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Les visages de la rage

samedi 13 décembre 2014 à 18 h 15 | | Pour me joindre

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Michael Brown. Eric Garner. Des noms devenus mots-clics. Des symboles pour une société qui remet en question le comportement de ses policiers devant des citoyens noirs. Mais la colère qui motive des centaines d’Américains à prendre la rue n’est pas née avec la mort de ces deux hommes. Elle vient d’une succession de morts tragiques, parfois insensées.

Il n’y a pas de statistiques fiables pour quantifier le nombre d’Américains tués par des forces de l’ordre. Un par jour? Deux? Moins que ça? Impossible de savoir, malgré des efforts louables.

Certains de ceux qui ont été tués menaçaient un policier. D’autres pas. Mais ils sont morts. Et beaucoup sont Afro-Américains. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’un autre nom s’ajoute à la liste, la crainte d’une bonne partie des Américains est ravivée : que leur fils soit le suivant.

Il y a de fortes chances que ces parents inquiets aient « la conversation » avec leur fils. On m’en a beaucoup parlé à Ferguson l’été dernier. Oui, les parents de jeunes Afro-Américains parlent de condom ou de drogue avec leurs fils… Mais ils doivent aussi leur expliquer comment se comporter en présence d’un policier. Histoire de revenir vivant, explique cette vidéo.

Ce n’est pas la réalité des Américains blancs, ni celle de la plupart des Canadiens. Regardez la liste (probablement pas complète) des Afro-Américains tués par des policiers. Il y en a plus qu’un pour chaque mois de 2014. Elle est inspirée par le groupe NAACP qui lutte depuis longtemps pour l’avancement du droit des Afro-Américains. Vous pouvez lire davantage sur chacun (et remonter jusqu’en 1999!) ici.




Pourquoi Obama n’est pas allé à Ferguson

vendredi 5 décembre 2014 à 17 h 08 | | Pour me joindre

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New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d'un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d'un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d’un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

Les États-Unis sont secoués par une vague de manifestations qui rappellent la colère raciale des années 60. La mort de Michael Brown à Ferguson, celle d’Eric Garner à New York et les autres qui n’ont ne sont pas encore devenus des mots clic… Autant de cris de ralliement pour des milliers d’Américains. Ceux qui jugent que la couleur de la peau fait encore une différence aux yeux de la loi. « Hands up don’t shoot! » est peut-être le premier cri d’un nouveau mouvement de revendication des droits civils qui passera à l’histoire.

Ces remous surviennent au moment où un premier président noir est à la tête des États-Unis. Mais Barack Obama a choisi de ne pas se placer à l’avant-scène. À écouter ses critiques, il semble même s’effacer, jouer un rôle trop discret. Relisez les commentaires de Barack Obama après les troubles à Ferguson, après les manifestations à New York. Il parle du besoin des manifestants d’exprimer leur colère, mais aussi du devoir de respecter l’ordre, de ne pas céder à la violence. Aucune envolée lyrique pour galvaniser la frustration. Aucun appel à la réforme. Aucune défense passionnée comme il l’a fait, par exemple, pour les droits des sans-papiers.

À Ferguson, ils sont nombreux à être amers. En 2008, le jeune Rasheen Aldridge voyait Barack Obama comme une idole, un symbole d’espoir et de changement. Et maintenant que les demandes de changements sont concrètes? « Les sentiments de 2008 n’étaient plus là quand je l’ai rencontré (à la Maison-Blanche, récemment, dans la foulée des manifestations à Ferguson). Je suis déçu », lance Rasheen Aldridge.

Certains penseurs afro-américains sont plus mordants. Militant et intellectuel, Cornel West dit que Ferguson signale la fin d’une période d’espoir pour les Afro-Américains. D’autres tournent en ridicule les suggestions du président pour répondre aux demandes de changements dans le système de justice (des caméras sur les uniformes, un meilleur entraînement des policiers). « La fin de sa présidence n’est rien d’autre qu’une proposition que tous les écoliers connaissent », explique l’écrivaine Margaret Kimberley.

 

 Source : Washington Post/ABC News poll
Source : Washington Post/ABC News poll

La déception des Afro-Américains est palpable. Mesurable. On peut supposer que Barack Obama lui-même est frustré par la situation. Ce n’est pas qu’il ne « veut » pas faire plus sur cette question, c’est qu’il ne « peut » pas. Dénoncer les mauvais traitements des Noirs serait contre-productif, explique l’auteur et journaliste Paul Waldman. « Dès qu’il exprime la moindre préoccupation envers un défi propre aux Afro-Américains, ou lorsqu’il reconnaît les effets persistants du racisme, il fait face à un contrecoup venimeux. »

C’est un constat qui semble venir de l’expérience. Souvenez-vous de l’ancien professeur d’université d’Obama arrêté à son domicile parce qu’il entrait par une fenêtre (sa porte d’entrée était bloquée). Les policiers croyaient qu’il s’agissait d’un cambriolage. Le président a lancé que les policiers avaient agi « stupidement ».

Il a aussi rappelé que les Noirs et les Latinos se font plus souvent arrêter que les Blancs. C’était en 2009, au début de la présidence d’Obama. Et les réactions ont été bien vives, surtout chez les conservateurs. « Dans un pays déchiré par les divisions raciales et politiques, souligne le journaliste Ezra Klein, approfondir ces divisions peut transformer des problèmes difficiles en problèmes impossibles. »

C’est probablement pour cela que le président n’est pas allé à Ferguson. L’apparition aurait été jugée trop délicate à la Maison-Blanche. Barack Obama a la cause à coeur, mais il ne veut pas gâcher la sauce avec un discours. C’est son  secrétaire à la Justice, aussi afro-américain, qui a été dépêché à Ferguson.

Ça ne veut pas dire que le président ne fait rien pour satisfaire aux cris de justice. Son département de la Justice étudie de près le comportement des policiers de Ferguson. Il a déjà convaincu ceux de Cleveland d’adopter une approche moins musclée.

Les propositions du président sont modestes, mais aussi réalistes. Bien des policiers aiment l’idée de porter des caméras vidéo. Même chose pour les méthodes qui visent à rétablir la confiance entre les policiers et ceux qu’ils doivent protéger. Barack Obama n’en a pas parlé dans un discours qui passera à l’histoire, mais ce qu’il suggère pourrait bien rallier les deux camps dans ce débat.

Que pensez-vous que le président pourrait faire de plus?