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Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy

Chine : réformera, réformera pas

vendredi 16 novembre 2012 à 10 h 36 | | Pour me joindre

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Les délégués du 18e congrès du Parti communiste sont venus à Pékin, on a déroulé pour eux le tapis rouge (sous la forme d’une explosion de fleurs et de slogans patriotiques partout en ville) et… ils sont repartis.

Le secret le moins bien gardé en ville, la nomination de Xi Jinping, a finalement été officialisé.  Et la Chine se retrouve avec à sa tête une nouvelle cohorte de dirigeants, dont on sait toujours très peu de choses.

Notons au passage que l’on ne connaît pas le lieu exact où serait Xi Jinping, le nouveau secrétaire général du Parti communiste. Dans la province du Shaanxi? À Pékin? Ce sont les « birthers » américains qui s’en donneraient à cœur joie ici!

Même si le choix de Xi Jinping et du futur premier ministre, Li Keqiang, était connu dans les milieux politiques chinois depuis 2007, un certain suspense a plané jusqu’à la dernière minute.

Y aurait-il désormais sept membres plutôt que neuf au comité permanent du bureau politique? Qui formerait la garde rapprochée? Des listes de « gagnants » potentiels circulaient et certains s’amusaient même à parier sur l’alignement des astres du pouvoir chinois. À défaut de voter, on s’amuse comme on peut…

Une forêt de trépieds à la conférence de presse pour annoncer la nomination de Xi Jinping à la tête du PCC
Une forêt de trépieds à la conférence de presse pour annoncer la nomination de Xi Jinping à la tête du PCC.

L’annonce officielle devait avoir lieu à 11 h.

Nous avions obtenu deux invitations pour cet événement très couru, et mon caméraman faisait le pied de grue depuis 7 h pour s’assurer d’avoir une bonne place où planter son trépied. Dans la grande salle où devait avoir lieu la cérémonie, la fébrilité était palpable.

Les journalistes chinois s’affairaient à couvrir l’événement en direct et ils ont dû composer avec un gros imprévu : la cérémonie tardait à commencer.

Une journaliste de l'agence de presse Xinhua, lors de l'annonce officielle de la nomination de Xi Jinping
Une journaliste de l’agence de presse Xinhua, lors de l’annonce officielle de la nomination de Xi Jinping

Au bout d’une demi-heure, on s’est mis à se demander s’il n’y avait pas une urgence de dernière minute (une tache fortuite sur l’un des vestons sombres qui sont la marque de commerce des dirigeants chinois? Un changement de dernière minute après des ANNÉES de tractations en coulisses?), quand soudainement est apparu le maître de cérémonie.

Il avait des consignes à nous communiquer.

Restez bien assis, ne vous levez pas pour prendre des photos. Ne bloquez surtout pas les allées. Et SVP, éteignez la sonnerie de votre téléphone cellulaire.

Cette dernière consigne a été accueillie par un bref concert de rires à peine étouffés.

Le lieu est sous haute surveillance et les signaux cellulaires sont bloqués, alors les chances qu’une sonnerie vienne interrompre la cérémonie sont plutôt minces…

Le lieu est sous haute surveillance.
Le lieu est sous haute surveillance.

Sans grande surprise, il n’y avait pas que des journalistes dans cette salle.  Cet homme, comme de nombreux autres équipés d’oreillettes, était clairement là pour maintenir l’ordre.

Mais il y avait aussi de grands absents : pas un seul collègue du New York Times et de l’agence Bloomberg, deux des plus grands médias américains, n’a reçu d’invitation.

Les récentes enquêtes de ces deux médias sur les fortunes familiales de Wen Jiabao (au moins 2,7 milliards de dollars) et Xi Jinping (plus de 800 millions de dollars) ne les ont probablement pas mis dans les bonnes grâces des autorités. Celles-ci ont aussi jugé bon de censurer leur site Internet.

Un bref silence s’est emparé de la salle, et puis il est apparu, souriant sous le crépitement des flashs de caméra, Xi Jinping, le deuxième homme le plus puissant du monde.

À sa suite, les membres du comité permanent, six hommes qui dirigeront avec lui les destinées de la Chine.

D’un style beaucoup plus décontracté que son prédécesseur, Hu Jintao, Xi Jinping a pris la parole, faisant état des objectifs à atteindre et de certains défis à relever.

Xi Jinping et les nouveaux membres du comité permanent du bureau politique du PCC
Xi Jinping et les nouveaux membres du comité permanent du bureau politique du PCC Photo : AFP

Les journalistes (moi-même incluse) ont beaucoup analysé la composition de ce nouveau comité permanent du Politburo… « C’est la vieille garde qui a gagné, ce sont des alliés de l’ancien président Jiang Zemin, on ne trouve au sein de ce comité aucun champion des réformes… »

En vérité, cette ligne de fracture entre réformateurs et conservateurs n’est que bien futile.

Ces hommes (car ce comité tout-puissant ne compte toujours aucune femme) sont tous de purs produits du Parti. Ils ont grandi dans son sein, et plusieurs ont fait fortune grâce à lui, même si le bon peuple ne doit pas le savoir.

Il ne serait à l’avantage d’aucun d’entre eux de faire en sorte que cet édifice, dont ils ont lentement gravi les marches, s’effondre.

Et si d’aventure, ils devaient mettre en place des « réformes », ce ne serait que pour assurer la pérennité du Parti et sa mainmise sur le pouvoir.

Des journalistes se bousculent pour photographier le «numéro 1» posé sur le tapis rouge de l'estrade, indiquant où se tenait Xi Jinping.
Des journalistes se bousculent pour photographier le « numéro 1 » posé sur le tapis rouge de l’estrade, indiquant où se tenait Xi Jinping.

Chine : bye-bye Bo

jeudi 15 mars 2012 à 11 h 28 | | Pour me joindre

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Grand, charismatique, il était promis aux plus hautes sphères du pouvoir chinois. Mais finalement, le scandale aura eu raison de lui.

Bo Xilai, le chef du Parti communiste de la mégalopole de Chongqing, a été remplacé par le vice-premier ministre chinois Zhang Dejiang.

Son avenir politique est aujourd’hui incertain.

Bo et les drapeaux... Il vient de dégringoler de son piédestal. Photo : Reuters

C’est tout un rebondissement dans une affaire qui passionne la Chine depuis plusieurs semaines. Bo Xilai, connu pour sa campagne louangeant les valeurs maoïstes par des « chansons rouges » et autres démonstrations patriotiques, était, il y a à peine quelques mois, presque assuré d’obtenir l’un des neuf postes au prestigieux Comité permanent du bureau politique (politburo).

Dans l’organigramme du Parti communiste chinois, ce Comité est le vrai siège du pouvoir. Cette année, 7 de ses 9 membres, dont le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao, doivent céder leur place. Nombreux sont ceux qui se perdent en conjectures pour savoir qui accédera à ces places convoitées. Ceux qui avaient misé sur Bo Xilai risquent d’être déçus.

Les internautes tentent de décrypter la gestuelle de Wen Jiabao lors de sa conférence de presse. Photo: Weibo

Mercredi, lors d’une conférence de presse marquant la fin de l’Assemblée nationale populaire, le premier ministre Wen Jiabao a indiqué, à mots couverts, que les bruits lui parvenant de Chongqing n’avaient rien pour lui plaire.

Il a laissé entendre que les « officiels (de Chongqing) devraient sérieusement réfléchir et tirer des leçons » de l’incident.

L’incident en question est en fait la fuite du bras droit de Bo Xilai, le chef de police Wang Lijun.

Le mois dernier, celui-ci a passé plus de 24 heures au Consulat américain de Chengdu, la capitale du Sichuan, non loin de Chongqing. Le département d’État américain a confirmé la présence de Wang Lijun au consulat, mais n’a jamais donné de détails sur les motifs de ce déplacement.

Demande d’asile politique? Transfert de documents incriminants? Tout ce que les Américains ont dit, c’est que Wang Lijun avait quitté le consulat de son plein gré (pour être cueilli à sa sortie par des agents de sécurité qui se sont empressés de l’escorter jusqu’à Pékin. Depuis, aucune nouvelle de l’ex-superflic).

L’incident a fait couler beaucoup d’encre et le limogeage de Bo au lendemain de la conférence de Wen Jiabao a relancé les discussions de plus belle.

Comme quoi même en Chine, où les dirigeants sont en poste pendant 10 ans et où stabilité et harmonie sont les valeurs maîtresses du régime, la route vers le pouvoir comporte tout de même quelques cahots.