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Le président américain Barack Obama s'est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée, le 1er mars 2014. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.
Le président américain Barack Obama s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée samedi. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.

La crise en Ukraine inquiète les Américains. Les politiciens du moins. Mais ils semblent moins intéressés par le sort des habitants de la Crimée que par l’image de leur pays à l’étranger. Pour certains, la crise est l’ultime test des capacités du président Obama. Pour d’autres, les chars russes en Crimée prouvent que les États-Unis sont devenus un tigre de papier.

Il est tentant de pencher du côté de ceux qui voient les États-Unis comme un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même sur la scène internationale. Prenez la rapidité avec laquelle le Parlement russe a approuvé l’envoi de troupes en Ukraine. C’était quelques heures seulement après un avertissement du président américain. « Il y aura des coûts à payer », avait lancé Barack Obama. Manifestement, Vladimir Poutine est prêt à payer la note. Aux États-Unis, l’attitude russe a provoqué une envolée de commentaires abrasifs envers… leur propre président. Prenez les commentaires du sénateur républicain Lindsey Graham :

Cessez d’aller à la télévision pour tenter de menacer des voyous ou des dictateurs. Ce n’est pas votre fort. Chaque fois que (Barack Obama) menace Poutine, ou quelqu’un comme Poutine, tout le monde lève les yeux. Même moi. Nous avons un président faible, incapable de décider, qui invite les agresseurs.

Plusieurs doutent de la capacité du président américain à tenir tête à son vis-à-vis russe. Une idée qui inspire aussi des caricatures. Une partie de la critique vient bien sûr de gens qui n’aiment pas le président Obama. Plusieurs rappellent son demi-tour sur la question syrienne l’automne dernier. Les États-Unis avaient d’abord menacé la Syrie de frappes militaires, en représailles à des attaques chimiques contre des populations civiles. Barack Obama avait hésité, demandé l’aval du Congrès. Lorsqu’il est apparu évident que les élus allaient lui dire non, il a trouvé une solution diplomatique. La Maison-Blanche continue de dire que la menace d’une attaque était crédible et réelle, et que c’est pour ça que la Syrie a accepté (avec l’appui de la Russie) de se défaire de son stock d’armes chimiques. Ça serait un exemple de la façon Obama de faire les choses.

Ce qui complique la tâche du président Obama sur la scène internationale, c’est le faible appétit des Américains, les citoyens comme les élus, pour d’autres conflits. Terminé l’Irak, l’Afghanistan tire à sa fin… Le président lui-même parle surtout de reconstruction nationale (nation building). Obama hésite à engager des troupes américaines à l’étranger. Il préfère la diplomatie, les alliances stratégiques. Mais cette position semble aussi avoir causé un affaiblissement de la voix américaine sur la scène internationale. Il y a un vide politique, et des dirigeants comme Poutine en profitent. « Si vous retirez l’option du bâton de votre arsenal, qu’est-ce qu’il vous reste? », lance Andrew C. Kuchins, du Center for Strategic and International Studies.

C’est un constat qui dérange bien des Américains. La voix de leurs dirigeants semble moins compter. C’est dur pour l’ego de la superpuissance. Ce qui fait que plusieurs critiques appellent leur président à en faire davantage, à reconsidérer cette idée du repli sur soi-même.  D’autres sont plus tranchants : « Si Obama laisse faire Poutine, la crédibilité de l’Amérique sera réduite à zéro. Nos ennemis ne nous craindront plus. »

Bien sûr, les options à la portée du président américain semblent limitées. D’une part, Vladimir Poutine semble attacher peu d’importance à son image dans le monde (évaporée, toute perception bienveillante propagée par les tout récents Jeux de Sotchi). D’autre part, la Russie dispose de puissants leviers économiques, dont l’envoi de gaz naturel vers l’Europe. Ça complique l’imposition de sanctions économiques.

Finalement, l’histoire nous enseigne aussi que le président américain a bien peu de pouvoir face aux tractations de Vladimir Poutine. Le New York Times rappelle que la Russie avait mené une opération militaire semblable en Géorgie (un allié de l’OTAN) en 2008. George W. Bush avait haussé le ton, déployé des navires dans la région, aidé au transport de soldats géorgiens. Rien n’a fait broncher la Russie (présidée par Medvedev; Poutine était alors premier ministre). Cette fois-ci ne sera pas bien différente, prédit Fiona Hill, une experte américaine sur la Russie : « On va parler de sanctions. On va parler de lignes rouges. On va finir par paniquer. Et Poutine va nous regarder, à l’écart. Il sait que le reste du monde ne veut pas aller en guerre. »

La crise en Ukraine pose toutes sortes de problèmes pour l’administration Obama, toujours en quête d’un héritage à laisser avant la fin de son mandat. Le président américain dit préférer la diplomatie à la force. C’est le temps de passer de la théorie à la pratique… Il y va de son héritage politique, croit le commentateur Edward Luce : « Tout ce que M. Obama veut faire — du nation building, une entente nucléaire avec l’Iran, le Moyen-Orient, se tourner vers l’Asie … — tout cela repose sur sa réponse à M. Poutine. »

Avec l’Ukraine, c’est la réputation de Barack Obama qui est en jeu… et son pouvoir d’influence.

Comme au bon vieux temps de la guerre froide

Mercredi 5 février 2014 à 16 h 03 | | Pour me joindre

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Les Américains pensent beaucoup aux Jeux de Sotchi depuis quelques semaines, mais ce n’est pas vraiment aux espoirs de médailles qu’ils s’intéressent.

Ils passent beaucoup de temps à relever les failles dans la préparation des Jeux, à dénoncer tout ce qui cloche à leurs yeux dans la société russe. Dernier point sur la liste : les Russes refuseraient le yogourt des Américains!

Avec ces Jeux, c’est comme si les Américains étaient revenus à l’époque de la guerre froide. Ils se sont trouvé un ennemi commun. Du moins, temporairement.

Des policiers patrouillent les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.
Des policiers patrouillent dans les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.

Les présidents Obama et Poutine ne s’entendent pas. C’est bien connu. Pensez aux différends sur la Syrie, au sort du fugitif Edward Snowden.

Barack Obama avait beaucoup de raisons pour justifier son absence de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Aux yeux de bien des Américains, leur président ne sera pas en Russie parce qu’il veut dénoncer la controversée loi russe qui interdit la « propagande homosexuelle ».

En fait, ni Obama ni son vice-président n’y seront. Du rarement vu dans aux Olympiques. Celle qui mène la délégation américaine est une « ancienne » membre du Cabinet d’Obama. Un véritable pied de nez à la Russie de Vladimir Poutine.

Dans ce dossier, la Maison-Blanche a bien compris comment marquer des points de manière subtile. Ainsi, un communiqué sur la délégation américaine souligne que Team USA représente « la diversité que sont les États-Unis ». Cette carte, Barack Obama l’a aussi jouée lors de son discours sur l’état de l’Union :

« Nous croyons en la dignité et l’égalité de tous les êtres humains, peu importe leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle. La semaine prochaine, le monde verra une expression de cet engagement lorsque Team USA marchera en rouge, blanc et bleu dans le stade olympique et rapportera l’or à la maison. »

Encore une fois, les Américains applaudissent!

Depuis quelques semaines, les Américains s’interrogent beaucoup sur les risques d’attentats à ces Jeux. Une majorité croit qu’un attentat est inévitable.

La préoccupation est justifiée, mais elle frôle l’obsession, même dans un pays habitué à enlever ses souliers au nom de la sécurité aérienne. Certaines familles d’athlètes ont souligné publiquement qu’elles n’iraient pas à Sotchi. La raison? La présence de proches dans une zone à risque pourrait déconcentrer les athlètes.

Le Congrès s’est aussi penché sur la question. De hauts gradés ont témoigné. Plusieurs élus jugent les risques trop grands. Ils n’iraient pas à Sotchi, même si on payait toutes leurs dépenses.

La question a même été posée à Barack Obama : « Est-ce que vous recommanderiez aux amis de vos enfants d’aller à Sotchi? » La réponse du président était très nuancée. « Malgré les préparatifs russes, a-t-il dit, il y a des risques. Ça serait plus sécuritaire aux États-Unis. »

Officiellement, le président ne veut pas décourager les Américains d’assister aux Jeux. Il les juge sécuritaires. Mais la Maison-Blanche fait aussi beaucoup pour souligner les risques. On a publié des avis aux voyageurs, des suggestions sur les tenues vestimentaires appropriées.

On a aussi beaucoup publicisé les mesures pour secourir les ressortissants, en cas d’urgence, notamment le fait que la marine a des navires dans la mer Noire, non loin.

L’appétit des Américains pour des nouvelles négatives venant de Sotchi semble bien grand. Ils sont nombreux à démoniser Poutine, à décrier le sort réservé aux dissidents et aux manifestants.

Ils sont encore plus nombreux à rire des multiples (et parfois risibles) retards dans les préparatifs. Même ce qui roule bien à Sotchi est souligné par la négative. « Une prévision de désastre qui ne s’est pas réalisée », titre la sérieuse NPR.

Tout ça, c’est le genre de matériel qui s’échange très vite sur les médias sociaux… et qui renforce un sentiment de supériorité devant l’ennemi retrouvé.

Pour les Américains, l’esprit de fraternité auquel tenait tant le fondateur des JO modernes ne semble plus tenir, du moins en ce qui a trait au pays hôte de ces Jeux.

Comment tuer un président

Jeudi 21 novembre 2013 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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Je ne suis pas encore habitué. Cela fait presque trois mois que je suis installé à Washington. Trois mois à passer presque chaque jour devant la Maison-Blanche. Il y a bien sûr l’aura qui enveloppe cette demeure ultra symbolique. Mais il y a aussi autre chose. Une aura de sécurité.

Passer tout près de la Maison-Blanche, c’est se frôler à l’un des nombreux boucliers qui protègent le président.

Cette place, juste au nord de la Maison-Blanche, c’est une zone étrange. Le premier indice, ce sont les solides (mais courts) poteaux qui bloquent l’arrivée des voitures. Certains sont rétractables, pour les véhicules de sécurité. Les vélos y passent sans problème. Mais ces poteaux marquent le début d’une zone bien sécurisée.

On ne voit pas les caméras au premier coup d’oeil. Mais on se sent immédiatement surveillé. Plusieurs voitures des services secrets sont stationnées à l’intérieur du périmètre. Il y a presque toujours un ou deux agents à pied ou à vélo qui scrutent les touristes.

C’est le genre d’endroit très calme où on ne jette pas un papier par terre, de peur que le geste attire l’attention des agents en noir.

Ces temps-ci, le président des États-Unis est bien protégé. Ses déplacements sont étudiés, planifiés. Chaque trajet est détaillé dans un cartable. Cette compilation de plusieurs dizaines de pages établit les risques et prévoit les solutions de rechange en cas de pépin.

Quand le président remet des médailles ou prononce un discours (à de rares exceptions près, comme lors de son inauguration), c’est devant une foule de gens triés, fouillés. Un peu comme à l’aéroport.

C’est une protection efficace, un système qui doit beaucoup au président John F. Kennedy.

Un héritage de JFK

JFK rendait la vie difficile aux agents chargés de le protéger. Il aimait les bains de foule improvisés. Il insistait souvent pour se déplacer dans une voiture décapotable, le toit retiré. Une habitude aujourd’hui impensable. Le véhicule qui transporte Barack Obama est blindé, et comparable à un fourgon de la Brinks.

En 1963, les services secrets n’ont pas fouillé les édifices le long du parcours emprunté par JFK au centre-ville de Dallas. Lee Harvey Oswald a apporté son arme le jour même de l’assassinat. Il se serait installé dans son perchoir à l’heure du lunch. Il a pu quitter l’édifice sans grand problème après l’attentat.

Beaucoup a été écrit sur les événements de ce jour de novembre. Plusieurs se demandent si le cours de l’histoire aurait pu être changé. Comment serait le monde moderne si le 35e président avait terminé son premier mandat?

Les responsables des services secrets se sont posé beaucoup de questions après la tragédie. (Nul doute que les agents ont aussi appris des tentatives d’assassinat contre Reagan et Ford; Kennedy est le dernier à avoir été tué sous leur protection.) Ils installent maintenant des tireurs d’élite sur les toits le long du parcours du président.

Le seul agent des services secrets assez près de JFK pour sauter sur la limousine après le premier coup de feu, lui, repasse le fil des événements dans sa tête depuis 50 ans. Clint Hill croit qu’une petite seconde aurait fait toute la différence du monde.

Une toute petite seconde. S’il avait été plus près de la voiture. S’il avait voyagé dans le véhicule, même si cela déplaisait au président.

On dit que les services secrets de l’époque étaient mal préparés, sous-financés, pas assez nombreux. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui. C’est peut-être un intrigant héritage de Kennedy et de son assassin. Depuis Dallas, le commandant en chef des États-Unis est protégé comme jamais. Mais parce que la menace aussi a évolué (pensez aux gens prêts à se faire exploser pour une cause), le président est l’un des chefs d’État les plus isolés du monde, rarement en contact avec le public.

Un pompier nommé Obama

Vendredi 8 novembre 2013 à 15 h 18 | | Pour me joindre

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BLOGUE DE YANIK DUMONT BARON – Il est facile d’imaginer le président des États-Unis dans le rôle d’un pompier ces jours-ci. Barack Obama multiplie les efforts pour éteindre un feu allumé par son administration… et qui menace de le brûler.

Sa fameuse réforme des politiques d’assurance maladie continue de faire la manchette  pour les mauvaises raisons. Le site web au coeur de la réforme ne marche pas. Les Américains ne peuvent pas en mesurer les bénéfices parce qu’ils ont bien de la misère à s’inscrire en ligne. Barack Obama l’a reconnu, et son administration déploie beaucoup d’énergie pour régler les problèmes avant la fin novembre. En attendant, les responsables se montrent penauds.

Puis, d’autres flammes sont apparues. Des polices d’assurance maladie sont annulées par les assureurs. Ainsi, les citoyens sont forcés de se choisir un autre plan. Tout cela, même si le président a répété à maintes reprises depuis 2010 que « si vous aimez votre plan, vous pourrez le garder. Point final ».

Peu importe que le nouveau plan soit plus abordable, ou qu’il offre une couverture plus généreuse, ou que le problème ne touche que 5 % des Américains, ce qui retient l’attention, c’est que Barack Obama a induit son peuple en erreur. Le président le reconnaît. Il vient de s’excuser dans une entrevue accordée au réseau qui a le premier souligné cet écart entre le message et la réalité.

Ce n’est pas la première fois que Barack Obama s’excuse depuis qu’il est président, mais cela demeure un fait rare. Un tel geste peut parfois jouer à l’avantage d’un président. Pour l’instant, le fiasco « Obamacare » est surtout utile aux républicains. Ceux qui se méfient déjà du président ont des munitions supplémentaires. Le populaire animateur de radio Rush Limbaugh trace un parallèle avec le débat sur le contrôle des armes à feu : « Lorsque le président dira « vous pouvez garder votre fusil si vous l’aimez »,  on saura qu’il ment. »

Barack Obama agit en pompier parce qu’il veut bien sûr sauver une importante réforme. Mais c’est le principal accomplissement de son premier mandat. Et la seule politique majeure de son second et dernier mandat (il lui reste quand même trois ans). Le président songe aussi aux élections de mi-mandat, prévues pour l’automne prochain. Le fiasco préoccupe bien des démocrates qui doivent se faire réélire en 2014. Finalement, il y a aussi la popularité du 44e président qui en prend pour son rhume. Barack Obama est impopulaire comme rarement. Son taux d’approbation est encore loin du plancher de 24 % atteint par Richard Nixon, forcé de démissionner après le scandale du Watergate, mais il n’offre rien de réjouissant pour les démocrates. Jugez-en par vous même ici.

Jouer avec le feu

Vendredi 11 octobre 2013 à 15 h 34 | | Pour me joindre

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L’impasse politique qui paralyse une partie du gouvernement fédéral fait couler beaucoup d’encre… et elle fait parler beaucoup de politiciens. Le vocabulaire est souvent coloré, les métaphores viennent facilement. Une façon parfois de résumer très simplement une position complexe. Le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a utilisé une phrase bien drôle et difficile à traduire en français pour éviter de répondre à une question sur une éventuelle reprise des activités du gouvernement fédéral. Le porte-parole de la Maison-Blanche s’est réfugié derrière les métaphores jeudi pour éviter de dévoiler le jeu de son patron, le président Barack Obama.

Permettez-moi donc d’en utiliser une pour résumer le pétrin dans lequel les républicains se sont enfoncés. Ils ont joué avec le feu… et semblent s’être brûlés. La reprise des discussions entre les partis est surtout une façon pour les républicains de sauver la face. Ce sont eux qui ont causé l’impasse, la paralysie du gouvernement, en insistant pour miner la réforme de la santé du président Obama. À une semaine d’un possible défaut de paiement, ils ont trouvé une manière de relancer les discussions. Une façon d’éviter la catastrophe économique annoncée et de devoir en porter le blâme.

Les enquêtes d’opinion des derniers jours révèlent aussi d’autres inquiétudes dans le parti. Selon un sondage NBC/WSJ, les républicains n’ont jamais été aussi impopulaires de leur histoire. Même chose pour le Tea Party, dont les membres forment le noyau le moins flexible de la droite républicaine. Cette enquête (données originales ici) montre aussi que la réforme de la santé qui est à l’origine de l’impasse politique, le fameux « Obamacare », a gagné en popularité au cours du conflit. Difficile pour les républicains de mesurer ce qu’ils ont gagné dans cette bataille, et ce qu’ils gagneraient à la prolonger.

Comme si ce n’était pas assez, certains alliés traditionnels du parti républicain menacent de retirer leur appui financier. Ce sont des gens d’affaires, des groupes de pression. Ceux qui partagent le désir de réduire le fardeau réglementaire et fiscal des entreprises, mais qui ne veulent pas d’une panique sur les marchés à cause d’un défaut de paiement. Ils semblent être de plus en plus nombreux à montrer le Tea Party du doigt. Certains parlent d’une fracture au sein des républicains, même de la fin du parti. Un jugement probablement prématuré, mais sévère.

Attention, les démocrates partagent aussi une partie du malheur des républicains. Ce n’est pas la première impasse politique du genre à Washington dans les dernières années. Il y a notamment eu les drames de 2011, de fin 2012 et celui-ci. C’est devenu cyclique. Et ça rend bien des Américains cyniques. Consultez cette série de sondages et retenez la donnée qui vous frappe le plus (j’aime bien celle qui révèle que les politiciens constituent le problème numéro un auquel est confronté le pays. Numéro un, devant l’économie.)

Il est peut-être trop poli de dire que l’ensemble de la classe politique américaine est mal vu. Quelle expression utiliseriez-vous pour décrire la classe politique américaine?

Le tournis aux Nations unies

Vendredi 27 septembre 2013 à 21 h 53 | | Pour me joindre

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Quatre jours passés au quartier général des Nations unies, près de l’East River à New York. Quatre jours à montrer patte blanche des dizaines de fois pour sortir et entrer de l’immense édifice, à retracer mon chemin dans ses méandres.

Quatre jours à entendre parler cinq ou six langues différentes, à croiser des gens venus d’un peu partout. La plupart portent le veston ou le tailleur foncé, mais plusieurs Africains ont revêtu des vêtements plus traditionnels… et plus colorés.

Quatre jours à écouter des discours parfois fleuves (le président de l’Uruguay a parlé durant plus d’une heure lundi soir). La Brésilienne sermonne les États-Unis (au sujet de leur programme de surveillance électronique), les États-Unis répondent par un avertissement à l’ensemble de la planète (l’ONU risque de perdre son influence). L’Iran mène une opération charme, rejette l’arme nucléaire et demande à Israël de faire de même.

L’étiquette qui confirme le passage de la sécurité à l’ONU, bleu poudre oblige.

J’ai vu trop de bleu poudre en quatre jours. Les murs, les tapis à souris, l’uniforme des policiers de l’ONU (le QG est sur un territoire à juridiction spéciale), le décor derrière les micros pour les points de presse.

J’ai vu des centaines de courriels passer en quatre jours. Les délégations annoncent leurs positions et offrent leurs chefs en entrevue. D’autres notes plus discrètes invitent à des réceptions.

Il est rare qu’un édifice réunisse autant de gens influents, les élus comme leurs conseillers. Le va-et-vient constant donne le tournis. Je n’ai pas vraiment vu de groupies à l’ONU. Une exception : peu importe sa cote de popularité domestique, Barack Obama semble toujours charmer le reste de la planète. En fait, les foules semblent si habituées au ballet des VIP qu’on s’écarte machinalement sur leur passage, avant de reprendre les discussions, comme si John Kerry ou François Hollande n’était jamais passé.

Un mystère a plané durant ses quatre jours à l’ONU. Dans les corridors, journalistes et délégués échangeaient les dernières bribes d’information ou comparaient les théories. On tentait de deviner l’issue des discussions entre Russes, Chinois, Français, Britanniques et Américains sur la question du désarmement chimique en Syrie.

Après quatre jours, la réponse est apparue : les demandes initiales des Occidentaux sont diluées. Mais pas trop. La menace de représailles est présente, si la Syrie ne respecte pas ses engagements… mais les sanctions (économiques, voire militaires) ne sont pas automatiques. En cas d’infraction, le conseil de sécurité de l’ONU devra approuver ces mesures. Ce qui donne à la Russie, un solide allié de la Syrie, l’occasion de tout bloquer. Les responsables de l’attaque du 21 août ne sont pas nommés et ne seront pas automatiquement traînés en justice.

C’est la première fois en plus de 30 mois de guerre civile que les membres permanents du Conseil de sécurité s’entendent sur une résolution. Auparavant, la Chine et la Russie avaient bloqué les efforts occidentaux.

Pour l’administration de Barack Obama, c’est tout un changement de cap en quelques semaines. Il y a à peine un mois, le président menaçait d’attaquer la Syrie. Sans l’autorisation de l’ONU, pratiquement seul, au nom d’un impératif moral.

Pour les Nations unies, il y a peut-être un gain de prestige dans cette résolution, avec un vote pour la résolution de conflit par la diplomatie, plutôt que par la force.

Quatre jours à l’ONU qui donnent le tournis, oui. Mais quatre jours qui ont passé très, très vite.

Et le cinquième jour, Barack Obama s’entretient au téléphone avec le président de l’Iran, Hassan Rohani. Un premier contact direct entre les dirigeants de ces deux pays depuis plus de 30 ans. Comme quoi la diplomatie a la cote ces jours-ci dans l’administration américaine.

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.

Au revoir Barack, bonjour Stephen

Vendredi 16 août 2013 à 16 h 48 | | Pour me joindre

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manonglobensky

Il existe un qualificatif en argot américain qui s’écrit « mehhh », et qu’on peut traduire par « bof ». Il s’accompagne souvent d’un mouvement de la main à l’horizontale qui oscille de gauche à droite… couci-couça.

Pour moi, au moment où je quitte Washington, Barack Obama est un président « mehhh ». « Tu es dure », m’ont dit quelques amis à qui je faisais ce commentaire. Mais je ne vois pas comment, quand on regarde tout ce qu’il a promis, on peut considérer qu’il a un bon bilan à son actif.

Bien sûr, il y a eu des circonstances qui ont joué contre lui. Les crises financière et économique ont été intenses, sa marge pour intervenir pour stimuler l’économie a été bloquée après un seul plan de relance par la conviction idéologique des républicains et le printemps arabe est venu brouiller les cartes de sa main tendue aux musulmans.

Mais ce ne sont pas les seules raisons qui ont empêché ce président qui a fait du slogan « Oui on peut » sa marque de commerce d’aller au bout de ses idées. Je lui reproche surtout de ne pas avoir tenté de changer le système comme il le disait, d’avoir laissé l’argent continuer à jouer un rôle prépondérant en politique américaine. C’est qu’il en a bien profité lui aussi.

Et puis, Barack Obama, on voudrait parfois le secouer par les épaules tellement il donne l’impression d’être distant. Ahhhh! tout pour un Bill Clinton et ses écarts, ou un George Bush et sa « texanité »!

Ce qui m’amène à l’argument que je donne à mes amis encore épris de Barack Obama. Le temps fait bien les choses, et plus les années passent, plus le souvenir qu’on garde des présidents s’améliore. Bill Clinton est au sommet de sa popularité, et George W. aussi, attendrissants tous les deux dans leurs actions humanitaires et leurs propos dénués de langue de bois.

Alors, au revoir Barack, bonjour Stephen!

Le premier ministre canadien et moi, on se connaît de notre vie d’avant : lui était chef de l’opposition, et moi correspondante parlementaire. Il était déjà maniaque du contrôle du message, déjà secret à l’excès. Il avait de l’ambition, et moi aussi. Il est devenu premier ministre d’un gouvernement minoritaire, puis majoritaire. Je suis partie neuf ans vous raconter ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Au fil des années, je n’ai pas été toujours rassurée de ce qui se passait au pays, en voyant des diplomates brillants réduits à être des haut-parleurs de la position que le Cabinet du premier ministre avait établie sans faire appel à leur expertise, ou en voyant l’étoile du Canada s’étioler à l’ONU.

Mais maintenant que me voilà de retour à Ottawa, comme analyste cette fois, je suis prête à me tourner vers l’avenir, à m’intéresser à où s’en va le pays. Voilà ce qui m’intrigue et les réponses que je chercherai. Va-t-on bien, mal ou couci-couça?

Au début de la semaine, Brian Williams, le présentateur numéro un du téléjournal de début de soirée au réseau NBC commençait ainsi son bulletin :

 « Bon nombre d’Américains se rappelleront malheureusement que la dernière fois où le gouvernement se mêlait d’espionner les coups de fil des journalistes et utilisaient le fisc à des fins politiques remonte à l’ère Nixon. Et bien que les temps aient changé, et que les circonstances soient différentes, les mêmes façons de faire font maintenant surface pendant l’administration Obama, qui tente de contenir des affaires en série ces temps-ci. »

Je me suis dit, ça doit être grave. Faire un rapprochement Obama-Nixon sur NBC, c’est inusité. Sur Fox, ce serait autre chose. Les critiques excessives du président sont fréquentes, et le réseau avait même fait un bilan vidéo des 100 premiers jours d’Obama au pouvoir sur la musique du Carmina Burana de Carl Orff.

Barack Obama est aux prises avec trois controverses. J’hésite à utiliser le mot scandale : « grave affaire qui émeut l’opinion publique à la fois par son caractère immoral et par la personnalité des gens qui y sont compromis » (Petit Robert).

Aux yeux des républicains, il ne fait aucun doute que ce sont des scandales. Il y a donc un côté partisan à ces affaires. Par exemple, 41 % des républicains, dans un sondage récent, croient que la mort de quatre Américains dans l’attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi, en Libye, est le plus important scandale de l’histoire (Watergate? Iran-Contra?). Mais dans l’opinion publique générale, les répercussions se font attendre.

Des controverses qui font mal

« Les gens qui font ces comparaisons (NDLR : avec l’administration de Richard Nixon) doivent revoir leur histoire », a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney.

N’empêche que, pour la première fois, ce ne sont pas des controverses qui sont la conséquence de facteurs extérieurs à l’administration (les décisions prises sous Bush, les désastres naturels, le comportement des banques ou encore le printemps arabe), mais bien des controverses alimentées par ce qui se passe dans son administration.

Les trois cauchemars de relations publiques que l’administration Obama peine à contenir ont pour nom Benghazi, AP-Associated Press et IRS.

Dans le cas de Benghazi, les républicains veulent d’une part démontrer que la Maison-Blanche a caché que l’attaque avait été perpétrée par des terroristes. Elle affirmait, au départ, que c’était plutôt une manifestation spontanée en réaction à une vidéo anti-Mahomet. D’autre part, ils veulent établir que les mesures de sécurité n’étaient pas adéquates à cause de décisions prises par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État et maintenant potentielle adversaire des républicains pour les élections présidentielles de 2016.

Le président Obama a, avec un certain succès, réussi à dépeindre les hauts cris des républicains comme une chasse aux sorcières partisane. Il invite tout le monde à se tourner vers des solutions pour empêcher qu’une telle attaque se produise de nouveau.

Dans le cas d’AP, c’est-à-dire la saisie en secret par le ministère de la Justice de deux mois de relevés téléphoniques de l’agence de presse Associated Press dans l’espoir de trouver la source d’une fuite de renseignements, l’administration justifie le geste par l’importante menace pour la sécurité américaine des renseignements publiés. On parle d’un agent double de la CIA au Yémen qui a réussi à déjouer un complot contre un avion de ligne il y a un an. L’administration Obama a la main lourde dans les histoires de fuite, et elle ne s’en cache même pas.

Ironiquement, un projet de loi sera présenté au Sénat sous peu sur la protection des sources des journalistes. Est-ce une réponse à cette controverse? La Maison-Blanche a évité de répondre aux questions parce qu’une enquête du FBI est en cours. Mais Barack Obama sait très bien que le journalisme n’est pas la profession tenue en plus haute estime par les Américains.

Il reste la controverse entourant le fisc, l’Internal Revenue Service ou IRS. Des fonctionnaires ont indûment ciblé les dossiers d’organismes conservateurs comme le Tea Party, leur posant des questions excessives et intrusives quand ils demandaient le statut d’organismes sans but lucratif. Le rapport de vérification interne ne fait aucun lien entre ces pratiques abusives et la campagne pour la réélection de Barack Obama ou l’administration Obama. Si un lien était mis au jour, cette affaire deviendrait un scandale de grande proportion.

La faute d’Obama?

Plusieurs présidents américains ont souffert de la malédiction du second mandat : le Watergate pour Nixon, le scandale Iran-Contra pour Reagan, l’affaire Monica Lewinski pour Clinton et l’ouragan Katrina pour George W Bush. Est-ce cette malédiction qui frappe aussi Barack Obama?

Je reviens à la définition du mot scandale et je voudrais faire valoir que pour entacher une réputation, un scandale doit avoir un lien fort avec la personnalité — et les valeurs — d’un président. Par exemple, Richard Nixon et son mépris de la loi ou Bill Clinton et sa faiblesse pour les femmes. Dans le cas de Barack Obama, on peut dire qu’aucune de ces controverses n’aurait eu de souffle si le président n’était pas si obsédé par la politique, n’était pas si isolé dans sa Maison-Blanche et ne croyait pas tant au pouvoir du gouvernement comme institution.

Barack Obama, depuis cinq ans, fait des discours où il dit que le gouvernement peut jouer un rôle positif dans la vie des gens et qu’il peut s’acquitter de ce rôle de façon compétente. Les adversaires du président disent, eux, que le gouvernement est dangereux et que même les meilleures intentions se perdent dans l’exercice du pouvoir. La controverse sur l’IRS est en ce sens la plus dommageable et c’est une des raisons pour lesquelles le président a réagi si rapidement et limogé la seule personne qui pouvait l’être, le directeur par intérim de l’agence.

Mais déjà, les critiques s’adoucissent. « Ceux qui évoquent déjà la destitution sont absurdes », écrit un commentateur de droite dans son blogue quotidien. « La Maison-Blanche a repris le dessus », écrit l’influent reporter du quotidien Politico, Mike Allen. Barack Obama a peut-être réussi à ce que quelques mauvais jours en mai ne deviennent pas des mois, voire une année horrible.

Obama au Mexique

Mardi 7 mai 2013 à 15 h 42 | | Pour me joindre

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jmleprince

La grande séduction

Vous vous souvenez des « Tres Amigos »? Bush père avec Brian Mulroney? Les présidents Carlos Salinas puis Vicente Fox? Bill Clinton avec Jean Chrétien et Vicente Fox? W. Bush avec Vicente Fox puis Felipe Calderon?

Le Canada a toujours gardé un peu ses distances, mais les États-Unis, comme voisin immédiat, ont toujours prétendu entretenir une relation spéciale avec le Mexique. On l’aime bien le Mexique, pour la photo de groupe et les grandes déclarations d’amitié éternelle. Et puis, on l’oublie tout de suite après la visite officielle pour s’occuper de choses plus urgentes ailleurs dans le monde. Le Mexique se sent tenu pour acquis. (Le Canada aussi parfois, il faut l’avouer.)

Après s’être longtemps senti oppressé, menacé, par le géant du nord, le Mexique ne le craint plus vraiment, surtout depuis l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), mais il s’en méfie encore. Non sans raison…

Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d'anthropologie de Mexico, le 3 mai
Discours du président Obama devant des jeunes au Musée d’anthropologie de Mexico, le 3 mai. Photo : AFP/Yuri Cortez

Mais c’est fini. Obama a séduit les Mexicains. Jamais président américain ne leur avait paru aussi sympathique, chaleureux, sincère, ouvert à leur histoire, à leur culture. Il les a tous fait craquer, le 3 mai dernier, avec son discours sous le parasol géant du magnifique Musée d’anthropologie de Mexico.

« Malgré les liens profonds et nos valeurs partagées, nos attitudes – dans les deux pays – restent piégées par les vieux stéréotypes. »

« Je suis venu au Mexique, car il est temps de mettre au rancart les vieilles mentalités. »

« En tant que président, j’ai été guidé par cette proposition de base : dans notre relation, il n’y a pas de partenaire senior ou de partenaire junior. Nous sommes deux partenaires égaux, deux nations souveraines qui doivent travailler dans un intérêt mutuel et un respect mutuel. » — Barak Obama

Pourvu que ça dure, pensent les Mexicains… Trop beau pour être vrai?

Selon le professeur Gabriel Fernandez de Castro, de l’université privée ITAM, « ce président est un internationaliste. Quelqu’un qui comprend bien l’importance du Mexique et de l’Amérique latine pour les États-Unis. »

Gabriel Fernandez de Castro

Il croit que Barak Obama est aussi un réaliste : « Obama comprend parfaitement que c’est grâce au vote hispanophone qu’il a été élu il y a quatre ans et réélu en novembre dernier. Obama sait qu’il a une dette importante envers les immigrants et (avec sa réforme migratoire) il essaie de tenir sa promesse électorale. [...] Il y a 11 millions de Mexicains aux États-Unis et plus de la moitié d’entre eux n’ont pas de documents (sont en situation illégale). »

Grâce à l’intégration des Mexicains illégaux et à l’arrêt du flux migratoire des Mexicains vers les États-Unis, le rapport entre les deux pays voisins devrait changer radicalement à moyen et à long terme.