Billets classés sous « Obama »

Au début de la semaine, Brian Williams, le présentateur numéro un du téléjournal de début de soirée au réseau NBC commençait ainsi son bulletin :

 « Bon nombre d’Américains se rappelleront malheureusement que la dernière fois où le gouvernement se mêlait d’espionner les coups de fil des journalistes et utilisaient le fisc à des fins politiques remonte à l’ère Nixon. Et bien que les temps aient changé, et que les circonstances soient différentes, les mêmes façons de faire font maintenant surface pendant l’administration Obama, qui tente de contenir des affaires en série ces temps-ci. »

Je me suis dit, ça doit être grave. Faire un rapprochement Obama-Nixon sur NBC, c’est inusité. Sur Fox, ce serait autre chose. Les critiques excessives du président sont fréquentes, et le réseau avait même fait un bilan vidéo des 100 premiers jours d’Obama au pouvoir sur la musique du Carmina Burana de Carl Orff.

Barack Obama est aux prises avec trois controverses. J’hésite à utiliser le mot scandale : « grave affaire qui émeut l’opinion publique à la fois par son caractère immoral et par la personnalité des gens qui y sont compromis » (Petit Robert).

Aux yeux des républicains, il ne fait aucun doute que ce sont des scandales. Il y a donc un côté partisan à ces affaires. Par exemple, 41 % des républicains, dans un sondage récent, croient que la mort de quatre Américains dans l’attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi, en Libye, est le plus important scandale de l’histoire (Watergate? Iran-Contra?). Mais dans l’opinion publique générale, les répercussions se font attendre.

Des controverses qui font mal

« Les gens qui font ces comparaisons (NDLR : avec l’administration de Richard Nixon) doivent revoir leur histoire », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

N’empêche que, pour la première fois, ce ne sont pas des controverses qui sont la conséquence de facteurs extérieurs à l’administration (les décisions prises sous Bush, les désastres naturels, le comportement des banques ou encore le printemps arabe), mais bien des controverses alimentées par ce qui se passe dans son administration.

Les trois cauchemars de relations publiques que l’administration Obama peine à contenir ont pour nom Benghazi, AP-Associated Press et IRS.

Dans le cas de Benghazi, les républicains veulent d’une part démontrer que la Maison-Blanche a caché que l’attaque avait été perpétrée par des terroristes. Elle affirmait, au départ, que c’était plutôt une manifestation spontanée en réaction à une vidéo anti-Mahomet. D’autre part, ils veulent établir que les mesures de sécurité n’étaient pas adéquates à cause de décisions prises par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État et maintenant potentielle adversaire des républicains pour les élections présidentielles de 2016.

Le président Obama a, avec un certain succès, réussi à dépeindre les hauts cris des républicains comme une chasse aux sorcières partisane. Il invite tout le monde à se tourner vers des solutions pour empêcher qu’une telle attaque se produise de nouveau.

Dans le cas d’AP, c’est-à-dire la saisie en secret par le ministère de la Justice de deux mois de relevés téléphoniques de l’agence de presse Associated Press dans l’espoir de trouver la source d’une fuite de renseignements, l’administration justifie le geste par l’importante menace pour la sécurité américaine des renseignements publiés. On parle d’un agent double de la CIA au Yémen qui a réussi à déjouer un complot contre un avion de ligne il y a un an. L’administration Obama a la main lourde dans les histoires de fuite, et elle ne s’en cache même pas.

Ironiquement, un projet de loi sera présenté au Sénat sous peu sur la protection des sources des journalistes. Est-ce une réponse à cette controverse? La Maison-Blanche a évité de répondre aux questions parce qu’une enquête du FBI est en cours. Mais Barack Obama sait très bien que le journalisme n’est pas la profession tenue en plus haute estime par les Américains.

Il reste la controverse entourant le fisc, l’Internal Revenue Service ou IRS. Des fonctionnaires ont indûment ciblé les dossiers d’organismes conservateurs comme le Tea Party, leur posant des questions excessives et intrusives quand ils demandaient le statut d’organismes sans but lucratif. Le rapport de vérification interne ne fait aucun lien entre ces pratiques abusives et la campagne pour la réélection de Barack Obama ou l’administration Obama. Si un lien était mis au jour, cette affaire deviendrait un scandale de grande proportion.

La faute d’Obama?

Plusieurs présidents américains ont souffert de la malédiction du second mandat : le Watergate pour Nixon, le scandale Iran-Contra pour Reagan, l’affaire Monica Lewinski pour Clinton et l’ouragan Katrina pour George W Bush. Est-ce cette malédiction qui frappe aussi Barack Obama?

Je reviens à la définition du mot scandale et je voudrais faire valoir que pour entacher une réputation, un scandale doit avoir un lien fort avec la personnalité — et les valeurs — d’un président. Par exemple, Richard Nixon et son mépris de la loi ou Bill Clinton et sa faiblesse pour les femmes. Dans le cas de Barack Obama, on peut dire qu’aucune de ces controverses n’aurait eu de souffle si le président n’était pas si obsédé par la politique, n’était pas si isolé dans sa Maison-Blanche et ne croyait pas tant au pouvoir du gouvernement comme institution.

Barack Obama, depuis cinq ans, fait des discours où il dit que le gouvernement peut jouer un rôle positif dans la vie des gens et qu’il peut s’acquitter de ce rôle de façon compétente. Les adversaires du président disent, eux, que le gouvernement est dangereux et que même les meilleures intentions se perdent dans l’exercice du pouvoir. La controverse sur l’IRS est en ce sens la plus dommageable et c’est une des raisons pour lesquelles le président a réagi si rapidement et limogé la seule personne qui pouvait l’être, le directeur par intérim de l’agence.

Mais déjà, les critiques s’adoucissent. « Ceux qui évoquent déjà la destitution sont absurdes », écrit un commentateur de droite dans son blogue quotidien. « La Maison-Blanche a repris le dessus », écrit l’influent reporter du quotidien Politico, Mike Allen. Barack Obama a peut-être réussi à ce que quelques mauvais jours en mai ne deviennent pas des mois, voire une année horrible.

Obama au Mexique

Mardi 7 mai 2013 à 15 h 42 | | Pour me joindre

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jmleprince

La grande séduction

Vous vous souvenez des « Tres Amigos »? Bush père avec Brian Mulroney? Les présidents Carlos Salinas puis Vicente Fox? Bill Clinton avec Jean Chrétien et Vicente Fox? W. Bush avec Vicente Fox puis Felipe Calderon?

Le Canada a toujours gardé un peu ses distances, mais les États-Unis, comme voisin immédiat, ont toujours prétendu entretenir une relation spéciale avec le Mexique. On l’aime bien le Mexique, pour la photo de groupe et les grandes déclarations d’amitié éternelle. Et puis, on l’oublie tout de suite après la visite officielle pour s’occuper de choses plus urgentes ailleurs dans le monde. Le Mexique se sent tenu pour acquis. (Le Canada aussi parfois, il faut l’avouer.)

Après s’être longtemps senti oppressé, menacé, par le géant du nord, le Mexique ne le craint plus vraiment, surtout depuis l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais il s’en méfie encore. Non sans raison…

Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d'anthropologie de Mexico, le 3 mai
Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d’anthropologie de Mexico, le 3 mai. Photo : AFP/Yuri Cortez

Mais c’est fini. Obama a séduit les Mexicains. Jamais président américain ne leur avait paru aussi sympathique, chaleureux, sincère, ouvert à leur histoire, à leur culture. Il les a tous fait craquer, le 3 mai dernier, avec son discours sous le parasol géant du magnifique Musée d’anthropologie de Mexico.

« Malgré les liens profonds et nos valeurs partagées, nos attitudes – dans les deux pays – restent piégées par les vieux stéréotypes. »

« Je suis venu au Mexique, car il est temps de mettre au rancart les vieilles mentalités. »

« En tant que président, j’ai été guidé par cette proposition de base : dans notre relation, il n’y a pas de partenaire senior ou de partenaire junior. Nous sommes deux partenaires égaux, deux nations souveraines qui doivent travailler dans un intérêt mutuel et un respect mutuel. » — Barak Obama

Pourvu que ça dure, pensent les Mexicains… Trop beau pour être vrai?

Selon le professeur Gabriel Fernandez de Castro, de l’université privée ITAM, « ce président est un internationaliste. Quelqu’un qui comprend bien l’importance du Mexique et de l’Amérique latine pour les États-Unis. »

Gabriel Fernandez de Castro

Il croit que Barak Obama est aussi un réaliste : « Obama comprend parfaitement que c’est grâce au vote hispanophone qu’il a été élu il y a quatre ans et réélu en novembre dernier. Obama sait qu’il a une dette importante envers les immigrants et (avec sa réforme migratoire) il essaie de tenir sa promesse électorale. [...] Il y a 11 millions de Mexicains aux États-Unis et plus de la moitié d’entre eux n’ont pas de documents (sont en situation illégale). »

Grâce à l’intégration des Mexicains illégaux et à l’arrêt du flux migratoire des Mexicains vers les États-Unis, le rapport entre les deux pays voisins devrait changer radicalement à moyen et à long terme.

Il y a dans le mot séquestration, l’idée qu’on est retenu « contre son gré », et c’est la seule explication que je vois à l’utilisation de ce mot si bizarre pour désigner les réductions de dépenses de 85 milliards de dollars dans le budget du gouvernement américain, qui vont s’appliquer automatiquement le 1er mars.

Les républicains et les démocrates ont donné leur accord à ce mécanisme jadis, lors du débat sur la hausse du plafond de la dette, en se disant que ces réductions sans discernement à tous les postes de dépenses étaient si insensées qu’on trouverait bien un accord pour réduire le déficit autrement avant la date-butoir. Eh bien non… On n’en a pas trouvé. Et dans les quatre jours qui restent, rien ne semble indiquer qu’un compromis soit possible.

Les républicains disent depuis un moment déjà que s’il faut avaler la pilule, on l’avalera. Selon eux, 85 milliards de dollars sur 6 mois ce n’est pas une diète mortelle. C’est le montant que le gouvernement emprunte tous les 28 jours. L’administration Obama prédit un cataclysme? La croissance économique a déjà un peu reculé le trimestre dernier en anticipant les compressions, et reculera encore? Qu’à cela ne tienne dit le président républicain de la Chambre, John Boehner, son parti a les yeux tournés vers l’avenir :

Je ne sais pas combien d’emplois seront perdus en raison des réductions de dépenses, mais ce que je sais c’est que si nous ne réglons pas le problème des dépenses ici à Washington ce seront des dizaines de millions d’emplois futurs qui ne seront pas créés à cause du poids de la dette que nos enfants et nos petits-enfants devront supporter. Je suis venu ici pour sauver le rêve américain pour mes enfants et les vôtres. La dette et la dépendance du président aux dépenses menacent notre avenir. (point de presse du 25 février 2013)

Le président Obama fait parader chaque jour des hauts responsables de son administration : le secrétaire d’État, John Kerry, jeudi, le secrétaire au Transport, Ray Lahood, un républicain, vendredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, lundi, pour prédire un ralentissement des services, la suspension de contrats, des mises à pied temporaires ou la réduction de la semaine de travail des fonctionnaires (furloughs). Même l’association canadienne des manufacturiers s’est mise de la partie, craignant des problèmes aux douanes pour les exportations canadiennes si près de 3000 inspecteurs sont effectivement mis à pied quand les coupes s’appliqueront. L’argument canadien n’est peut-être pas déterminant, mais dans l’ensemble il s’agit de faire comprendre à chaque élu que ces compressions budgétaires vont frapper beaucoup plus fort qu’on le croit.

Le président Obama ne veut pas l’abandon de la séquestration, mais il veut que l’échéance soit reportée et qu’on s’entende pour réduire le déficit en combinant réductions de dépenses et nouveaux revenus par l’élimination de certains avantages fiscaux. La réponse des républicains est claire : le président a obtenu de nouveaux revenus en janvier quand des réductions d’impôts ont cessé de s’appliquer aux tranches de revenus au-delà de 400 000 $. Le robinet est fermé, disent-ils. Le président Obama laisse entendre que les élus du parti adverse défendent les intérêts des plus riches parce qu’ils ont les yeux fixés déjà sur la campagne de mi-mandat en 2014 :

Il y a toujours des questions sur lesquelles nous ne serons pas d’accord ici à Washington et dans chacun des États. Mais il y a un grand nombre de questions sur lesquelles nous pouvons faire preuve de plus de collaboration que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais pour ce faire, il faut que cette ville aille au-delà de son obsession pour les prochaines élections et se concentre sur les prochaines générations. Nous sommes tous des élus et nous nous préoccupons beaucoup de politique dans notre parti et dans le parti adverse, mais à un moment donné il faut gouverner. (discours aux gouverneurs, 25 février 2013)

Et voilà donc pourquoi à quatre jours de l’échéance, il n’y pas de négociations, mais plutôt une sorte de partie de ping-pong qui consiste à se rejeter mutuellement la faute quant aux compressions qui vont faire mal.

Barack Obama est convaincu que ce sont les républicains, déjà mal aimés, qui vont en porter l’odieux. Les républicains croient que c’est la popularité du président qui va chuter.

Et des dizaines de millions d’Américains et leurs économies sont pris entre les deux, séquestrés, c’est le cas de le dire, par cette logique.

L’héritage d’Obama

Lundi 21 janvier 2013 à 10 h 08 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Barack Obama amorce son second mandat, les 48 mois au bout desquels il voudrait, selon ses proches, que les Américains de la classe moyenne soient plus prospères, mais surtout plus confiants en l’avenir.

Les seconds mandats sont souvent l’occasion pour les présidents de consolider leur marque sur l’histoire. Mais c’est aussi parfois l’occasion d’écueils importants. Le Watergate a fait tomber Richard Nixon en 1974, après sa réélection en 1972. L’affaire Monica Lewinsky a terni la fin de la présidence de Bill Clinton.

Alors, que réserve ce deuxième mandat du premier président noir des États-Unis? Le président a commencé la journée de son assermentation officielle par une cérémonie du souvenir au cimetière militaire d’Arlington, en Virginie, un rappel s’il en faut un que la nation américaine est encore en guerre; contre le terrorisme sur le plan domestique, et en Afghanistan, même si cet effort militaire se terminera à la fin de 2014.

Mais le principal défi de politique étrangère de Barack Obama sera d’abord et avant tout de rétablir la santé de l’économie américaine. Le monde a besoin d’une économie américaine revigorée, et ce sont donc les défis budgétaires qui vont très certainement opposer Barack Obama aux républicains qui vont retenir l’attention.

Les relations entre eux seront-elles aussi tumultueuses qu’au cours des deux dernières années? Les républicains ont tout tenté, sans succès, pour limiter Barack Obama à un seul mandat. Maintenant qu’il est réélu, certains agissent comme si c’étaient leurs propositions de réduction du déficit à tout prix qui avaient été plébiscitées, et non celles du président de faire payer plus aux riches. Barack Obama a réussi, in extremis, à obtenir un compromis qui va dans le sens de ses propositions, pour éviter des hausses d’impôt à 98 % des Américains. Et il s’est promis de n’offrir aucune contrepartie aux républicains en échange de la hausse de la capacité d’emprunt du pays. Le soi-disant plafond de la dette sera atteint quelque part entre la mi-février et le début mars. Les républicains ont battu en retraite pour l’instant, promettant de hausser la capacité d’emprunt pour trois mois, le temps de s’attaquer au délicat dossier des réductions de dépenses.

Dans cette épreuve de force, le Barack Obama qui leur fera face est différent de celui qui n’avait pas son pareil depuis quatre ans pour croire qu’on pouvait en arriver à une entente raisonnable entre gens de bonne foi. Plus coriace, désillusionné même. N’a-t-il pas admis durant la campagne qu’il n’est pas possible de changer Washington de l’intérieur?

En fait, le président faisait allusion, dans ce discours électoral, au pouvoir réel de persuasion de l’opinion publique. Il est convaincu que les campagnes citoyennes fonctionnent. Que le poids de l’opinion publique a forcé une entente sur le précipice budgétaire, et qu’il pourrait aussi influencer le sort qui sera réservé à ses propositions sur le contrôle des armes à feu.

Dans son discours d’investiture, le président, semble-t-il, tendra la main à tous les Américains, même à ceux qui n’ont pas voté pour lui, telle une proposition de pacte pour la prospérité, qui continue d’être seulement un rêve pour beaucoup d’Américains.

Pour constater à quel point la présidence fait vieillir, ces photos.

Déluge de sondages

Ça y est, je me rends. Même moi qui mange de la politique, je n’en peux plus des sondages (et des publicités électorales, mais j’en dirai plus sur ce sujet plus tard). Il y avait déjà beaucoup de sondages nationaux et aussi ceux des neuf États-clés que tout le monde surveille : Nevada, Colorado, Wisconsin, Iowa, Ohio, Floride, Caroline du Sud, Virginie et New Hampshire.

Il y a eu les sondages instantanés d’après-débat, puis les statistiques du vote par anticipation, et maintenant elles ne sont pas moins de huit maisons de sondage à faire des « tracking polls », c’est-à-dire des sondages au quotidien. Si bien qu’on voit tout et son contraire dans les résultats.

Par exemple, jeudi matin, un sondage effectué pour l’Associated Press nous apprend que l’écart favorable à Romney chez les hommes et à Obama chez les femmes n’existe plus. Le jour même où le New York Times publie un bon papier sur le vote crucial des femmes pour les deux campagnes et à quel point Mitt Romney doit combler son déficit chez les femmes.

Mais je ferais une fausse promesse si je jurais d’ignorer dorénavant les sondages.

Il y a ceux qui nous informent encore, comme celui de Time Magazine en Ohio qui nous dit qu’Obama mène largement le vote par anticipation (60-40), alors que chez ceux qui voteront le 6 novembre il est au coude-à-coude avec Mitt Romney 45-45.

Il y a ceux que je refuse de prendre en compte au jour le jour, ces fameux tracking polls où « Obama +3, Romney -1 » ne veut plus rien dire sauf quand on regarde la tendance à plus long terme. Dans ce cas, Nate Silver, du New York Times (encore et toujours lui, c’est une référence), a un bon exposé sur la surutilisation du mot momentum pour qualifier la remontée de l’un ou de l’autre candidat dans les sondages

Les sondages qui font rire

Et puis il y a les sondages à prendre avec un grain de sel. Le premier est le sondage des masques d’Halloween. Très sérieusement, un magasin de costumes et de masques du Texas affirme qu’il a vendu plus de masques de Barack Obama que de Mitt Romney et que c’est bon signe pour le président. En effet, les ventes ont été un bon baromètre des élections présidentielles depuis 1996.

Il y a aussi le sondage des tasses de café des dépanneurs 7-11. Plus de clients versent leur café dans des tasses en carton bleu Barack Obama que dans des tasses rouges Mitt Romney. Le 7-Eleven a réussi à prédire le résultat des trois dernières élections présidentielles de cette façon. Mais attention, ces résultats de vente datent déjà du début octobre, on ne sait pas si la tendance se maintient!

Donald Trump, encore lui

M. Trump, qui ne rate pas une occasion de faire parler de lui, a offert de verser 5 millions de dollars à une œuvre de charité si le président Barack Obama publie ses demandes d’entrée à l’université et ses demandes de passeport.

Le milliardaire espère encore pouvoir prouver sa théorie que le président n’est pas né aux États-Unis, mais plutôt au Kenya (et ne serait donc pas qualifié pour être président), malgré le fait que le président ait publié son acte de naissance à Hawaï. Donald Trump affirme que les demandes d’entrée à l’université et les demandes de passeport de Barack Obama ne sont pas accessibles parce que le candidat y a indiqué son véritable lieu de naissance.

Le président a ri des efforts de M. Trump lors d’une entrevue au Tonight Show avec Jay Leno

Raz-le-bol des pubs aussi

Je rentre de Floride et si je leur envie le temps magnifique qu’il y fait, je n’envie pas les Floridiens pendant cette campagne électorale parce qu’ils sont inondés de publicités.

À la télévision il n’y a que des annonces politiques, semble-t-il. Quand ce n’est pas la campagne nationale d’un des candidats, c’est un Super PAC, une campagne au Congrès ou une élection floridienne. À la radio commerciale, c’est pareil, et les gens reçoivent en plus des appels téléphoniques automatisés pour les inciter à voter.

Les électeurs de la Floride sont pris dans le déluge depuis le cycle des primaires républicaines, donc depuis presque un an.

Moi qui pensais que c’était déjà trop dans le District de Columbia où je réside. Ici, l’élection présidentielle n’est pas un enjeu passionnant, la victoire de Barack Obama fait peu de doutes, mais les résidents de DC sont tout de même inondés de pubs électorales parce que l’État voisin de Virginie est un enjeu, et qu’il y a deux référendums au Maryland qui sont chaudement débattus. À heure de grande écoute, 4 des 6 publicités de chaque pause sont électorales. Mais je ne les écoute plus, je ne fonctionne qu’avec l’enregistreur vidéo numérique.

Et je me demande si les Américains ne font pas comme moi. Qu’est-ce qui prouve qu’ils portent encore attention à tout cela? Quels arguments n’ont-ils pas déjà entendus mille fois?

Il faut croire que les campagnes y croient encore. Elles viennent de placer 100 millions de dollars de publicité pour les deux semaines à venir surtout dans les marchés de l’Ohio, de la Floride et du Nevada.

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, voyez ce reportage tourné au Nevada par ma collègue Joyce Napier :
 

Mitt Romney est-il en train de gagner?

C’est en tout cas ce que pense Karl Rove, un ancien conseiller de George W. Bush qui est à la tête maintenant d’un super PAC, American Crossroads, et de son organisation sœur, Crossroads GPS. Il écrit mercredi dans le Wall Street Journal que M. Romney prend la tête parce qu’il devient de plus en plus évident que le président Obama n’a rien à proposer pour les quatre prochaines années.

M. Rove répète là ce qui est devenu le mantra du camp conservateur depuis le premier débat et un des arguments que Mitt Romney a utilisés lors du deuxième débat. Et M. Rove s’appuie sur un facteur important, les perceptions des candidats, surtout en ce qui a trait à celui qui réussirait le mieux à relancer l’économie.

Dans le sondage instantané de CNN après le deuxième débat, 58 % répondaient Mitt Romney, contre 40 % Obama. Et M. Rove souligne aussi le premier sondage quotidien, Gallup Daily Tracking, qui met Mitt Romney à 50 % des intentions de vote, un seuil important puisque, explique-t-il, aucun candidat n’a été à 50 % à ce point dans la course sans l’emporter.

(J’ajoute ici une parenthèse pour ceux qui veulent s’amuser à voir cette compilation des problèmes que peuvent poser les précédents en politique.)

Karl Rove pourrait se réjouir aussi du fait que Mitt Romney mène largement chez les électeurs blancs, comme le rapporte le Washington Post.

Tout ça renforce peut-être la possibilité que Mitt Romney obtienne la moitié du vote populaire. Mais mathématiquement, il n’atteint toujours pas le seuil des 270 grands électeurs nécessaires à la victoire. Dans deux des neuf États-clés, la Floride et la Caroline du Nord (où le vote par anticipation ne commençait que mercredi), il mène. Et en Virginie et au Colorado, maintenant, on pense que l’État pourrait aller dans un sens ou dans l’autre. À moins de remporter trois de ces quatre États ainsi que l’Ohio, il lui faudra remporter deux autres des quatre États qui restent (New Hampshire, Wisconsin, Iowa ou Nevada) pour prétendre à la victoire.

Tout le monde comprend maintenant pourquoi plus de la moitié des événements des deux campagnes se déroulent en Ohio.

Bruce Springsteen

Personne n’a été surpris d’apprendre que Bruce Springsteen donne son appui au président Obama. À Parma, en Ohio (encore l’Ohio!), il a chanté une demi-douzaine de ses chansons et le grand hymne de Woodie Guthrie, This land is my land, seul à la guitare et à l’harmonica. Puis il a expliqué son choix pour les élections et incité les jeunes à voter. La campagne Obama utilise la chanson de Bruce Springsteen We take care of our own dans plusieurs de ses rassemblements.

 

Le vote des femmes

J’ai été surprise lors du débat d’entendre Mitt Romney affirmer qu’il a toujours été pour l’accès des femmes à la contraception et même pour le remboursement de la contraception par l’employeur. Et dès le lendemain du deuxième débat, sa campagne mettait en ondes une publicité télé qui reprend essentiellement cette position modérée de l’ancien gouverneur du Massachusetts.

C’est important pour la campagne Romney de convaincre le plus de femmes possible, elles sont en grande partie responsable de son rebond dans les sondages après le premier débat et sont nombreuses parmi les indécis.

Je ne suis pas la seule à avoir voulu vérifier le doute que j’avais à l’esprit, c’est-à-dire que Mitt Romney, malgré ce qu’il en dit, aurait appuyé un amendement, l’amendement Blunt, qui permettait aux employeurs de ne pas rembourser la contraception à leurs employées, si cela allait à l’encontre de leurs valeurs morales ou religieuses. L’amendement Blunt a été défait au Sénat. N’empêche que la position de Mitt Romney est plus nuancée qu’il ne l’annonce. Cela lui a valu un Pinocchio ou deux sur les sites de vérification de faits. Un lien entre autres, celui de CNN.

Gallup, en se basant sur les résultats de sondages dans 12 États-clés, montre que chez les électrices enregistrées, la position des candidats sur l’avortement est la préoccupation numéro un. Viennent ensuite l’emploi, la santé et l’économie. L’emploi et l’économie sont ex aequo en tête de liste pour les hommes.

Encore plus

La prochaine chronique parviendra en direct de la Floride, où je me trouverai pour le dernier débat. J’ai hâte de voir si les ondes radio et télé de Floride sont aussi remplies de publicités qu’ici dans le District de Columbia, à cause de l’État voisin de la Virginie, considéré comme pivot. Il y a un raz-le-bol qui se dessine chez les électeurs, il est temps que ça finisse, juste pour ne plus voir toutes ces pubs.

 

Chronique électorale américaine J-25

Vendredi 12 octobre 2012 à 16 h 21 | | Pour me joindre

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L’Ohio

Je n’aurais pu choisir un meilleur moment pour me rendre en Ohio. Sans le savoir, tant Barack Obama que Mitt Romney y ont tenu des rassemblements partisans pendant que j’y étais.

Et en ce lendemain de débat vice-présidentiel, Mitt Romney et Paul Ryan y retournent tous les deux. Ils sont conscients que l’enjeu pour eux est vital. Ils doivent voir si une percée est possible maintenant que leur campagne a retrouvé de l’élan grâce à la bonne performance de M. Romney au premier débat contre Barack Obama.

Alors, qu’en est-il? Pour le moment, tout indique que Mitt Romney gruge l’avance du président Obama. Sur six sondages effectués en Ohio depuis le débat du 3 octobre dernier, quatre donnent le président Obama en tête, deux par un seul point, et puis par quatre ou six points dans ceux de CNN et du Wall Street Journal.

 Le sondage NBC/Wall Street Journal/Marist

Le plus récent, celui du Marist Institute for Public Opinion pour le Wall Street Journal et NBC News, donne cette avance de six points à Barack Obama, mais Mitt Romney a quand même réussi à réduire l’écart de deux points.

Selon ce sondage, Barack Obama reçoit 54 % d’appuis chez les femmes déterminées à voter, alors que Mitt Romney est à 42 %. Chez les hommes, les deux candidats sont à égalité à 47 %. Chez les moins de 30 ans, c’est 57 % Obama, 37 % Romney. Chez les 35-49 ans, le président devance son rival d’à peine 2 points, 48 contre 46. Chez les 60 ans et plus, c’est aussi serré : 49 contre 48.

On pense qu’environ le tiers des électeurs voteront par anticipation, en personne ou par la poste. Chez ceux qui avaient déjà voté lorsque le Marist Institute a fait son sondage, Barack Obama récoltait 63 % d’appuis contre 37 % pour Mitt Romney.

Il faut souligner que l’échantillon cette fois comptait 11 % plus de démocrates que de républicains. Donc à prendre avec les précautions d’usage.

Les organisations sur le terrain

Il est important tout de même de convaincre les gens d’aller voter, et les deux partis ont déployé d’importantes ressources en Ohio, souvent des travailleurs de campagne des quartiers généraux, pour encadrer les équipes de bénévoles qui font du pointage ou s’assurent que les électeurs vont voter.

Dans la région de Cleveland, où j’étais, je n’ai vu que des Afro-Américains aller voter par anticipation, un groupe qui favorise habituellement Barack Obama. Ça peut expliquer en partie l’important fossé relevé par le Marist Institute.

Mon sentiment

La bataille pour l’Ohio est serrée et les ressources investies sont importantes. Le défi pour Barack Obama, c’est de concrétiser les sondages favorables en votes. Les jeunes, les Noirs et même les électeurs qui se définissent de prime abord comme démocrates sont moins motivés en 2012 qu’ils ne l’étaient en 2008. Par exemple, Shereen, rencontrée au bureau de vote de Cayuhoga County (Cleveland) et qui n’a pas fait de choix sur son bulletin de vote pour un président, ne comprend pas ce que Barack Obama et Mitt Romney proposent au juste, elle ne les a entendus que se critiquer l’un l’autre.

Obstacles au vote

Il y a 50 États dans ce pays et plus de 56 façons de voter. Les délais pour l’envoi de bulletins par la poste varient et les dates du vote par anticipation aussi. Dans certains États, seul le vote postal est accepté, pas celui en personne.

Quelques États permettront de voter la fin de semaine précédant le jour officiel des élections, le 6 novembre prochain. D’autres, comme l’Ohio, peut-être pas. Le procureur général de l’État, un républicain, a décidé cette semaine de demander à la Cour suprême de l’État de se prononcer. Si la Cour suprême permettait le vote par anticipation les 3, 4 et 5 novembre prochain, la décision d’ouvrir ou pas les bureaux de vote serait laissée à la discrétion de chaque county (à savoir s’il a les ressources pour permettre l’ouverture des bureaux).

Mêlant? Je n’ai même pas abordé la question des États qui veulent exiger la présentation d’une pièce d’identité pour voter et des difficultés qu’ont plusieurs électeurs à se procurer ladite pièce d’identité.

On jurerait presque que ces obstacles sont imaginés à dessein pour limiter le vote par anticipation. Les organismes de droits de la personne qui se battent contre ces nouvelles limites ou exigences soulignent tous que ce sont les États menés par des républicains qui sont en première ligne.

N’empêche que les listes électorales ont besoin d’une sérieuse révision et que les républicains qui dénoncent les risques de fraude n’ont pas tout à fait tort.

Cependant, jusqu’à maintenant, les décisions des tribunaux tendent à donner raison à ceux qui s’opposent à l’imposition d’obstacles au vote, tandis qu’il reste peu de temps pour s’ajuster avant les élections de novembre.   Au moins deux États se sont fait dire que leur exigence d’une pièce d’identité pour voter est légale, mais qu’il est trop tard pour l’appliquer cette année.

Ce que je lis

Ten letters : the stories Americans tell their president, d’Eli Saslow. Le journaliste du Washington Post qui avait été affecté à la couverture de la campagne de 2008 rend compte des lettres que les Américains écrivent au président Barack Obama et de ce qu’il leur répond.

Ce que je voudrais lire

Le dernier numéro de Vanity Fair avec James Bond en couverture. Parce que ça voudrait dire que j’ai le temps de lire un vrai magazine! Et il y a un article sur Nate Silver du New York Times dont j’ai déjà mentionné la chronique, Five Thirty Eight, et des extraits du prochain livre de Tom Wolfe.

Chronique électorale J-29

Lundi 8 octobre 2012 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Nous voilà à moins d’un mois des élections américaines et la campagne ne pourrait pas être plus trépidante.

Les sondages commencent à donner des indications de l’effet du débat sur l’électorat, mais on n’avait pas besoin d’eux pour savoir que c’est Mitt Romney qui en est sorti vainqueur.

Et la contre-performance de Barack Obama continue de fasciner. Certains ont des explications farfelues, comme l’ancien vice-président Al Gore : l’altitude de Denver, au Colorado (1500 m au-dessus du niveau de la mer), où avait lieu le débat, lui aurait nui. Le président lui-même a choisi d’en rire : « Je ne suis pas toujours à mon mieux », a-t-il avoué à un groupe de célébrités hollywoodiennes, dimanche soir.

Nate Silver, dans sa chronique intitulée Five Thirty Eight (pour les 538 Grands Électeurs du Collège électoral américain), conclut que Mitt Romney a reçu un élan de trois points dans les sondages grâce à sa bonne performance lors du premier débat.

Il n’y a pas encore de sondages concluants dans les neuf États-clés que tout le monde surveille pour déterminer la victoire du 6 novembre prochain : Ohio, Virginie, Wisconsin, Nevada, Floride, Iowa, Colorado, New Hampshire et Caroline du Nord.

Au coude à coude

Mitt Romney a donc réussi à combler l’écart qui le séparait de Barack Obama. Gallup offre une mesure de comparaison avant et après le débat.

Bonne nouvelle aussi pour Mitt Romney : la mesure de l’enthousiasme pour les élections en 2012 comparée à 2008 est plus élevée chez les républicains et chez les 65 ans et plus, deux groupes cruciaux pour le candidat républicain. L’enthousiasme a baissé chez les jeunes et chez les latinos – deux groupes qui sont plus favorables à Barack Obama – qui sont cette année plus difficiles à motiver et plus susceptibles de ne pas aller voter.

Le camp Obama a fait le tour des émissions du dimanche pour dire qu’il n’est pas du tout inquiet de la contre-performance du président au débat et pour qualifier la performance de Mitt Romney de performance d’acteur totalement dénuée de vérité, reprenant la critique principale entendue après le débat que c’était un Mitt Romney très différent de celui qu’on avait vu en campagne jusqu’à maintenant qui a présenté ses propositions au débat.

Ils insistent sur la différence entre « Radical Mitt », qui a emporté l’investiture de son parti, et « Moderate Mitt », qui vient selon eux d’apparaître au débat.

À noter que Mitt Romney, durant les primaires de son parti, avait déjà essuyé ce genre de critiques de la part de Newt Gingrich. Il l’avait qualifié de menteur prêt à dire n’importe quoi pour gagner.  M. Gingrich avait toutefois ajouté qu’il serait prêt à voter pour lui s’il remportait l’investiture…

Au cœur de la controverse

Mitt Romney en a surpris plus d’un en affirmant durant le débat qu’il n’a pas de plan de réduction des impôts de 5000 milliards de dollars. Mitt Romney promet en effet de réduire tous les taux d’imposition de base de 20 %, une mesure qui va coûter (en baisse de revenus) 4800 milliards sur 10 ans, selon le centre indépendant Tax Policy Center.

M. Romney affirme qu’il va amortir ce coût par l’élimination d’exemptions et de crédits d’impôt. Cela justifie son affirmation qu’il n’a pas de plan à 5000 milliards de dollars.  Mais il ne précise pas ce qui sera éliminé. C’est à négocier avec le prochain Congrès, dit-il. Le Tax Policy Center croit qu’il n’y a pas assez d’exemptions à éliminer pour contrebalancer les baisses de revenus anticipées, et que la classe moyenne finira par devoir fournir plus de 2000 $ par ménage pour amortir ces réductions d’impôts pour les plus riches. Ce que le camp Romney nie, mais toujours sans offrir de détails.

En déplacement cette semaine

Je me promènerai en Ohio jusqu’à mercredi pour voir comment se déroule le vote par anticipation, un indicateur crucial de la force des organisations des deux campagnes sur le terrain dans cet État-clé.  Plus de détails dans ma prochaine chronique et le point sur les obstacles au vote.

Des résultats serrés?

J’ai mis la couverture de la campagne en veilleuse une semaine pour couvrir l’Assemblée générale de l’ONU, et elle en a profité pour changer d’allure. Les sondages changent au quotidien maintenant, et Barack Obama semble vraiment avoir creusé l’écart avec son rival Mitt Romney, en particulier dans les États-clés de l’Ohio, de la Floride et de la Virginie, qui auront un impact sur la victoire.

Certains modèles de prévision s’emballent. Le politologue Sam Wang, de l’Université Princeton, affirme même que l’élan de Barack Obama va donner du souffle aux candidats démocrates. Son modèle donne maintenant 74 % de chances aux démocrates de remporter les 25 sièges dont ils ont besoin pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants.

Un autre modèle, français celui-ci, voit le président Obama l’emporter, mais avec encore moins de pourcentage du vote populaire qu’en 2008.

Le consensus des prévisions est que les élections du 6 novembre prochain ne changeront rien au partage actuel du pouvoir : la Chambre demeurera aux mains des républicains, et le Sénat, aux mains des démocrates, avec un président démocrate, Barack Obama, réélu. Ce que les modèles n’arrivent pas à prévoir, c’est si les républicains seront plus enclins à collaborer avec les démocrates pendant ce second mandat!

Mais il reste cinq semaines…

Je continue de prêcher la prudence. L’élection présidentielle sera serrée et il faudra attendre les résultats dans une poignée d’États pour savoir qui l’emporte. Mais c’est vrai que la campagne de Mitt Romney a sérieusement dérapé, on n’a qu’à compter le nombre de fois où ses conseillers ont dit qu’ils réorientaient leur stratégie pour en avoir la preuve. Hier, de nouveau, son conseiller principal Kevin Madden affirmait que d’ici la fin de la campagne, M. Romney allait se concentrer sur le message suivant : les États-Unis ne peuvent pas se permettre quatre autres années semblables aux quatre dernières.

Les sondages sont-ils erronés?

Si les deux candidats sont au coude à coude, pourquoi voit-on que le fossé entre les deux candidats se creuse au-delà de la marge d’erreur dans certains sondages? Cela peut venir du fait que certains sondages ne mesurent que les électeurs enregistrés qui n’iront pas tous voter, contrairement aux électeurs probables. Et puis dans certains sondages, dans les États en particulier, les échantillons sont moins fiables.

Mais des républicains ont trouvé une autre explication : une conspiration des sondeurs pour donner un élan à la campagne de Barack Obama! Selon eux, la campagne de Mitt Romney va très bien et il l’emportera. Cela contredit les propos des conseillers de Mitt Romney, qui admettent que le candidat a besoin de renverser la vapeur…

Le débat

Je n’en dirai qu’une chose : le jeu pour les deux camps est de réduire les attentes, de dépeindre leur candidat comme bien moins bon que son adversaire. Cela, pour pouvoir ensuite qualifier la performance d’extraordinaire, ou dire qu’il fallait s’attendre à cette performance qui ne levait pas. On l’avait dit dès le départ.

Et voilà, lisez-moi après le débat, j’ai plein de choses encore à raconter, entre autres, à propos des tentatives de suppression du vote dans plusieurs États.

Chronique électorale américaine J-48

Mercredi 19 septembre 2012 à 17 h 25 | | Pour me joindre

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Est-ce si grave que ça pour les républicains?

On a tous vu dans l’incident de la vidéo clandestine du discours de Mitt Romney à de riches donateurs un possible tournant de campagne, mais on ne saura pas si c’est le cas tant que des sondages ne seront pas en mesure d’en évaluer l’impact auprès des électeurs.

Chose certaine, le candidat républicain et son parti sont déjà sur une pente glissante, incapables, semble-t-il, de se relever d’une performance moyenne à la convention. Et là où ça fait le plus mal, c’est dans les États-clés. Les sondages se succèdent et montrent tous une avance de Barack Obama sur Mitt Romney.

En Virginie par exemple, État qui a voté démocrate en 2008 pour la première fois en 40 ans, les républicains espéraient bien renverser la vapeur et surtout rallier le vote des militaires qui y sont basés. Eh bien, un sondage du Washington Post donne Barack Obama en avance de 8 points. Et pas chez les électeurs en général, mais chez les électeurs qui ont l’intention d’aller voter, un échantillon jugé plus fiable. L’autre maison de sondage, Quinnipiac University, a des chiffres encourageants pour le président Obama en Virginie, au Wisconsin et au Colorado.

Et au-delà des intentions de vote, le président Obama mène en ce qui a trait à tous les indicateurs (qui ferait le mieux face à une crise, qui se préoccupe le plus des intérêts des Américains)  et il est au coude à coude avec Mitt Romney sur la question de l’économie, ce qui n’est pas mauvais signe, puisque jusqu’à maintenant, c’est le seul indicateur où Mitt Romney menait, et là, son avantage a disparu.

C’est difficile de ne pas paniquer. L’ancienne collaboratrice de Ronald Reagan, Peggy Noonan, écrit dans le Wall Street Journal qu’il est temps d’admettre que la campagne Romney est un exemple d’incompétence.

Mais elle écrit aussi qu’il reste du temps pour la ramener dans la bonne voie, et arrêter les dérapages. Il faut que les discours du candidat soient plus étoffés, mais que les idées soient achevées, pas seulement nées d’un besoin de critiquer pour critiquer. Il faut réveiller la campagne dit-elle, mettre aux côtés de Mitt Romney ceux qui performent bien dans le parti, les Chris Christie, Susana Martinez, Marco Rubio, etc.  Et puis il faut y mettre de l’argent, beaucoup d’argent.

Tout ça avec une série de trois débats à préparer…

Les chiffres qu’on ne peut pas ignorer

J’ai déjà mentionné dans cette chronique la mathématique nécessaire à l’élection d’un président aux États-Unis, les 270 votes de grands électeurs par lesquels un candidat décroche le poste de dirigeant du monde libre.

Le site Real Clear Politics donne en ce moment 247 grands électeurs à Barack Obama contre 190 à Mitt Romney et met 100 votes (Colorado 9, Floride 29, Iowa 6, Nevada 6, New Hampshire 4, North Carolina 15, Ohio 18, Virginia 13) en jeu.

Le site Politico, lui, répartit les États-clés selon les résultats des sondages du moment et, compte tenu de l’avance de Barack Obama discutée plus haut, le résultat  est actuellement de 332 votes pour le président, et de 206 pour Mitt Romney

Ce que je lis en ce moment

The price of politics, de Bob Woodward, sur la façon dont s’est déroulé le bras de fer entre Barack Obama et les républicains avant la décote du crédit américain. Très cuisine interne, mais M. Woodward a eu un accès remarquable aux principaux acteurs des deux côtés du débat.

Ce que je voudrais lire

Paris, a love story, de Kati Mason, la veuve du grand diplomate américain Richard Holbrooke, qui a aussi été l’épouse du journaliste canadien, présentateur d’ABC News, Peter Jennings.