourrait revenir le hanter dans les prochains mois. Quelques enquêtes sont en cours. Des procédures judiciaires également. Imaginez ce qui restera de sa crédibilité si des documents affirmant le contraire font surface.

La route vers la Maison-Blanche est bien longue, c’est certain. Et les électeurs ont souvent la mémoire courte. Il faudra laisser le temps filer avant de savoir si Chris Christie peut encore prétendre diriger les États-Unis.

Sexiste la Chine? Oui!

Jeudi 8 mars 2012 à 23 h 57 | | Pour me joindre

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Je m’en voudrais de terminer la Journée de la femme sans attirer votre attention sur une tradition pour le moins étonnante.

Cette semaine, tout Pékin vit au rythme des « Deux Assemblées »,  ce grand rendez-vous de parlementaires chinois venus des quatre coins de la Chine. Aucune décision n’y sera prise qui n’avait déjà été approuvée d’avance. N’empêche, cet exercice « démocratique » suscite beaucoup d’intérêt, ou à tout le moins se voit allouer une couverture de premier plan dans les médias.

Vous trouverez ici un recueil des unes de journaux mardi, un bel exemple de propagande chinoise à l’œuvre.

Au pays de l'individualisme... Image: Tea Leaf Nation

Le coup d’envoi de la semaine a été donné lundi par le discours du premier ministre Wen Jiabao, que l’on pourrait décrire comme l’équivalent du discours du Trône canadien.

Des copies avaient été distribuées aux 3000 personnes présentes au Palais de l’Assemblée du peuple. Peu après le début de cette allocution, qui a finalement duré près de deux heures (plus courte que d’habitude apparemment!), j’ai entendu un bruit étrange. Comme si une volée d’oiseaux venait d’entrer dans l’imposante salle. J’ai relevé la tête et j’ai vu soudain 3000 personnes en train de tourner d’un même geste la page du petit livret contenant le fameux discours.

À ce nombre, il faut bien sûr soustraire les quelques parlementaires qui, épuisés par l’exercice de leurs fonctions, s’étaient déjà endormis…

Chaque année, ces photos font le tour de la toile.

 

Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz Photo: shangaiist.com

Mais il y a un autre type de diaporama lié aux Deux Assemblées qui suscite beaucoup d’intérêt.

Celui des « Jolies journalistes aux Deux Assemblées »

 

Une journaliste de la chaîne d'État CCTV

Oui, vous avez bien lu. Depuis plus de cinq ans maintenant, de nombreux sites de nouvelles chinois, dont celui du très officiel Quotidien du Peuple, offrent une collection de photos de journalistes, croquées sur le vif, micro à la main, lors de conférences de presse…

Vous pouvez donc découvrir les ravissants visages de reporters des télés satellites de Shenzhen, du Hubei , du Zhejiang…  Leurs consoeurs de l’agence de presse Xinhua et de la chaîne nationale CCTV y font aussi belle figure… Jusqu’à une journaliste tibétaine en costume traditionnel.

Croyez-moi, je n’ai rien contre l’appréciation de la beauté, mais je me demande sincèrement si l’on ne devrait pas célébrer leur travail plutôt que leur visage.

Imaginez une galerie de photos prises à la conférence de presse suivant le discours du Trône mettant en vedette la charmante correspondante d’une chaîne québécoise et sa collègue « cute » d’un journal torontois… Impensable.

Cela dit, comme la République populaire de Chine prône l’égalité entre les sexes, j’attends avec impatience le diaporama mettant en vedette les mecs mignons de la presse chinoise.

Le combat extrême de Vladimir

Mercredi 23 novembre 2011 à 17 h 25 | | Pour me joindre

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belangerjf

Pour ceux qui l’ignorent, la Russie est en campagne électorale. Les électeurs sont appelés aux urnes le 4 décembre prochain pour élire leurs députés. Puis à nouveau en mars pour se choisir cette fois un nouveau président. Et si l’exercice ne laisse que peu de doutes quant à son issue depuis que Vladimir Poutine a déclaré son intention de reprendre son dû, cela ne l’empêche pas de faire campagne, de multiplier les apparitions et les happenings médiatiques.

De fait, le premier ministre est en campagne perpétuelle. Que ce soit pour nourrir un besoin personnel de s’afficher ou parce que le personnel de son service de presse fait du zèle, Vladimir Poutine est partout, omniprésent dans les médias russes.

Et l’homme ne se contente pas de couper des rubans ou de serrer des mains. Non, l’ancien (et, probablement futur) président russe aime se présenter comme un homme d’action. S’il veut parler du rachat du célèbre club de hockey moscovite CSKA, il en enfile l’uniforme, chausse ses patins et échange des rondelles avec les joueurs.

L'image d'un homme d'action

Poutine endosse l'uniforme du CSKA Moscou

S’il veut parler des problèmes d’incendie de forêt, il se fait photographier aux commandes d’un avion-citerne. Au cours des derniers mois, on l’a ainsi vu retrouver des amphores en mer Noire, revêtu d’un habit d’homme-grenouille; monter à cheval, torse nu; piloter une voiture de formule un; et j’en passe.

À cheval, torse nu...

Les Russes semblent aimer cela. Sa cote de popularité flirte avec les 65 % depuis des années.

Or, alors que les élections approchent à grands pas, le surhomme Poutine vient de connaître sa première déconvenue publique. Et son service de presse, son premier couac. Vladimir Poutine s’est fait huer publiquement devant 20 000 personnes. Cela s’est passé dimanche au cours d’un gala d’arts martiaux mixtes auquel il assistait. Tout se déroulait bien jusqu’à ce que le premier ministre s’avance vers le ring et prenne le micro pour féliciter le champion russe Fedor Emelianenko pour sa victoire contre l’Américain Jeff Monson. À ce moment, la foule se met à siffler et à crier « Boohoo ».

Malaise.

Désarçonné par cette réaction inattendue, Poutine a tout de même trouvé le ressort nécessaire pour terminer son discours et repartir tête haute. Mais l’incident n’est pas passé inaperçu. Retransmis une première fois tel quel à la télé sur la chaîne d’État Russie-2, le segment a par la suite été remonté pour retirer le son importun des huées lors des diffusions subséquentes. Trop tard, la vidéo s’était déjà propagée sur YouTube. Elle a déjà été vue par plus de 2 400 000 internautes.

Vladimir Poutine se fait huer (sur YouTube)

Autre vidéo de l’incident

Hué publiquement

Alors, le service de presse est passé en mode de « contrôle des dommages », expliquant que les huées des spectateurs ne visaient pas le premier ministre. Chacun y est allé de ses explications sur l’origine des sifflements. Certains ont émis l’hypothèse qu’ils visaient l’athlète américain battu; d’autres ont expliqué le plus sérieusement du monde que les spectateurs se plaignaient de ne pas avoir accès aux toilettes pendant le discours du premier ministre.

Des explications qui n’ont convaincu personne.

En fait, l’incident pourrait paraître anodin, mais il fait tache dans un parcours médiatique jusque ici sans faute.

Surexposé, Vladimir Poutine commencerait-il à perdre de son éclat? Les Russes commenceraient-ils à se lasser?

Selon un sondage publié par le sondeur indépendant Centre Levada, l’homme recueille aujourd’hui 61 % d’opinions favorables; son parti, 51 %; en baisse constante depuis le début de l’année.

Poutine sauce satire

Vendredi 30 septembre 2011 à 11 h 12 | | Pour me joindre

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belangerjf

Les Russes viennent d’être privés de leur sport national. Je ne parle pas ici du hockey. Mais bien des discussions politiques. Depuis que Dmitri Medvedev a remplacé Vladimir Poutine à la tête du pays en 2008, la constitution empêchant l’ancien KGBiste de se représenter pour un troisième mandat, la nature de l’arrangement entre les deux hommes alimentait toutes les discussions.

Medvedev n’était-il là que pour maintenir la place de président bien au chaud en attendant le retour de Poutine? Les experts, journalistes et analystes politiques avaient pris l’habitude de passer au crible le discours de l’un et de l’autre à la recherche d’un indice trahissant leurs intentions.

Personne ne remettait en question le statut d’homme fort de Poutine, pas même les diplomates américains qui avaient comparé le tandem russe au couple Batman et Robin (Poutine étant Batman), mais beaucoup faisaient remarquer la volonté de plus en plus affichée de Medvedev de se détacher de son mentor, de s’affirmer.

Au cours du printemps dernier, le président Medvedev présentait de plus en plus une stature… présidentielle, n’hésitant pas à rabrouer publiquement Poutine au sujet de la Libye. « L’opinion exprimée par le premier ministre est son opinion personnelle et ne représente pas la position de la Russie », avait-il déclaré.

Et s’il noyait systématiquement le poisson en répondant aux nombreuses questions des journalistes au sujet de ses intentions pour la présidentielle de 2012, il avait tout de même laissé échapper un « bien sûr, j’ai envie de me représenter » avant de préciser que le moment n’était pas venu de prendre ni d’annoncer une telle décision.

Medvedev s’amusait-il avec les journalistes, ou a-t-il vraiment eu des velléités de se succéder à lui même? Peu importe. Vladimir Poutine est venu mettre un terme à ces ambitions et, du coup, à toutes les interrogations et supputations du monde politico-médiatique russe en orchestrant son grand « comeback » devant le parterre de délégués de son parti Russie unie. Devant tout le pays aussi, rassemblé devant la télé.

Poutine reprendra donc son poste dès 2012, après une élection organisée pour la forme. Son mandat durera six ans au lieu de quatre, grâce à la réforme constitutionnelle opérée par son fidèle lieutenant Medvedev. Il pourra se représenter encore une fois en 2018 et rester en poste jusqu’en 2024. De quoi dépasser le record établi par l’immobile et indéboulonnable Léonid Brejnev; 18 ans au pouvoir de 1964 à 1982.

Beaucoup s’en sont réjouis. Après tout, Vladimir Poutine est l’homme le plus populaire du pays avec plus de 60 % d’opinions favorables. Nombreux sont ceux qui lui sont reconnaissants d’avoir mis un terme au chaos des années Eltsine.

Mais devant le spectre d’un règne Poutine s’allongeant de 12 années supplémentaires, beaucoup de Russes ont éprouvé le même sentiment d’inquiétude. Et si l’opposition officielle est K.-O. depuis longtemps, une forte proportion de Russes, essentiellement citadins et éduqués, se désole – en silence — de la direction prise par le pays.

Du coup, un nouveau passe-temps traditionnel russe (risqué du temps de l’URSS, ce qui en faisait tout le charme) a refait son apparition dernièrement : la satire politique circulant sous le manteau.

Portrait composite de Brejnev et de Poutine circulant sur le web. Au 21e siècle, les samizdats ont laissé place aux réseaux sociaux. Sur Vkontakte, l’équivalent russe de Facebook, les caricatures de Poutine ont la cote actuellement. L’une des plus populaires est un portrait de l’ex/futur président russe en 2024. En fait, c’est un photomontage composite des visages de Léonid Brejnev et de Vladimir Poutine.

Le portrait ne s’accompagne d’aucun commentaire, mais l’image vaut mille mots…