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Des clients chez un marchand de café Photo : Open Carry Texas

Les événements de Moncton suivent un scénario qui est malheureusement trop familier pour les Américains. Des balles blessent et tuent des innocents, le suspect est rapidement identifié, sa vie numérique vite scrutée à la recherche d’indices pour expliquer ce qui s’explique difficilement. La page Facebook du suspect de Moncton est souvent citée. Il y tient un discours qui s’apparente à celui de certains militants proarmes aux États-Unis : le deuxième amendement (le port d’armes), le besoin de se défendre contre l’État et ses policiers. Ce qui fait penser à des événements survenus récemment au Texas, où des militants ont poussé bien loin leurs revendications. Trop loin, disent plusieurs.

Attention, je ne prétends pas qu’il y a un lien entre l’homme soupçonné d’avoir tué trois policiers à Moncton et les militants du Texas. Je ne veux pas non plus laisser entendre que les gestes sont de la même gravité. Bien au contraire. Ce que je vois, ce sont des similitudes dans les discours. Est-ce que la parole mène aux actes? Je ne suis pas capable d’en juger. Mais rappelez-vous qu’après des tueries semblables à celle de Moncton, certains militants américains se sentent obligés de hausser le ton pour défendre leur droit aux armes.

Au Texas, il est légal de se promener avec une carabine bien en vue, mais on ne peut pas montrer son arme de poing. Cela permet aux membres de l’Open Carry Texas de manifester d’une manière spectaculaire… et légale. Sur le trottoir, devant un commerce, au rayon des jouets dans une grande surface. Ils se tiennent debout, calmement, un fusil de chasse ou un fusil d’assaut en bandoulière. Pourquoi font-ils cela? C’est pour revendiquer leur droit, pour répondre aux commerçants qui ne veulent pas de clients armés chez eux. Des gens d’affaires qui craignent que la vue d’un AR-15 ne fasse peur aux clients.

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Photo : Open Carry Texas

En toile de fond, il y a les efforts pour légaliser le port d’arme visible (open carry) dans le plus grand nombre d’États américains possible. Mais une récente manifestation à Fort Worth semble être allée trop loin aux goûts de plusieurs. Une poignée de manifestants, carabine ou fusil d’assaut à l’épaule, ont suivi un ancien soldat qui les filmait. Ils l’ont intimidé, insulté (« Tu vas pleurer? Tu sembles sur le point de pleurer »). L’ancien marine, pourtant musclé, a préféré battre en retraite devant le groupe armé. La confrontation a été filmée, la vidéo a beaucoup circulé, avant d’être retirée. Des femmes qui militent pour un meilleur contrôle des armes à feu ont aussi goûté à une médecine semblable.

Dans le cas de l’ex-marine, même la puissante National Rifle Association (le principal lobby d’armes à feu) a condamné l’attitude des militants proarmes, en parlant de gestes plutôt rares, « assez bizarres » et « franchement effrayants ». Rien, selon la NRA, pour aider l’image des militants proarmes. C’est une rare déclaration pour un lobby habitué à défendre ses membres contre vents et marées. Pour une fois, la NRA semblait tracer une ligne, prendre une position nuancée dans un débat qui en mérite beaucoup plus.

Bien sûr, les gens d’Open Carry Texas n’ont pas aimé. Leurs tactiques semblent en froisser plusieurs. Ils ont menacé la NRA, qui s’est vite rétractée. Elle a parlé d’erreur, blâmé un employé pour avoir « exprimé une opinion personnelle ». La pression était politique et financière. Il reste aussi un arrière-goût d’intimidation. Les seuls gagnants sont peut-être les humoristes, qui peuvent maintenant dire que la NRA est devenue trop libérale…

La vérité sur les armes à feu

dimanche 15 décembre 2013 à 6 h 49 | | Pour me joindre

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Aux États-Unis, il y a peu de sujets aussi délicats, aussi polarisateurs que le débat sur les armes à feu. Il s’agit, dit-on, des eaux les plus troubles où naviguer en politique américaine. C’est un mélange d’argent (les millions des fabricants d’armes), d’émotions (la douleur des parents qui survivent à un enfant), d’intimidation (les politiciens ciblés par le lobby des armes) et d’ambitions (ces mêmes politiciens). La religion s’en mêle. Bref, le genre de sujet qu’on évite dans un événement social. C’est aussi un sujet qui semble être basé davantage sur les émotions que sur des faits.

Je ne parle pas des morts. Chaque victime est de trop. Dans une tuerie comme dans un accident de chasse. Mais au-delà du nombre incroyablement élevé de victimes (plus de 30 000 par année, autant que la population d’Alma ou de Côte-Saint-Luc, au Québec), il est difficile de trouver des données pour appuyer ses positions. Y a-t-il vraiment 310 millions d’armes en circulation aux États-Unis? C’est une approximation, une estimation basée sur des sondages et de vieilles statistiques. En divisant le nombre d’armes par la population totale du pays, on obtient le plus important ratio au monde, devant la Syrie et le Yémen. On ne peut pas savoir non plus combien de ménages ont des armes. Est-ce trois sur quatre? Un sur trois?

Creusez, vous le constaterez : il existe un important flou dans la qualité des données sur les armes à feu aux États-Unis. Il existe aussi peu de recherches scientifiques (impartiales, qui ne sont pas liées à des groupes de pression) sur les armes, les causes des accidents, les techniques pour rendre les fusils plus sûrs. Étrange pour un pays si préoccupé par les armes? Peut-être pas. Comme avec beaucoup de questions dans ce dossier, la réponse tient aux gestes de la NRA, le groupe le plus actif du puissant lobby des armes. (Rolling Stones en a fait un portrait bien détaillé , le New York Times aussi.)

Depuis 1996, le fédéral ne finance plus de recherches scientifiques sur la violence causée par les armes à feu. C’est aussi simple que cela. Une décision des élus américains, basée sur les pressions de la NRA. La loi qui accorde des fonds à la recherche pour prévenir des blessures interdit les travaux qui pourraient servir au contrôle des armes à feu. Il se faisait de la recherche avant (avec l’agence de santé publique des États-Unis, les CDC.) En 2012, l’interdiction a aussi été appliquée à l’équivalent du ministère de la Santé. La NRA soutient que les CDC « publiaient des articles qui étaient des opinions politiques déguisées en recherche médicale ».

Bref, on craignait la propagande. Parmi les questions qui intéressaient les chercheurs à l’époque, on en trouve une importante : êtes-vous plus en sécurité avec une arme à la maison, ou plus à risque de blesser ou de tuer un proche (accidentellement ou sous l’effet de la colère)? D’autres questions importantes demeurent sans réponse :

  • d’où proviennent les armes utilisées par les mineurs qui commettent des crimes?
  • combien de temps s’écoule-t-il entre l’achat d’une arme et un suicide?
  • la vérification des antécédents d’un acheteur fait-elle vraiment une différence?
  • est-ce que la capacité d’un chargeur a un impact sur le nombre de victimes lors d’une tuerie?

Des réponses claires à ces questions pourraient influencer les discussions, convaincre les élus d’agir pour améliorer la sécurité des Américains, sans nécessairement restreindre l’accès aux armes pour ceux qui y voient un loisir. Le président Obama le sait bien. Après Newtown, il a ordonné la reprise des recherches. « On ne profite pas de l’ignorance », avait-il expliqué. Une position qui a déclenché une mini-controverse et soulevé une certaine opposition.

Alors que le souvenir de l’horreur de Newtown revient dans nos esprits, il est utile de rappeler que des dizaines d’enfants sont tués chaque année par des armes à feu. Pas seulement dans des tueries. Surtout par accident. Deux garçons qui jouent ensemble et découvrent une carabine chargée. Une jeune curieuse qui prend l’arme supposément cachée de sa mère. Depuis Newtown, au moins 120 jeunes Américains seraient morts de cette façon. Une épidémie, selon certains. Un drame que la recherche pourrait aider à atténuer. La technologie peut-elle empêcher un enfant d’utiliser l’arme de ses parents par accident? On ne sait pas. Les cours de prévention (donné par la NRA notamment) sont-ils vraiment efficaces? Difficile à dire.

Dans les mois qui ont suivi l’ordre du président, les CDC ont établi les priorités de recherche concernant les armes à feu. La liste contient quelques dizaines de questions. Obtenir ces réponses prendra probablement des années de recherche. Si recherche il y a. L’interdiction de 17 ans sur la recherche a découragé bien des scientifiques, qui se sont trouvé d’autres spécialités. Et puis il faudra financer cette recherche. Cette tâche revient aux élus du Congrès. « Les probabilités sont presque nulles », lançait le responsable d’un groupe proche de la NRA.

Difficile d’espérer obtenir la vérité sur les armes à feu!