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Vendredi 12 avril 2013 à 15 h 48 | | Pour me joindre

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 John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères en 2013.
John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères en 2013.

À la fin des années 70, à l’époque où il était ministre dans le gouvernement de René Lévesque, Denis Lazure (1925-2008) avait suscité l’ire du ministère des Affaires étrangères du Canada (Affaires extérieures à l’époque). La raison : il avait accepté une invitation à visiter Tallinn, capitale de l’Estonie, un pays balte qui était à l’époque sous occupation soviétique et qui avait été annexé à l’URSS.

En Occident, aucun pays ne reconnaissait cette annexion et, de ce fait, aucun officiel, d’aucun pays de l’OTAN, n’y mettait les pieds.

Le refus de faire certains gestes bien précis fait partie des règles de l’art de la diplomatie. C’est une façon de marquer un désaccord fondamental, comme pour rappeler que l’on ne reconnaîtra jamais le fait d’une annexion forcée. Voilà pourquoi le président Obama, en visite récente en Israël, a décliné les invitations à se rendre visiter des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Voilà pourquoi la diplomatie américaine a refusé que des étudiants de l’Université d’Ariel, sise dans une colonie, participent à la rencontre d’étudiants israéliens avec le président des États-Unis.

La décision du ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, de rencontrer une ministre israélienne à ses bureaux de Jérusalem-Est, le 9 avril, s’inscrit dans une logique diamétralement opposée : celle de rompre avec 46 ans de protestations canadiennes et internationales contre l’annexion de cette ville par Israël.

Ni le Canada, ni l’Union européenne, ni les États-Unis ne reconnaissent la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est, occupée puis annexée après la guerre israélo-arabe de 1967. Et si l’ambassade du Canada (comme les autres du reste) se trouve à Tel-Aviv et non pas à Jérusalem, siège du gouvernement israélien, c’est pour affirmer ce refus.

À l’époque, M. Lazure avait fait fi des protestations de la diplomatie canadienne et s’était rendu en Estonie. L’affaire n’avait pas eu de grande conséquence. Qu’un ministre des Affaires sociales d’un gouvernement provincial du Canada visite un pays balte n’a sans doute jamais été même remarqué par le Kremlin!

Il en va tout autrement lorsque c’est le chef de la diplomatie d’un pays du G8 qui transgresse la règle. En se rendant à Jérusalem-Est, écrivait jeudi le quotidien israélien Haaretz, John Baird a « brisé un tabou ». Le chroniqueur diplomatique du journal cite une source du ministère israélien des Affaires étrangères selon laquelle M. Baird a agi en dépit de l’opposition de diplomates de l’ambassade du Canada à Tel Aviv. Selon une autre source, citée par Haaretz, le ministre canadien a « voulu créer un précédent ».

Un porte-parole du gouvernement israélien s’est félicité de cette décision. Les diplomates palestiniens et la Ligue arabe, comme on pouvait s’y attendre, s’en sont indignés.

Est-ce vraiment un précédent? Un lecteur fait remarquer que Pierre Pettigrew, qui a été ministre canadien des Affaires étrangères, s’était rendu visiter le Vieux Jérusalem, en zone annexée, sans créer d’incident. Il semble en effet que la visite des lieux de pèlerinage de la Ville sainte passe mieux que les visites ouvertement politiques comme celle effectuée par M. Baird. (Jacques Chirac, Jean-Paul II et Benoît XVI, pour n’en citer que quelques-uns, ont foulé ces vieilles pierres, alors que ni la France ni le Vatican ne reconnaissent l’annexion).

M. Baird a tenté de minimiser la portée de son geste en parlant de « discussion sémantique ». Il a ajouté : « Si vous avez une rencontre avec une personne d’un côté de la rue, c’est correct. Si vous avez une rencontre de l’autre côté de la rue, ce ne l’est pas? »

Venant d’un homme dont c’est la responsabilité ministérielle de peser et de soupeser la portée des gestes diplomatiques, cette badinerie ne convainc personne.

En choisissant de se rendre officiellement à Jérusalem-Est, John Baird a rompu, au moins symboliquement, avec la tradition diplomatique canadienne sur le conflit israélo-palestinien. Cette rupture a été amorcée il y a quelques années. Elle a déjà été marquée par plusieurs gestes concrets (changement des priorités de financement dans l’aide aux Palestiniens, positions de plus en plus alignées sur celles d’Israël aux Nations unies, etc.). Et il ne fait guère de doute qu’elle sera suivie d’autres gestes qui, par leur accumulation, feront une nouvelle politique.

L’entrevue que nous a accordée Hanan Ashrawi, à Ramallah, le 19 janvier dernier, m’a étonné par la vigueur de sa charge contre le Canada. Mme Ashrawi est bien sûr réputée pour son éloquence, mais elle est aussi une des actrices les plus importantes de la diplomatie palestinienne. Or, elle a fait fi de toute langue de bois diplomatique et elle a tiré à boulets rouges sur le gouvernement Harper et sur sa politique dans le dossier israélo-palestinien.

Le Canada, on le sait, a été un des neuf pays qui ont voté contre l’admission de la Palestine comme État observateur aux Nations unies, le 29 novembre dernier. Cent trente-huit pays ont appuyé la candidature palestinienne, et une quarantaine se sont abstenus.

« Beaucoup de gens considèrent que le Canada s’est ainsi disqualifié de toute possibilité de jouer un rôle positif dans le processus de paix, dit Mme Ashrawi. Cela mine son statut international. »

Hanan Ashrawi est membre de la direction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et elle a été parmi les principaux artisans d’une campagne diplomatique internationale de plusieurs années pour obtenir l’appui du plus grand nombre de pays en vue d’une reconnaissance à l’ONU.

Le Canada, dont la politique étrangère s’est résolument rapprochée de celle d’Israël sous Stephen Harper, a ouvertement milité contre la demande palestinienne. Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, s’est même rendu personnellement aux Nations unies pour y prononcer un discours contre la candidature de la Palestine.

La position canadienne (qui est proche de celle des États-Unis), c’est que la reconnaissance de la Palestine est prématurée et qu’elle doit être le résultat d’un accord de paix entre les deux parties. Les Palestiniens estiment que les négociations de paix – au point mort depuis des années – ne peuvent être relancées que par la pression internationale. Le Canada dit craindre que la reconnaissance à l’ONU n’entraîne une crispation encore plus grande des positions.

« Lorsque le Canada parle, je n’entends pas seulement la version d’Israël, mais j’entends ce qu’Israël a de pire à dire », dit Mme Ashrawi.

« Et quand le Canada justifie les gestes d’Israël, cela mine le statut du Canada dans le monde. Cela mine l’intégrité du Canada comme pays qui est censé représenter le multiculturalisme, le multilatéralisme, la règle du droit, l’harmonie et la justice. C’est plutôt la voix stridente du lobby pro-Israël qui parle pour défendre ce qu’au plus profond de vos cœurs, vous savez être mauvais. »

Voici de larges extraits de cette entrevue :



Et voici mon reportage au Téléjournal du 13 février, suivi d’une entrevue de Céline Galipeau avec le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird :

Nous étions en tournage au village palestinien de Nabi Saleh, là où chaque semaine depuis cinq ans, se tient une manifestation contre l’occupation israélienne et contre la présence d’une colonie juive aux portes du village.

Ces manifestations suivent un rituel bien établi : marche avec slogans, rencontre de l’armée, jets de pierre et gaz lacrymogènes (et l’argument des deux côtés :  ce sont eux qui ont commencé!)

Nous pensions que l’affrontement était terminé. Nous avions rangé notre voiture sur le bord du chemin et nous nous étions défaits de nos casques et masques à gaz. Erreur!

Nous étions en train de ranger le matériel dans la voiture quand, sans prévenir, une chargeuse sur roues de l’armée israélienne s’est avancée vers nous, pelle levée, avec l’intention de détruire une barricade installée par les manifestants.

Il n’a fallu que quelques instants pour voir une vingtaine de ceux-ci surgir dans notre dos et canarder le véhicule israélien avec des pierres grosses comme le poing. Le hic : nous étions en plein sur la trajectoire!

Les images parlent d’elles-mêmes…

Le sourire du colon

Mercredi 5 octobre 2011 à 16 h 39 | | Pour me joindre

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Les journalistes étrangers sont rarement accueillis à bras ouverts dans les colonies israéliennes, là où les habitants considèrent qu’ils ont mauvaise presse dans le monde. Ce qui est assez vrai.

Pendant notre visite à la colonie de Karme Tsour, près de Bethléem, nous avons rencontré Elyahou Amdadi. Il est un membre de la milice locale qui patrouillait, armé d’un fusil automatique, le long de la clôture entourant son village. Juif orthodoxe d’origine iranienne, Elyahou était ravi de rencontrer une équipe de Radio-Canada.

Nous avons passé un bon moment avec lui et, il faut bien le dire, beaucoup ri! Le sens de l’humour est un passe-partout mondial…

L’état d’alerte était élevé, en ce mois de septembre dominé par la demande de reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU. Elyahou ne craignait pas trop les soubresauts de violences de la part de ses voisins palestiniens.

« Nous n’avons pas peur. S’ils veulent vivre en paix avec nous, tout ira bien. »

Les colons juifs de Cisjordanie ne forment pas un bloc homogène, loin de là. Il y a des implantations à vocation principalement résidentielle, où des Israéliens sont attirés par des logements abordables et subventionnés par l’État (alors qu’en Israël sévit une très grave crise du logement).

On y trouve aussi des communautés essentiellement religieuses, ou d’autres, beaucoup plus politisées, qui rêvent de voir Israël annexer la Cisjordanie au grand complet.

La colonie de Karme Tsour appartient à cette dernière catégorie.

Elyahou n’a-t-il pas l’impression que sa communauté s’approprie une terre qui ne lui appartient pas?

« Non. Nous sommes dans le Grand Israël (Eretz Israel). Cette terre appartient aux Juifs, incluant Beit Ommar (le village palestinien, de l’autre côté de la clôture). »

Tout ça dit avec un grand sourire!

MOINS SOURIANT…

Elyahou paraît moins souriant toutefois sur cette vidéo, tournée par des manifestants palestiniens dans le village de Beit Ommar, le 24 avril 2010.

Nous avions remarqué, lors de notre visite, qu’Elyahou, pourtant un civil, semblait donner des ordres aux soldats de l’armée israélienne. Cela se vérifie encore dans la vidéo, alors qu’il harangue les soldats et leur dit (ordonne?) d’arrêter les Palestiniens (en hébreu, à partir de 2 min 15 s.).