Billets classés sous « Pékin »

Comme d’habitude, la rencontre irrite au plus haut point les dirigeants chinois. Pékin parle de « grossière ingérence » de la part des États-Unis dans les affaires étrangères de la Chine, d’une visite qui risque de porter atteinte aux relations bilatérales entre les deux pays.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a même été jusqu’à demander à Washington de carrément annuler la rencontre vendredi matin. « La Chine est fermement opposée à la réception à la Maison-Blanche du dalaï-lama, a indiqué le ministère. Nous exhortons les États-Unis à prendre en compte de façon sérieuse nos inquiétudes. »

Jeu politique

Si la menace est ouverte, le jeu politique du président américain l’est tout autant. Barack Obama sait bien qu’en recevant le dalaï-lama, il créera des remous de l’autre côté de l’océan. Il a accueilli le chef spirituel en 2010 et 2011, et chaque fois, les visites ont soulevé la colère de Pékin.

À cela, il faut ajouter les tensions croissantes entre les deux pays. Après des années d’absence en Asie, les États-Unis ont annoncé qu’ils voulaient renforcer leur présence militaire dans l’océan Pacifique.

Une décision qui survient alors que la Chine tente de reconquérir certaines parcelles de territoire dans la région et qu’elle a créé une zone de contrôle aérien qui empiète du côté du Japon, allié de Washington.

Concession de Washington

Question de calmer le jeu, la Maison-Blanche a néanmoins tenu à souligner que le président américain rencontrait le dalaï-lama « en tant que chef religieux et culturel respecté internationalement », et que le Tibet « faisait partie de la République populaire de Chine ».

Barack Obama a aussi choisi de recevoir le dalaï-lama dans la salle des cartes de la Maison-Blanche. Une pièce jugée moins symbolique que le bureau ovale.

Washington a cependant indiqué qu’il était « inquiet des tensions persistantes et de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans les zones tibétaines de la Chine ».

La hantise de Pékin

Malgré un exil de 55 ans en Inde, le dalaï-lama continue de générer la hantise dans les différentes sphères politiques en Chine. Il est considéré par Pékin comme un dangereux séparatiste, un homme qui a toujours le pouvoir de générer la révolte dans le pays.

C’est pourquoi depuis vendredi matin, tous les sites des médias étrangers sont censurés en Chine. Impossible d’accéder aux différentes pages d’actualité. Les autorités ont tout bloqué pour s’assurer que le message du chef religieux ne soit pas entendu dans l’Empire du Milieu.

Depuis son départ en 1959, le dalaï-lama réclame une véritable autonomie pour le Tibet. Il dénonce le système de répression mis en place par Pékin et juge que la Chine tente par tous les moyens de détruire la culture dans la région.

En signe de désespoir, 120 Tibétains se sont immolés depuis 2009 pour dénoncer les politiques de Pékin.

Pékin : à vos masques!

Dimanche 13 janvier 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

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Côté pollution à Pékin, on croyait en avoir vu d’autres. Mais ces jours-ci, la ville se surpasse.

Vendredi, nous avions déjà droit depuis deux jours à un indice de qualité de l’air jugé « Hazardous », selon le fil Twitter @beijingair de l’ambassade américaine (depuis l’année dernière, les autorités chinoises, cédant à la pression populaire, publient des données très similaires sur les sites de microblogues chinois).

Image de Pékin lorsque l'indice de pollution est très élevé (11 janvier 2013)
Vendredi 11 janvier 2013. On n’ose pas trop se hasarder à mettre le nez dehors…

Mais samedi, l’absence de vent et la basse pression atmosphérique n’ont fait qu’empirer les choses. Si bien que de « Hazardous », nous sommes passés à « Beyond Index » (autrement dit, cela dépasse les limites prévues par les scientifiques).

Sur cette photo, l’immense tour du China World Trade Center disparaît complètement dans le smog…

Le China World Trade Center, à Pékin, lors d'une journée de smog

Par beau temps, la vue a plutôt l’air de cela…

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clair

La pollution atmosphérique se mesure par la concentration de particules de 2,5 microns de diamètre par mètre cube.

Si l’on se base sur les standards américains (qui sont ceux de l’ambassade ici), lorsque l’on enregistre 50 microgrammes ou moins de ces petites particules par mètre cube, la qualité de l’air est jugée bonne.

De 301 à 500, elle devient « Hazardous ». Lorsque l’indice dépasse 500, on rejoint le « Beyond Index », l’échelle n’ayant été prévue pour ne mesurer que de 0 à 500.

Ce n’est pas la première fois que Pékin a l’air d’une ville où sévirait un immense feu de forêt. La différence ces jours-ci, ce sont les sommets atteints. Samedi à 20 h, au plus fort du smog, une pointe a été enregistrée à plus de 800, du jamais vu. Des médias chinois indiquaient que la situation dans la province voisine du Hebei était encore pire qu’à Pékin.

Les autorités ont bien sûr demandé aux gens de demeurer à l’intérieur. S’ils doivent sortir, le port du masque est fortement recommandé. On invite également la population à opter pour le transport en commun, dans l’espoir de limiter la pollution.

Dimanche, l’indice était retombé à « Hazardous ». Après le smog de la veille, certains internautes à l’humour grinçant indiquaient qu’ils avaient envie d’ouvrir les fenêtres pour respirer l’air (relativement) pur.

Tandis que certains Pékinois en ont carrément profité pour se faire couper les cheveux en plein air.

Des Pékinois se faisant couper les cheveux en plein air.

Décidément, cette ville nous étonnera toujours.

Il est intéressant de noter à quel point les élections partielles birmanes sont passées inaperçues dans la presse chinoise.

De petits entrefilets, quelques paragraphes, peu de photos.

Pourtant, le Myanmar  est un pays aux portes de l’Empire du Milieu, riche en matières premières, où la Chine est d’ailleurs le plus important investisseur.

Plusieurs articles ne faisaient même pas mention d’Aung San Suu Kyi – notez celui-ci dans le China Daily annonçant la victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie. Mais qui dirige ce parti victorieux? Mystère.

Aung San Suu Kyi, pas très populaire dans les médias chinois... Photo : BRecorder

D’autres articles permettaient de marquer le coup, mais entre les énumérations et les statistiques complètement superflues, on cherchait les enjeux…

« Un total de 157 candidats – 150 représentants de 17 partis politiques et 7 représentants individuels – se disputaient 45 sièges vacants dans 45 circonscriptions réparties dans 9 régions ou États, soit Yangon, Mandalay, Ayeyawaddy, Sagaing, Tanintharyi, Bago, Magway, Mon et Shan… »

Ouf.

Petit détail : parmi les articles qui faisaient mention d’Aung San Suu Kyi, aucun ne la décrivait comme Prix Nobel de la paix ou ne mentionnait ses années passées en résidence surveillée.

Il faut dire que la Chine et les Prix Nobel de la paix ne font pas nécessairement bon ménage. Pensez à Liu Xiaobo, ou au dalaï-lama…

Cela dit, l’absence de véritable couverture est révélatrice du malaise qui règne entre le Myanmar et la Chine depuis que celui-ci a entamé des réformes démocratiques sans précédent. Des réformes qui sont aussi vues comme une façon, pour l’ancienne colonie britannique, de prendre ses distances par rapport au géant chinois.

Plusieurs jugent que la Chine, comme d’autres pays d’Asie, a profité des sanctions imposées contre le Myanmar pour faire des affaires dans cet État, jusqu’à tout récemment jugé paria. Ces sanctions ont été imposées notamment par les États-Unis, l’Union européenne et le Canada en signe de protestation contre les graves violations des droits de la personne commises par la junte birmane. Mais la Chine n’a jamais voulu joindre sa voix aux critiques, préférant mettre de l’avant sa politique traditionnelle de non-ingérence dans les affaires internes d’un État souverain.

 Tout ce que la Chine a toujours souhaité pour le Myanmar et pour elle-même, c’est la stabilité et un climat assez calme pour la conduite des affaires. Pékin voit d’ailleurs d’un très mauvais œil les violences qui ont cours dans le nord du pays, car elles pourraient entraîner un flot de réfugiés du côté chinois de la frontière et ralentir l’exploitation des ressources naturelles.

À ce sujet, les autorités birmanes ont déjà choqué Pékin en mettant un frein aux ambitions chinoises en terre birmane. En septembre dernier, le gouvernement annonçait la suspension d’un projet de barrage hydro-électrique dans le nord-est du Myanmar. Estimé à 3,6 milliards de dollars, le projet était majoritairement financé grâce à des fonds chinois. Près de 90 % de l’électricité devait d’ailleurs être vendue à la Chine. Pour justifier sa décision, le président birman Thein Sein a simplement dit que le projet allait « à l’encontre de la volonté du peuple ».

Le barrage de Myitsone, sur l'Irrawaddy, aurait créé un réservoir un peu plus grand que Singapour.

Avec cet étonnant « virage birman » et la levée éventuelle des sanctions, il sera intéressant de surveiller le jeu d’influences dans ce pays où les investisseurs risquent bientôt de se bousculer. Les États-Unis, qui tentent de contrer la montée en puissance de la Chine et qui sont en train d’accroître leur présence en Asie, voudront certainement jouer un rôle de premier plan.

Il est évidemment trop tôt pour trinquer à la santé de la démocratie au Myanmar, mais cette démonstration de transition jusqu’ici pacifique (1) – à mille lieues des révolutions du printemps arabe – ne sera pas sans inquiéter Pékin. La deuxième puissance économique mondiale risque de perdre de l’influence dans un territoire qui lui était autrefois acquis, et cet exemple d’émancipation d’un peuple pourrait donner des idées à certains Chinois. D’autant plus que tout cela se déroule sur le pas de leur porte.

(1) Il faut tout de même souligner que les élections partielles ont dû être annulées dans l’État de Kachin, dans le nord-est du Myanmar. Les combats entre les rebelles de la minorité kachin et les forces gouvernementales se sont d’ailleurs intensifiés depuis le début de l’année.

Bouffée d’air frais à Pékin

Jeudi 8 décembre 2011 à 10 h 22 | | Pour me joindre

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Mercredi, un vent glacial en provenance de la Sibérie s’est finalement levé et a balayé le voile toxique qui étouffait Pékin depuis plusieurs jours.

Nous sommes donc passés en quelques heures d’un paysage glauque de fin du monde :

… à un ciel glorieusement bleu :

C’est beau Pékin, quand il fait soleil!

Pour la première fois depuis des lunes, l’indicateur de l’ambassade américaine annonce que la qualité de l’air est « bonne ».

Ces épisodes de smog ne pourront pourtant que se reproduire parce que Pékin est sise au fond d’une cuve entourée d’une couronne de montagnes. Par temps calme, ce relief emprisonne inéluctablement les polluants au-dessus de la ville.

Au moment où la capitale chinoise vivait un moment d’asphyxie, le débat se poursuivait à Durban en Afrique du Sud, pour tenter de trouver un terrain d’entente quant à l’après-Kyoto. Et c’est toujours l’impasse, notamment entre les États-Unis et la Chine, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du monde.

Plus tôt cette semaine, les Chinois ont semblé faire preuve d’une certaine ouverture. Ils se sont dits prêts à accepter un accord contraignant dès la fin de la décennie. Mais ils ont servi les mêmes conditions qu’à l’habitude, à savoir que la Chine, comme les autres pays en voie de développement, devrait être traitée différemment des grands pays industrialisés. Les États-Unis, qui ont toujours refusé de ratifier le protocole de Kyoto, s’opposent à tout accord qui ne mettrait pas la Chine sur un pied d’égalité avec les autres pays.

Le refrain que l’on entend souvent en provenance de la Chine, c’est que la responsabilité historique du réchauffement de la planète revient aux pays riches. Il est vrai que la révolution industrielle en Occident a commencé il y a plus de deux siècles. Et qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est en Occident que la société de consommation a connu un essor sans précédent, à un moment où tous voulaient acheter le rêve américain, avec maison et voiture svp.

Mais peu importe que l’on calcule les émissions historiques ou par personne, il faudra tirer les rênes de la Chine – rappelons-le, ce pays est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale – pour la simple et bonne raison que l’on étouffe ici même, en Chine. Est-ce la faute du voisin? De l’arrière-grand-père du voisin? Chercher le coupable, alors que la situation est aussi alarmante ici, semble pour le moins futile.

Cette semaine, les salles d’urgence étaient bondées dans la capitale chinoise. De nombreux résidents souffraient de troubles pulmonaires. Un article du China Daily, journal pourtant contrôlé par l’État, notait que depuis 10 ans, le taux de cancer du poumon était en hausse de 60 % à Pékin, et sans une augmentation notable du nombre de fumeurs. Les particules polluantes provenant des gaz d’échappement des voitures et des centrales au charbon seraient donc en cause.

Mince lueur d’espoir : c’est peut-être l’impact que la pollution a sur l’économie qui pourrait s’avérer le meilleur argument en faveur de la protection de l’environnement. Car si réduire les émissions entraîne des coûts, le statu quo a aussi des conséquences financières.

Des centaines de vols annulés, des autoroutes fermées pendant des jours, qui paralysent le transport des gens et des marchandises, tout cela a un prix.

Mais quand on apprend que les dirigeants chinois vivent en vase clos, jugeant l’air de leur propre capitale trop nocif pour eux, on peut se demander si la grogne des gens prisonniers du smog arrivera jusqu’à eux.