
Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.
Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.
Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.
Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.
Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.
La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.
Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.
Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.
La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.
Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.
Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.
Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.
Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.
Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).
Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.
Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.















