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Hillary Clinton
Crédit : iStock/Getty/Dan Kitwood

C’est à la fois l’événement littéraire de l’année et l’un des temps forts de la politique américaine. Hillary Clinton, l’ex-première dame, jadis sénatrice, ancienne secrétaire d’État, lance son plus récent livre. Une brique qui semble signaler le début de la vraie campagne pour la première femme à briguer la présidence des États-Unis. Ce n’est pas officiel, mais qui peut en douter? Après tout, la biographie de HRC sur Twitter se termine par le subtil « glass ceiling craker, TBD » (démolisseuse de plafond de verre, à suivre…).

Le livre fait plus de 600 pages. Le titre du livre Hard choices (que l’on peut traduire par Décisions difficiles) fait surtout référence au temps où Hillary Clinton était secrétaire d’État sous Obama (2009-2013).

Voici cinq données sur la femme et son livre pour que vous sachiez de quoi il s’agit, avant même d’avoir lu l’ouvrage.

C’est sa version des événements

Le livre permet à Hillary (on parle souvent d’elle ainsi aux États-Unis) de donner son point de vue définitif sur des éléments controversés de son passé. C’est aussi l’occasion d’admettre, candidement, des erreurs de jugement. Elle revient sur l’attaque contre la mission diplomatique de Benghazi, en 2012, pendant laquelle un ambassadeur américain a été tué. Un événement ensuite utilisé pour critiquer l’administration Obama. Difficile de s’entendre sur ce qui s’est passé exactement, avance-t-elle.

Elle parle aussi du raid qui a mené à la mort d’Oussama ben Laden (le raid de 15 minutes lui a paru une éternité). Hillary Clinton lève (un peu) le voile sur les longues négociations pour la libération du sergent Bowe Bergdahl (tout échange avec les talibans sera difficile à avaler pour les Américains, explique-t-elle). Elle s’en prend aussi à Vladimir Poutine, selon elle un autocrate qui n’aime pas la critique.

Le but n’est pas de faire des vagues

N’oubliez pas, ce livre est écrit par une femme qui n’a pas terminé sa carrière. Il ne faut pas y chercher des règlements de comptes ni des révélations fracassantes sur les tractations à la Maison-Blanche sous Obama. CBS dit avoir lu l’ensemble du livre et le juge bien timide. Le bouquin n’est donc pas un bon guide lorsqu’il s’agit de déterminer si Clinton a fait une bonne secrétaire d’État. Je vous renvoie aux experts, qui avertissent des périls de ce genre d’exercice.

Le livre sert à polir son image

Le livre offre aussi un côté plus doux et maternel d’Hillary Clinton. Elle évoque de nombreux souvenirs de sa mère, décrite comme une source d’inspiration et de réconfort dans les temps difficiles. Le magazine Vogue en a d’ailleurs publié des extraits… juste à temps pour la fête des Mères. Ces passages permettent peut-être à Hillary Clinton de se débarrasser de l’image qui lui collait lors de sa campagne contre Barack Obama en 2008, où on la jugeait trop froide et calculatrice.

Hillary Clinton au mariage de sa fille Chelsea
Hillary avec sa mère, Dorothy Rodham et sa fille Chelsea en 2010

Elle met fin à certaines rumeurs

En lançant son livre, Hillary Clinton entreprend aussi un marathon publicitaire. Une vingtaine d’apparitions publiques en trois semaines, au Canada et sur les deux côtes américaines. C’est pour augmenter les ventes, bien sûr, mais probablement aussi pour faire taire les mauvaises langues au sujet de son âge et de sa santé. Les républicains aiment bien souligner qu’elle aura 69 ans vers la fin de campagne de 2016. On a insinué qu’il y avait un lien à faire entre une hospitalisation en 2012 et des troubles au cerveau, finalement tous des faits sans fondement. Une autre rumeur a récemment couru : Hillary utiliserait une marchette pour se déplacer.

 

Elle ne répond pas à votre principale question, sauf que…

Si les républicains cherchent déjà à percer l’armure d’Hillary Clinton, c’est parce que son accession à la présidence des États-Unis semble inévitable. Les récents sondages lui donnent une large avance sur les meilleurs candidats républicains. Les analyses des forces et faiblesses de son éventuelle candidature se multiplient depuis de nombreux mois. Les rétrospectives de sa carrière également. D’ailleurs, la tournée de promotion du livre est vue par plusieurs comme une sorte de répétition générale avant une campagne à l’investiture.

Quand se lancera-t-elle formellement dans la course? La principale intéressée soutient que son choix n’est pas encore arrêté, qu’elle y réfléchira après les élections de mi-mandat de novembre. Pour la fin de son livre, Hillary Clinton a choisi des mots qui rappellent le titre qu’elle donne à son bouquin :  « Le temps pour prendre une autre décision difficile viendra assez rapidement. »

L'enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s'étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.
L’enlèvement des jeunes Nigérianes a déclenché un mouvement de soutien qui s’étend partout sur la planète, notamment sur Twitter et Facebook, où plusieurs personnalités ont lancé un appel à la libération des adolescentes.

La planète s’est levée en bloc cette semaine pour s’indigner haut et fort contre l’enlèvement de 276 étudiantes par des djihadistes du groupe Boko Haram, au nord du Nigeria. Aujourd’hui, 223 de ces jeunes filles sont encore aux mains de leurs ravisseurs, près d’un mois après l’enlèvement.

Un blogue de Sophie Langlois

Il aura fallu des mères désespérées devant l’inaction de leur gouvernement et des groupes de femmes mobilisés au Nigeria pour propulser la colère locale sur les écrans du monde, grâce aux réseaux sociaux, alimentés par les chapitres britanniques et américains d’ONG nigérianes. Trois semaines après leur disparition, nos gouvernements bougent enfin. Que font-ils? Voici la réponse que j’ai reçue par courriel vendredi à 21:30, d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Canada.

« Le Canada a offert son aide aux autorités nigérianes dans leurs efforts pour assurer la libération de ces jeunes filles. Le Canada travaille avec le Nigeria et avec ses partenaires américains et britanniques pour déterminer la meilleure façon d’offrir son soutien dans cette situation sérieuse et difficile. Le Canada sera toujours solidaire pour combattre la menace internationale que représente le terrorisme. Nous n’avons pas d’autres informations à partager à ce stade-ci. »

Si cette formidable indignation planétaire ne se transforme pas en action, elle n’aura servi à rien. Il faudra continuer de talonner les Barack Obama, François Hollande, David Cameron et John Baird qui se sont levés cette semaine, la main sur le coeur, pour dénoncer l’horreur que vivent 223 fillettes dans la savane africaine depuis un mois. L’ont-ils fait simplement pour réagir à l’indignation de leur électorat?

S’ils veulent vraiment aider, ce combat contre le terrorisme dans le Sahel doit se faire « sur la durée », comme le disait le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il ne suffira pas de sauver les 223 étudiantes transformées en esclaves sexuelles depuis le 14 avril. Il faudra protéger toutes les écoles devenues les cibles privilégiées de ces islamistes extrémistes. Et, surtout, combattre la haine, ancrée dans un profond sentiment d’aliénation et d’injustice qui anime les populations du nord du Nigeria, du nord du Mali, du nord du Niger où les groupes terroristes recrutent et nourrissent des jeunes qui n’ont rien devant eux.

En janvier dernier, la France inaugurait un nouveau hangar à Niamey, au Niger, juste à côté de celui des Américains. Les deux nations y abritent notamment des drones capables de rapporter en temps réel des images d’une grande précision : un homme portant un fusil est visible depuis 8000 mètres d’altitude à 15 kilomètres de distance. On avait les moyens de trouver ces filles et leurs agresseurs dans les premiers jours suivant le kidnapping. Encore fallait-il vouloir les déployer.

Si le gouvernement nigérian avait pris cette prise d’otages au sérieux, au lieu de la minimiser pendant deux semaines, jusqu’à la nier dans le cas de la First Lady, les filles seraient probablement déjà de retour chez elles. Il est encore possible de les sauver, mais ça prendra plus que la réponse vague fournie par le gouvernement canadien.

Un bouc émissaire nommé Donald Sterling

Mercredi 30 avril 2014 à 15 h 59 | | Pour me joindre

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Paul Millsap (24) du Jazz de l’Utah et Ryan Hollins (15) des Clippers de Los Angeles Photo : AFP/JEFF GROSS

La controverse entourant le propriétaire des Clippers de Los Angeles a rapidement touché une corde bien sensible aux États-Unis. À peu près tout le monde y a ajouté son grain de sel. Le président Barack Obama, lui-même noir, croit que « quand les ignares veulent montrer leur ignorance, il n’y a rien d’autre à faire que de les laisser parler ». Cette semaine, personne ne semble aimer Donald Sterling aux États-Unis. Encore moins depuis que la NBA l’a puni si fortement et l’a répudié si publiquement.

En quelques jours, Donald Sterling est devenu le symbole du raciste ignorant et intolérant. Celui venu d’une autre époque. Le cinéaste Spike Lee est même allé jusqu’à le comparer à un esclavagiste (« the mentality of a slave master »,  a-t-il lancé à CNN, après avoir marqué une pause, comme pour bien peser le poids de ses mots).

Dans le passé, Donald Sterling avait déjà été accusé de racisme. Des poursuites ont été intentées contre lui. Après des années de tolérance, la NBA s’est finalement résolue à sanctionner son comportement. « C’est contraire aux principes d’inclusion et de respect » de la NBA, une ligue « multiculturelle et multiethnique ».

Les Américains ont été très nombreux à applaudir les sanctions contre Donald Sterling. Ils ont aussi salué le courage du nouveau commissaire de la NBA Adam Silver. L’ancien n’avait rien fait, malgré les multiples allégations de racisme lancées par des joueurs, des employés et des locataires de ses appartements. Ce qu’on a moins entendu, c’est un rappel que le racisme est encore bien présent dans l’ensemble de la population américaine. Des Donald Sterling, il y en a probablement des milliers aux États-Unis. La grande différence avec le milliardaire? Leurs commentaires privés ne sont pas diffusés aussi publiquement. Aux sondeurs, ils sont cependant prêts à l’admettre.

« C’est un rappel très clair, a lancé Kevin Johnson, un ancien joueur vedette de la NBA (aujourd’hui maire de Sacramento). Nous avons encore beaucoup de travail à faire. Oui, nous avons un président afro-américain. Oui, la justice a été rapide (dans le cas Sterling). Tout cela nous rappelle que la haine et le sectarisme sont encore bien présents. J’espère que chaque intolérant dans ce pays voit ce qui est arrivé à M. Sterling et qu’il reconnaisse que, s’il peut être puni, vous pouvez l’être aussi. »

Le joueur canadien Steve Nash (un Blanc) a aussi fait des commentaires dans le même sens. L’intolérance est subtile, discrète. Par exemple, on conteste devant les tribunaux la légalité des programmes de discrimination positive, notamment pour l’entrée à l’université. La Cour suprême a récemment tranché contre la discrimination positive. Une décision qui a été hautement décriée par l’une des juges, la première hispanophone à siéger au plus haut tribunal du pays.

Depuis l’élection de Barack Obama, les Américains se disent plus racistes qu’auparavant. Prenez les statistiques et voyez par vous-même. Séparez les Américains selon la couleur de leur peau. C’est frappant et presque immanquable : plus la peau est pâle, plus facile semble la vie aux États-Unis. Même les bambins à la peau noire auraient la vie plus difficile à l’école.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de progrès depuis les émeutes raciales des années 60. Les données illustrées au bas de cette page montrent une certaine progression de la qualité de vie des Afro-Américains. Mais comme l’indique le titre de l’article, l’égalité raciale est encore insaisissable. Ce qui est plus palpable, ce sont les commentaires de Donald Sterling. Il est devenu un symbole du racisme, un symbole bien visible pour un problème qu’il est plus facile d’ignorer.

Le président américain Barack Obama s'est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée, le 1er mars 2014. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.
Le président américain Barack Obama s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée samedi. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.

La crise en Ukraine inquiète les Américains. Les politiciens du moins. Mais ils semblent moins intéressés par le sort des habitants de la Crimée que par l’image de leur pays à l’étranger. Pour certains, la crise est l’ultime test des capacités du président Obama. Pour d’autres, les chars russes en Crimée prouvent que les États-Unis sont devenus un tigre de papier.

Il est tentant de pencher du côté de ceux qui voient les États-Unis comme un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même sur la scène internationale. Prenez la rapidité avec laquelle le Parlement russe a approuvé l’envoi de troupes en Ukraine. C’était quelques heures seulement après un avertissement du président américain. « Il y aura des coûts à payer », avait lancé Barack Obama. Manifestement, Vladimir Poutine est prêt à payer la note. Aux États-Unis, l’attitude russe a provoqué une envolée de commentaires abrasifs envers… leur propre président. Prenez les commentaires du sénateur républicain Lindsey Graham :

Cessez d’aller à la télévision pour tenter de menacer des voyous ou des dictateurs. Ce n’est pas votre fort. Chaque fois que (Barack Obama) menace Poutine, ou quelqu’un comme Poutine, tout le monde lève les yeux. Même moi. Nous avons un président faible, incapable de décider, qui invite les agresseurs.

Plusieurs doutent de la capacité du président américain à tenir tête à son vis-à-vis russe. Une idée qui inspire aussi des caricatures. Une partie de la critique vient bien sûr de gens qui n’aiment pas le président Obama. Plusieurs rappellent son demi-tour sur la question syrienne l’automne dernier. Les États-Unis avaient d’abord menacé la Syrie de frappes militaires, en représailles à des attaques chimiques contre des populations civiles. Barack Obama avait hésité, demandé l’aval du Congrès. Lorsqu’il est apparu évident que les élus allaient lui dire non, il a trouvé une solution diplomatique. La Maison-Blanche continue de dire que la menace d’une attaque était crédible et réelle, et que c’est pour ça que la Syrie a accepté (avec l’appui de la Russie) de se défaire de son stock d’armes chimiques. Ça serait un exemple de la façon Obama de faire les choses.

Ce qui complique la tâche du président Obama sur la scène internationale, c’est le faible appétit des Américains, les citoyens comme les élus, pour d’autres conflits. Terminé l’Irak, l’Afghanistan tire à sa fin… Le président lui-même parle surtout de reconstruction nationale (nation building). Obama hésite à engager des troupes américaines à l’étranger. Il préfère la diplomatie, les alliances stratégiques. Mais cette position semble aussi avoir causé un affaiblissement de la voix américaine sur la scène internationale. Il y a un vide politique, et des dirigeants comme Poutine en profitent. « Si vous retirez l’option du bâton de votre arsenal, qu’est-ce qu’il vous reste? », lance Andrew C. Kuchins, du Center for Strategic and International Studies.

C’est un constat qui dérange bien des Américains. La voix de leurs dirigeants semble moins compter. C’est dur pour l’ego de la superpuissance. Ce qui fait que plusieurs critiques appellent leur président à en faire davantage, à reconsidérer cette idée du repli sur soi-même.  D’autres sont plus tranchants : « Si Obama laisse faire Poutine, la crédibilité de l’Amérique sera réduite à zéro. Nos ennemis ne nous craindront plus. »

Bien sûr, les options à la portée du président américain semblent limitées. D’une part, Vladimir Poutine semble attacher peu d’importance à son image dans le monde (évaporée, toute perception bienveillante propagée par les tout récents Jeux de Sotchi). D’autre part, la Russie dispose de puissants leviers économiques, dont l’envoi de gaz naturel vers l’Europe. Ça complique l’imposition de sanctions économiques.

Finalement, l’histoire nous enseigne aussi que le président américain a bien peu de pouvoir face aux tractations de Vladimir Poutine. Le New York Times rappelle que la Russie avait mené une opération militaire semblable en Géorgie (un allié de l’OTAN) en 2008. George W. Bush avait haussé le ton, déployé des navires dans la région, aidé au transport de soldats géorgiens. Rien n’a fait broncher la Russie (présidée par Medvedev; Poutine était alors premier ministre). Cette fois-ci ne sera pas bien différente, prédit Fiona Hill, une experte américaine sur la Russie : « On va parler de sanctions. On va parler de lignes rouges. On va finir par paniquer. Et Poutine va nous regarder, à l’écart. Il sait que le reste du monde ne veut pas aller en guerre. »

La crise en Ukraine pose toutes sortes de problèmes pour l’administration Obama, toujours en quête d’un héritage à laisser avant la fin de son mandat. Le président américain dit préférer la diplomatie à la force. C’est le temps de passer de la théorie à la pratique… Il y va de son héritage politique, croit le commentateur Edward Luce : « Tout ce que M. Obama veut faire — du nation building, une entente nucléaire avec l’Iran, le Moyen-Orient, se tourner vers l’Asie … — tout cela repose sur sa réponse à M. Poutine. »

Avec l’Ukraine, c’est la réputation de Barack Obama qui est en jeu… et son pouvoir d’influence.

Comme au bon vieux temps de la guerre froide

Mercredi 5 février 2014 à 16 h 03 | | Pour me joindre

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Les Américains pensent beaucoup aux Jeux de Sotchi depuis quelques semaines, mais ce n’est pas vraiment aux espoirs de médailles qu’ils s’intéressent.

Ils passent beaucoup de temps à relever les failles dans la préparation des Jeux, à dénoncer tout ce qui cloche à leurs yeux dans la société russe. Dernier point sur la liste : les Russes refuseraient le yogourt des Américains!

Avec ces Jeux, c’est comme si les Américains étaient revenus à l’époque de la guerre froide. Ils se sont trouvé un ennemi commun. Du moins, temporairement.

Des policiers patrouillent les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.
Des policiers patrouillent dans les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.

Les présidents Obama et Poutine ne s’entendent pas. C’est bien connu. Pensez aux différends sur la Syrie, au sort du fugitif Edward Snowden.

Barack Obama avait beaucoup de raisons pour justifier son absence de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Aux yeux de bien des Américains, leur président ne sera pas en Russie parce qu’il veut dénoncer la controversée loi russe qui interdit la « propagande homosexuelle ».

En fait, ni Obama ni son vice-président n’y seront. Du rarement vu dans aux Olympiques. Celle qui mène la délégation américaine est une « ancienne » membre du Cabinet d’Obama. Un véritable pied de nez à la Russie de Vladimir Poutine.

Dans ce dossier, la Maison-Blanche a bien compris comment marquer des points de manière subtile. Ainsi, un communiqué sur la délégation américaine souligne que Team USA représente « la diversité que sont les États-Unis ». Cette carte, Barack Obama l’a aussi jouée lors de son discours sur l’état de l’Union :

« Nous croyons en la dignité et l’égalité de tous les êtres humains, peu importe leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle. La semaine prochaine, le monde verra une expression de cet engagement lorsque Team USA marchera en rouge, blanc et bleu dans le stade olympique et rapportera l’or à la maison. »

Encore une fois, les Américains applaudissent!

Depuis quelques semaines, les Américains s’interrogent beaucoup sur les risques d’attentats à ces Jeux. Une majorité croit qu’un attentat est inévitable.

La préoccupation est justifiée, mais elle frôle l’obsession, même dans un pays habitué à enlever ses souliers au nom de la sécurité aérienne. Certaines familles d’athlètes ont souligné publiquement qu’elles n’iraient pas à Sotchi. La raison? La présence de proches dans une zone à risque pourrait déconcentrer les athlètes.

Le Congrès s’est aussi penché sur la question. De hauts gradés ont témoigné. Plusieurs élus jugent les risques trop grands. Ils n’iraient pas à Sotchi, même si on payait toutes leurs dépenses.

La question a même été posée à Barack Obama : « Est-ce que vous recommanderiez aux amis de vos enfants d’aller à Sotchi? » La réponse du président était très nuancée. « Malgré les préparatifs russes, a-t-il dit, il y a des risques. Ça serait plus sécuritaire aux États-Unis. »

Officiellement, le président ne veut pas décourager les Américains d’assister aux Jeux. Il les juge sécuritaires. Mais la Maison-Blanche fait aussi beaucoup pour souligner les risques. On a publié des avis aux voyageurs, des suggestions sur les tenues vestimentaires appropriées.

On a aussi beaucoup publicisé les mesures pour secourir les ressortissants, en cas d’urgence, notamment le fait que la marine a des navires dans la mer Noire, non loin.

L’appétit des Américains pour des nouvelles négatives venant de Sotchi semble bien grand. Ils sont nombreux à démoniser Poutine, à décrier le sort réservé aux dissidents et aux manifestants.

Ils sont encore plus nombreux à rire des multiples (et parfois risibles) retards dans les préparatifs. Même ce qui roule bien à Sotchi est souligné par la négative. « Une prévision de désastre qui ne s’est pas réalisée », titre la sérieuse NPR.

Tout ça, c’est le genre de matériel qui s’échange très vite sur les médias sociaux… et qui renforce un sentiment de supériorité devant l’ennemi retrouvé.

Pour les Américains, l’esprit de fraternité auquel tenait tant le fondateur des JO modernes ne semble plus tenir, du moins en ce qui a trait au pays hôte de ces Jeux.

Comment tuer un président

Jeudi 21 novembre 2013 à 13 h 12 | | Pour me joindre

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Je ne suis pas encore habitué. Cela fait presque trois mois que je suis installé à Washington. Trois mois à passer presque chaque jour devant la Maison-Blanche. Il y a bien sûr l’aura qui enveloppe cette demeure ultra symbolique. Mais il y a aussi autre chose. Une aura de sécurité.

Passer tout près de la Maison-Blanche, c’est se frôler à l’un des nombreux boucliers qui protègent le président.

Cette place, juste au nord de la Maison-Blanche, c’est une zone étrange. Le premier indice, ce sont les solides (mais courts) poteaux qui bloquent l’arrivée des voitures. Certains sont rétractables, pour les véhicules de sécurité. Les vélos y passent sans problème. Mais ces poteaux marquent le début d’une zone bien sécurisée.

On ne voit pas les caméras au premier coup d’oeil. Mais on se sent immédiatement surveillé. Plusieurs voitures des services secrets sont stationnées à l’intérieur du périmètre. Il y a presque toujours un ou deux agents à pied ou à vélo qui scrutent les touristes.

C’est le genre d’endroit très calme où on ne jette pas un papier par terre, de peur que le geste attire l’attention des agents en noir.

Ces temps-ci, le président des États-Unis est bien protégé. Ses déplacements sont étudiés, planifiés. Chaque trajet est détaillé dans un cartable. Cette compilation de plusieurs dizaines de pages établit les risques et prévoit les solutions de rechange en cas de pépin.

Quand le président remet des médailles ou prononce un discours (à de rares exceptions près, comme lors de son inauguration), c’est devant une foule de gens triés, fouillés. Un peu comme à l’aéroport.

C’est une protection efficace, un système qui doit beaucoup au président John F. Kennedy.

Un héritage de JFK

JFK rendait la vie difficile aux agents chargés de le protéger. Il aimait les bains de foule improvisés. Il insistait souvent pour se déplacer dans une voiture décapotable, le toit retiré. Une habitude aujourd’hui impensable. Le véhicule qui transporte Barack Obama est blindé, et comparable à un fourgon de la Brinks.

En 1963, les services secrets n’ont pas fouillé les édifices le long du parcours emprunté par JFK au centre-ville de Dallas. Lee Harvey Oswald a apporté son arme le jour même de l’assassinat. Il se serait installé dans son perchoir à l’heure du lunch. Il a pu quitter l’édifice sans grand problème après l’attentat.

Beaucoup a été écrit sur les événements de ce jour de novembre. Plusieurs se demandent si le cours de l’histoire aurait pu être changé. Comment serait le monde moderne si le 35e président avait terminé son premier mandat?

Les responsables des services secrets se sont posé beaucoup de questions après la tragédie. (Nul doute que les agents ont aussi appris des tentatives d’assassinat contre Reagan et Ford; Kennedy est le dernier à avoir été tué sous leur protection.) Ils installent maintenant des tireurs d’élite sur les toits le long du parcours du président.

Le seul agent des services secrets assez près de JFK pour sauter sur la limousine après le premier coup de feu, lui, repasse le fil des événements dans sa tête depuis 50 ans. Clint Hill croit qu’une petite seconde aurait fait toute la différence du monde.

Une toute petite seconde. S’il avait été plus près de la voiture. S’il avait voyagé dans le véhicule, même si cela déplaisait au président.

On dit que les services secrets de l’époque étaient mal préparés, sous-financés, pas assez nombreux. Ça ne semble plus être le cas aujourd’hui. C’est peut-être un intrigant héritage de Kennedy et de son assassin. Depuis Dallas, le commandant en chef des États-Unis est protégé comme jamais. Mais parce que la menace aussi a évolué (pensez aux gens prêts à se faire exploser pour une cause), le président est l’un des chefs d’État les plus isolés du monde, rarement en contact avec le public.

Un pompier nommé Obama

Vendredi 8 novembre 2013 à 15 h 18 | | Pour me joindre

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BLOGUE DE YANIK DUMONT BARON – Il est facile d’imaginer le président des États-Unis dans le rôle d’un pompier ces jours-ci. Barack Obama multiplie les efforts pour éteindre un feu allumé par son administration… et qui menace de le brûler.

Sa fameuse réforme des politiques d’assurance maladie continue de faire la manchette  pour les mauvaises raisons. Le site web au coeur de la réforme ne marche pas. Les Américains ne peuvent pas en mesurer les bénéfices parce qu’ils ont bien de la misère à s’inscrire en ligne. Barack Obama l’a reconnu, et son administration déploie beaucoup d’énergie pour régler les problèmes avant la fin novembre. En attendant, les responsables se montrent penauds.

Puis, d’autres flammes sont apparues. Des polices d’assurance maladie sont annulées par les assureurs. Ainsi, les citoyens sont forcés de se choisir un autre plan. Tout cela, même si le président a répété à maintes reprises depuis 2010 que « si vous aimez votre plan, vous pourrez le garder. Point final ».

Peu importe que le nouveau plan soit plus abordable, ou qu’il offre une couverture plus généreuse, ou que le problème ne touche que 5 % des Américains, ce qui retient l’attention, c’est que Barack Obama a induit son peuple en erreur. Le président le reconnaît. Il vient de s’excuser dans une entrevue accordée au réseau qui a le premier souligné cet écart entre le message et la réalité.

Ce n’est pas la première fois que Barack Obama s’excuse depuis qu’il est président, mais cela demeure un fait rare. Un tel geste peut parfois jouer à l’avantage d’un président. Pour l’instant, le fiasco « Obamacare » est surtout utile aux républicains. Ceux qui se méfient déjà du président ont des munitions supplémentaires. Le populaire animateur de radio Rush Limbaugh trace un parallèle avec le débat sur le contrôle des armes à feu : « Lorsque le président dira « vous pouvez garder votre fusil si vous l’aimez »,  on saura qu’il ment. »

Barack Obama agit en pompier parce qu’il veut bien sûr sauver une importante réforme. Mais c’est le principal accomplissement de son premier mandat. Et la seule politique majeure de son second et dernier mandat (il lui reste quand même trois ans). Le président songe aussi aux élections de mi-mandat, prévues pour l’automne prochain. Le fiasco préoccupe bien des démocrates qui doivent se faire réélire en 2014. Finalement, il y a aussi la popularité du 44e président qui en prend pour son rhume. Barack Obama est impopulaire comme rarement. Son taux d’approbation est encore loin du plancher de 24 % atteint par Richard Nixon, forcé de démissionner après le scandale du Watergate, mais il n’offre rien de réjouissant pour les démocrates. Jugez-en par vous même ici.

Jouer avec le feu

Vendredi 11 octobre 2013 à 15 h 34 | | Pour me joindre

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L’impasse politique qui paralyse une partie du gouvernement fédéral fait couler beaucoup d’encre… et elle fait parler beaucoup de politiciens. Le vocabulaire est souvent coloré, les métaphores viennent facilement. Une façon parfois de résumer très simplement une position complexe. Le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a utilisé une phrase bien drôle et difficile à traduire en français pour éviter de répondre à une question sur une éventuelle reprise des activités du gouvernement fédéral. Le porte-parole de la Maison-Blanche s’est réfugié derrière les métaphores jeudi pour éviter de dévoiler le jeu de son patron, le président Barack Obama.

Permettez-moi donc d’en utiliser une pour résumer le pétrin dans lequel les républicains se sont enfoncés. Ils ont joué avec le feu… et semblent s’être brûlés. La reprise des discussions entre les partis est surtout une façon pour les républicains de sauver la face. Ce sont eux qui ont causé l’impasse, la paralysie du gouvernement, en insistant pour miner la réforme de la santé du président Obama. À une semaine d’un possible défaut de paiement, ils ont trouvé une manière de relancer les discussions. Une façon d’éviter la catastrophe économique annoncée et de devoir en porter le blâme.

Les enquêtes d’opinion des derniers jours révèlent aussi d’autres inquiétudes dans le parti. Selon un sondage NBC/WSJ, les républicains n’ont jamais été aussi impopulaires de leur histoire. Même chose pour le Tea Party, dont les membres forment le noyau le moins flexible de la droite républicaine. Cette enquête (données originales ici) montre aussi que la réforme de la santé qui est à l’origine de l’impasse politique, le fameux « Obamacare », a gagné en popularité au cours du conflit. Difficile pour les républicains de mesurer ce qu’ils ont gagné dans cette bataille, et ce qu’ils gagneraient à la prolonger.

Comme si ce n’était pas assez, certains alliés traditionnels du parti républicain menacent de retirer leur appui financier. Ce sont des gens d’affaires, des groupes de pression. Ceux qui partagent le désir de réduire le fardeau réglementaire et fiscal des entreprises, mais qui ne veulent pas d’une panique sur les marchés à cause d’un défaut de paiement. Ils semblent être de plus en plus nombreux à montrer le Tea Party du doigt. Certains parlent d’une fracture au sein des républicains, même de la fin du parti. Un jugement probablement prématuré, mais sévère.

Attention, les démocrates partagent aussi une partie du malheur des républicains. Ce n’est pas la première impasse politique du genre à Washington dans les dernières années. Il y a notamment eu les drames de 2011, de fin 2012 et celui-ci. C’est devenu cyclique. Et ça rend bien des Américains cyniques. Consultez cette série de sondages et retenez la donnée qui vous frappe le plus (j’aime bien celle qui révèle que les politiciens constituent le problème numéro un auquel est confronté le pays. Numéro un, devant l’économie.)

Il est peut-être trop poli de dire que l’ensemble de la classe politique américaine est mal vu. Quelle expression utiliseriez-vous pour décrire la classe politique américaine?

Le tournis aux Nations unies

Vendredi 27 septembre 2013 à 21 h 53 | | Pour me joindre

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Quatre jours passés au quartier général des Nations unies, près de l’East River à New York. Quatre jours à montrer patte blanche des dizaines de fois pour sortir et entrer de l’immense édifice, à retracer mon chemin dans ses méandres.

Quatre jours à entendre parler cinq ou six langues différentes, à croiser des gens venus d’un peu partout. La plupart portent le veston ou le tailleur foncé, mais plusieurs Africains ont revêtu des vêtements plus traditionnels… et plus colorés.

Quatre jours à écouter des discours parfois fleuves (le président de l’Uruguay a parlé durant plus d’une heure lundi soir). La Brésilienne sermonne les États-Unis (au sujet de leur programme de surveillance électronique), les États-Unis répondent par un avertissement à l’ensemble de la planète (l’ONU risque de perdre son influence). L’Iran mène une opération charme, rejette l’arme nucléaire et demande à Israël de faire de même.

L’étiquette qui confirme le passage de la sécurité à l’ONU, bleu poudre oblige.

J’ai vu trop de bleu poudre en quatre jours. Les murs, les tapis à souris, l’uniforme des policiers de l’ONU (le QG est sur un territoire à juridiction spéciale), le décor derrière les micros pour les points de presse.

J’ai vu des centaines de courriels passer en quatre jours. Les délégations annoncent leurs positions et offrent leurs chefs en entrevue. D’autres notes plus discrètes invitent à des réceptions.

Il est rare qu’un édifice réunisse autant de gens influents, les élus comme leurs conseillers. Le va-et-vient constant donne le tournis. Je n’ai pas vraiment vu de groupies à l’ONU. Une exception : peu importe sa cote de popularité domestique, Barack Obama semble toujours charmer le reste de la planète. En fait, les foules semblent si habituées au ballet des VIP qu’on s’écarte machinalement sur leur passage, avant de reprendre les discussions, comme si John Kerry ou François Hollande n’était jamais passé.

Un mystère a plané durant ses quatre jours à l’ONU. Dans les corridors, journalistes et délégués échangeaient les dernières bribes d’information ou comparaient les théories. On tentait de deviner l’issue des discussions entre Russes, Chinois, Français, Britanniques et Américains sur la question du désarmement chimique en Syrie.

Après quatre jours, la réponse est apparue : les demandes initiales des Occidentaux sont diluées. Mais pas trop. La menace de représailles est présente, si la Syrie ne respecte pas ses engagements… mais les sanctions (économiques, voire militaires) ne sont pas automatiques. En cas d’infraction, le conseil de sécurité de l’ONU devra approuver ces mesures. Ce qui donne à la Russie, un solide allié de la Syrie, l’occasion de tout bloquer. Les responsables de l’attaque du 21 août ne sont pas nommés et ne seront pas automatiquement traînés en justice.

C’est la première fois en plus de 30 mois de guerre civile que les membres permanents du Conseil de sécurité s’entendent sur une résolution. Auparavant, la Chine et la Russie avaient bloqué les efforts occidentaux.

Pour l’administration de Barack Obama, c’est tout un changement de cap en quelques semaines. Il y a à peine un mois, le président menaçait d’attaquer la Syrie. Sans l’autorisation de l’ONU, pratiquement seul, au nom d’un impératif moral.

Pour les Nations unies, il y a peut-être un gain de prestige dans cette résolution, avec un vote pour la résolution de conflit par la diplomatie, plutôt que par la force.

Quatre jours à l’ONU qui donnent le tournis, oui. Mais quatre jours qui ont passé très, très vite.

Et le cinquième jour, Barack Obama s’entretient au téléphone avec le président de l’Iran, Hassan Rohani. Un premier contact direct entre les dirigeants de ces deux pays depuis plus de 30 ans. Comme quoi la diplomatie a la cote ces jours-ci dans l’administration américaine.

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013

Rencontre entre Barack Obama et Vladimir Poutine au G8 en juin 2013 : pas l’entente cordiale…

Au moment où la question de la Syrie monopolise l’attention au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, et suscite un véritable dialogue de sourds, cette crise, et l’incapacité à la régler, est révélatrice du côté de plus en plus dysfonctionnel des relations entre la Russie et les États-Unis. S’il est exagéré de parler d’un retour à la guerre froide entre Washington et Moscou, il est tentant aujourd’hui de parler de guerre tiède.

Syrie, Libye, réduction de l’armement nucléaire, adoption internationale, Edward Snowden, affaire Magnitsky, expulsion régulière d’espions de part et d’autre… Les pommes de discorde ne manquent pas ces jours-ci entre Moscou et Washington. La remise à plat des relations voulue par Obama et Medvedev semble désormais morte et enterrée. Depuis un an, les désaccords sont si systématiques qu’on pourrait penser qu’ils sont le fruit de l’inimitié bien réelle entre Vladimir Poutine et Barack Obama.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, certes, mais selon l’analyste Fyodor Loukianov, la tension actuelle s’explique davantage par une crise de confiance entre les deux capitales. D’après le rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, la méfiance de Vladimir Poutine envers l’Amérique vient peut-être d’un vieux réflexe d’agent du KGB formé au temps de la guerre froide, mais ce sentiment se nourrit sans cesse d’éléments nouveaux. Et le président russe craint une chose par-dessus tout, soit se trouver un jour dans le collimateur d’un des changements de régime orchestrés ou soutenus par Washington (Serbie, Ukraine, Libye et bien d’autres).

À tort ou à raison, l’homme fort du Kremlin est ainsi persuadé que les importantes manifestations d’opposition contre lui l’hiver dernier ont été aidées et financées par Washington. D’après Maria Lipman, du centre Carnegie, c’est cette raison qui l’a poussé à mettre un terme aux activités de USAID en Russie, et à faire voter une loi obligeant les ONG internationales « exerçant une activité politique en Russie et recevant des fonds de provenance autre que russe » à se déclarer auprès des autorités en tant qu’« agents de l’étranger ».

Vu sous cet angle, l’entêtement russe dans le dossier syrien prend un tout autre sens. Selon Fyodor Loukianov, Vladimir Poutine n’éprouve pas d’affection particulière pour Bachar Al-Assad, et l’importance des liens économiques, historiques ou stratégiques entre les deux capitales a été beaucoup exagérée. L’analyste en est convaincu : Vladimir Poutine veut surtout mettre un terme à la manie américaine de s’ingérer dans les affaires d’un pays souverain et d’en renverser le chef d’État, fut-il dictateur.

Barack Obama a beau dire que les frappes punitives qu’il envisage actuellement contre la Syrie ne visent pas à faire tomber le régime au pouvoir à Damas, Vladimir Poutine se méfie. Il veut à tout prix éviter une répétition de l’exemple libyen où, armée d’une résolution de l’ONU imposant une interdiction de survol, l’OTAN a changé l’équilibre des forces sur le terrain et a fini par faire tomber le régime du colonel Kadhafi.

Autre élément à ne pas négliger : la popularité de Vladimir Poutine découle en bonne partie d’un fond de nostalgie assez largement partagé en Russie pour la grandeur passée de l’URSS. Chaque fois qu’il se tient debout face à Washington et qu’il est vu comme le seul à pouvoir le faire, comme dans le cas de Snowden; chaque fois qu’il se comporte comme l’empêcheur de tourner en rond, Poutine marque des points auprès d’une frange importante de l’électorat. Il est payant politiquement en Russie de s’opposer à Washington. La position de Poutine sur la Syrie répond aussi à cette logique.

Dernier point qui a aussi son importance, Poutine, comme Obama, est un peu prisonnier de ses prises de position et de ses déclarations passées. Un duel de coqs où aucun ne peut changer d’avis ou adoucir publiquement sa position sans passer pour un faible. Et plus Obama joue les gros bras dans le dossier syrien, plus il condamne Poutine à s’ancrer dans ses positions, et ce, même s’il devient de plus en plus délicat pour lui de soutenir publiquement le régime Al-Assad. Cela dit, il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, à ce chapitre, Washington a peu de leçons à donner puisque tant la Maison-Blanche que le Département d’État pratiquent l’aveuglement volontaire sur l’importance et l’influence réelle et sans doute grandissante d’Al-Qaïda au sein des troupes rebelles.

Dans ces circonstances, il ne faut pas attendre grand-chose des discussions sur la Syrie qui auront lieu au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Les civils innocents en Syrie pris entre deux feux, tant au sens propre qu’au sens figuré, et qui ne savent plus depuis longtemps à quel saint se vouer devront, une nouvelle fois, chercher ailleurs une solution à leur malheur.